Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062989
170 pages

p. 7 à 14
doi: en cours

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no 8 2002/4

2002 Imaginaire & Inconscient

Laisser aller l’enfant qui va

Nicole Fabre Psychanalyste membre titulaire du G.I.R.E.P. 80 rue de Vaugirard 75006 Paris
Les études de société mettent en évidence, sous des dehors d’autonomie précoce de l’enfant, une grande difficulté, chez beaucoup de parents, à accepter la séparation d’avec leurs enfants. L’observation des rêves nocturnes et des rêves éveillés au cours d’une psychanalyse confirme cette difficulté et permet d’en analyser les fondements. Elle met en lumière l’importance de la régression vers des vécus archaïques du côté des parents à l’occasion de leur parentalité ainsi que l’activation du sentiment de toute-puissance à l’égard de l’enfant, leur objet, qu’ils désirent garder. Un travail de déprise doit s’opérer, dont on évoquera, en conclusion, les conditions premières.Mots-clés : Séparation, Vécus fusionnels, Dépendance, Possession, Déprise. Society studies put forward, as an outwardly sign of early child autonomy, a major difficulty for lots of parents to accept the separation from their children. Nocturnal and awakened dreams observation during a psychoanalysis confirms this difficulty and allows for the analysis of its foundation. It shows the importance of regression towards archaic actual experiences when accessing parenthood together with the activation of a feeling of omnipotence towards the child, their own object they want to keep. A work of de-holding needs to be done which primal conditions are evoked in the conclusionKeywords : Separation, Fusion actual experiences, Dependence, Possession, De-holding.
La vieille dame a commencé de mourir, elle qui était si amoureuse de la vie. Il n’est plus nécessaire – ni même utile – de lutter; elle le sait. Vivante et consciente, elle entre donc dans sa mort, jusqu’ici impensable, impossible et inacceptable. Par petites touches, elle retrouve les souvenirs heureux, comme en une nostalgie doublée de la certitude que cela, c’est elle, et que ça lui appartient à tout jamais. Elle ne semble pas penser qu’avec elle vont se perdre ces instants-là, peut-être parce que, depuis toujours évanouis aux yeux des autres, ils lui sont demeurés fondateurs de ce qu’elle est encore, de ce qu’elle ne peut imaginer qu’elle ne sera plus. Elle emporte avec elle la petite fille heureuse, ses jeux, ses espiègleries, sa joie, toujours conservés.
Mais voici que, dans le même temps, survient la tristesse. Elle pense à ceux qu’elle aime passionnément, aujourd’hui encore, et elle se dit qu’elle ne les verra plus : ne plus voir ses enfants, ses petits-enfants, c’est le drame de sa mort, vécue comme séparation irréversible. Le « à tout jamais » cède la place au « jamais plus ». La vieille dame cherche obscurément la sagesse qui lui permettra de se séparer des siens dans la paix.
 
