2003
Imaginaire & Inconscient
Le maître dans le rêve des enfants
Karl Pipal
L’auteur rapporte un certain nombre de rêves d’écoliers qui manifestent de façon à peine déguisée les désirs des
enfants vis-à-vis de leurs maîtres : désirs agressifs, désirs d’être
aimés, préférés, voire même désirs explicitement sexuels,
rivalités, cruautés.
The author report’s a certain number of school
children’s dreams which reveal in a hardy disguised way the
children’s desires towards their teachers : aggressive desires,
desires to be loved, prefered, and even explicitly sexual desires,
rivalties, cruelties.
Cet article a été publié pour la première fois dans la Revue de pédagogie
psychanalytique de janvier 1930, pp. 63-68. Une traduction est parue dans
le numéro 65 des Études psychothérapiques, L’inconscient dans l’éducation,
pp. 193-196. Karl Pipal enseignait dans une école secondaire à Reichenau,
en Autriche. Ayant fait une analyse personnelle, il écrivit de nombreux
articles dans la Revue de Pédagogie Psychanalytique. L’analyse, disait-il
notamment, lui avait « rouvert le chemin de son enfance ».
Les rêves sont les accomplissements des désirs. Cette formule toute
simple trouve sans peine sa confirmation dans le contenu onirique de beaucoup de rêves d’enfants. Ce qui passe pendant la journée comme désirs
conscients, demi-conscients ou inconscients, dans l’âme de l’enfant, le rêve
le dévoile, d’où son importance pour la connaissance en profondeur de la
vie psychique infantile.
Les rêves des enfants sont clairs et simples dans leur construction, ils
ne sont ni défigurés, déguisés ou masqués comme les rêves des adultes, ils
permettent sans analyse des essais d’interprétation avec un haut niveau de
vraisemblance et racontent au maître intuitif, d’une façon plus franche plus
sincère, ce que bien des questions importunes et superflues pourraient révéler.
Il ne sera question ici que des rêves d’enfants qui s’adressent à la personne
du maître et dont le contenu est transparent et immédiatement compréhensible.
Olga B. (7 ans): Aujourd’hui, j’étais à l’école. La maîtresse a dit que
j’étais l’enfant la plus sage. La maîtresse a dit aussi : « Aujourd’hui, Monsieur
l’Inspecteur vient et il nous racontera beaucoup de choses ». Alors, ma grand-mère m’a réveillée.
Olga n’est pas « la plus sage » de la classe, mais elle voudrait bien l’être
et son rêve corrige la réalité. On pourrait croire que l’apparition de l’inspecteur n’appartient pas aux agréments souhaités, mais l’inspecteur n’est
plus depuis longtemps « la bête noire » des enfants, ils se réjouissent de la
venue de ce personnage aimable qui leur raconte des histoires, qui s’intéresse aux élèves les plus sages et leur adresse toujours quelques mots.
Trude G. (7 ans): Je suis allée avec la maîtresse dans l’appartement,
ensuite je l’ai prise par le cou.
Être emmené par la maîtresse ! Je me souviens du temps où j’étais moi-même à l’école. En de telles occasions, nous nettoyions nos bottes de la poussière de la rue à l’aide de mouchoirs ou de bonnets, nous pénétrions avec
une crainte sacrée, sans le moindre bruit, sur la pointe des pieds, dans cet
« antre sacré », l’appartement du maître. Le fait d’être emmené par le maître
signifie pour l’enfant la plus haute distinction. On ne peut pas emmener tous
les enfants, c’est évident, mais l’enfant lui-même doit être présent – au moins
en rêve – ou encore mieux, lui seul doit participer à cette distinction pour
pouvoir prouver combien il l’aime en enlaçant et en embrassant la maîtresse.
Otto R. (12 ans): J’ai rêvé que mon professeur me faisait une surprise
avec un cadeau. J’en avais une grande joie. En rentrant à la maison, je le montrais à mon père et il dit : « C’est un album du timbres de 120 pages. As-tu
bien dit merci ? ».
« Oui », répondis-je, et j’allais à mon bureau. Je pris mon ancien album
de timbres, j’enlevais tous les timbres et je les collais dans mon nouvel
album. Alors je me suis frotté les yeux et « boum » je me suis réveillé. J’étais
très triste parce que tout ce qui était beau n’était qu’un rêve.
