2002
Imaginaire & Inconscient
L’imaginaire de la séparation de la mère chez Dali
Lydie Pearl
PlasticienneMaître de conférences à l’Université Bordeaux 3 Lieu-dit Morion 33420 Tizac de Curton
Freud, en 1905, étudiait les phases orale et anale de
la sexualité infantile, étapes obligées pour que l’enfant se
sépare de la mère et que s’ébauche la distinction des sexes.
Dali, 25 ans plus tard, concevait ses premières œuvres selon
ce qu’il appelait « la méthode paranoïaque-critique. » On peut
regarder ces tableaux comme une mise en images de la
structure infantile telle qu’elle fut décrite par Freud...Mots-clés :
Séparation de la mère, Séparation des sexes, Phase orale, Phase anale, Cannibalisme, Structure archaïque, Méthode paranoïaque-critique, Image double, Peinture et sublimation.
In 1905, Freud studied the oral and anal phases
of infant sexuality and concluded that these stages were not
only necessary for the child’s separation from the mother, but
also served as a foundation for the child’s later capacity to distinguish between the sexes. Dali, 25 years later, conceived his
first works governed by what he called the « paranoid-critical
method ». Perhaps it’s possible to see in these paintings an
imaging forth of Freud’s infant structure...Keywords :
Separation from mother, Separation between the sexes, Oral and anal phases, Cannibalism, Archaic structure, Paranoid-critical method, Double image, Painting and sublimation.
Au début du XXe siècle, Freud, à partir de ses observations sur les névroses
et le rêve, a reconstitué une histoire des différents stades de la sexualité
traversés par l’individu avant de se percevoir comme un homme ou comme
une femme. L’enfant doit d’abord se séparer de la mère, se couper du monde
fusionnel du début de la vie. L’acquisition du langage, l’éducation, les récits
participent à ce passage, mais aussi l’art et ses images. On connaît le rôle
éducatif de la peinture religieuse dans la tradition chrétienne, mais qu’en
est-il dans la Modernité lorsque l’art rompt avec les normes de la tradition ?
Par exemple, les artistes surréalistes s’intéressèrent également au rêve; est-ce qu’ils nous apprennent, avec d’autres moyens que Freud, quelque chose
sur ces temps archaïques et sur l’imaginaire de la séparation ? Pour répondre
à cette question, il faudrait s’appuyer sur de multiples œuvres et en étudier
précisément l’iconographie. Mais on ne saurait être ici exhaustif, aussi on
s’arrêtera à l’exemple de Salvador Dali, en raison du mythe qu’il construisit
et illustra autour de son couple avec Gala.
Convenance traditionnelle de la distinction des sexes
Mais, d’abord, revenons à la Renaissance et aux codes de la représentation des sexes établis par la tradition de la peinture. En 1435, Leon Battista
Alberti, dans son traité
De Pictura donne des conseils à un peintre débutant.
Il construit ainsi tout un corpus qui fondera la représentation et participera
à la construction du sujet humaniste, celle de « l’homme de bien
.»
[1] Pour cela,
il s’inspire du modèle d’Horace et de son
Art poétique; la peinture, tout
comme la poésie, ne doit pas mélanger le mort et le vivant, le léger et le
sérieux, le jeune et le vieux, le féminin et le masculin, enfin, elle doit prendre
soin de la cohérence de la scène et de l’action.
[2] Alberti insiste sur le respect
de la « Convenance »
, dictant des règles pour ce qu’on nommerait de nos
jours une modélisation des identités et des rôles de chaque sexe. Ainsi écrit-il : « Il faut qu’une peinture ait des mouvements suaves et gracieux,
appropriés à l’action. Qu’il y ait chez les jeunes filles une attitude et des
mouvements gracieux, d’une simplicité aimable et soignée qui révèle douceur
et sérénité plutôt qu’agitation (...) que chez un homme les mouvements soient
plus fermes, les poses déliées, embellies par la palestre. »
[3] Léonard, plus tard,
réaffirmera les mêmes règles et précisera qu’il faut que « la femme n’ait pas
l’attitude d’un homme, ni l’homme celle d’un enfant
. »
[4] Un esprit de
géométrie, de rigueur et de précision caractérise l’ouvrage d’Alberti dans
lequel le dessin de contour tient un rôle essentiel; le peintre doit apprendre
à délimiter un corps, à le différencier de l’espace environnant, il doit
apprendre séparément « le contour des surfaces (...), puis les liaisons. »
[5] Par
exemple, Alberti formule des règles très strictes sur la manière de faire les
modelés qui, en donnant l’illusion du volume, font ressortir les figures sur
le fond, autrement dit séparent les individus et l’espace qui les entoure.
L’orthodoxie de la Contre-Réforme ne fera que renforcer ces règles du dessin
et de l’éthique de l’art. Ainsi, Michel-Ange aurait été « inconvenant » dans
son
Jugement Dernier en créant une confusion entre les sexes par son rendu
des muscles, mélangeant de surcroît les genres, faisant d’« un sujet religieux
un déploiement d’invention anatomique. » L’auteur de cette critique,
Lodovico Dolce, déclare que « la nudité des personnages sacrés est intolérable dans la chapelle du représentant de Dieu sur terre et que, bien plus que
les livres inconvenants, ce seraient les images inconvenantes qu’il faudrait
mettre à l’index. »
[6] Enfin, pour citer la tradition française, André Félibien,
dans ses
Conférences de l’Académie royale, déclare, lui aussi, qu’il faut
conserver dans la peinture les manières propres à chaque âge, sexe, pays,
profession, etc.