Si on ne se séparait jamais
 
 
Peut-être la vieille dame pourrait-elle se souvenir aussi des premières séparations d’avec ses enfants, séparations cruelles et acceptées, parfois par elle suscitées, et dont elle a dû, plus tard, découvrir la fécondité.
« Si on ne se séparait jamais, m’a dit un jour une petite fille, jamais on ne se retrouverait. Et ça, c’est trop bête ! » Cette petite fille était venue chez moi pour une psychothérapie, car tout éloignement d’avec ses parents lui était intolérable. Elle ne supportait même pas la séparation du soir, et venait se glisser au pied du lit des parents, quand ce n’était pas dans leur lit; ou encore, elle exigeait que l’un ou l’autre, allongé près d’elle dans sa chambre, lui tienne la main pendant son sommeil. Bien entendu, nous savons bien qu’à l’angoisse de séparation s’en ajoutaient d’autres concernant le couple des parents. Mais pour l’heure, c’est d’autre chose que je veux parler. Car vint le jour où ses exigences lui parurent un peu excessives, et sa mère, en m’en informant, en exprima comme un regret : « Je m’étais bien habituée, finalement. Maintenant, ça me fait tout drôle, et il faut que je me retienne pour ne pas lui demander si elle veut que j’aille dans sa chambre pour lui tenir la main. Et quelques fois, je pense au temps où elle était couchée dans sa couette sur mes pieds; je la sentais là, tout près, toute chaude... C’est vrai qu’elle me manque. »
Cette maman raconte tout cela, un peu honteuse, et malgré tout, attendrie par le souvenir qu’elle a de ce temps encore proche où le lien était si étroit avec sa fille, une petite fille qui a aujourd’hui découvert les richesses de la séparation : s’éloigner pour se retrouver, se dire au revoir pour se dire bonjour. Il faudra longtemps à la mère pour se familiariser avec cette réalité qu’elle m’a pourtant demandé de rendre accessible à sa fille. Car la difficulté de la séparation nécessaire n’est pas du seul côté de l’enfant qui a du mal à s’envoler.
Ainsi, cette autre maman qui tardait à acheter de vraies chaussures au bébé qui n’était plus un bébé, le dernier de la fratrie : « Je sais, je sens que dès qu’il aura des souliers avec une semelle, il se mettra à marcher. Ce ne sera plus mon tout-petit. Ce sera le début du départ. »
« Je ne veux pas qu’ils aillent en colonie », dit d’un commun accord un couple. « C’est trop tôt. On ne sait pas ce qui peut arriver. Les copains de rencontre sont parfois de mauvais copains et on n’est pas là pour équilibrer. Ils peuvent subir de mauvaises influences. Nous préférons organiser les vacances autour de chez nous et leur dire d’emmener des amis s’ils veulent. » Après tout, pourquoi pas ? « Nos enfants, ajoutent d’autres parents, sont très libres. Mais ils rentrent à la maison le soir après avoir vécu leur vie dans la journée. C’est la règle. Nous les lâchons sans les lâcher. »
Lâcher sans lâcher a un symbole; c’est le téléphone mobile ! Le fil ne se voit pas, mais il demeure, cordon jamais coupé, du moins dans la demande illusoire qu’en font les parents à leur enfant. Illusion aussi du côté de l’enfant : le cordon est coupé, puisque je vogue au loin et que rien ne permet vraiment de savoir où je suis. Il n’empêche : chacun peut, ou croit pouvoir, tenir l’autre, mais le lien ainsi inventé, symbole de toute-puissance de part et d’autre, n’est jamais une assurance.
J’arrête là cette énumération, chacun pouvant l’enrichir de ses observations. Et j’en exclue – parce que toute autre – la séparation radicale qu’impose la mort de leur enfant à des parents. Je ne parlerai donc ici que des séparations qui ponctuent la vie.
L’ancienne habitude, lors du mariage des enfants, de voir le père accompagner sa fille, la mère accompagner son fils jusqu’au lieu de la célébration d’où les nouveaux époux repartiront ensemble vers la vie, marquait la présence nécessaire des parents jusqu’à l’envol vers la vie adulte et célébrait l’accord donné pour cette séparation. Ce rite est largement tombé en désuétude. Mais on peut se demander si quelque chose ne s’en est pas allé, avec le rite, qui facilitait et signait symboliquement la séparation, à la fois pour les parents et pour l’enfant. La séparation du jeune adulte et de ceux qui l’ont accompagné jusqu’en sa vie d’adulte est, dès lors, plus floue. Les études de société le font nettement apparaître : encore adolescents, les enfants quittent les habitudes de vie, les valeurs de leurs parents et parfois leur toit. Et pourtant, même sortis de l’adolescence, ils demeurent ou redeviennent souvent dépendants matériellement, financièrement, de leurs parents. La séparation n’est pas consommée et l’ambivalence des parents à cet égard est patente.
 
