2001
Imaginaire & Inconscient
Éditorial
Le comité de rédaction
Notre revue paraît depuis une trentaine d’années. Fondée par le groupe de
psychothérapeutes qui se réunissait autour de Robert Desoilles elle a évolué avec
le groupe lui-même, a effectué des changements éditoriaux et des changements
de présentation. Tout en s’inscrivant de façon explicite dans le champ de la
psychanalyse, elle est toujours restée fidèle à l’orientation de ses recherches sur
l’imaginaire en lien avec l’inconscient.
Aussi ce premier numéro d’une nouvelle série a réuni un certain nombre
d’articles sur l’imaginaire au travail dans les cures par le rêve-éveillé en psychanalyse.
AnnieAnzieu et la Nouvelle revue de psychanalyse nous ont autorisés, et nous
les en remercions vivement, à publier un article de Didier Anzieu qui interroge
l’image, le texte et la pensée à propos du peintre Francis Bacon. Sensible à ce
que son œuvre exprime de la détresse sans mots du nourrisson, l’auteur nous
invite à « nous ressentir peintre pour recueillir des traces que ces contacts les
plus primitifs ont imprimés et pour témoigner de leur enregistrement à ceux
que cela concerne, avant toute tentative de les dénommer ».
Freud lui-même se reproche dans une note de L’interprétation des rêves,
d’avoir sous-estimé l’importance des rêves diurnes du fait qu’il travaillait
surtout sur ses propres rêves qui s’appuyaient rarement sur des fantasmes mais
le plus souvent sur des discussions et des conflits d’idées. Héritier des Lumières,
Freud donne priorité à la raison et au jugement. Il n’était pas pour autant insensible aux images. Dans ses lettres, il décrit des paysages, des beautés de la nature.
Il évoque des souvenirs de magnifiques couchers de soleil. Il utilise souvent des
métaphores notamment botaniques.
La psychanalyse actuelle a parfois à la suite de Lacan, exprimé une préférence pour le symbolique identifié au langage articulé aux dépens de l’imaginaire. Mais d’autres comme Julia Kristeva préconisent « une revalorisation de
l’image au cœur du transfert avant de s’ouvrir au langage du récit fantasmatique », tout en dénonçant l’envahissement de certaines images médiatiques, tous
ces « pansements » qui empêchent de penser et d’imaginer.
On sait que Robert Desoille se référait souvent à Bachelard. Ce philosophe
des sciences a développé dans toute une partie de son œuvre une exploration de
l’imaginaire. L’imagination pour lui est une puissance majeure de la nature
humaine débouchant sur une nouvelle formulation du cogito : « Le cogito de la
rêverie s’enonce ainsi : je rêve le monde, donc le monde est comme je le rêve ».
De même Gilbert Durand a cherché à dépasser un certain iconoclasme de la
pensée occidentale. Pour lui, l’imaginaire constitue « le lieu d’échange
réciproque entre les impératifs pulsionnels du sujet et les intimations objectives émanant de l’environnement cosmique et social ». Un autre philosophe
actuel, Paul Ricœur, développe depuis le début de son œuvre le thème du
symbole comme donnant à penser.
Notre revue s’est inscrite dans le cadre de cette revalorisation de l’imaginaire
dans la pensée occidentale qui rend plus aisé et plus riche le dialogue nécessaire
entre la philosophie, l’art et la psychanalyse. Cela rejoint l’expérience quotidienne des praticiens du rêve-éveillé en psychanalyse.
Si Freud se tenait à distance du patient allongé sur le divan, tout en l’écoutant,
il pouvait regarder sa collection d’objets archéologiques, images témoins de l’art
des hommes, de leur imaginaire, c’est-à-dire d’un autre langage. Cette revue
nous invite donc à explorer encore les chemins de l’imaginaire où se dit l’inconscient.