Otto est un collectionneur de timbres passionné, qui utilise bien souvent
l’heure de cours pour échanger des timbres, ce qui m’avait amené à
confisquer pour certain temps les trésors qu’il avait apportés. Dans le rêve
se produit donc une correction de la situation réelle, je ne suis plus un
obstacle, je montre une pleine compréhension pour ses actes et ses centres
d’intérêt, et je récompense même son zèle.
Frida K. (10 ans): J’ai rêvé que j’avais très mal à l’estomac pendant
l’école. J’ai pleuré. Alors la maîtresse m’a demandé ce que j’avais et je le
lui ai dit. Alors la maîtresse a dit : « j’ai souvent aussi mal à l’estomac, nous
allons acheter de la poudre, ça coûté 3 schillings, chacun paye la moitié ».
J’étais très embarrassée car je n’avais que 50 groschen sur moi, mais la
maîtresse a eu pitié de moi et a payé pour moi un schilling en plus.
Souvent l’enfant se sent n’être qu’un parmi les autres, il reste sans attirer
l’attention, sans qu’on le remarque, et voudrait qu’on l’aime. On entend souvent dans la bouche des maîtres : « J’aime tout le monde pareil », et pourtant
ou ressent bien rarement la confirmation de cette formule intérieurement.
« Je vous aime tous pareil », j’entends le message, mais la foi me manque !
Les maîtres devraient avoir le courage d’éliminer de telles phrases. Ne nous
faisons pas d’illusions, le courage nous manque de reconnaître notre manque
du sens de la justice (cité trop souvent à tort) et d’avouer ouvertement que
nous avons aussi des « enfants de marâtre »
[1] dans notre classe. Le fait de
reconnaître que nous sommes encore bien loin de notre idéal de justice ne
pourrait que renforcer notre aspiration à la justice.
Johann P. (10 ans): J’étais à l’école. Nous avions justement le cours
de religion. Dans la classe, il y avait ma maîtresse, le pasteur et encore une
autre maîtresse. Ils ont commencé à prêcher. Tout est devenu silencieux et
j’ai commencé à rire. Ma maîtresse s’est mis très en colère et m’a battu si
fort que le banc est tombé et que « le derrière », là où on s’appuie (le dossier
du banc) s’est cassé.
Quelle horreur ! On devrait en perdre l’ouïe et la vue, et pourtant Johann
se plaît à la peinture de cette situation dans le rêve. La feuille d’appréciations des élèves décrit Johann comme sage et calme. « Replié sur lui-même,
ne se fait pas remarquer, fermé ! ». Cet enfant vit-il dans un autre monde,
dans le monde meilleur de son imagination ? On peut rarement pénétrer dans
ce second monde et le rêve seul en donne la clé. Le rêve peut révéler que
des enfants sages qui n’oseraient jamais troubler une heure aussi solennelle
par des éclats de rire stupides, goûtent avec délices dans leur imagination
toutes les phases des sévices d’enfant les plus raffinés et désirent ardemment
l’intervention cruelle de leur maîtresse. Peut-être cette dernière phrase
apparaît-elle osée, voici par conséquent la description de l’incident suivant :
Le père de Johann apparaît un jour très énervé à l’école (peu de temps
auparavant avait eu lieu dans cette classe un changement de professeur : à la
place de la maîtresse, c’est un maître qui enseigne) et il demande au professeur principal et au maître qu’ils veuillent bien lui montrer la machine qui
est utilisée dans l’école pour des châtiments corporels. Ça doit être une
machine avec une planche pour attacher les enfants et avec une roue qui se
met en mouvement et fait s’abattre en succession rythmée un bâton sur la
culotte tendue. Le gamin avait raconté tout cela, très exactement, à la maison.
Mais ce n’était pas tout et le père était encore persuadé d’un deuxième méfait
du maître et avait en mains des preuves incontestables. Qu’est-ce que le
maître croyait donc ? que lui, pauvre mineur, était en état d’acheter à son
gamin un nouveau costume par ces temps difficiles ? ou qu’il allait laisser
aller son fils comme un polichinelle ? Ce qui était vraiment grave, c’est
que le pantalon de Johann présentait une énorme tache d’encre. « Ça vient
quand on arrache de force les enfants de leur banc ! Alors, dommages-intérêts ! » Le maître proposa au père en colère de questionner lui-même
les enfants en son absence, et alors Saül se transforma en Paul, et la colère
se concentra sur le fils qui avait fabriqué la tache intentionnellement : « Je
vais l’assommer, ce garnement ! », déborda-t-il, et on eut toutes les peines
du monde à lui faire entendre un plaidoyer pour le malheureux pécheur.
