2001
Imaginaire & Inconscient
Un transfert pour deux ?
Marc-Alain Descamps
Université René Descartes (Paris V) Membre titulaire du GIREP 18 rue Berthollet 75005 Paris
L’évolution de la recherche psychanalytique sur le
transfert a mené à reconnaître sa liaison indissoluble avec le
contre-transfert. Et l’on en arrive maintenant à reconnaître
l’unité indissociable du couple analyste-patient dans l’espace
analytique et l’acte si particulier de la séance. L’apport original du Rêve-éveillé, dès son début, se trouve donc retrouvé et
confirmé.Mots-clés :
Rêve-éveillé, Transfert, Contre-transfert, Chimère.
Evolution of psycho-analytical research on transference discovers the inseparable link with countertransference. They occurs now undissolved unity of analyst-patient
couple in analytical space and during the sitting.
The genuine discovery of Awakened dream at his beginning is
finded again and confirmed. Keywords :
Awakened dream, Transference, Conter, transference, Chimera.
L’ambiguïté du transfert vient de ce que dès le début on n’a pas distingué
entre “la relation” et “la répétition”. Or il y a bien deux transferts, inextricablement mêlés.
Par transfert on a d’abord compris tout ce qui relevait de la relation entre le
patient et son analyste, spécialement dans ses aspects positifs puis négatifs. Par
la suite on a mieux saisi l’inobjectivité de cette relation, aussi bien positive que
négative.
C’est alors que l’on a commencé à qualifier ce transfert de menteur. Essentiellement il est apparu comme une méprise, puis l’on a ajouté que c’était un
quiproquo à contre-temps et mal à propos. Et l’on peut même dire : un leurre à
contre-coup et hors de propos.
Puis l’on a réalisé que c’était indu, immérité, inobjectif et souvent injuste,
parce que c’était en réalité une répétition, mais une répétition inaperçue,
invisible. Alors on peut techniquement définir le transfert comme un transport.
C’est un transport ( Uberträgung ) indu d’émois infantiles revécus sans être
reconnus.
Tout le problème est désormais posé : le transfert est moins clair et moins
simple qu’il n’y paraît. Une imposture est inscrite au centre du champ analytique, avec une demande ambiguë et équivoque qui dit comme “un cailloux
riant au soleil… je te demande de me refuser ce que je t’offre, parce que ce n’est
pas çà” (Lacan, Sem. XX, p. 114).
LE TRANSFERT ET SON USAGE
Aussi en réfléchissant on va changer l’usage possible du transfert.
C’est d’abord selon Freud la résistance suprême qui apparaît, lorsqu’on
touche au noyau de la névrose, pour séduire l’analyste, arrêter la cure et contaminer la névrose du patient. C’est le transfert séducteur d’Anna O. qui a fait fuir
Joseph Breuer et a permis à Freud de découvrir la psychanalyse à sa place.
Mais secondairement il est aussi une technique d’investigation lorsqu’on le
reconnaît comme une répétition (réitération ou duplication) produite par la
compulsion de répétition. “Un autre avantage offert par le transfert est d’amener
le malade à faire se dérouler nettement sous nos yeux un fragment important de
son histoire… Tout se passe comme s’il agissait devant nous, au lieu de
seulement nous informer” (Freud, Abrégé, 1938). Ceci parce que nul ne peut
être mis à mort “in absentia et in effigie, en son absence et en représentation”.
Donc pour pouvoir se débarrasser d’un objet inconscient (pulsion, fantasme,
trauma…), il est nécessaire de le revivre dans la cure. Cette répétition est une
révélation. “Le transfert, destiné à être le plus grand obstacle à l’analyse, en
devient son plus puissant auxiliaire, si on réussit à le deviner et à en traduire le
sens au malade”. Et Freud ajoute que le malade “en reste comme foudroyé”.
N’ayant jamais obtenu ce résultat dans ma pratique, il faut croire qu’actuellement avec la divulgation des procédés analytiques et l’existence du transfert
imaginaire, la révélation du transfert n’a plus l’effet foudroyant qu’il avait du
temps de Freud.
Enfin et surtout, le transfert devient une importante technique de guérison.