L’attachement fusionnel
 
 
La psychanalyse peut-elle nous aider à comprendre les choses en deçà et au-delà de ce qu’en peuvent dire les études de société ? En d’autres termes, l’éclairage braqué sur ce qui se dit et se vit de manière inconsciente ne ferait-il pas saillir ce que parfois étouffe le descriptif de l’évolution du monde où nous vivons et la mise en évidence des dangers et des menaces, des prudences nécessaires et des imprudences regrettables ainsi que des dépendances économiques qui pèsent et que l’on résout comme on peut ?
On a largement parlé des désirs fusionnels de l’enfant qui retiennent ces petits dans une relation de proximité et de dépendance. Mais nous savons bien que, dans la relation de la mère à son enfant, le vécu, le plaisir et l’angoisse fusionnels ne sont pas du seul côté de l’enfant. Le bébé allaité et la mère qui allaite baignent dans la même interdépendance; de la douceur du bercement jouissent la mère ou le père, en même temps que leur enfant. Winnicott l’a suffisamment montré, faisant apparaître, à l’inverse, comment la mère – ou son substitut – préoccupée d’autre chose que du plaisir du lien à son enfant, casse aussi pour l’enfant le plaisir du lien à sa mère; quant à la contemplation de l’un par l’autre, elle est partagée. C’est donc ensuite, et peu à peu, qu’ils doivent s’acheminer vers la séparation nécessaire. Lorsque ce mouvement s’accomplit mal, l’enfant souffre. Mais a-t-on suffisamment montré à quel point, au temps du lien fusionnel à l’enfant, la mère, mais aussi le père, revivent leur expérience ancienne de bébé ? C’est peut-être cela qu’ils ne peuvent quitter. C’est peut-être la chaleur des temps anciens, garantie par le lien à leur enfant, qu’ils cherchent à tout prix à maintenir, dès lors qu’ils l’ont retrouvé, par le truchement de l’enfant retenu auprès d’eux. Et plus tard, l’angoisse de perdre de vue leur enfant répète leur angoisse ancienne de s’éloigner de leur premier objet d’amour.
Le récit de rêve nocturne de cet homme de trente ans, jeune père, le dit bien : « J’étais dans la chambre de mes parents, celle de notre première maison. Mais je ne savais pas où ils étaient. Je cherche, je cherche. C’est très angoissant. Je fais comme les gosses, je regarde sous le lit, dans le placard. Et tout d’un coup, je trouve un ours, l’ours de mon fils ! Je le prends contre moi. Je suis bien. » Il dit son étonnement au réveil, et maintenant encore, en me le racontant. Il rit, mi-figue mi-raisin... : « C’est plutôt bizarre, je trouve. »
Agnès raconte : « Quand ma fille, à vingt ans, a dit qu’elle voulait quitter la maison, avoir une chambre indépendante, qu’elle travaillerait pour payer le loyer en faisant ses études, au lieu de me réjouir parce qu’elle était grande et responsable, j’ai protesté, trouvé mille et une raisons pour dire non. J’étais en train d’essuyer des verres, un verre à pied. Sans le vouloir, je l’ai cassé en deux : le pied d’un côté, la coupe de l’autre. Ça m’a paru terrible. Je me suis dit : si on sépare la coupe du pied, c’est fichu; le verre est cassé. Je ne peux pas me séparer d’elle. Et en même temps, je me suis dit que nous n’étions pas une, mais deux, depuis sa naissance, et qu’il faut l’accepter. Je n’ai plus rien dit, ou plutôt, j’ai dit oui. Mais j’ai comme une blessure en travers du corps. »
Suit un rêve éveillé où elle se voit décollant d’elle « un petit enfant qui lui colle à la peau sur la poitrine... C’est comme une sœur siamoise. Finalement, elle emporte ma peau. Elle est mignonne, rose, potelée... Et moi, et moi, mes seins sont arrachés, je n’ai plus de peau par devant, c’est sanglant, ça dégouline, on dirait un tableau de... je ne sais pas qui... surréaliste, hyperréaliste... et je vois ça, la femme déchirée, dans un coin sombre, et dans un jardin à côté, comme chez les peintres de la Renaissance, un petit enfant tout nu qui joue. »
Elle associera plus tard sur le mot « Renaissance » qui lui est venu : « Oui, c’est une deuxième naissance, plus difficile que la première parce qu’on n’est pas prévenu que ce sera comme ça, si difficile !... Mais on parle bien de la délivrance après la naissance ? quand le placenta s’en va... Il faut juste que je laisse encore aller le placenta. Mais je ne sais pas comment on fait... J’ai dit laisser aller; ça doit être ça. »
L’angoisse de séparation, c’est l’angoisse d’abandon, et c’est l’angoisse de mort. À soixante-dix ans passés, cette mère et grand-mère dit faire souvent le même rêve dont elle se réveille toujours très angoissée : « Je marche dans des rues et des rues vides, ou sur des chemins où il n’y a vraiment personne. Je sais que je cherche quelqu’un, et je ne rencontre jamais personne. Je pense à mes parents, je voudrais les voir, mais dans le rêve, je me raisonne : « Tu sais bien qu’ils sont morts ! » Alors, je pense à mes enfants : « Tout de même, eux, ils pourraient être là, ils ne sont pas morts !? » Et je me dis : « Ils sont loin, si loin ! Ils m’ont oubliée. C’est comme s’ils étaient morts... Ou alors, c’est moi qui suis morte ? » À ce moment-là du rêve, je m’aperçois que je pleure et je me réveille. »
 
