2002
Imaginaire & Inconscient
Crise identitaire chez un enfant vivant une séparation
Julio Villagra
Psychanalyste psychothérapeuteSéminaire du GIREP 9 rue Franquet 75015 Paris
Il s’agit d’un article à lire et à regarder sur la cure
d’un enfant de 6 ans, vivant une séparation. L’enfant, à travers
les dessins, des maisons notamment, se dévoile, tout au long
de la cure, d’une façon remarquable. Il se prête au jeu de la
thérapie, en réussissant à exprimer l’indicible. Il fait le travail
de deuil et peu à peu il affirme son identité à travers une prise
de conscience qui lui a permis de se retrouver et de s’épanouir.Mots-clés :
Agressivité, Clivage, Crise identitaire, Déchaînement pulsionnel, Dedans-dehors, Deuil, Enveloppe protectrice, Famille recomposée, Identification, Inconscient, Jalousie, Objets maternels et paternels, Réparation, Séparation, Transfert, Triangulation.
This item, on the treatment of a child aged 6
going through a separation, needs to be read and looked at.
Through his drawings, above all houses, he unveils himself
quite remarkably all along the course of the treatment. He
allows therapy game to happen, saying the unspeakable. The
mourning gradually takes place while he affirms his identity
by means of a sudden awareness that allowed him back while
getting better.Keywords :
Aggressiveness, Splitting, Identity crisis, Drive outburst, In and out, Mourning, Protective layer, Composed family, Identification, Unconscious, Jealousy, Maternal and paternal objects, Reparation, Separation, Transference, Triangulation.
Comment demander à un enfant d’accepter la séparation des deux
êtres qu’il aime le plus au monde ? Il semble qu’il soit plus facile de prendre une fusée pour partir très loin de sa maison que d’accepter une séparation.
Nous présentons ici le cas d’un garçon de six ans dont les parents ont
divorcé quand il avait cinq ans. « Son père est parti avec une autre femme »
et la mère, à son tour « tout de suite » a formé une famille avec un homme
divorcé, père d’une fillette de huit ans. Ils se sont mis d’accord à l’amiable
pour que l’enfant habite avec sa mère. Le père, lui, le prendrait tous les quinze
jours pour le week-end. Nous appellerons ce garçon « Thomas ».
La cure de Thomas est marquée et ponctuée par des dessins, notamment
par des dessins de maisons. Ces dessins sont pour nous des espaces de vie
et d’expérience. La production de Thomas est accessible et transparente
comme un langage familier. À travers elle, il a exprimé sa tristesse, son
désarroi, son incompréhension de la situation, son impuissance, face à l’inacceptable : la séparation.
À la première séance de Thomas, les parents et l’enfant sont venus
ensemble. La mère lui avait fort bien expliqué le sens de la consultation.
C’est elle qui me présente son petit garçon et son ex-mari. Je m’assois
à côté de l’enfant et je lui explique qui je suis, que mon travail consiste à
m’occuper des enfants qui ont des soucis dans leur vie. Je lui pose la question
« est-ce que tu sais pourquoi tu es là ? » Il répond immédiatement : « parce
que je suis triste ».
J’explique à Thomas que je dois parler avec ses parents, qu’il peut écouter
tout ce que nous allons dire, et s’il veut, il peut aussi intervenir et dire ce
qu’il pense. Aussi, je lui explique que pendant que je leur parle, il peut
s’occuper à autre chose. Je mets à sa disposition de la pâte à modeler, des
feuilles de papier, des feutres, des crayons de couleurs. Il me dit qu’il aimerait
bien dessiner. Je lui explique qu’ici ce n’est pas comme à l’école, qu’il peut
dessiner ce qu’il veut et qu’on discutera tous les deux à propos de ses dessins,
mais que je les garderai.
La mère raconte que Thomas est très triste, voire déprimé. Elle dit que
la maîtresse d’école, elle aussi, s’est alarmée. Il est abattu en classe, il ne
joue pas avec ses camarades. Pendant les récréations, il reste dans son coin.
Son père dit qu’ils sont prêts à tout faire pour aider Thomas. Sa mère
approuve.