[7] L’Académie du XIX
e maintiendra cet esprit de distinction.
Mais à la fin du siècle et au début du XX
e, les premières avant-gardes, en
remettant en question les modes picturaux, les Grands Récits et les genres
traditionnels de la peinture, balaient d’un même mouvement toutes les convenances éthiques ou esthétiques.
Rappelons ici que l’appartenance à un genre n’est pas évidente; Freud,
référant aux théories anatomiques sur la bisexualité, souligne que « certaines
parties de l’appareil sexuel mâle se trouvent aussi chez la femme et inversement. »
[8] L’individu ne serait ni franchement mâle ou femelle, mais les deux
à la fois. Ce n’est qu’à l’époque de la puberté qu’apparaît une distinction
nette entre le caractère masculin et le caractère féminin. Mais, avant d’en
arriver là, chacun est passé par deux phases prégénitales vues par Freud
comme la « préhistoire » de l’individu.
[9] Ces deux phases portent en elles
deux principes – celui de la fusion et celui de la séparation – dont la tension
constitue l’imaginaire de la séparation du corps de la mère. Dans la première
phase, dite orale ou cannibale, l’activité sexuelle n’est pas séparée de
l’absorption des aliments, le but étant dans les deux cas d’incorporer l’objet
– de ne faire qu’un avec lui.
[10] Le principe de séparation, qui sous-entend
celui d’opposition, n’apparaît que dans la seconde phase, dite anale, à travers
les rapports actif/passif ou dedans/dehors saisis grâce à la maîtrise
progressive des sphincters.
[11] Mais on n’en est pas encore à une distinction
possible du masculin/féminin. Avant cela, il est nécessaire que les pulsions
sexuelles répondant à l’excitation de zones érogènes multiples soient
canalisées vers la zone génitale. Cette mise en ordre de l’anarchie pulsionnelle peut s’accomplir grâce à un temps de latence, de refoulement des
perceptions premières et des fonctionnements archaïques polymorphes qui,
lorsqu’ils referont éventuellement surface seront jugés pervers et pathologiques. Pendant cette période d’oubli se forgent les instruments pour
détourner les pulsions de leur but premier, pour les dépasser et engager le
processus que Freud nomme « sublimation ».
[12]
L’art classique du tableau, avec les règles établies de la Convenance, avait
participé à l’œuvre de sublimation. Au contraire, les surréalistes, en puisant
leur source de création nouvelle dans le rêve, cherchent des méthodes pour
revenir en deçà des digues posées par le refoulement. Ainsi, parallèlement
à Freud et avec des moyens différents, ils découvrent ce domaine où le
refoulé a quelque droit d’apparition fragmentaire. À partir de ce matériel
et de leurs moyens qui ne sont pas ceux du langage verbal, ils déconstruisent
les images, déplacent, substituent une forme à une autre et reconstruisent
une mythologie personnelle nourrie par les figures de leur propre histoire.
Parmi les surréalistes, Dali, grâce à ses écrits et à l’invention de ce qu’il
appelle la « méthode paranoïaque-critique », est sans doute un de ceux qui
offrent le plus de clés à la fois visuelles et verbales pour rendre compte de
l’espace fusionnel archaïque et du parcours difficile pour en sortir.
La méthode paranoïaque-critique et l’imaginaire de la séparation de la mère
L’image double
Dali, en employant le terme de « paranoïaque-critique », réfère à une
terminologie psychanalytique pour nommer son mode de création. Est-ce
que son œuvre est l’image peinte d’une hallucination, le substitut d’une
fonction paternelle et symbolique qui lui ferait défaut ? Ces images sont-elles le résultat d’un délire érotomaniaque ou mégalomaniaque et, comme
le pensait Freud, une manière de nier l’homosexualité ? On pourrait répondre
que Dali présente tous ces symptômes, d’autant que son amitié ambiguë avec
Frederico Garcia Lorca ne ferait que les confirmer.
[13] Mais s’agit-il d’un vrai
délire ou d’une mise en scène qui révèle les capacités de l’artiste à faire
surgir des images refoulées et à les utiliser très consciemment, méthodiquement, sans être « fou »?
[14] Dali disait à ce sujet « l’unique différence entre
un fou et moi, c’est que je ne suis pas fou. »
[15] D’ailleurs, il parle de méthode
et de critique, ce qui sous-entend une position distanciée, quasi-scientifique,
celle d’une recherche avec les instruments propres à l’art. En effet, les
peintres ont toujours utilisé les fonctions analogiques pour harmoniser une
forme, une couleur, une lumière avec une autre. Avec l’invention surréaliste
du dessin automatique, la métamorphose des formes par associations devient
un moyen de création proche de l’association libre pratiquée par la psychanalyse. Une chose peut en devenir une autre, être prise pour une autre, un
vide pour un plein, un marché des esclaves pour le buste de Voltaire, un
compotier pour un visage, un homme pour une femme selon comment on
regarde l’image. Dali parle alors d’apparition ou d’images doubles. Ce
processus plastique, dans lequel des lignes, des couleurs, des lumières, des
formes, en engendrent d’autres, est celui de la méthode paranoïaque-critique.