Il n’est pas besoin de souligner que cette machine infernale n’existait que
dans l’imagination de Johann et que la scène de correction que le garçon
avait si bien décrite à la maison n’avait jamais eu lieu. Par cette invention,
Johann refusait aussi le maître qui avait supplanté sa maîtresse (bien aimée)
et cherchait dans son père un allié puissant.
De même, les rêves reflètent des impulsions de vengeance pour une
injustice réelle ou prétendue, ou la rébellion contre l’autorité haïe.
Anna H. (7 ans): Une fois, j’ai rêvé que la maîtresse n’était pas sage,
alors nous l’avons mise derrière le tableau. La maîtresse a crié très fort, c’est
ce cri qui m’a réveillée.
Grete N. (12 ans) : Nous avions une projection de diapositives. Quelqu’un
a jeté une pierre contre les vitres de la fenêtre. Nous avons ouvert la fenêtre,
il s’est mis à jaillir de la fumée. Nous avons voulu sortir, mais le maître s’est
placé devant la porte et ne laissait sortir personne jusqu’à ce que nous nous
jetions sur lui et qu’il libère le passage. Alors nous sommes descendus à
toute vitesse. En arrivant en bas, nous avons vu que le bâtiment de l’école
primaire était déjà tout brûlé et que notre bâtiment était tout en feu jusqu’à
la moitié. Le bâtiment s’écroula, sauf un mur sur lequel notre maître se tenait
debout. Et on ne savait pas comment il allait descendre. On a appelé les
pompiers et ils ont tendu une toile pour sauter. Le maître a sauté, mais il était
mort. Alors je me suis réveillé.
Marianne G. (13 ans 1/2) : J’avais un bonnet de camouflage, j’allais chez
mon amie Frida et je lui en donnais un aussi. Nous nous envolions pendant
la nuit chez le professeur G., nous l’attrapions par les mains et les pieds et
nous l’enfermions dans la cave. Puis nous nous envolions vite chez le professeur qui était déjà couché dans son lit. Nous nous transformions en anges
et nous montions la garde à son chevet. Ensuite, nous nous assoyions dans
son lit et nous jouions avec ses boucles brunes. Ensuite il me fit une blessure
et je me réveillai.
Grete L. (14 ans): Je marchais sur le pont, alors arrive Monsieur D., le
maître, avec son chien et il l’excite contre moi. Je me mis en colère et donnai
un coup de pied au chien qui le tua. Alors le maître me donna une gifle et
nous avons commencé à nous disputer. Puis le maître me mordit à la joue
si fort que ses dents restèrent plantées. Je courus à la mairie et le maître fut
emprisonné pendant un mois.
Ce dernier rêve doit faire la transition avec une série de rêves de jeunes
filles qui nous montrent avec clarté et évidence le rôle du maître dans l’imagination de l’élève-fille. Le maître est toujours, pour l’enfant, plus qu’un
simple intermédiaire qui apporte différentes connaissances; chez les enfants
plus âgés, il n’a plus la place d’être surnaturel, mais il suscite comme « être
humain » la curiosité, l’attention et l’admiration, l’amour et la haine dans
toutes leurs nuances.
Zita Sch. (15 ans): J’ai rêvé de notre professeur, il se promenait avec
une fille. Je les ai suivis et espionnés. Tout à coup, ils ont disparu mais j’ai
encore aperçu qu’ils s’en allaient. Alors je me suis réveillée.
Elsa St. (13 ans): J’ai rêvé que mon maître fêtait son mariage. Nous
n’avions pas d’école, c’était un mardi. Le mariage avait lieu à Reichenau.
C’était très solennel. La musique jouait et le professeur dansait, si bien qu’il
était tout étourdi. La fiancée avait de beaux habits. C’était vraiment très gai.
Il était déjà 10 heures et demie mais on ne voyait pas encore la fin. Cela dura
jusqu’à 3 heures du matin, alors seulement les nouveaux mariés se séparèrent
des autres. C’était le plus beau rêve de ma vie. En me levant, j’étais très
étonnée de moi-même.