Dessin n° 1 : La maison trouée
Toujours pendant la première rencontre, Thomas qui avait commencé son
dessin en présence de ses parents, se tourne vers son père et lui dit : « Je suis
triste parce que tu as divorcé ». Il continue son dessin très lentement. Avant
qu’il ne termine, je demande aux parents s’ils sont d’accord pour que je reste
seul avec Thomas. Ils acceptent. Je pose la même question à l’enfant qui hoche
silencieusement la tête en signe d’acquiescement. J’accompagne les parents
jusqu’à la salle d’attente, et je vais m’asseoir derrière lui. Je regarde attentivement les traces qu’il fait avec le feutre, et je lui pose la question « Qu’est-ce
que tu dessines ? » Il répond : « C’est une maison ». Il a commencé à dessiner
de haut en bas et de droite à gauche. Je lui demande : « Qui habite dans cette
maison ? » Réponse : « Ma mère, François (le beau-père), sa fille et moi. »
Ce dessin en noir représente une maison (on verra par la suite que Thomas
sait dessiner de très belles maisons). Ainsi, sous cette forme, cette maison-là n’est pas un enclos, elle ne possède pas d’enveloppe protectrice. C’est une
maison-espace-disloquée. De haut en bas se trouvent représentées la salle
à manger, une petite pièce à gauche de la salle à manger. À droite, il y a
une salle d’eau; en bas la salle de séjour, à gauche de la salle de séjour deux
fauteuils et la télé, à droite, un WC. En troisième position, sa chambre et à
gauche la chambre de sa « demi-sœur ». En quatrième position, la chambre
de sa mère et de son beau-père; à droite, un WC. Et enfin, tout en bas, on
voit la porte d’entrée de la maison, la cuisine et à côté, un réfrigérateur.
Cette porte d’entrée, sans encadrement, ne marque ni ouverture ni
fermeture sur le monde extérieur. Thomas a dessiné la maison qu’il habite
actuellement, montrant qu’elle n’est pas pour lui un lieu de paix, de calme
et de sécurité. Ainsi, cette image représentative de son état d’être au moment
où il dessine, actualise ce qui le meurtri, c’est-à-dire l’impact même de la
séparation. Les deux êtres qu’il aime le plus au monde s’entre-déchirent puis
se séparent et sa sécurité affective s’est écroulée.
Cette maison, ainsi faite, semble avoir quatre étages. Nous savons qu’il
habite avec sa nouvelle famille dans une maison à un étage. Avant le divorce
de ses parents, il habitait également dans une maison à un étage. Ainsi ce
dessin, pour lequel il n’a utilisé que le feutre noir, est l’image d’un espace
intérieur, obscur, triste, disloqué, troué.
Dessin n° 2 : La maison perdue
C’est la deuxième fois que je reçois Thomas : je lui demande s’il aimerait
que je lui montre son premier dessin. Il me répond par la négative. Alors je
le questionne sur ce qu’il aimerait faire et je lui offre à nouveau les feutres
et la pâte à modeler mais il répond qu’il préfère dessiner. Et d’un seul jet,
il dessine ce que j’appelle : « La maison perdue ».
Je lui pose des questions. Il m’explique qu’au premier étage, à gauche,
il s’agit de sa chambre; qu’en bas, c’est le salon et que la partie noire, c’est
la porte d’entrée. Il précise néanmoins qu’il y a une fenêtre et une cheminée.
Dehors, un arbre plein de fruits et un très beau soleil. Il se tourne vers moi,
il me fixe puis affirme : « c’est ma maison ». Il s’agit en fait, de sa première
maison, désormais disparue, parce qu’après la séparation, ses parents, dans
un commun accord, ont décidé de vendre cette maison qu’ils avaient achetée
au moment de leur mariage, avant la naissance de Thomas. On peut se
demander quelle a été l’importance de l’impact de la perte de la maison
sur Thomas.