Dali en a donné une définition : « L’image double peut se prolonger, continuant le processus paranoïaque, l’existence d’une autre idée obsédante étant
alors suffisante pour qu’une troisième image apparaisse (...) et ainsi de suite,
jusqu’à concurrence d’un nombre d’images, limité uniquement par le degré
de capacité paranoïaque de la pensée. »
[16] Il parle aussi de « philosophie
picturale » lorsque ces pinceaux donnent un corps à l’hallucination (ou inspiration) dans une première œuvre qu’il nomme
L’Homme invisible (ill. 1).
Dans cette toile, on peut voir deux images différentes : soit un homme dont
les cheveux sont en même temps des nuages et les yeux, des boules bleues
posées sur le sol dallé d’un paysage, soit un buste de femme vue de dos.
Mais l’homme n’est visible que si l’esprit accepte de faire fusionner espace
et corps, fond et figure. En effet, si on regarde séparément les éléments
dessinés, on voit, là où était le bras de l’homme, le buste de la femme posé
sur une surface géométrisée par un réseau perspectif fuyant sur un point à
l’horizon, selon les codes de la Renaissance. D’autre part, ce point principal
de vision est le point de fuite d’une longue faille, d’une coupure bien nette
dans le sol, coupure dont le dessin sombre se trouve exactement derrière la
coupe anatomique d’un bassin féminin, d’un ventre maternel traité comme
un objet précieux, doré, gris métallique ornementé d’arabesques, avec en
son centre un point blanc, ovoïde et lumineux. L’objet a une position
paradoxale dans l’espace, il semble à la fois flotter dans l’air, être posé sur
un socle ou à terre sur un tapis d’eau qui, comme un miroir, reflète le ciel.
Il appartient à la terre et au ciel en même temps et ignore la coupure de
la ligne d’horizon. On pourrait prendre ainsi de multiples détails dans
l’iconographie complexe de cette œuvre et montrer, qu’en plusieurs
points, Dali figure l’ambiguïté des contraires et non leur opposition. Il peint
l’espace d’un monde qui ignore les antagonismes, comme celui du petit
enfant.
Mort de la mère
C’est en 1930, que Dali invente sa méthode paranoïaque-critique à la
suite de plusieurs événements survenus dans la décennie. En 1921, sa mère
meurt alors qu’il n’a que 17 ans. On peut imaginer la peine qu’avait pu
ressentir Dali, lui qui écrivit ces mots : « Il me fallait parvenir à la gloire pour
venger l’affront que fut pour moi la mort d’une mère adorée religieusement. »
[17] Dali aura besoin d’être adulé du monde entier pour panser la
blessure laissée par la mort de sa mère; il pointe ici la relation entre la perte
et son esprit des grandeurs affiché. Pourtant, c’est ce fils aimant qui, en 1929,
achète un chromo religieux sur lequel il écrit : « parfois je crache avec plaisir
sur le portrait de ma mère. »
[18] Suite à ce blasphème, son père rompt toutes
relations, d’autant qu’il condamne la récente liaison de Dali avec Gala,
femme divorcée d’avec Paul Eluard. Dali joue l’innocent, troublant ici encore
les distinctions, celle du bien et du mal, celle de l’adoration et de la haine
en s’étonnant de l’attitude de son père avec une pirouette empruntée à la
psychanalyse, expliquant que l’on peut « parfaitement aimer sa mère et
cracher dessus, et plus encore, dans beaucoup de religion le crachat est un
signe vénérable. »
[19] Cette explication dalinienne montre que l’ambivalence
de son rapport à sa mère est à l’origine de cette méthode dans laquelle un
homme peut être une femme, où un plein peut être un vide, un fond une
figure, où toute chose peut être son contraire sans qu’il y ait pour autant
confusion entre les deux.
L’ambivalence chez Dali
L’ambivalence, Dali la cultive, racontant des souvenirs d’enfance qui
aident à mieux comprendre les mises en scène répétées de l’ambiguïté. Ainsi,
à six ans, il voulait être « cuisinière », à sept ans « l’empereur Napoléon ».
