2001
Imaginaire & Inconscient
Le transfert imaginaire ou l’imaginaire du transfert
Gérard Bonnet
Psychanalyste Membre de l’Association Psychanalytique de FranceDirecteur de l’École de Propédeutique à la Connaissance de l’Inconscient 1 rue Pierre Bourdan 75012 Paris
On ne compte plus les œuvres de fiction qui mettent
en scène le transfert tel qu’on l’imagine dans le monde actuel.
Cet imaginaire est souvent présent dans l’esprit des patients en
début d’analyse, intriqué au symptôme qui a provoqué la
demande, et on comprend que Freud y ait d’abord vu une résistance. Il reviendra à la charge au moment de conclure la cure, et
il faut alors veiller à ce qu’il s’efface au profit du « transfert en
creux » (Laplanche). Entre le début et la fin, l’analyse
proprement dite s’effectue surtout grâce à la survenue des transferts analytiques, multiples, imprévisibles, qui sont les plus
efficaces. Quoi qu’il en soit, le transfert imaginaire est toujours
là, en arrière fond : d’abord parce qu’il témoigne d’un fait
fondateur de la vie psychique : il n’y a pas de je sans autre; et
ensuite parce qu’il offre la possibilité au sujet humain d’objectiver ce donné d’origine, de le projeter et donc aussi de le
critiquer constamment pour mettre à jour les aliénations
multiples dont il est porteur. Mots-clés :
Amour, Imaginaire, Projection, Symptôme, Transfert.
Works of fictions are increasingly staging transference as one imagines it in today’s world. The imagery is often
in the patients’mind from the beginning of the analysis together
with the symptom, which led to being in therapy. We
understand why Freud pointed it as a resistance. It will show up
again by the end of the treatment and one should be very cautious
that it disappears to give room to what Laplanche calls « transfert
en creux » (« hollow transference »).
Between begining and end, the analysis is above all about the
emergence of multiple and umpredictable analytical transferences, as they are the ones we’re looking for to do the work.
Nevertheless, imagery transference remains : first because it
represents the basis of psychic life – ne me without others –
second because it gives everyone the oppportunity to be
objective regarding this given origin, to project it and, in doing
so, to discriminate so that one’s multiple alienations are
uncovered.Keywords :
Love, Imagery, Projection, Symptom, Transference.
On ne compte plus les romans, films, téléfilms et les pièces de théâtre qui
mettent en scène la psychanalyse d’une façon ou d’une autre, à tel point que
lorsqu’on parle de transfert à un public peu averti, il n’est plus besoin de longs
commentaires, la plupart des gens pensent à telle ou telle mise en scène et s’imaginent facilement de quoi il s’agit. Moyennant quoi, le terme est passé dans le
vocabulaire médiatique, il est entré dans l’imaginaire collectif où il garde
malgré la diversité des scènes en question un sens assez précis. Il désigne dans
la plupart des cas l’élan ou l’attachement qui conduit une personne à faire
allégeance à une autre personne jusqu’à lui faire entière confiance et à se
soumettre corps et âme à son influence : « Mortel transfert », ou « Hypnose »,
peu importe. Un gourou d’un côté, un patient soumis de l’autre, voilà aux yeux
de nos contemporains ce qui doit permettre tantôt la thérapie et la guérison,
tantôt au contraire la soumission et l’addiction sans limites, et même en certains
cas la mort de l’un des partenaires. Cette conception n’est d’ailleurs pas absente
des échanges entre psy de toutes obédiences où l’on parle volontiers de transfert
paternel, maternel, de transfert interminable, où l’on dira de l’un qu’il fait « un
bon transfert » d’un autre qu’il « transfère à mort », qu’il résiste, etc.
