2001
Imaginaire & Inconscient
Analyses de livres
TRANSFERT CONTRE-TRANSFERT
Jean Guillaumin
Ed. L’Esprit du Temps, 1998,266 p.
Ce livre est fait d’une série d’articles parus pendant 20 ans dans diverses
revues. Le premier interroge le désir de guérir, qui devient maintenant la
réclamation de bien-aller et pose la question essentielle : “Qui guérit qui ?”.
Pollux s’est-il guéri seul de son envie de ne pas guérir ?
Puis vient “la douleur est-elle un inanalysable ?”. Il ne suffit pas d’être
un psychanalyste pour avoir une écoute psychanalytique (ce qui nous paraît
vrai, hélas). La neutralité bienveillante est-elle compatible avec l’expérience de la douleur ? L’écoute flottante en tout cas apparaît peu compatible. Le
soi-disant Œdipe se voit lorsque des organisations narcissiques se masquent
en début de cure sous une névrose œdipienne comme Domitien. Peut-on
accéder à la couche profonde du contre-transfert dans le travail psychanalytique et le doit-on ? Quatre exemples de cures montrent que le patient est
toujours capable de détruire au dernier moment les quelques progrès qu’il
semble avoir fait. L’idée de clivage du moi est difficile à penser. Et faut-il la
réserver aux seules perversions et psychoses ? Son analyse est certainement
risquée, car selon Bayle “Tu cliveras ton prochain comme toi-même”.
Le chapitre 6 traite de la technique et pratique chez Freud en 1920 à 64
ans sur un cas d’homosexualité féminine (une Dora II ?). Contre-transfert et
filiation traite du fait que le contre-transfert est au centre de la transmission
psychanalytique. Mais qu’en est-il alors puisque selon Freud le transfert se
caractérise par des méprises psychiques ? Le nouveau praticien en vient-il à
emprunter à son parent analytique son identité de contre-transférant ? Et
dans ce phénomène qui séduit qui ?
On ne donne jamais que ce que l’on n’a pas et surtout en psychanalyse.
Il faut en effet donner à un autre ce qu’on a reçu d’un précédent (ce que certains ont nommé la passe), donc on transmet le présence de l’absent (le
didacticien du didacticien), c’est cela l’institution psychanalytique. La part
transmise c’est la capacité de tolérer la frustration au prix du renoncement à
nos rêves de toute puissance narcissique.
La transmission en négatif se trouve dans le processus de transformation
par lequel quelqu’un devient analyste. Le négatif c’est l’insu, le laissé pour
compte, l’ombre des parents. C’est ainsi que l’on reçoit de l’autre ce qu’il
n’est pas. Car ce qui est donné sans deuil arrime narcissiquement le donataire au donateur, au lieu de le libérer (certes, rien n’est plus ridicule que ces
analystes imitateurs et clones de leur didacticien). La formation ne peut pas
être un gavage surmoïque de procédés. Si la part obscure est ignorée, elle
rend l’analyse inachevable.
Les contrebandiers du transfert transmettent donc une part mystérieuse
de négatif. Cela vient de ce que transfert et contre-transfert naissent
ensemble lors de la rencontre analytique dans une complicité originellement
nébuleuse et s’appuient l’un sur l’autre tout au long de la cure.
LE TRANSFERT, étude psychanalytique
Michel Neyraut
Paris, PUF, 1974
L’originalité du livre de Neyraut a été, dès 1974, de proposer la précession du contre-transfert sur le transfert. Cela paraît paradoxal, car selon la
conception logique, on ne peut être contre quelque chose qui n’existe pas
encore. Le malheur est que Gegen, contre, ne signifie pas opposé ou après
mais aussi à côté et lié. Neyraut définit la transfert par la répétition bien plus
que par la relation a l’analyste : “L’essence du transfert est dans le mouvement qui transfère et répète un mode de relation, il n’est pas cette relation,
il en est le transfert”. Il y a donc lieu de le considérer comme un point d’arrivée toujours surprenant, énigmatique et toujours à découvrir. “Le transfert
est un quiproquo à contre-temps. Son déplacement consiste à le renvoyer à
qui de droit et à sa place”. Donc Neyraut a parfaitement raison de faire
remarquer que le contre-transfert doit préceder le transfert car celui-ci met
du temps à s’installer dans la cure, alors que l’analyste l’attend (donc de
façon contre-transférentielle). Dès le rêve fondateur de l’injection faite à
Irma le contre-transfert de Freud était présent. Le transfert est un concept
apparu après-coup et conçu dès le début comme un obstacle. Il a donc été
précédé par le contre-transfert qui est son antécédent historique. Les deux
proviennent de la même source. Mais le lieu d’où l’on parle est différent et
c’est ainsi que peut se soutenir le déséquilibre de la situation analytique.
Toute interprétation est, dit-on, une interprétation dans le transfert.
Certes. Mais plus réellement elle est une interprétation dans le contre-trans-fert, selon Neyraut. Au lieu de concevoir le transfert comme un obstacle au
contre-transfert, il faut penser au contraire le contre-transfert comme l’obstacle au libre déroulement du transfert dans la cure. En effet une partie du
transfert est déterminée en réaction au contre-transfert de l’analyste. (Ce qui
nous paraît maintenant évident). Quand à l’analyste il cherche certes l’élucidation de tout le discours du patient, mais surtout l’élucidation de tout ce
qui se passe en lui et de tout ce qu’il éprouve.
En fait Neyraut élargit la notion de contre-transfert, en le définissant
comme “tout ce qui ressort de l’analyste”. Il lui restait à déterminer l’origine du contre-transfert.
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