Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950133
170 pages

p. 5 à 7
doi: en cours

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no 10 2003/2

2003 Imaginaire & Inconscient

Éditorial

Monique AUMAGE Marc-Alain DESCAMPS
Étudier le masculin est à la fois nouveau, précis et vaste.
Nouveau. Aborder le masculin en psychanalyse fait découvrir qu’il n’existe aucun livre sur ce thème, alors qu’il y en a des centaines sur le féminin. Première surprise, on ne trouve qu’un numéro récent de revue sur le Masculin.
Précis. Pour accéder au masculin, il ne faudrait pas se tromper et éviter d’étudier :
  • L’humain en général (anthropos), valable pour les deux sexes comme on l’a fait pendant des siècles.
  • La différence des sexes est un autre sujet. Il est certes beaucoup plus facile de se livrer à des comparaisons en parlant des deux sexes à la fois pour dire ce qui est semblable et ce qui est différent. De fait bien des livres sont sur « Féminin/masculin ».
  • La paternité, la parentalité et toutes les autres fonctions du masculin (fils, frères, sportif, soldat, propriétaire...) sont aussi d’autres sujets : l’intersexualité, l’homosexualité, la transsexualité...
Vaste. Si après avoir échappé à toutes ces confusions, on entre dans la notion de masculin, on découvre avec stupéfaction, l’ampleur du programme, dont voici quelques questions :
Le masculin dans l’histoire, la philosophie, la psychologie et la psychanalyse... Le roc du biologique (l’embryologie, le pénis, les testicules, le phallus...). Le masculin ne commence-t-il pas lorsqu’on cesse d’être le phallus de sa mère ?
La perte du pénis : la castration et les mutilations sexuelles, impuissance et détumescence.
Le combat avec le père, son meurtre, le parricide, l’héritage masculin.
Confusion entre masculin et violence ?
Masculin et pouvoir : le chef, le guerrier, le soldat, le prêtre, le juge.
Les religions masculines : l’exclusion de toute féminité de Dieu et des anges.
Rapports du masculin et du Surmoi.
Le masculin et l’activité intellectuelle, les représentations, les interprétations. Le travail de la pensée est-il plus masculin que celui sur les sentiments et le contre-transfert ?
Le sexe de la libido. L’imaginaire a-t-il un sexe ?
Masculin et narcissisme, pulsion de mort, dévoration, analité, sadisme... L’hystérie masculine, le masochisme masculin. Les hommes battus. Les « perversions » masculines, fétichisme, voyeurisme, homosexualité, nécrophilie, bestialité, cannibalisme... Pourquoi les hommes ont-ils peur des femmes ? (et réciproquement dans la misandrie)
Le masculin selon les « féministes » (machisme, misogynie, phallocentrisme...), la psychanalyse kleinienne et post-kleinienne (le pénis substitut du mamelon, le fantasme, la scène primitive, le contenu/contenant...).
Ce que sont le masculin et le féminin « la psychanalyse ne peut pas l’élucider » (Freud, 1920), cela se volatilise en activité/passivité. Mais cela n’a-t-il pas été remplacé par les kleiniens par le rapport contenu/contenant ? Cette question change tout. Reste le masculin chez le patient, dans la cure (enfants, ados, adultes), dans les rêve-éveillés. Et aussi le masculin chez l’analyste (femme ou homme)...
On trouvera ici quelques premières percées de ce vaste programme, avec l’originalité d’auteurs masculins pour traiter du masculin :
  • Les aléas du masculin dépendent-ils du sort ou de la société ? Tout s’installe dans l’évolution sociale pour nier ou gommer la différence des sexes. L’inventaire des questions qui se posent mène à l’urgence de repenser le masculin.
  • Unir le masculin et le féminin commence par un essai d’ancrage de la psychanalyse dans l’histoire de l’humanité, pour arriver à situer l’homme nouveau. Quel est donc l’avenir de cet homme dans la société scientifique post-moderne ?
  • Le chemin du masculin dans la cure, avec les difficultés d’être un homme aujourd’hui, exige cette référence à l’imaginaire, pour accéder à une meilleure compréhension de soi.
  • Le masculin dans tous ses états s’institue par quatre images issues de l’embryon et du placenta : le passage de la ceinture au tore, à la recherche d’une bouée à quoi se raccrocher dans la cure.
  • Le masculin sur le divan montre les plaintes de la misère sexuelle, sa protestation est frénétique et souvent c’est l’image du masculin que l’on garde à l’extérieur et que l’on aime bien présenter. Mais où se trouve la virilité ?
  • Si l’on demande quel est le sexe de la libido, on peut aussi se demander si les constructions imaginaires en séance analytique ont la coloration de l’un des deux sexes. La question vous est posée et c’est à vous d’y répondre. Comme le disait Freud, la libido est-elle toujours d’essence masculine ?
  • Pourquoi les homosexuels masculins ont-ils été partout et toujours l’objet de persécutions diverses et variées ? La nouvelle arme qu’ils brandissent, l’accusation d’homophobie, va-t-elle les faire cesser ?
  • La revendication masculine semble naître avec les premiers artistes auteurs des peintures et gravures rupestres du Paléolithique au Périgord et en pays Basque. Si le masculin veut dire sacrifice, pourquoi le sacrifice est-il nécessairement une mise à mort ?
« La différence des sexes, butoir ultime de la pensée » écrit Françoise Héritier. Les femmes ont accompli leur révolution (sexuelle, reproductive, familiale, professionnelle, politique, éducative, artistique, etc.) ou elles sont en train de la mener. Par conséquent, les hommes ont dû se remettre en cause, renoncer à leurs privilèges et accepter plus d’égalité.
Qu’en est-il aujourd’hui du masculin ? Est-il toujours l’esprit qui ensemence, le verbe qui crée, la loi qui tranche, l’institution qui légitime, la prise en charge du monde, le défenseur de la tribu et de la famille, l’individuation, la volonté, la rupture, le courage stoïque... ?
Quel est donc ce nouvel homme déstructuré, dans une société post-moderne ? Y a-t-il une place éthique pour lui ? Où est son avenir ?
Y a-t-il un imaginaire du masculin ? Si le féminin est le produit d’une culture, le masculin reste-t-il indemne de cette contre-culture ?
Particulièrement en psychanalyse la remise en cause de l’héritage freudien par les féministes est considérable. Et les études sur l’identité de genre (gender identity) se sont multipliées.
Lorsqu’il est question de chercher que ce qui est particulier au sexe masculin, à son inconscient et à son imaginaire, le rêve-éveillé, parmi bien d’autres voies, nous fournit des réponses à travers les images des uns et des autres, de l’un et l’autre sexe. Il est l’apport original de cette revue.
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