Dessin n° 2
La maison perdue
Une maison peinte avec de belles couleurs vives, avec des portes et des
fenêtres qui peuvent s’ouvrir et se fermer (dedans-dehors). On y voit, la
chambre des êtres qu’il aime le plus au monde, sa chambre à lui, et aussi le
soleil et un arbre plein de fruits (les objets maternels et paternels) : c’est
cet ensemble qui assurait la stabilité de l’enfant. Mais à la fois, s’il est vrai
que la maison est entourée d’une enveloppe pour séparer le dedans du dehors,
donc pour éviter les effractions, il y a ces espaces troubles aux couleurs
contrastées qui peuvent évoquer les conditions difficiles dans lesquelles
Thomas a vécu avant la séparation de ses parents.
Dessin n° 3 : La maison royale et l’affirmation de la filiation
et de l’identité de l’enfant
On en est à la quinzième séance. Cette fois, Thomas dessine un château
« c’est la maison du roi » et certainement « la reine est là ». C’est bien là une
maison idéalisée.
L’enceinte protectrice est une des composantes fondamentales que nous
révèle ce dessin. Il dit qu’il se passe « plein de choses » à l’intérieur de la
maison. Je lui propose : « dans ce château il y a le roi et la reine, mais est-ce qu’il y a un prince ? » Thomas répond : « il n’y a pas de prince. » Puis il
se reprend : « je ne sais pas » et il continue à s’appliquer. Cette fois la porte
d’entrée du château nous conduit sur la gauche vers une forme ovoïde aux
couleurs incandescentes (rouge-orangé-pourpre) qui évoque un œuf. Nous
devons remarquer également la figure fœtale représentée dans le soleil, ce
qui peut évoquer une appartenance au père.
Ainsi, Thomas s’interroge sur sa propre naissance et il marque l’affirmation de la pérennité de sa filiation : il sera toujours l’enfant de ses parents
séparés. Vivre dans une famille recomposée n’a pas dissout ses liens biologiques et naturels avec ses parents-là.
Thomas rajoute au château une tour et un drapeau. Puis il me précise :
« c’est un drapeau anglais ». (Il m’avait entendu plusieurs fois dire « O.K. »
Et il avait demandé à sa mère : « C’est quoi O.K. ? » Elle avait répondu que
c’était de l’anglais). Je constate que la relation transférentielle est dès lors
solidement établie.
Dessin n° 3
La maison royale
À la fin de la séance, la mère de Thomas exprime avec force qu’elle ne
comprend absolument pas pourquoi son fils met son père sur un piédestal.
Elle dit qu’elle n’acceptera jamais qu’il parte avec son père. Je lui explique
que Thomas a besoin de son père pour prendre confiance en lui et s’identifier à une image masculine, mais qu’il a besoin aussi de toute l’affection de
sa mère. Il faut souligner que les relations d’identification et d’opposition avec
chacun des parents, sont encore plus complexes dans les couples divorcés.
Dessin n° 4 : L’attaque en règle de la maison royale
Voilà une attaque fantasmatique en règle contre le couple parental biologique.
On est à la vingt-quatrième séance, Thomas entre, ne dit rien, s’assoit
et commence à dessiner un château. C’est « le château du roi et de la reine ».
Cette fois, il ne veut pas répondre à mes sollicitations. Une fois qu’il a fini
de faire le château, le soleil et le ciel, il dessine en bas à gauche un dragon
vert attaché avec une grosse chaîne. Thomas est très en colère et il va
l’exprimer avec beaucoup de force. Le dragon crache du feu et le feu se
répand tout autour du château. Cela ne suffit pas : le château est encore
debout. Il faut l’attaquer cette fois avec des pierres noires. D’abord il dessine
des petites pierres, puis celles-ci deviennent de plus en plus grosses. Il veut
absolument faire écrouler ce château. La pierre la plus grosse (à gauche),
possède des pointes coupantes, elle tourne sur elle-même, elle casse la chaîne
du dragon et le délivre.
L’agressivité que Thomas ressent face à la situation de séparation est
passée par différentes phases : d’abord, il l’a exprimée contre sa mère.
Pourtant c’est la personne qui avait réagi le plus sainement et tenté d’éviter
à son enfant d’être pris dans le conflit du couple. Ensuite, cette agressivité
s’est exprimée contre son père. Et cette fois-ci, à travers ce dessin, elle se
manifeste avec force contre le couple parental.