Cette façon d’envisager le transfert en constitue bien évidemment une vision
particulière, assez partiale même, et elle fait toujours quelque peu sourire le
psychanalyste averti; elle témoigne à ses yeux de l’emprise de ce que Lacan
appelait avec un certain dédain « le discourcourant ». Pourtant, courant ou pas,
ce discours est à entendre, comme tout discours, et je pense qu’il a certainement
beaucoup à nous apprendre, y compris dans nos cercles psychanalytiques où
l’on s’emploie surtout à en pénétrer plus avant les aspects les plus méconnus
et les plus efficaces. Il désigne en réalité ce que je vais appeler l’imaginaire du
transfert, ou le transfert imaginaire tel qu’il se déploie aujourd’hui, autrement
dit le transfert tel qu’on le met en scène pour tenter de lui donner forme, ou de
lui donner corps.
Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, car cet imaginaire nous
renvoie en miroir un questionnement fondamental que nous aurions parfois
tendance à oublier. Ceux qui le mettent en scène dans leurs romans, au théâtre
ou bien au cinéma nous obligent à nous demander régulièrement quelle place
nous lui donnons dans le travail analytique, et pourquoi, malgré tous nos efforts
pour le relativiser, il reste omniprésent et insistant sur la scène collective sous
les atours les plus divers et parfois les plus déroutants.
UN PRÉ-TRANSFERT ET UN ARRIÈRE-TRANSFERT
La première question qui importe en effet est de savoir quelle place il faut
donner à ce transfert imaginaire, car nous y avons affaire par la force des
choses : la plupart des personnes qui s’adressent à l’analyse l’ont en tête d’une
façon ou d’une autre, ils vivent dans l’univers médiatique, en sont marqués sans
toujours en avoir conscience, et pour ma part, je pense qu’il est très important
de le prendre en compte dès les premiers contacts : cet imaginaire du transfert
constitue une voie d’accès nécessaire, un point de passage obligé pour accéder
au vif du transfert. C’est le gardien du seuil, un gardien qui ne doit pas empêcher
bien sûr qu’on franchisse le seuil en question, que ce soit dans un sens ou dans
l’autre. Car c’est par lui que tout commence, par lui aussi que tout s’achève, par
lui enfin que quelque chose va demeurer bien après le travail terminé.
C’est par lui que tout commence. Dans l’ouvrage que j’ai consacré au
Transfert dans la clinique analytique, j’ai proposé de l’appeler le pré-transfert.
Et il l’est en effet d’abord d’un point de vue historique : quand Freud découvre
le transfert et qu’il en parle pour la première fois, c’est de ce lien patientanalyste qu’il désigne, tel qu’il est conçu imaginairement par le patient qui
s’adresse à lui, donnant naissance à ce qu’il appelle « l’amour de transfert ».
C’est la raison pour laquelle il y voit d’emblée une résistance ou un obstacle
au travail analytique, ou plus exactement un passage, un passage à dépasser
pour que cet imaginaire indispensable à l’entrée en relation ne vienne pas
bloquer une exploration plus profonde. Il insiste pour qu’on analyse ce
transfert, pour qu’on le mette à jour, et cette consigne est plus nécessaire aujourd’hui que jamais.
Ce qui est vrai d’un point de vue historique reste vrai d’un point de vue
ponctuel, dans le déroulement de toute analyse. Celle-ci commence toujours par
un pré-transfert important, nécessaire, où l’analysant parle à l’analyste comme
à un autre indispensable en qui il a entière confiance, avec quelques idées en tête
qui lui viennent de l’imaginaire auquel il participe. Il n’est pas rare qu’il se
réfère à tel livre, à tel film, ce qui facilite l’arrimage, la mise en place de l’interaction nécessaire. Il faut à la fois en tenir compte et regarder plus loin. Car par
delà les références culturelles ou livresques, ce pré-transfert est toujours sous-tendu et commandé par le symptôme qui structure le sujet et l’organise de
l’intérieur, avec tous les risques qui en résultent : certes il crée à n’en pas douter
un climat sécurisant, fondé sur du déjà connu, mais il peut aussi enfermer la
relation analytique dans un système préétabli qui va conduire à la répétition
pure et simple. Comment s’en dégager ? Eh bien précisément en travaillant
patiemment à repérer tous les éléments qui favorisent la confusion entre le
personnage inscrit dans cet imaginaire, dans et par le symptôme, et la personne
de l’analyste, autrement dit en analysant ce pré-transfert.