Cette année, entre 6 et 7 ans, semble avoir été importante dans la vie du futur
artiste quand on considère le changement dans ses ambitions : il abandonne
une identification à une profession féminine rattachée à l’intimité de la
maison, pour se projeter dans une image masculine, celle d’un homme
célèbre, omnipotent : un empereur. Dali, avec son langage imagé, choquant,
surprenant, usant des métaphores de la nourriture comme il en a coutume,
reconstruit un récit qui pourrait être celui de la séparation du monde matriciel
pour se tourner vers l’extérieur et ce que cela sous-entend d’ambition
brusquement mégalomaniaque. Ainsi, il raconte que dans le salon, la famille
rassemblée buvait du maté tiré d’un tonneau qui avait la forme de Napoléon :
« Ce Napoléon à l’orgueil olympique, au ventre blanc et comestible, aux
joues d’un rose chair impérial, au chapeau d’un noir mélodieux, correspondait exactement à l’idée que je me faisais de moi-même roi. »
[20] L’ambition
d’être un homme passait par une identification quasi cannibale, processus
qu’il commentera et peindra de multiples fois. Pour devenir comme l’autre,
il l’incorpore en compagnie du reste de la famille. Ce n’est plus du lait qu’il
tête, mais du maté : « Je suçais à mon tour ce liquide tiède, plus doux à mon
goût que le miel, ce miel qui est déjà plus doux que le sang même. Car ma
mère, mon sang, était toujours présente. »
[21] Dans cette déclaration, le lien par
le sang avec la mère apparaît encore très fort, archaïque, primaire. En même
temps, la distance culturelle s’impose avec ce rite familial autour du maté.
Dali préfère le miel qui est plus doux que le sang; il s’éloigne du corps
maternel. Cependant, le processus d’identification n’en reste pas moins
encore archaïque et oral : « Ma fixation mondaine se faisait donc par la voie
triomphale de la bouche et je voulais sucer le liquide de Napoléon. Mes
désirs d’ascension brutale de la profession de cuisinière à celle d’empereur
venaient de ce Napoléon buvable sous forme de maté. »
[22] L’espace psychique
dans lequel Dali trouve son inspiration est un entre-deux, un lieu où l’enfant
ne fait plus corps avec la mère, mais où il est encore un peu là, tout en étant
ailleurs, tourné vers les autres. Le peintre explore la coupure et le sentiment
de nostalgie laissé en chacun de nous pour le « paradis » perdu; il emploie
d’ailleurs ce terme lorsqu’il se remémore ce qu’il appelle « ses souvenirs
intra-utérins. »
[23] On peut dire que Dali, avec les images peintes de ce monde,
donne une forme à une structure archaïque difficilement connaissable, si
ce n’est à travers des hypothèses.
Dali et Gala : un couple cannibale
La fameuse méthode paranoïaque-critique a pour but de rendre compte
du passage entre l’informe d’un monde sans autre et les possibilités plastiques
de l’émergence de formes dès que sont saisies les notions de séparation et
de différence. L’esthétique du mou, que ce soit avec des œufs au plat, des
montres, des rochers ou toutes formes anthropomorphiques, permet à Dali
de donner une image de ce passage entre phase orale et phase anale où
apparaissent les prémisses de la séparation. Les œuvres de cette époque sont
d’ailleurs symptomatiques de la relation entre la forme molle et la tentation
fusionnelle illustrée clairement par le thème du cannibalisme.
Dali disait qu’il « peignait mythologiquement sa vie » et cette mythologie
est en grande partie le récit imagé de sa passion pour Gala. Cet amour est
« dévorant » au sens propre du terme. Ainsi, une toile de 1936,
Cannibalisme
d’automne, représente un couple enlacé; têtes et corps sont mous comme
des poupées de caoutchouc qui s’imbriqueraient étroitement en formant un
tout sculptural surplombé d’une pomme entamée. L’image pourrait être une
métaphore plastique de la volupté, si le couple ne s’entre-mangeait à coups
de fourchette, couteau, cuillère. La méthode paranoïaque-critique revendiquée par Dali — cette simulation artistique de la psychose paranoïaque
dans laquelle réalité et imaginaire se confondent — nous rend compte ici
des processus de l’imaginaire et du fantasme archétypal de la réunification
des corps séparés : faire Un en s’absorbant mutuellement. Cependant Dali
n’est pas fou, il a tout à fait conscience de la coupure et de la différence entre
les êtres.
[24] Mais, justement, à travers son œuvre, il explore un espace dans
lequel elle n’existe pas, comme dans la phase orale ou cannibale décrite
par Freud. Dali commente cette tentation mystique dans son journal; il la
taxe de « cannibalisme » ou « nécessité d’avaler » qui, selon lui, correspondrait « à un besoin compulsif d’ordre affectif et moral. On avale pour
s’identifier totalement de la façon la plus absolue à l’être aimé. »
[25]
L’Angélus et le frère mort
En 1935, l’année qui précède sa vision fusionnelle et cannibalesque du
couple, il peint
L’Angélus de Gala, toile qui, au premier abord, semble être
la mise en scène d’une distance entre Gala et lui
. Dans cette toile, on voit
au premier plan le dos de l’artiste regardant sa femme assise sur une brouette
similaire à celle peinte dans
L’Angélus de Millet. Gala se tient à quelques
mètres de lui, les mains croisées sur les genoux, dans une pose très digne
qui évoque une figure d’antan, tête bien droite, regard lointain, perdu,
ailleurs. Les deux personnages semblent ne jamais pouvoir se toucher, figés
pour l’éternité dans cet écart. Cet
Angélus sonne évidemment un deuil, une
séparation. Cependant, là encore, une relation est créée plastiquement;
d’abord par la couleur, puisque les deux personnages sont vêtus des mêmes
teintes, mais aussi grâce au motif en losange du tissu matelassé dans lequel
sont confectionnées leurs vestes respectives; Gala et Dali ont le même
« uniforme », la même tenue « unisexe ». Pourtant, ce tableau reste surtout
empreint de tristesse et solennité, impression accentuée par la présence d’une
des reproductions de l’
Angélus de Millet faite par Dali, et accrochée au-dessus de la tête de Gala. Dali donne une interprétation très personnelle de
ce tableau dont le motif revient plusieurs fois dans son œuvre.