Les enfants portent un grand intérêt à la vie privée de leur maître. Il existe
des secrets qui doivent être dévoilés et communiqués aux camarades de
classe, on fait des paris pour savoir si le nouveau professeur est marié, s’il
a des enfants ou s’il est enclin à entreprendre sur son lieu de travail des
connaissances ou des liaisons. Quel miracle quand le rêve répond à des
questions aussi brûlantes et fait tout savoir au rêveur !
Marianne Gr. (12 ans 1/2) : J’ai rêvé que j’étais amoureuse du professeur
M. J’étais déjà très grande, j’avais 20 ans. Il venait toujours me voir et j’allais
le voir, en un mot nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre. Je demandais à ma mère et à mon père si je pouvais me marier avec le professeur. Elle
dit : non ! Mon père dit : oui ! Alors le professeur alla demander et nous pûmes
nous marier. Mais, malheur, le bonheur fut détruit. Une demoiselle de
Reichenau était aussi amoureuse du professeur et voulait se venger. Nous
partîmes en voiture pour aller à Maria-Zell nous marier. Elle nous suivit.
Quand elle fut très près de nous, la roue (le pneumatique) de sa voiture
explosa. Tandis que nous étions dans l’église, elle arriva en trombe, mais
c’était trop tard, nous étions déjà mariés et sortions par la porte. Puis nous
rentrâmes à la maison. Le soir, la porte s’ouvrit soudain et elle entra. Mon
mari l’attrapa et la jeta dehors. Alors je me réveillai. (Peut-être une suite.)
Le rêve permet une modification arbitraire de l’âge, réalise le souhait
de l’enfant d’être grand, adulte, capable de se marier. Il permet de plus le
libre choix du conjoint, triomphe de la résistance du parent ennemi et de tous
les obstacles. Il habille le quotidien grisâtre de poésie, de cinéma et montre
le mari dans ses actes comme un surhomme. Le réveil déplaisant apporte à
toutes ces merveilles une fin abrupte et il ne reste plus que l’espoir d’une
suite. Ah ! si seulement le rêve pouvait être autre chose que de l’or faux
quand on se réveille, s’il pouvait véritablement faire culbuter la réalité ! Alors
la véritable suite pourrait se produire et plus d’une élève n’aurait pas besoin
d’être dans son imagination, pour son maître, une « Catherine de Heilbronn ».
Il y a des natures de « Catherine » dans chaque classe, on en a de nombreuses
preuves : des morceaux de craie qu’il a touchés sont collectionnés comme
des reliques, un gant qui a été égaré par hasard ne trouve le chemin du retour
qu’après maintes réclamations, des pages d’album de famille qui viennent
de lui sont des choses sacrées, des poèmes passionnés, qui ne « lui » parviendront jamais, sont lus et relus dans le secret de la chambre avec les yeux
humides, et même sa toux et son expectoration sont trouvées charmantes
et sont imitées.
Ainsi le maître est devenu l’homme aimé ardemment, digne d’adoration,
à qui revient toute confiance, auquel on se soumet volontairement, dont on
implore la protection. Le dévouement ne connaît pas de frontières dans l’imagination : on veut expier, faire des sacrifices, on voudrait en fait mourir, pour
lui bien sûr et en sa présence.
J’ai exprimé ces pensées à la suite d’un rêve de mariage, ce qui pouvait
laisser penser que de tels sentiments ne s’adressent qu’à « l’homme ». Mais si
nous exceptons le « désir de mariage », nous rencontrons la même vénération
passionnée pour le même sexe (élève-fille et professeur-femme), l’adoration,
le dévouement et des sentiments semblables de même force et de même
forme. En illustration, j’apporte l’exemple de ce poème passionné d’une
élève de 13 ans et 1/2 à sa professeur :
L’APPARITION
- L’horloge sonne juste le huitième coup,
- Avec les heures s’enfuit aussi le jour.
- La malade se tord en tous sens
- Mais rien ne peut plus la réjouir.
- Elle voudrait fuir ce lit brûlant,
- La fièvre la tient dans ses chaînes de fer.
- Alors la porte s’ouvre, très lentement et sans bruit.
- Un être apparaît, blanc comme la neige.
- « M’apparais-tu enfin, silhouette de lumière ?
- Tantôt je brûle, tantôt je gèle ! »
- Ainsi crie la malade et elle se dresse
- « Prends-moi avec toi, apparition, relève-moi ! »
- Mon cœur se languit de toi
- Dans la joie, la souffrance, le plaisir et la douleur.
- « Viens et donne-moi le bonheur, je ne peux vivre que pour toi !