Le complexe de Pygmalion
 
 
Un autre facteur de difficulté est important, qui fait de l’enfant l’objet de ses parents. En effet, le pouvoir des parents sur l’enfant suscitant une illusion de possession est accru du fait de l’évolution de la maîtrise de la procréation et de l’accroissement d’une certaine forme d’attention concernant les enfants. Pouvoir sur l’enfant à venir, d’abord : c’est la possibilité de décider d’avoir un enfant ou de n’en pas avoir, de choisir le moment de sa naissance, pour certains en vertu même des signes astrologiques préférables étant donné le caractère qu’ils promettent. Le sentiment de toute-puissance des parents se nourrit sans aucun doute de tous ces pouvoirs. Ainsi le slogan bien connu : « Un enfant si je veux, quand je veux » n’assure pas nécessairement des lendemains heureux. Peut-être l’enfant ne se demandera-t-il plus s’il a vraiment été désiré et voulu ou seulement accepté. Mais qui pourrait mettre en doute le fait qu’au pouvoir extraordinaire de donner la vie, d’être créateur, s’ajoute celui d’avoir choisi d’en user ? Dès lors, l’enfant risque de devenir plus encore l’objet de ses parents : objet d’amour, certes, mais objet doublement créé, façonné, dont il devient encore plus difficile de se séparer. Sa création ne fait-elle pas partie du créateur ? On sait que certains artistes refusent de mettre en vente telle ou telle de leurs œuvres qu’ils désirent garder près d’eux, bien à eux tant en elles ils se reconnaissent. N’en va-t-il pas parfois de même pour les parents qui ne parviennent pas à se séparer de leurs enfants ? Le risque du moins n’est pas négligeable, avec son cortège de difficultés pour eux-mêmes, parfois pour leur couple, et pour les enfants. Et ce d’autant plus que, depuis la naissance de l’Ecole des Parents à l’époque où la psychanalyse commençait de se vulgariser en France, les livres, articles, journaux, ateliers et conférences apprenant aux parents à mieux comprendre et à mieux éduquer leurs enfants, à mieux assumer leur responsabilité, ont eu le double effet de réussir dans leur entreprise, mais de nourrir en même temps l’illusion, une fois de plus, dont le fantasme de Pygmalion est une belle illustration.
 
Être parents du Petit Poucet, ou parents de Trésor des Fèves ?
 
