Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062679
170 pages

p. 125 à 126
doi: en cours

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no 3 2001/3

 
LA COMÉDIE DE L’INNOCENCE Un film de Raoul Ruiz, avec Isabelle Huppert (Ariane), Nils Hugon (Camille), Jeanne Balibar (Isabella)
 
 
Quand le « roman familial » rencontre un impossible deuil.
Camille fête ses 9 ans dans une apparente tranquillité familiale. Pourtant quelque chose d’un peu trouble dans cette atmosphère laisse poindre l’irrationnel. « Et toi, maman, tu étais là quand je suis né ? » La question de Camille nous introduit dans l’imaginaire de son « roman familial ». Les rires des adultes autour de lui, son père, sa mère et le frère de celle-ci médecin psychiatre nous paraissent cacher un malaise. Le blanc des murs de la maison ouverte à la lumière paraissent cacher les secrets honteux des adultes, quand des allusions sont faites à une mystérieuse cave. Camille, lui, petit bonhomme au regard d’ange inquiet promène partout son caméscope à la recherche de quelles images insolites ? Il nous fait pénétrer avec lui dans un monde étrange où il entretient un dialogue avec un garçon tout aussi étrange Paul ou Alexandre, on ne sait tout comme on ne sait s’il est vivant ou mort, réel ou imaginaire. Quelle comédie filme Camille ? Quelle comédie nous donne-t-il à voir où l’on découvre peu à peu l’inquiétante étrangeté et bientôt la perversité ? Car à la question que se pose tout enfant au moment du passage par le « roman familial », Camille trouve une réponse chez une femme endeuillée par la mort d’un enfant. Et Camille fait se confronter non pas son fantasme avec la réalité mais deux femmes, deux mères pour un seul enfant. Mais aucun jugement de Salomon, dont le tableau trône au mur du salon cependant, ne vient ici dire le juste et délivrer de l’emprise de la toute puissance. Pourquoi le père de Camille ne joue-t-il pas ici son rôle, tandis que le frère d’Ariane entretient avec sa sœur une relation sinon incestueuse du moins incestuelle ? Pourquoi les deux femmes se sentent-elles liées ? Quels secrets familiaux recèle la cave ? Une grand-mère morte de chagrin « une histoire d’inceste, dit-on » ? Quel poids transgénérationnel pèse-t-il sur l’enfant ? Tout cela suggéré, esquissé dans des plans fluides, parfois flous, comme un jeu dans la mise en scène dont nous sommes habitués depuis La recherche du temps perdu. Mais le jeu est dangereux, celui de la fausse mère porteur de mort, répétition pour Camille de la mort d’un autre.
La comédie de l’innocence pourrait s’appeler celle du « pervers polymorphe » dont parlait Freud, mais aussi lutte entre la pulsion de vie et la pulsion de mort. Elle peut être l’occasion de plusieurs lectures, de plusieurs regards, nous emmenant dans le labyrinthe de l’ambivalence des images d’enfance, des images perdues comme du temps retrouvé de Raoul Ruiz
Madeleine NATANSON
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