Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062636
170 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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no 1 2001/1

2001 Imaginaire & Inconscient

Éditorial

Le comité de rédaction
Notre revue paraît depuis une trentaine d’années. Fondée par le groupe de psychothérapeutes qui se réunissait autour de Robert Desoilles elle a évolué avec le groupe lui-même, a effectué des changements éditoriaux et des changements de présentation. Tout en s’inscrivant de façon explicite dans le champ de la psychanalyse, elle est toujours restée fidèle à l’orientation de ses recherches sur l’imaginaire en lien avec l’inconscient.
Aussi ce premier numéro d’une nouvelle série a réuni un certain nombre d’articles sur l’imaginaire au travail dans les cures par le rêve-éveillé en psychanalyse.
AnnieAnzieu et la Nouvelle revue de psychanalyse nous ont autorisés, et nous les en remercions vivement, à publier un article de Didier Anzieu qui interroge l’image, le texte et la pensée à propos du peintre Francis Bacon. Sensible à ce que son œuvre exprime de la détresse sans mots du nourrisson, l’auteur nous invite à « nous ressentir peintre pour recueillir des traces que ces contacts les plus primitifs ont imprimés et pour témoigner de leur enregistrement à ceux que cela concerne, avant toute tentative de les dénommer ».
Freud lui-même se reproche dans une note de L’interprétation des rêves, d’avoir sous-estimé l’importance des rêves diurnes du fait qu’il travaillait surtout sur ses propres rêves qui s’appuyaient rarement sur des fantasmes mais le plus souvent sur des discussions et des conflits d’idées. Héritier des Lumières, Freud donne priorité à la raison et au jugement. Il n’était pas pour autant insensible aux images. Dans ses lettres, il décrit des paysages, des beautés de la nature. Il évoque des souvenirs de magnifiques couchers de soleil. Il utilise souvent des métaphores notamment botaniques.
La psychanalyse actuelle a parfois à la suite de Lacan, exprimé une préférence pour le symbolique identifié au langage articulé aux dépens de l’imaginaire. Mais d’autres comme Julia Kristeva préconisent « une revalorisation de l’image au cœur du transfert avant de s’ouvrir au langage du récit fantasmatique », tout en dénonçant l’envahissement de certaines images médiatiques, tous ces « pansements » qui empêchent de penser et d’imaginer.
On sait que Robert Desoille se référait souvent à Bachelard. Ce philosophe des sciences a développé dans toute une partie de son œuvre une exploration de l’imaginaire. L’imagination pour lui est une puissance majeure de la nature humaine débouchant sur une nouvelle formulation du cogito : « Le cogito de la rêverie s’enonce ainsi : je rêve le monde, donc le monde est comme je le rêve ».
De même Gilbert Durand a cherché à dépasser un certain iconoclasme de la pensée occidentale. Pour lui, l’imaginaire constitue « le lieu d’échange réciproque entre les impératifs pulsionnels du sujet et les intimations objectives émanant de l’environnement cosmique et social ». Un autre philosophe actuel, Paul Ricœur, développe depuis le début de son œuvre le thème du symbole comme donnant à penser.
Notre revue s’est inscrite dans le cadre de cette revalorisation de l’imaginaire dans la pensée occidentale qui rend plus aisé et plus riche le dialogue nécessaire entre la philosophie, l’art et la psychanalyse. Cela rejoint l’expérience quotidienne des praticiens du rêve-éveillé en psychanalyse.
Si Freud se tenait à distance du patient allongé sur le divan, tout en l’écoutant, il pouvait regarder sa collection d’objets archéologiques, images témoins de l’art des hommes, de leur imaginaire, c’est-à-dire d’un autre langage. Cette revue nous invite donc à explorer encore les chemins de l’imaginaire où se dit l’inconscient.
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