Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062989
170 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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no 8 2002/4

2002 Imaginaire & Inconscient

Éditorial

Monique Aumage
La séparation n’est pas un concept psychanalytique. Cependant, elle est au cœur de tous les discours analytiques et de la vie. Le dénominateur commun de la séparation est la crise identitaire. Qui est-on ? Que devient-on sans l’autre, sans les autres ? Il y a douleur, perte de soi, tous les voiles successifs du deuil, puis réparation, et pourquoi pas naissance et renaissance.
Dans ce numéro, la séparation est envisagée de différents points de vue à savoir celui des parents, celui des enfants, celui des thérapeutes, des socio-logues ainsi que dans la création musicale et picturale.
Nicole Fabre, dans un très beau texte évoque la séparation irréversible, le « jamais plus », le départ des enfants, cette deuxième naissance qui est aussi « une blessure à travers le corps », malgré les rationalisations, mais « laisser aller l’enfant qui va ».
Julio Villagra nous entraîne dans le drame d’un enfant dont les parents divorcent. Comment, pour lui, accepter la séparation des deux êtres qu’il aime le plus au monde ? L’évolution de ses dessins témoigne de l’immense crise identitaire que vit cet enfant, à travers la déstructuration, le désarroi, l’affirmation de son identité biologique et l’acceptation progressive d’une nouvelle constellation familiale protectrice.
Jean-Jacques Beugniez nous fait percevoir le difficile défi thérapeutique qu’est celui de la médiation familiale. Celle-ci est la thérapie du divorce qui est à la fois solution et problème. Séparer conjugalité et parentalité relève de l’imaginaire juridique. Le conflit conjugal se joue à travers le parental. Mais quoi qu’il en soit du parental, c’est l’enfant qui fonde la famille.
Hélène Brunschwig nous offre le témoignage des difficultés réciproques que vivent thérapeutes et analysants dans la séparation de fin d’analyse. À ce moment se réactivent les blessures de bien d’autres séparations. À l’inquiétude qu’avait une analysante d’abandonner son analyste, celle-ci répond : « Mais non, j’aurai élevé un enfant et vous, vous serez libre et autonome ».
Louisette Andjelkovic nous montre comment les nombreux deuils et ruptures dans la vie de Mélanie Klein et ses analyses avec Ferenczi et Karl Abraham ont préparé celle-ci à son œuvre. Mélanie Klein met l’accent sur la séparation et le clivage (bon sein – mauvais sein, bon objet – mauvais objet). À l’aide d’exemples Louisette Andjelkovic vérifie la pertinence et la permanence des concepts kleiniens dans la lecture de rêves éveillés.
Monique Aumage présente un cas de stérilité par une cure analytique de rêve éveillé. Elle montre comment les lois humaines de transmission de la vie dans la succession des générations exigent la séparation : « tu quitteras ton père et ta mère ».
Dans « Un monde où l’on ne se sépare jamais », texte extrait de l’ouvrage Contes cruels de la mondialisation, Kathleen Kelley-Lainé montre l’inhumanité et la perversité des nouveaux modes de communication imposés par la séparation et l’exil. La distance fige la relation des enfants à leur mère à celle de mère-bébé. « Les enfants d’Anita grandissent loin d’elle, sans son regard, et ils restent enfermés avec elle dans un amour narcissique. C’est elle qui donne, ils reçoivent : ils sont incapables de se soucier d’elle ».
Stéphane de Gérando nous raconte une étape de son cheminement dans sa création musicale. Il lui a fallu se séparer de certaines expressions de ses propres émotions et d’un contexte culturel, pour favoriser l’émergence de brèches émotionnelles imprévisibles et se surprendre ailleurs, en lui-même par sa création.
Lydie Pearl nous introduit dans l’univers pictural de Dali qui dans ses toiles « joue le délire sans être pris par lui ». Il peint la séparation : les images doubles, l’ambivalence, la fusion, l’amour cannibale, la mort, les deuils, et enfin c’est le Dali chrétien et mystique et la communication avec le cosmos. Une œuvre picturale naît d’une douloureuse séparation de la mère.
Ainsi vont : passion, mort et résurrection.
Malgré le renouveau qui naît de toute séparation, certains, avec le poète, préféreront dire :
« Oh temps, suspends ton vol ! »
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