[26] Selon lui,
l’homme et la femme qui se tiennent face à face dans le champ sont séparés
par le cercueil de leur enfant mort. Cette interprétation apparut comme une
prémonition quand la radiographie du tableau révéla une forme géométrique
entre les deux silhouettes. Rappelons ici que Dali s’appelle Salvador, c’est-à-dire Sauveur, nom qui était celui d’un frère mort avant sa naissance. Dali
utilise l’œuvre de Millet pour exprimer son sentiment de deuil, de manque;
il dépeint d’un même coup les deuils symboliques ou réels les plus tragiques
d’une vie : séparation de la mère et de l’enfant, séparation de l’homme et
de la femme, séparations ravivées par la perte de tout être cher.
Simultanément, ces séparations sont compensées par le fantasme dalinien
de fusion avec l’autre. Cette signification paradoxale de séparation et de
fusion est révélée plus tard, en 1958, dans le commentaire qu’il fait sur la
brouette à l’occasion de la sortie de son film
La brouette de chair dans lequel
l’héroïne (Anna Magnani) tombe follement amoureuse d’une brouette. Cet
objet serait une métaphore de l’amant mort (ou du frère mort ?) et elle
revêtirait, selon l’artiste, « successivement tous les attributs de la personne
aimée dont le cadavre a servi de moyen de transport. » Il y aurait un happyend à ce film puisque, toujours selon Dali, « la brouette se réincarnera et
deviendra chair. »
[27] Cela signifie que Gala, qui semble pourtant séparée de
Dali dans le tableau, est en même temps intimement attachée, collée, à ce
moyen de « transport » puisqu’elle est assise sur la « personne aimée ». C’est
ce genre de déplacement ou déguisement du transport amoureux et du désir
de fusion avec l’autre que Dali nomme « délire fétichiste » et qui est propre
au processus de la méthode paranoïaque-critique. La fonction curative de
la peinture apparaît dans toutes sa force, puisque la chair ressuscite, puisque
la chair est sauvée.
L’androgyne ou la figure totalitaire chez Dali
Le père-mère
Si la psychanalyse tente une analyse de l’irrationnel avec un discours
rationnel, le peintre, lui, nous montre avec des images, des associations et
analogies, comment « ça » fonctionne ou « ça » délire; il joue le délire sans
être pris par lui, grâce à la distance imposée par l’écran de la toile. Ainsi,
dans les esquisses préparatoires de
L’Enigme du désir, ma mère, ma mère,
ma mère, on peut observer le rôle central que Dali accorde à la figure
androgyne dans la mise en scène d’un parcours de la castration œdipienne
revisité. Dans cette toile, il fait une sorte d’autoportrait mou — celui du
Grand Masturbateur — que l’on retrouve dans de multiples autres œuvres.
Cette tête moléculaire, quasi sans squelette, aux paupières baissées, à la joue
creusée d’un trou autour duquel grouillent des fourmis, repose et même
semble s’aplatir sur le sol. Elle est comme l’appendice anthropomorphe d’un
rocher érodé, troué d’alvéoles, qui se dresse sur le ciel. Dans ces creux sont
inscrits et répétés comme une litanie ces mots : « ma mère, ma mère, ma
mère »; puis, dans la partie droite qui s’élance vers le ciel et se termine par
une tête de lion à la langue pendante (figure du désir dans l’iconographie de
Dali), les alvéoles sont maintenant vides de toute inscription.
[28] Dans un dessin
préparatoire, un buste androgyne, telle une sculpture antique, est logé dans
une trouée du rocher et contraste sur le ciel sous un arc triomphal creusé par
la nature. La tête est celle d’un homme mûr, viril et barbu, alors que la
poitrine est dotée de seins généreux. Puis, dans la même page de croquis, on
retrouve quasiment la même figure, mais cette fois les seins ont été tranchés
puisque le buste est cassé en cet endroit. C’est maintenant un buste antique
masculin, vénérable figure paternelle qui domine une scène dans laquelle
le mot « mère » a été effacé. Dali, jusqu’en 1932, peindra plusieurs tableaux
autour de cette scénographie faisant réapparaître souvent ce « père-mère »
statufié et glorieux comme dans
La mémoire de la femme-enfant ou encore
dans un dessin de 1930, «
Le Grand Masturbateur — frontispice de la
“femme visible’’. » (ill. 2) Là, ce personnage d’homme mûr, doté de seins
et d’un pénis, émerge d’une sorte de graphisme ondulé, fait de hachures
croisées qui engendrent des rondeurs anatomiques : fesses, seins, visage,
colline, architecture baroque, volute, ornement, boucle, mèche, chevelure
foisonnante. C’est à cette même époque que la chevelure devient un thème
récurrent dans l’œuvre et on peut en rattacher la présence à l’anecdote qu’il
raconte sur son renvoi de la maison paternelle à la suite de sa liaison avec
Gala : « Je me rasai la tête, puis j’enterrai ma chevelure sacrifiée avec les
coquilles vides des oursins mangés à midi. »
[29] Après ces événements, Dali
s’installe dans sa baraque de Port Lligat, et invente, grâce à la méthode
paranoïaque-critique, les principaux avatars illustrés de ce parcours entre
origine fusionnelle et naissance d’une individualité sexuée.