- Pour toi, la plus belle étoile de ma jeunesse
- Pour toi je donnerais tout volontiers ».
- « Oh ne t’en va pas, oh reste près de moi,
- Ô Grete, prends-moi avec toi !
- Je ne peux être heureuse qu’avec toi,
- Vivre toute seule avec toi ! »
- Ainsi appelle Hilde et elle retombe.
- Et quand elle lève son regard,
- La silhouette aimée avait disparu
- Et la réalité l’enveloppait, glacée,
- Comme la réalité est amère,
- Si la beauté pouvait rester pour toujours !
Les trois rêves suivants nous montrent le maître comme séducteur et
violeur. Chaque viol rend un service complaisant à la pulsion (désir), car la
« malheureuse » enfant est représentée comme victime et l’acte qui satisfait
le désir comme fatal et dont on n’est pas coupable. Nous trouvons les fillettes
dans une situation de contrainte, enfermées, bien loin de toute aide, toutes
entières livrées à la convoitise brutale du plus fort. Des lieux secrets
deviennent des lieux de plaisir et il est remarquable de voir que dans les trois
cas il s’agit d’orgies avec un nombre important de participants. Il est possible
que des désirs inconscients de voir jouent ici un rôle, mais aussi une sorte
de disculpation – « à elle aussi cela lui est arrivé » – je serais tenté de le
croire. En particulier, le troisième rêve me paraît renforcer cette opinion. En
même temps que l’enfant, une assistante sociale qui veille sur sa conduite
est violée aussi.
Frida Schw. (13 ans) : J’ai rêvé que le professeur G. est rentré avec moi
à la maison avec son vélo après la gymnastique. Mais je ne voulais pas
aller toute seule avec lui et j’ai emmené Gr. avec moi. Mais alors un homme
sortit de la forêt, il avait une tête de mort à la main. J’avais peur, je voulais
courir mais je ne pouvais pas. Mais le professeur G. n’avait pas peur et alla
à sa rencontre. Il le reconnut et dit : « Vous, attendez ici ! ». Mais nous ne le
connaissions pas et nous avons couru jusqu’à la gare. Il n’y avait personne,
ils nous ont enfermées, mais nous avons sauté par la fenêtre. Alors ils nous
ont rattrapés. À ce moment je reconnus le deuxième : c’était Monsieur N.
Alors je n’avais plus peur. Ils nous ont quand même enfermées et nous ont
fait des choses épouvantables.
Mélanie R. (13 ans 1/2): (1) Marianne, Frida et moi nous allions nous
promener à Kaiserbrunn. Le professeur arriva et vint avec nous. Nous continuions à marcher et arrivâmes à une forêt. Là nous nous sommes assis
et avons bavardé. Le professeur ne nous laissait pas tranquilles; tantôt il
harcelait l’une, tantôt l’autre. Je me levai, les autres aussi, et chatouillai le
professeur. Alors il se leva, nous prit toutes les trois sous le bras et nous
emmena encore plus profond dans la forêt, dans une hutte. Là, il nous
enferma et il nous força à faire tout. Alors je me suis réveillée.
(2) J’ai rêvé que j’allais avec Mademoiselle Hertha à Vienne. Là, nous
rencontrions Monsieur H. Il nous dit : « Venez avec moi dans mon appartement ! ». Nous allions avec lui et quand nous y fûmes, il ferma la porte à clé
derrière nous. Je lui demandai pourquoi il fermait à clé, il me répondit rien.
Il nous emmena dans une pièce; il y avait plein de jeunes gens dedans. Nous
avons commencé à crier, mais ils nous ont mis la main sur la bouche. Tout
d’un coup, la porte s’ouvrit et le professeur arriva. Il se moqua de nous parce
que nous étions tombées dans le piège. Les hommes s’approchèrent et nous
déshabillèrent, sauf la chemise. Ils voulaient aussi nous enlever la chemise,
mais le professeur dit : « Laissez-leur la chemise ! » Nous étions contentes.
Alors le professeur vint vers moi et dit : « Mais, Méla, comment es-tu arrivée
ici ? » J’avais honte devant le professeur. Les hommes avaient Mademoiselle
Hertha au milieu d’eux. J’étais contente de ne pas être au milieu de tous
ces hommes mais seule avec le professeur. Le professeur m’interrogea, puis
il me laissa en paix. Alors je me suis réveillée.
[1]
« Stiefkinder » : beaux-enfants (comme belle-mère).