2001
Imaginaire & Inconscient
Éditorial
Marc-Alain Descamps
Le transfert est universel et constant : toute relation humaine comporte une
part transférentielle. D’ailleurs le mot transfert est tombé dans le langage
courant. Le grand public en fait un usage fréquent : tout est devenu transfert. On
le retrouve aussi bien dans les pièces de théâtre que dans les films comme
Mortel transfert.
Il est vrai qu’on le rencontre en acte dans la vie quotidienne et que l’on
commence maintenant à le reconnaître. Comment la société ne verrait-elle pas
ses transferts dans l’image de ses infirmières, de sa police ou dans les rapports
scolaires entre les jeunes et leurs professeurs. Il y en a même qui font des transferts sur leurs chiens et les préfèrent aux humains. Les relations transférentielles
sont partout et la psychanalyse a beaucoup à nous apprendre à ce sujet.
Car le transfert est constitutif de la psychanalyse comme le précise Freud :
“le nom de psychanalyse ne s’applique qu’au procédé où l’analyse du transfert
est utilisée pour réduire les résistances”.
L’approche novatrice de ce numéro sur Les Transferts sous l’éclairage du
Rêve-éveillé est justement d’accepter ce déplacement sur la place publique,
c’est bien le transfert du transfert. Il n’est que d’en rendre compte analytiquement.
Il convient donc pour comprendre le transfert de partir de l’origine et
d’étudier d’abord sa découverte par Freud. Il est le dragon de la psychanalyse
qui garde l’entrée de la caverne aux trésors inconscients. Il a fait fuir Breuer et
a comblé Freud avant qu’il ait résolu l’énigme du Sphinx.
Puis il faut en voir l’usage effectif dans l’analyse rêve-éveillé. Le jeu du
transfert dans son entier est autre que le simple déplacement d’affect ou de
représentation.
Mais très vite l’on saisit que le transfert ne peut pas être étudié indépendamment du contre-transfert avec lequel il forme un couple indissoluble. Ce
couple se retrouve dans le second couple constitué par l’analyste et son patient.
Alors y a-t-il deux transferts pour un ou un seul transfert pour deux ?
Le propre du rêve-éveillé est de se déployer dans l’espace imaginaire qui
n’existe que par le symbolique. L’imaginaire du transfert fait que le transfert
imaginaire est toujours là en arrière fond. Est-ce cela que l’on doit appeler le
transfert en creux ?
Mais à ce faire le rêve-éveillé se trouve dans l’originaire en plein archaïque.
Le transfert archaïque est tout autre que le superficiel de surface. C’est une
question de peau et d’enveloppe psychique. Sous l’œdipien et le génital c’est
souvent de quelque chose de beaucoup plus profond qu’il s’agit. Le transfert
aurait-il quelque chose à voir avec la capacité de rêver ?
L’amour de transfert doit se voir à l’œuvre dans la cure et ce sera la seconde
partie clinique de ce numéro. Oui, une détresse d’enfant peut se cacher sous une
revendication génitale.
Qu’en est-il donc du transfert dans les cures d’enfants ? Après un apprivoisement mutuel une relation affective puissante peut devenir le moteur de la
cure. Alors le thérapeute peut être utilisé comme support du changement.
Enfant ou adulte, les variétés de ces relations à la fois artificielles et authentiques peuvent être très grandes et parfois surprenantes. La clinique de la cure
nous fait alors pénétrer dans ce laboratoire vivant de la relation humaine.
On reproche toujours au transfert de priver de liberté et ceux qui ne
connaissent pas la cure analytique craignent de se retrouver dans une relation
de dépendance. Or ce modèle de la relation humaine fondée sur la franchise est
au contraire ce qui peut faire échapper à des relations précédentes dominées par
l’emprise et l’omnipotence.
Car le transfert est fait pour se liquider et cette liquidation est triple. Elle est
celle de l’incestueux car tout transfert est délivrance de l’inceste œdipien. Elle
est libération de l’illusion du sujet supposé savoir qui pourrait choisir à notre
place. Enfin elle est délivrance du désir de l’autre sur nous lorsque l’on cesse
d’exaucer le vœu d’être le phallus maternel. Liquider le transfert, c’est ne plus
croire dans le pouvoir d’un autre existant à ma place.
Le transfert est finalement une affaire de cœur, mais peut-il y avoir un amour
sans transfert ?