Par un réveil de forces, il fournit une puissante impulsion. Tout l’amour
primordial pour la Mère, le divin et même une partie du narcissisme originaire
sont transférés sur l’analyste. “Le transfert devient ainsi la véritable force
motrice de la participation du patient au travail analytique… et il semble guérir
rien que par amour pour son analyste. Mais ce dernier doit humblement
s’avouer à lui-même qu’il a entrepris là une lourde tâche, sans soupçonner de
quel extraordinaire pouvoir il allait disposer” ( Abrégé, p. 43).
Bien entendu, il vaudrait mieux parler des transferts (il faudrait préciser les
transferts positif, négatif, latéral, latent et manifeste, de répétition ou de déplacement, régressif ou progressif, narcissique, paranoïaque, obsessionnel,
hystérique, en creux et parler de la névrose de transfert, cette maladie de la
cure…). Dans une cure, tout est transférentiel, y compris les rêve-éveillés (RE)
en séance. Mais si tout est transfert, il y a une conception inflationniste du
transfert qui lui enlève tout son sens. La méthode RE ne peut pas tout fonder sur
lui puisque justement elle utilise les RE.
Nous n’envisageons ici que les cas où il est question directement de l’analyste. Bien sûr, le transfert est toujours là, mais latent, et nous ne nous occupons
que des cas où il devient manifeste, puis intense et prend à partie l’analyste,
c’est-à-dire où l’analysant lui rappelle qu’il est partie prenante dans la cure. Ce
qui peut troubler le psychothérapeute, c’est que soudain il est question de lui.
Il est pris à partie. Et s’il n’est pas analyste, il est tenté de se justifier et de se
défendre devant ces accusations si évidemment injustes. Or il doit savoir qu’il
n’est pas question de lui en réalité, mais qu’il n’est que le support de ce qui s’est
déroulé dans les premières situations amoureuses du sujet. Sur lui se projettent
les relations archaïques qui se sont établies entre le nourrisson et ses parents,
puis entre l’enfant et sa famille. L’analyste n’a qu’à, sans se laisser troubler,
saisir l’opportunité de révéler au sujet combien il revit encore ce qui l’a marqué
si profondément et l’empêche d’être libre.
Il faut donc bien distinguer :
- “le transfert-relation”, c’est-à-dire le niveau d’attachement réciproque
patient-analyste,
- et le transfert-répétition ou la réitération par laquelle le passé se revit à
nouveau dans le présent de la cure par une répétition révélatrice.
Un cas particulier est celui du transfert narcissique, tel qu’il a été étudié par
Heinz Kohut. Dans l’archaïque, le trouble du narcissisme primaire se revit dans
la cure sous forme du transfert idéalisant ou en miroir. L’idéalisation rapide de
l’analyste par son patient provient de la projection d’Eros et engendre le
sentiment omnipotence des débuts de cure. Ou alors dans le transfert en miroir,
par remobilisation du soi grandiose, chacun cherche à séduire l’autre dans une
relation spéculaire fantasmée et la relation s’installe dans le cannibalisme et le
vampirisme mutuels. La chute aux enfers suit dans la rage narcissique; l’idéalisation mégalomaniaque se transforme en frustration, carence, déception,
mépris. Sa démonstration devient le seul but du narcissique : réussir le ratage
de la cure pour faire payer sa déception à l’analyste.
Mais la question la plus importante pour le transfert est de savoir quoi en
faire : le transfert pourquoi faire ? On peut le repérer, ne pas s’en offusquer,
l’interpréter, l’analyser, le traiter. Freud a écrit “L’analyste veille à ce que les
sentiments amoureux ni les sentiments hostiles n’atteignent un degré excessif”
( Abrégé, p. 45). On peut aussi le manier, l’utiliser, “le transfert ne s’analyse pas,
il s’utilise”, dit Neyraut. Mais alors il faut bien reconnaître que l’on ne peut pas
étudier le transfert tout seul, sans faire appel au contre-transfert.
LE CHAMP DU CONTRE-TRANSFERT (CT)
Il n’a pas été facile de faire admettre tout ce qui a trait au contre-transfert,
qui n’a été étudié que récemment. “Pensez de quelle hauteur d’âme nous témoignons, à nous montrer dans notre argile être fait de la même que ceux que nous
pétrissons” (Lacan, Écrits, p. 585). Et l’on en vient à distinguer aussi du contre-transfert, la réaction au transfert et le transfert de l’analyste. Mais la notion de
CT a été l’objet de longues luttes idéologiques et de renversements de
tendances. L’histoire de la psychanalyse montre que le CT a été difficilement
reconnu et péniblement admis dans son ampleur, son universalité et son instrumentalité.