Il en est de même au moment où l’analyse touche à son terme. Inévitablement, le lien qui a facilité la mise en place du transfert refait surface d’une
façon ou d’une autre, et il va falloir cette fois s’en dégager pour de bon, ce qui
ne pose pas trop de problèmes quand on a pu éclaircir les sources des
symptômes et les situer dans l’histoire. Pourtant il n’est pas rare que l’analysant
cherche à maintenir cette relation première envers et contre tout : il souhaite
garder contact avec l’analyste sous un prétexte quelconque, décide de devenir
lui-même analyste dans la même Société, et même sous sa gouverne. Dans le
meilleur des cas, qui est bien sûr le plus souhaitable, l’analysant transcende ce
transfert imaginaire, et il franchit alors le seuil dans l’autre sens. Auquel cas,
ce transfert imaginaire va devenir ce que Laplanche appelle un « transfert en
creux », un arrière transfert, où le sujet est convaincu que l’autre est indispensable à sa survie psychique, mais un autre qui ne se confond plus avec une
personne précise et bien délimitée.
Beaucoup des auteurs de romans ou de films qui mettent en scène le transfert
aujourd’hui ont fait une analyse, et ce qu’ils nous restituent, pour bâtir leur
fiction, c’est leur transfert imaginaire, ce qui reste de leur expérience, un reste
qu’ils ont transfiguré avec plus ou moins de bonheur. Et s’ils y parviennent,
c’est parce qu’ils s’appuient sur le « transfert en creux », le vide qui en est
résulté et qui est aujourd’hui la source de leur créativité.
Que s’est-il passé entre ces deux moments de l’analyse dont le transfert imaginaire a facilité la traversée dans un sens puis dans l’autre ? Entre le pré-transfert
et l’après-transfert. Qu’est-il advenu durant le long temps où il s’est effacé ?
Eh bien précisément le surgissement des transferts, transferts multiples,
soudains, bizarres, émergeant à chaque fois qu’une occasion se présente : j’y
ai consacré l’essentiel de mon livre dans la mesure précisément où ils constituent les véritables transferts « analytiques », autrement dit les transferts qui
démontent, qui défont les images toutes faites, qui déboussolent le symptôme,
réduisent en morceaux les souvenirs écrans, etc.
Je m’explique rapidement. À partir du moment où l’on parvient à faire
passer le transfert imaginaire au second plan, qu’on oublie toute convenance
pour parler librement, le transfert devient vraiment ce que j’ai appelé « la mise
en acte de deux inconscients ». « ça transfère », des deux côtés, donnant
naissance à des néofantasmes, à des formations nouvelles, à des objets du
transfert qui sont la création des deux protagonistes, à leur insu, facilitant la
mise à jour d’objets inconnus refoulés jusque là et qui jaillissent au moment où
l’on s’y attend le moins, parfois pour disparaître aussitôt. Et finalement peu
importe. Si Freud insiste tant pour que chaque séance soit un recommencement
absolu, pour qu’on associe avec la plus grande inconscience, des deux côtés
bien sûr, pour qu’on se perde de vue entre les séances, c’est pour créer les conditions favorables à la survenue de ces transferts analytiques, en un rythme
constant de surgissement/effacement qui va se manifester à tous les niveaux du
psychisme.
C’est là que se situe la réalité du transfert dans la cure : on est alors bien
loin de l’imaginaire du transfert tel qu’il s’est élaboré dans le « discourcourant ». Pourtant, celui-ci est toujours là en arrière plan d’une façon ou
d’une autre, prêt à reprendre le dessus : il se situe dans la construction, alors
que le transfert analytique vise à la déconstruction, qui est difficilement
pensable. Comme le formule très justement M. Neyraut, le transfert analytique ainsi conçu est un véritable « feu follet », et bien malin qui saura le saisir,
même après coup. Témoin la réponse de S. Leclaire à une analysante romancière venant faire une conférence pour raconter son analyse, et qui lui
demandait auparavant par téléphone s’il pouvait lui rappeler quelques
moments forts du travail qu’ils avaient fait ensemble : « les moments forts ?