Le dos dodu d’Hitler
Les exemples de représentation androgyne sont multiples et diversifiés
dans l’œuvre de Dali, si nombreux qu’on ne saurait en faire ici un catalogue
exhaustif. Mais il est intéressant de constater que, dans son journal, il assimile
cette figure à la vision qu’il a d’Hitler, vision qui lui attirera les foudres
d’André Breton et un procès « surréaliste » qu’il raconte avec l’humour
délirant qui le caractérise : « Pendant ce temps-là Hitler hitlérisait, et un jour
je peignis une nourrice nazie tricotant assise par mégarde dans une grande
flaque d’eau. Devant l’insistance de certains de mes plus intimes surréalistes,
je dus effacer son brassard à croix gammée. Jamais je n’aurais soupçonné
l’émotion que devait déclencher cette croix. J’en fus obsédé au point de fixer
mon délire sur la personnalité d’Hitler qui m’apparaissait toujours en femme
(...) J’étais fasciné par le dos tendre et dodu d’Hitler toujours si bien sanglé
dans son uniforme chaque fois que je commençais à peindre la bretelle de
cuir qui, partant de sa ceinture, passait sur son épaule opposée, la mollesse
de cette chair hitlérienne comprimée sous la tunique militaire créait en moi
un état d’extase gustatif, laiteux, nutritif et wagnérien qui faisait violemment
battre mon cœur, émotion très rare que je n’éprouvais même pas en faisant
l’amour. La chair dodue d’Hitler que j’imaginais comme la plus divine chair
d’une femme à la peau blanchissime me fascinait. » Pour avoir énoncé ce
couplet délirant sur son fantasme, Dali est sommé par Breton à comparaître
dans une sorte de procès dont il nous donne le compte-rendu dans son
journal : « Je réclamais le droit de faire pousser à Lénine des fesses de trois
mètres, de panacher son portrait de gélatines hitlériennes même truffées, le
cas échéant, de catholicisme romain. Chacun était libre de devenir ou de
laisser un tiers être : pédéraste, coprophage, vertueux ou ascétique dans les
transports de ses troubles digestifs ou phosphénomatiques (...) Au-dessus de
tout se levèrent les immenses visages exténués et hydropiques des glorieux
et grands Masturbateurs affublés de leurs sauterelles aux faces de communistes, aux ventres napoléoniens, aux cuisses hitlériennes féminisées qui
s’agrippaient à ma bouche (...) Mais Breton dit « non » à Dali ! Et il avait
au fond un peu raison, car dans ce conglomérat il voulait au moins pouvoir
choisir le mal ou le bien, le mal et le bien (...) Pourtant il se trompait aussi
un peu, car même en gardant la liberté du choix, il fallait se complaire dans
cet assortiment dalinien aussi truculent que succulent. »
[30]
Que dire de plus, si ce n’est que Breton avait quelques excuses d’être
méfiant devant une référence aussi ambiguë. Cependant Dali, avec ce mime
délirant — mais maîtrisé — d’un système dans lequel disparaît tout concept
de limite ou différence, faisait sans doute à l’époque une critique remarquable du totalitarisme sur un mode loufoque. Il donne en effet une image
à l’indistinct et, en cela, on peut dire qu’il oppose une résistance individuelle
à la fascination d’un monde total, sans faille, sans séparation et différence.
Pourtant, Breton ne comprit pas la force subversive de cette logorrhée
délirante. Dali joue avec le délire parce qu’il a fait l’expérience du passage
par la mollesse de la confusion originaire et a trouvé des voies personnelles
— artistiques — pour en sortir, pour couper avec le Grand Tout en trouvant
ses propres repères pour séparer le masculin du féminin.