Le CT a d’abord été repéré par Freud comme “le punctum caecum, la tache
aveugle, l’obstacle à la compréhension libre du patient par l’analyste”. C’est le
scotome, la zone noire de vision : “Nous remarquons que tout analyste ne peut
mener à bien ses traitements qu’autant que ses propres complexes et ses résistances intérieures le lui permettent”. ( L’Avenir de la thérapeutique analytique,
1910). Le CT n’a d’abord été admis que comme une simple réaction de l’analyste au transfert du patient sur lui. Selon la position classique, il devient un
objet de suspicion qui reste à contrôler comme un reste névrotique, mais il n’est
envisagé que secondairement d’un point de vue conscient et masculin.
La révolution féminine du CT va commencer en 1949 : Paula Heimann au
16ème Congrès international de Psychanalyse fait reconnaître la positivité du
C.T. Elle part de la communication des inconscients et écrit : “L’inconscient de
l’analyste a une représentation plus aiguë et plus précoce que son système
conscient de l’inconscient de son patient. Le contre-transfert de l’analyste est
un instrument de recherche à l’intérieur de l’inconscient du patient”. Notons ce
premier changement de perspective qui met le CT dans un couple situé dans
l’inconscient.
En 1974, Michel Neyraut présente la précession du contre-transfert. Le CT
est premier et non une simple réaction au transfert. Il le définit de façon plus
générale comme “toutes les manifestations, idées, fantasmes, sentiments, interprétations, actions ou réactions qui ressortent à l’analyste”, et plus
particulièrement tout ce qui a trait à la personne de l’analyste et non plus
uniquement à son rôle. Pour Neyraut, il n’y a pas d’écoute neutre, il n’y a
qu’une écoute libre ou non.
Dans les années 70 émerge la conception féminine du CT. Elle est
entre autres le fait de l’école anglaise, qui traite de masculine la conception
précédente. Mélanie Klein, Winnicott, Balint, Bion, etc. insistent sur le contre-transfert maternel, sa fonction contenante et l’établissement d’une relation
symbiotique. Ceci va plus particulièrement avec un élargissement du public de
l’analyse qui passe des hystériques et névrosés aux borderlines et à tous les cas
limites. Lorsque l’on se centre sur l’archaïque, les notions d’enveloppe, de pareexcitation et de moi-peau prennent le pas sur la simple interprétation. C’est
toute une nouvelle conception de la psychanalyse, bien plus proche du RE, qui
va s’installer.
Enfin Joseph Sandler en 1976 présente la résonance flottante. Il a montré
qu’on pouvait aussi utiliser le CT pour mieux sentir le patient. Le CT a alors un
rôle de d’investigation comme l’analyse du transfert. Donc au lieu de réduire
le CT, on le laisse se développer et on l’utilise comme drone ou un outil de
renseignement. Ceci n’est pas sans danger, car il faut quand même garder une
partie lucide et critique (un pied sur l’autre rive, comme le dit Nicole Fabre).
A ce sujet nous présentons la notion de “névrose de contre-transfert”. Les
analystes qui visent l’installation d’une névrose de transfert devrait s’interroger
sur leur névrose de contre-transfert. Tout miser sur le transfert fait suspecter le
besoin d’un climat affectif dans l’illusion de l’amour de transfert. Cela ne peut
qu’attirer les incompris, ou se jugeant incompris, les rejetés ou s’étant fait
rejeter. Ceux qui vivent dans l’ingratitude du partenaire, des enfants, des
collègues … ne peuvent que tout investir sur leurs patients qui deviennent leur
dernière consolation et qui ne peuvent plus les quitter.