Je ne m’en souviens plus », a répondu Leclaire. Voilà pourquoi les récits
d’analyse sont toujours si problématiques, y compris quand ils proviennent
de l’analyste lui-même, car on ne peut que ré-imaginer ce qui s’est passé de
manière à en rendre compte, tout en sachant fort bien que l’essentiel a définitivement disparu.
Et pourtant, je suis de ceux qui croient à l’intérêt des récits en question, et
donc à la reconstitution du transfert imaginaire après coup, car qu’on le veuille
ou non, même s’il disparaît en surface, même s’il perd de son tranchant une fois
l’analyse terminée, et même s’il faut le relativiser auprès du grand public qui
lui accorde beaucoup trop d’importance, il n’empêche : c’est un support indispensable, nécessaire, et le rejeter avec mépris reviendrait à jeter l’enfant avec
l’eau du bain. Dans un premier temps, j’ai montré qu’il se présente un peu
comme l’arbre qui risque de cacher la forêt, en indiquant qu’il faut regarder au
delà si l’on veut en saisir quelque chose; je dirai maintenant que c’est aussi le
fond grâce auquel nous pouvons voir la forêt en question, le sol solide grâce
auquel nous pouvons nous y enfoncer sans nous perdre, le fil grâce auquel nous
pouvons rendre compte de ce qui s’est passé, ce qui veut dire qu’il ne faut
jamais le perdre de vue.
Voyons cela d’un peu plus près. Des auteurs tels que Levine et Isakower ont
démontré qu’il n’y a pas de vie psychique possible sans la mise en place au
cours des premières expériences de plaisir d’un fond, fond sécurisant et porteur,
sur lequel le sujet peut ensuite projeter les images de ses fantasmes et de ses
rêves. On parle aussi aujourd’hui à ce propos de la « sécurité de base ». Or il est
clair que ce fond est constitué par une présence, une relation première solide et
continue sur laquelle le sujet va pouvoir fonder toutes ses expériences et les
inscrire. En un mot, il n’y a pas de sujet sans autre, tout le monde le dit et le
répète d’une manière ou d’une autre. Mais il faut ajouter ceci : cette exigence
ne constitue pas seulement un moment premier et nécessaire, c’est une exigence
permanente, de tous les instants, et qui sous-tend absolument toutes nos
relations et toutes nos productions psychiques.
Le transfert imaginaire n’est pas autre chose que la projection de ce fait
essentiel, et nous en vivons tous sans le savoir au plus intime de nous-mêmes
où il constitue le fond de toute notre vie psychique. Mais bien sûr, c’est une
projection idyllique, agrandie, excessive, utopique, nostalgique, et par le fait
même déformante et trompeuse. La relation à l’autre qui constitue le fond de
notre vie psychique n’a en effet rien de radieux : c’est une relation de dépendance et de dissymétrie, une relation de séduction, qui n’a qu’un rapport très
lointain avec toutes les images que l’on s’en fait et qu’on en donne. C’est un
réseau, un filet, un tissage premier et porteur, fait d’innombrables moments qui
se sont entrecroisés, dans des lieux, des temps et avec des personnes multiples,
qui dépasse nos moyens de représentation. On ne représente pas ce qui constitue
la condition de la représentation, on ne peut pas donner forme à ce qui est la
condition de toutes les formes, certaines recherches esthétiques modernes en
témoignent. Chaque religion est un essai pour tenter de rendre compte de ce fait
inéluctable d’une manière positive, collective et durable avec les moyens du
moment. On en a une extraordinaire illustration avec Les Confessions de Saint
Augustin, rééditées récemment par La Pléiade. Cet homme cherche à donner
forme et consistance envers et contre tout à la relation première qui est à la
racine de toute relation, et qu’il a fini par repérer au terme d’une quête exigeante
et sans concessions. Reconnaissant qu’il la doit à sa mère, il ne cesse d’insister
pour souligner qu’elle est irréductible à toute autre, et que toutes les images
qu’il en donne constituent autant de trahisons. Et malgré tout, c’est elle qui le
fait vivre, il s’en remet à la foi catholique pour la formuler sans la trahir, et en
donner des images qui ne l’enferment pas. C’est son transfert imaginaire à lui,
mais sublimé par un désir porté à son incandescence.