Le sexe sublimé chez Dali
Un couple aux têtes pleines de nuages (ill. 3)
En 1936, après avoir griffonné un croquis dans lequel les corps d’un
couple s’enchevêtrent, se confondent comme dans beaucoup d’autres œuvres,
Dali peint sur ce même motif le
Couple aux têtes pleines de nuages qui
évoque de nouveau
L’Angélus de Millet. Les deux silhouettes sont isolées
par des cadres moulurés et dorés. Mais elles sont indépendantes et pourtant
inséparables, car tout le sens de l’œuvre réside dans l’intervalle qui sépare
et lie les deux formes. La tête penchée de la femme correspond au creux
de l’épaule de l’homme, présentant ainsi une adéquation, mais à distance,
entre convexité et concavité. À l’intérieur de ces panneaux, l’artiste a tracé,
comme il en a coutume, le paysage de Port Lligat, une immense plage de
sable avec au loin des collines et le clocher d’une église. La ligne d’horizon
— la séparation terre/ciel — se prolonge d’une figure à l’autre, les liant
encore plus sûrement. Au premier plan de ce paysage, dans le buste de chaque
personnage, est représentée une table qui n’est pas sans évoquer la tradition
religieuse des natures mortes avec des nappes aux plis soigneusement
dessinés. Pourtant, contrairement aux codes de cette tradition dans laquelle
l’espace est toujours fermé puisque dans un intérieur, ici, la perspective
des deux tables creuse l’espace et suggère que les lignes de fuite se rencontrent dans le vide, sur l’horizon virtuel entre les deux silhouettes. En fait, en
prolongeant ces lignes, on réalise que la mise en perspective des deux tables
n’obéit pas au même point de vue. En effet, du côté féminin, elles se rencontrent sur la ligne d’horizon qui traverse les deux tableaux, alors que du côté
masculin, elles se croisent au-dessus. Le divin Dali, si soucieux de précision
et d’exactitude réaliste, aurait-il fait une erreur de géométrie — de
perspective ? Dans son journal, il nous avertit qu’il ne revient jamais sur
les erreurs et ce renseignement nous est donné à l’occasion d’un commentaire sur une
Assomption, un de ses thèmes privilégiés à travers lequel il
traduit son admiration pour la pureté et la puissance de la Vierge. Il nous
raconte à ce sujet qu’il avait demandé à un maître-maçon de tracer les cotes
géométriques de son tableau, mais le diligent ouvrier, bien que fort habile,
fit trois erreurs. Celles-ci déclenchèrent alors, nous dit-il, son fameux cri
« kikiriki » par lequel il exprime son exaltation dans les grands moments
d’intensité. En effet, il se rendit compte que ces erreurs réalisaient instantanément tout ce que son « cerveau était laborieusement en train de
chercher ». C’est alors que, sur le bord de la toile qu’il était en train de
peindre, il inscrit : « Les erreurs ont presque toujours un caractère sacré.
N’essaye jamais de les corriger. Au contraire; rationalise-les, comprendsles intégralement. Après quoi, il te sera possible de les sublimer. Les
préoccupations géométriques tendent vers l’utopie et sont défavorables à
l’érection. D’ailleurs les géomètres bandent peu. »
[31]
Dali et le Christianisme
Rationalisons, essayons de comprendre cette « erreur » dans le jeu
perspectif de ces tables séparées. Traditionnellement, la rencontre des lignes
sur l’horizon symbolise l’union avec le divin et la spiritualisation des corps
dans une unité transcendante qui efface l’opposition terre/ciel. Bien que se
présentant comme un grand mystique et un ascète soucieux de chasteté,
parions que ce petit acte de géométrie manqué révèle que Dali ne souhaite
pas vraiment être un géomètre parfait pouvant dessiner sa rencontre
uniquement spirituelle avec Gala ! Dali est un hédoniste pénitent qui conserve
deux « points de vue » différents : sensuel et ascétique, féminin et masculin;
histoire de concilier les contraires sans pour autant les confondre ! Mais,
reprenons l’analyse de ces fameuses tables. Sur celle de l’homme, recouverte d’une nappe aux plis bien marqués, un verre est posé à gauche et, au
centre, se trouve un petit volume trapézoïdal mystérieux et difficilement
identifiable. La mise en scène rappelle la symbolique eucharistique du pain
et du vin, mais déplace aussi les codes iconographiques. Ainsi, une cuillère
est plongée dans le verre vide et ce qui devrait être le pain est remplacé
par ce volume géométrique. C’est peut-être là une manière propre à Dali
de symboliser le corps du Christ, si l’on tient compte du commentaire qu’il
fait d’une Crucifixion de 1954, intitulée
Corpus hypercubus: « Le corps du
Christ devient métaphysiquement le neuvième cube suivant les préceptes du
discours sur la forme cubique de Juan de Herrerra, constructeur de
l’Escurial. »
[32] Nous pourrions en conclure que le corps du Dieu incarné
devient une abstraction géométrique dans la mythologie personnelle de Dali.
Sur l’autre table, que l’on pourrait appeler « féminine », il n’y a qu’une
grappe de raisin posée au centre sur une nappe dont le drapé bouillonnant
à gauche est animé d’une vie quasi organique contrastant avec les plis bien
repassés et rectilinéaires de l’autre table, de l’autre sexe. Cette table mise
semble receler une symbolique propre à Dali et, là encore, pas complètement
étrangère à la tradition, puisque la femme est assimilée à un fruit et s’oppose
à l’abstraction de la géométrie masculine. On constate que si Dali fut un
peintre d’avant-garde, il n’en conserve pas moins une image très traditionnelle de la définition des sexes, conceptualisation, spiritualisation du côté
masculin, matérialité, corporéité, fécondité du côté féminin.