 
Je ne peux terminer cette réflexion sans évoquer l’aspect inverse, la situation des parents qui se démettent trop tôt de leur responsabilité de parents : quitter les enfants pour, obéissant au principe de plaisir, voyager plus librement, ou vivre sans contrainte, en serait un exemple assez banal; remplacer par de l’argent une présence qui serait peut-être encore bien nécessaire à des enfants encore jeunes, etc. C’est un fait de société, mais il reflète ce qui se joue de manière inconsciente du côté des parents, les désirs meurtriers quand l’enfant entrave leur liberté, la déculpabilisation par la conversion de l’objet d’amour en objet de consommation offert à l’enfant. N’est-ce pas ce qu’accomplissaient les parents du Petit Poucet et de ses frères lorsque, craignant de ne plus pouvoir se nourrir ni nourrir les enfants, ils les envoient avec un bon morceau de pain se perdre dans les bois où ils ont toutes chances d’être dévorés par les loups ? Quelle séparation bien organisée !
Heureusement, les contes nous offrent aussi quelques modèles de séparation de bonne qualité : c’est un roi, qui envoie son fils affronter des épreuves au terme desquelles il prendra pour épouse celle qui lui convient et deviendra roi à son tour; ce sont le père et la mère de Trésor des Fèves qui conseillent à leur fils de partir à la recherche de la minuscule Fleur des Pois, seule capable de lui être assortie, le préparant pour le grand voyage. Quand il reviendra à la maison, on fêtera le nouveau couple. En somme, le modèle qui fonctionne est celui de l’acceptation du principe de réalité : acceptation de la vieillesse qui vient, délégation du pouvoir à la génération montante, confiance accordée à l’enfant. Et quand l’enfant n’est qu’un bébé, les contes et les légendes nous offrent aussi quelques images de séparation précoce et voulue par les parents. Chaque fois que la vie de l’enfant est en danger s’il demeure auprès de ses parents, on s’en sépare, ce qu’a confirmé, en divers temps et divers lieux, la fresque tragique de l’histoire contemporaine. Dans une situation extrême, l’amour extrême est de dépossession de l’enfant pour l’amour de lui.
L’acceptation de la réalité mesurée par le temps qui passe apparaît dès lors comme l’une des conditions indispensables pour donner de bon cœur son accord à la séparation dès les premiers temps de la vie. Ainsi éviterons-nous de nous enliser dans le mélange des générations.
Accepter la réalité va plus loin : c’est admettre les limites de notre pouvoir et faire confiance à ce qui, en l’autre, le fait autre, un autre qui se crée lui-même, même si nous lui avons donné vie et avons accompagné ses premiers pas.
Accepter la réalité va encore plus loin : c’est élargir notre confiance en la vie dans laquelle s’engage notre enfant, c’est croire en l’homme en nous déprenant de nos attentes, de nos projets, de nos jugements.
J’ai commencé en évoquant la vieille dame marchant vers sa mort, aux prises avec la douleur de se séparer de ceux qu’elle aime. En terminant, je citerai un fragment du livre de J.-B. Pontalis, En marge des jours. Il s’agit d’un de ses patients qui songe à la mort : « ils mentent et se mentent à eux-mêmes ceux qui déclarent que ce qui les effraie dans la mort c’est de laisser leurs proches dans le désarroi »; ou encore ceux qui prétendent ne pouvoir continuer de vivre sans celui qui vient de mourir. « Foutaises ! Moi, je sais ce qui m’angoisse, c’est la perspective, la certitude d’être à jamais séparé de moi-même. La mort, ce n’est rien d’autre que cela et ça m’est insupportable : l’idée que je vais me quitter, une fois pour toutes. » (p. 35).
Et je me demande quel lien établir entre se déprendre de soi et se déprendre de ceux que l’on aime. Ne faudrait-il pas accepter de se séparer de ce que l’on croit nous constituer pour pouvoir, en vérité, supporter de se séparer de ceux que l’on aime, de ces enfants que l’on a mis au monde, soignés et fait grandir, pour qu’un jour, dépris eux-mêmes de nous, ils deviennent eux-mêmes ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Pontalis J.-B. (2002). En marge des jours. Paris : Gallimard, 118 p.
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