Que peut-on en dire aujourd’hui ? Que ce lien premier et fondateur suppose
une dépendance de l’autre absolument nécessaire, fondatrice, mais qu’elle est
aussi essentiellement dangereuse, comme beaucoup de films ou de romans le
soulignent aujourd’hui : car on glisse facilement de la « dépendance de », qui
maintient l’autre dans l’inconnu total, à la « dépendance à » qui cherche à lui
donner forme et figure dans la réalité actuelle et nous enferme inévitablement
dans l’aliénation
[1]. Et pourtant, on ne peut éviter de l’imaginer d’une façon ou
d’une autre; cette projection imaginaire est même indispensable si l’on veut
pouvoir s’en dégager dès qu’il prend des proportions excessives. Quand on n’y
parvient pas par les voies culturelles et collectives, – parole, écriture, peinture,
mise en scène, ce sont les symptômes qui s’en chargent, provoquant des
troubles psychiques ou même physiques qui donnent à voir d’une façon ou
d’une autre que nous sommes tombés dans une dépendance à quelqu’un aux
dépens de la dépendance de cet autre premier et fondateur.
En réalité, le transfert imaginaire est la traduction directe et spontanée du
transfert originaire et réel qui se confond avec l’inconscient lui-même. Celui-ci est irreprésentable puisqu’il fonde la représentation, et pourtant il ne peut se
passer d’elle pour se manifester, au risque de donner prise à une dépendance
actuelle source d’aliénation. C’est pourquoi il est essentiel que s’instaure un
mouvement régulier de construction et de déconstruction du transfert imaginaire, mouvement dont la psychanalyse constitue le lieu privilégié, mais que les
innombrables mises en scène actuelles facilitent aussi par la critique acerbe qui
souvent les anime. C’est pourquoi aussi on assiste à une perversion de l’analyse
à chaque fois que celle-ci reste enfermée d’une façon ou d’une autre dans le
transfert imaginaire et que, tout en le critiquant, elle s’en sert pour asseoir son
pouvoir. De ce point de vue, les innombrables représentations actuelles constituent aussi des réactions salutaires face aux excès dont le transfert imaginaire
est porteur.
En un mot, l’imaginaire du transfert est bien utile, il est même indispensable,
d’abord parce qu’il témoigne d’un fait fondateur de la vie psychique qui reste
et restera indépassable : il n’y a pas de je sans autre. Il l’est aussi parce qu’il offre
la possibilité au sujet humain d’objectiver ce donné d’origine, de le projeter et
donc aussi de le critiquer constamment pour mettre à jour les aliénations
multiples dont il est porteur. Il l’est enfin parce qu’il constitue le terrain solide
sur lequel s’appuyer pour effectuer la critique en question. Mais tout cela n’est
possible qu’à une condition : qu’on sache bien qu’il s’agit de la représentation
imaginaire d’un fait qui est en lui-même irreprésentable compte tenu de sa place
et de sa complexité infinie, et qu’on ne peut en rendre compte que de façon
négative, en disant ce qu’il n’est pas, car il est au fondement de tout ce qui
peuple notre esprit. À chaque fois que l’on cherche à reconstituer ce lien
originaire à l’identique – hormis dans l’activité créatrice – on aboutit au résultat
opposé à celui qu’il a eu aux origines : il a fait naître l’inconscient et l’esprit, il
risque cette fois de les nier et de les étouffer pour de bon.
·
BONNET G., Le transfert dans la clinique psychanalytique, P.U.F., 2e éd. 1999.
·
LAPLANCHE J., Entre séduction et inspiration : l’homme, P.U.F., 1999.
[1]
Je renvoie pour tout ceci à mon article : « regard et dépendances », publié dans un précédent
numéro de la revue
Études Psychanalytiques, 4,2000/2, p. 35 sq.