Le deuil est pourtant un partie inéluctable du CT. Il ne faut pas oublier que
si le patient doit savoir faire le deuil de son analyste, il est bloqué tant que son
analyste, lui d’abord, n’a pas fait le deuil de son analysant. Il faut donc savoir
et admettre avant de commencer que tous nos patients nous quitterons un jour
les uns après les autres, car il n’y a pas de guérison sans fin de cure. Sinon on
est victime des projections réciproques croisées. En oubliant que l’amour de
transfert reste symbolique, on est convaincu que c’est la patiente qui est une
hystérique séductrice érotisante. Ou bien l’analyste (homme ou femme) se
laisse envahir par la Mère archaïque toute-puissante et enveloppe ses patients
des rets de son amour maternel et du filet de son immense bonté salvatrice. Or
il ne doit les garder ni pour lui, ni en lui. Il doit se rendre libre de ce lien indispensable qui a rendu possible le travail thérapeutique. Donc il doit récupérer la
part de lui-même qu’il a projeté dans son patient inconsciemment et récupérer
ce que celui-ci lui a “emprunté” sans s’en rendre compte au fil des séances.
Sinon ils restent victime de la chimère qui continue à se nourrir d’eux.
LA CHIMÈRE OU UN INCONSCIENT POUR DEUX
Cette chimère pointe déjà chez bien des auteurs et en particulier dans cette
phrase essentielle de Michel Neyraut, sur laquelle il reste à méditer : “L’analyste
est payé pour suspendre le cours de ses pensées et se soumettre à des associations qui n’émanent pas de lui”. Tout le problème de la chimère est déjà là, posé
avec acuité. Comme le dira Lacan, l’analyste est payé pour payer de sa
personne, en se laissant recouvrir par les projections de son patient qui
envahissent même son psychisme. Il est un peu comme un acteur qui est affecté
et transformé par le rôle qu’il joue dans la pièce ou le film. Il n’en sort pas
indemne.
Chez les Grecs, la Chimère était un mixte de tête de lion, de corps de chèvre
et de queue de serpent, issue de l’union de Typhon et de la Vipère; elle fut tuée
par Bellérophon monté sur Pégase. Le mot désigne maintenant un assemblage
hétéroclite.
En psychanalyse Michel De M’Uzan lui fait désigner, dans la culture du
CT comme outil d’investigation, le fait de se laisser envahir par des idées, affects
ou images bizarres issues de ce nouveau couple analyste/analysant. “L’analysé
et son analyste forment une sorte d’organisme nouveau, un monstre, une chimère,
qui a ses propres modalités de fonctionnement. C’est une modalité opposée au
régime qui gouverne la vie vigile; elle ressemble, sans être identique, au rêve
auquel elle emprunte ses principaux mécanismes. On ne peut y accéder que
lorsque l’analyste est à même de supporter un certain flottement de son identité,
qu’il peut tenir sur cette zone où les frontières entre le moi et le non-moi sont
incertaines, quand il a conservé une disposition à l’identification primaire et
qui peut mener jusqu’à des expériences de dépersonnalisation”. (La bouche de
l’inconscient).
La notion de chimère est certes très novatrice et elle rejoint l’expérience des
cures RE en psychanalyse. Transfert et CT ne peuvent pas y être tout à fait
semblables avec la présence d’un tiers-parti qui est le scénario RE. Le rêve
partagé (ou accompagnateur) est une voie qui n’est pas sans danger et il ne faut
s’y laisser glisser qu’en gardant malgré tout une zone de jugement critique ou
une conscience d’arrière-fond. Sinon on partage rapidement les fantasmes du
patient et l’on se laisse contaminer par sa névrose. Plutôt que des expériences
de dépersonnalisation, il nous a été donné de voir des mésaventures d’intrusion.
Le transfert d’intrusion (dans sa vie comme dans son psychisme) est le plus mal
supporté et ne tarde pas à provoquer en réponse des contre-transferts
d’exclusion et de rejet définitif. Et l’on traite son patient de “maniaco-dépressif”
inanalysable.
Tout ceci s’intensifie dans la pratique de la psychanalyse rêve-éveillé, avec
la production en séance des scénarios d’images. Peu de psychanalystes ont
réfléchi sur l’importance de l’image dans la cure, aussi l’apport de François
Duparc me paraît particulièrement important, même s’il vise l’image en général
et non spécifiquement notre pratique du RE.