Cette séance a eu lieu au retour des vacances de printemps. Thomas avait
passé une partie de ses vacances avec son père et l’autre avec sa mère. Il avait
exprimé le désir de passer toutes les vacances avec son père, mais ce dernier
lui avait affirmé que cela n’était pas possible.
Après cette séance, la mère se plaint : elle ne comprend pas pourquoi
Thomas préfère son père alors que celui-ci ne s’est pas occupé de lui quand
il était bébé. Elle se demande pourquoi Thomas ne peut pas se passer de lui
maintenant. Elle répète avec fermeté : « pas question qu’on me le prenne ».
Enfin, elle me dit : « Thomas ne me raconte jamais ce qu’il fait avec vous ».
Si bien que je demande à la mère, si elle croit que je fais le jeu du père.
Elle rit.
Dessin n° 4
L’attaque en règle de la maison royale
Il est évident que la jalousie des parents par rapport à l’enfant est
constante. Celui-ci est d’autant plus tiraillé que cette jalousie est violente.
Dans son désarroi, il répond par une agressivité redoublée.
Dessin n° 5 : Le dragon prend une fusée
On est toujours à la vingt-quatrième séance.
Après avoir fini son dessin (n° 4) Thomas semble perdu et désorienté.
La grosse chaîne qui attachait le dragon à la maison royale a été rompue.
Je cherche à provoquer une réaction, en lui disant : « Le dragon est libéré,
qu’est-ce qu’il va faire maintenant ? » Réponse : « le dragon va prendre une
fusée ».
Aussitôt, je lui donne une autre feuille. Il dessine un dragon vert sur la
plage qui se trouve très loin de la maison royale qui a été détruite.
Certes, le dragon, qui le représente, est ratatiné, mais il contemple, apaisé,
les grosses vagues de la mer. La fusée qui lui a permis de partir se trouve
en rouge à droite.
À la fin de cette séance, pour la première fois, Thomas me serre très
fort la main, à la place de l’« au revoir » habituel. Je le sens soulagé. Le
dragon, Thomas, avec sa puissance de feu a réussi à trouver une protection
stable et solide contre son propre déchaînement pulsionnel.
Dessin n° 5
Le dragon prend une fusée
Dessin n° 6 : La maison réparée
Thomas, en dépit des difficultés rencontrées, manifeste une certaine
indépendance et commence à surmonter souffrance et agressivité. On assiste
à l’apparition de sentiments nouveaux chez lui. À l’école, sa maîtresse
constate qu’il va mieux et à la maison, sa position à l’égard de son beau-père commence à changer et il s’adonne à différentes activités avec ce
dernier. Sa mère me dit : « Il est plus câlin avec moi maintenant et il m’écoute
bien. » La difficulté à se faire obéir et à lui fixer des limites commence à
disparaître.
Thomas, cette fois, fait le dessin d’une maison bien bâtie, aux lignes
perpendiculaires et verticales, avec un jardin ensoleillé, une balançoire,
des fleurs. Le grand calme opposé à la violence destructrice manifestée précédemment par le dragon. Je l’appelle « la maison réparée ». Quand il la
dessine, c’est le sentiment de la réparation qu’il donne. Dans ce dessin, il y
a encore la chambre de ses parents séparés, sa chambre, mais il y a aussi une
troisième chambre non occupée annonçant l’acceptation de sa nouvelle
constellation familiale. Sous les combles de la maison qu’il a dessinée : il
y a ces figures énigmatiques à propos desquelles je n’aurais aucune précision
de sa part.
Au cours de cette séance, Thomas me semble moins triste. Il persiste
néanmoins à affirmer « je suis triste ». Je crois pouvoir comprendre qu’à ce
moment-là une partie de lui continue à vouloir réunir ses parents et que
l’autre partie est en passe d’accepter la séparation (clivage). Il faut du temps
pour cicatriser les plaies.
Dessin n° 6
La maison réparée
Dessin n° 7 : La famille recomposée à la plage
On en est à la vingt-huitième séance. La mère de Thomas me dit qu’il a
beaucoup progressé, que la maîtresse d’école lui a raconté que dans la cour
de récréation Thomas joue avec ses camarades, se bat même avec eux et se
défend avec force.
Mais le fait le plus marquant est qu’il parvient à intégrer le rôle du beau-père. Il développe ce thème dans un dessin que j’ai intitulé « La famille
recomposée à la plage ».