Dali mystique
En fait, toutes ces mises en scène ont pour but de communier avec le
cosmos et la peinture est un moyen d’y parvenir : « il me fallait trouver en
peinture ce « quantum d’action » qui régit aujourd’hui les structures microphysiques de la matière, et cela ne pouvait se trouver que par ma capacité
de provoquer (...) tous les genres d’accidents pouvant échapper au contrôle
esthétique et même animiste, afin de pouvoir communier avec le cosmos. »
Dans ce but, il emploie une vieille recette initiatique connue de tous les rituels
et mystères orphiques, celle de la descente aux enfers orgiaques, celle d’un
passage par un infernal
paradis intra-utérin et une remontée — une spiritualisation — sacrificielle et ascétique.
[33] Dans son journal, il nous décrit le
scénario de sa descente orgiaque et picturale, montrant comment l’acte de
peindre l’entraîne à des décompositions qui, très vite, le plongent dans
l’abject et le cloaque : « Commencer par le tout à l’égout; la pinturelle,
pinture re, le, la pinture re le la... l’égouterelle, l’égoutere re le, l’egoutere
re le la. J’exprimais les boues et les substances de pieuvres pieuvreuses du
fond de la mer (...) Je mêlais des femmes nues aux corps trempés de peinture,
converties en torchons vivants mêlées à des porcs tout frais châtrés et des
motocyclettes, moteurs en marche, le tout enfermé dans des sacs appropriés
à recevoir des maculations imprévisibles. »
[34] Dali, sorte de gourou de la
religion qu’il voulait créer, nous entraîne dans ce dédale, dans ce grouillement
viscéral pour le transformer « en énergie mystique pure. » Il s’agit pour lui
de mettre « tout cela au propre, d’en inventer la géométrie métaphysique. »
[35]
Le père Bruno Froissart, ami et confident de l’artiste, souligne cet aspect
de sa personnalité; selon lui Dali rêvait de toucher les anges et s’il était un
grand admirateur de la Vierge de l’Assomption, c’est parce qu’elle était
montée au ciel par la force des anges. Dali est un pur, un idéaliste qui lui
aurait confié « de plus en plus je suis préoccupé par l’idée de chasteté; c’est
pour moi une condition essentielle de la vie spirituelle. »
[36] C’est apparemment
grâce à la peinture qu’il peut réaliser son idéal d’ascèse et d’amour, elle
devient le terrain où il déploie le théâtre symbolique du rapport amoureux
sublimé. Pour lui « la peinture c’est l’image aimée qui rentre par les yeux
et s’écoule par la pointe du pinceau, et l’amour, c’est la même chose. »
[37] En
cela, le scandaleux Dali, fasciné par l’Assomption de Marie, s’inscrit dans
la tradition de la peinture chrétienne de séparation, de prise de distance avec
l’espace maternel, même si les convenances semblent quelque peu
bousculées.
·
ALBERTI L.B. (1435) De Pictura. Macula, Paris, 1992.
·
DESCHARNES R. et NERET G. (1997) Dali, l’œuvre peint, Taschen, Köln.
·
DALI S. Journal d’un génie, L’imaginaire/Gallimard, Paris, 1996.
·
DALI S. Le mythe tragique de l’Angélus de Millet, J.J. Pauvert, Paris, 1963.
·
FREUD S. Trois essais sur la sexualité, Gallimard, Paris, 1962.
·
FREUD S. Nouvelles conférences sur la psychanalyse, Gallimard, Paris, 1936.
·
LACAN J. (1973) Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la
psychanalyse. Seuil, Paris.
·
Lee R.W. (1991) Ut Pictura Poesis, Humanisme et théorie de la peinture, XVe et XVIIIe
siècles. Macula, Paris.
[1]
Alberti L.B. (1435)
De Pictura. Macula, Paris, 1992. p. 211.
[2]
Horace,
L’Art poétique, v.v. 153-178.
[3]
Alberti, op. cit. II, 44, p. 185.
[4]
De Vinci L.
Trattato, III, p. 373, cf. Lee R.W. (1991)
Ut pictura poesis Paris : Macula.
p. 80.
[5]
Alberti, op. cit., III, 55, p. 217-219.
[6]
Dolce L.
Dialogo, p. 40, cf. Lee R. W. op. cit. p. 83.
[7]
Félibien A. (1669)
Conférences de l’Académie Royale de peinture et de sculpture. p. 317,
cf. Lee R.W., op. cit. p. 94.
[8]
Freud S.
Nouvelles conférences sur la psychanalyse, Gallimard, 1936, p. 149.
[9]
Freud S.
Trois essais sur la sexualité, Gallimard, 1962, p. 65, (1ère édition, 1905).
[13]
Sur cette question, cf. Descharnes R. et Néret G. (1997)
Dali, l’œuvre peint. Taschen,
Köln. p. 367.
[24]
Dali S.
Journal d’un génie. L’imaginaire/Gallimard, Paris, 1996, p. 19.
[26]
Dali S.,
Le mythe tragique de l’Angélus de Millet. J.J. Pauvert, Paris 1963.
[27]
Journal d’un génie, op. cit. p. 104
[30]
Journal d’un génie, op. cit. pp. 27 et 30.
[32]
Néret G. (1994)
Dali. Taschen, Köln. p.81.
[33]
Journal d’un Génie, op. cit. p. 25.