Selon lui, une forme très particulière de chimère va s’établir avec l’emploi
de l’image en analyse et son danger de sidération : “lorsque les limites de
dégagement de l’analyste sont atteintes, les affects impliqués dans la chimère
transféro-contre-transférentielle n’apparaissent pas … ce caractère visuel pose
un problème puisqu’il est responsable d’un processus figé, dans un
phénomène qu’on pourrait désigner du terme d’arrêt sur image, dans le transfert
comme dans le contre-transfert.”
Il nous semble qu’effectivement la forme du couple transfert/contretransfert dans une cure RE ne peut pas être identique à ce qui peut se produire
dans cette entrée dans l’imaginaire et dans la présence constante des images.
“L’image possède effectivement un pouvoir de fixation qui lui est propre,
et qui tient au fait que la pensée par image est une pensée plus archaïque et plus
concrète que la pensée verbale, comme le rappelle Freud dans Le Moi et le Ça.
… L’effet de fixation tient sans doute à ce qu’elle constitue une mise en forme
intermédiaire entre l’affect et la représentation verbale; sa capacité de contenant
de la motricité est relativement fragile, et de ce fait rigide. On perçoit bien ce
rôle de contention de la motricité ou de l’affect dans de nombreux mythes tels
celui de Méduse, ou Sodome et Gomorrhe, dans lequel la pétrification par le
regard est un élément essentiel. Lorsque l’image comporte un mouvement, le
regard cherche à l’organiser dans une figure ou une courbe géométrique
régulière, qui permet une représentation spatiale et réversible, éliminant le
facteur temps, et donc le mouvement.
“Dans la pratique analytique, cet aspect intemporel de l’image explique à
la fois l’aspect précieux de la pensée visuelle, qui fournit des repères dans un
matériel confus et animé par des affects violents, mal organisés, mais aussi son
danger de réduction du processus évolutif de l’analyse. La contenance qu’elle
fournit pour le matériel est aussi son principal danger, celui d’une collusion ou
d’un aveuglement par les imagos et les modèles les moins élaborés, dans le
contre-transfert de l’analyste”. ( NRF, 1994, p. 1693)
Nous comprenons bien cet arrêt sur image, qui correspond à ce que j’appelle
un fantasme ou image envoûtante, comme celle des cinq loups blancs sur un
arbre nu dans la cure de l’Homme aux loups. Qu’en est-il donc de cet inconscient pour deux ? Existe-t-il pendant le RE, pendant la séance ou se prolonge-t-il
pour certains patients même au-delà ? Certes le psychanalyste ne doit pas se
laisser méduser ou aveugler par les imagos archaïques. Mais l’analyse RE
échappe à cette fascination car elle travaille essentiellement sur la mise en
mouvement des images, leur désintrication, leur métabolisation, leur verbalisation et leur prise de sens. Et c’est ce qui fait son apport original et sa spécificité.
Ainsi est-il possible d’entrevoir dans la psychanalyse rêve-éveillé une forme
particulière de transfert/contre-transfert. Le travail constant dans et sur l’imaginaire permet de mieux réaliser le caractère imaginaire des répétitions
transférentielles, du retour de l’archaïque, de l’amour de transfert, de l’alliance
thérapeutique et du lien analyste/analysant. Tout le transférentiel ne passe pas
uniquement dans le rêve-éveillé, mais la mise en mots des images profondes
permet de les transformer en symboles et de pouvoir s’arrimer à des Images-Forces qui permettent de s’extraire de la personne de l’analyste sujet de
projection.
·
DUPARC F., L’arrêt sur image dans le contre-transfert, RFP, 58,1994.
·
De M’UZAN M., Contre-transfert et système paradoxal, RFP, 3,1976.
·
De M’UZAN M., La bouche de l’inconscient, NRP, 17,1978.
·
De URTUBEY L., Le travail de contre-transfert, RFP, 68,1994.
·
HEIMANN P., A propos du contre-transfert, Int. J. Psychoanal. 31.
·
KOHUT H., Analyse et guérison, Paris, P.U.F., 1991.
·
NEYRAUT M., Le transfert, P.U.F., 1974.
·
SANDLER J., Contre-transfert et rôle en résonance, RFP, 1976,3.
·
Revue Française de Psychanalyse, Travail de contre-transfert et fonction contenante,
1994, n°58, spécial congrès.