2001
Imaginaire & Inconscient
Éditorial
Le comité de rédaction
Des images... des enfances...
L’image comme hallucination de l’objet du désir est la première forme de
l’expérience de l’enfant avant la parole. Freud nous a montré comment
« l’expression abstraite et décolorée des pensées fait place à une expression
imagée et concrète » (Interprétation des rêves, p. 294) dans les rêves et les
créations littéraires.
Des images retrouvées de l’enfance se dramatisent en rêve éveillé comme
dans les productions des poètes ou des écrivains. Mais dans l’expérience analytique, elles mettent en œuvre les processus primaires afin de ramener à la
lumière le refoulé. Elles se chargent d’affects, de souvenirs, d’émois avant que
les mots permettent d’accéder aux signifiés.
Les images de l’enfance ne sont pas de simples reflets de la perception, mais
non plus une copie de celle-ci. Elles sont ouverture vers des possibilités
créatrices qui recomposent les éléments de la perception. L’image se nourrit des
grands mythes de l’histoire du monde, des contes, des chansons, véhiculés par
nos souvenirs, tissés comme la trame d’une étoffe avec la chaîne des mythes
individuels de l’histoire unique de chacun.
Des enfances et d’images se mêlent d’une génération à l’autre...
Plonger son regard dans ce paysage des images d’enfances, c’est y trouver
parfois des émotions réconfortantes, mais aussi toute la souffrance causée par
l’ambivalence des premières relations d’objet. Parfois, à travers les rêves
éveillés lors d’une cure analytique, les images surgissent de loin d’une enfance
comblée, blessée, perdue. Parfois n’ayant pu crier ce qu’elles véhiculaient de
souffrance, celle-ci est transmise inconsciemment par l’angoisse de la mère
jusqu’à un enfant dont le corps tout entier va l’exprimer.
Au-delà des mots du discours se dévoile une parole plus vraie quand l’image
est partagée dans les jeux du transfert. Elle se transforme, se répare dans une
prise de sens qui accède au langage symbolique.
Pour ce numéro Images d’enfances nous avons choisi les images et les
enfances que nous révèlent la clinique mais aussi celles dont use la fiction pour
dire l’indicible, celle des écrivains, des poètes, des musiciens.
La voix des berceuses qui endort l’enfant préparant pour lui l’espace transitionnel winnicottien devient mémoire de la culture d’un peuple. Les « plaintes
de la poupée » permettent en la soignant de faire grandir la petite fille.
Les fantasmes des enfants déroulent leurs spirales dans la traduction de la
Revue de pédagogie psychanalytique de 1927 tandis que les histoires d’Harry
Potter les mettent en jeu pour les enfants d’aujourd’hui, retrouvant une richesse
imaginaire mise à mal parfois par le virtuel dont ils sont saturés.
Pour Bachelard, l’image est un explosif : « Elle fait soudain éclater les
phrases toutes faites, elle brise les proverbes qui roulent d’âge en âge, elle nous
fait entendre les substantifs après leur explosion, quand ils ont quitté la géhenne
de leur racine, quand ils ont franchi la porte des ténèbres, quand ils ont
transmuté leur matière » (L’air et les songes, p. 285.)