Je demande à Thomas qui est dessiné sur la feuille en haut à gauche.
Il répond d’une voix inaudible : « mon père ». Mais, il se reprend et corrige
aussitôt clairement : « mon faux père ». Là dessus, tous les deux, nous nous
mettons à rire. Pour la première fois...
À côté de ce beau-père– faux-père, il a représenté celle qu’il appelle
sa « demi-sœur », c’est-à-dire la fille de son beau-père (laquelle en réalité
n’est pas sa demi-sœur). Au même niveau, sur le fond jaune, à droite, il s’est
représenté avec à côté de lui en dernier, sa mère. Il est intéressant de remarquer une énorme vague bleue sur le point d’atteindre sa mère.
Thomas, avec ce dessin, préfigure l’ébauche d’une instance paternelle
unifiée. Dans une tentative de rassembler dans une même image la représentation du père et du faux-père, il recompose une famille. Une façon de
construire une triangulation adaptée à sa nouvelle situation.
Dessin n° 7
La famille recomposée à la plage
Dessin n°8 : La maison du père-faux-père
Pendant la trente-deuxième séance, la mère de Thomas me dit que le père
du garçon et elle-même souhaitent arrêter les séances car leur fils va mieux.
Elle me confie alors qu’elle est elle-même fille de parents divorcés et qu’elle
s’est remise des conséquences du divorce sans thérapie. Je lui réponds qu’en
effet Thomas a beaucoup de ressort. Je lui demande cependant qu’elle me
donne la possibilité de faire encore quelques séances pour préparer Thomas
à l’arrêt de la thérapie.
À la séance suivante, sans même attendre ma question, Thomas me dit :
« je ne suis plus triste ». Je l’avais effectivement constaté et dès lors je lui
explique que, bientôt, nous n’aurons plus besoin de nous revoir.
Quand nous sommes arrivés à la dernière séance, Thomas a voulu
dessiner et c’est toujours une maison. Je l’appelle la maison du père-faux-père.
Au premier étage, il dessine trois chambres : celle de sa mère et de son
« faux-père », celle de « sa demi-sœur » et plus haut, sous les combles, sa
propre chambre.
Il y a également deux arbres, un à côté de l’autre, reliés par la fumée
zigzaguante du feu de la cheminée. Une fleur s’épanouit au soleil abrité
par ces deux arbres bien solides...
Ainsi le dragon destructeur est remplacé par une belle fleur qui pousse
à l’ombre du père et du faux-père. Tout au long des dernières séances,
Thomas a accordé au faux-père des qualités d’instance paternelle en
parvenant à réunir père et faux-père : c’est bien-là l’acceptation d’une
nouvelle constellation paternelle, ou celle des deux nouvelles familles recomposées unies cette fois par la chaleur d’un feu de cheminée.
Dessin n° 8
La maison du père - faux père
Dès notre première rencontre, Thomas a dessiné des maisons. Il y naît,
il s’y déplace, il y évolue. Il est créateur.
La « maison » figure le travail du deuil que doit effectuer Thomas à cause
de la séparation de ses parents. Il a représenté les différentes étapes de ce
travail, et de cette révolution intérieure – de son désarroi et de sa tristesse –
et il a affirmé son identité biologique, sa violence envers le désaccord
parental.
À travers des images coloriées, il a trouvé un mode d’expression à sa
mesure. Jamais il n’a hésité devant sa feuille de papier. Dès lors, Thomas a
exprimé l’indicible.
Ainsi, pour lui, le dessin est un véritable langage. Et ce langage-là, est
une voie royale d’accès à son inconscient. Il est aussi le support, avec le
transfert, de son évolution personnelle.
Les maisons ont également symbolisé l’évolution de la constellation
familiale de Thomas : nous sommes passés d’un premier dessin de la maison
déstructurée à l’image charnière de la maison réparée jusqu’à la dernière
représentation où il apparaît sous la protection de deux instances parentales protectrices réunies.
En fin de compte, ces dessins constituent un singulier travail de deuil, de
prise de conscience, et de maîtrise de la situation, qui lui ont permis de se
retrouver et de s’épanouir.