Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950133
170 pages

p. 73 à 79
doi: en cours

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no 10 2003/2

2003 Imaginaire & Inconscient

De l’homosexualité à l’homophobie

Jean-Paul Guyonnaud Médecin77 avenue Félix Faure 92000 Nanterre
La masculinité se construit à partir d’un choix et d’un refus de l’homosexualité. Les rapports sont difficiles entre les hétéros et les homos. Les persécutions des homosexuels ont existé à toutes les époques et dans bien des pays. La construction récente de l’homophobie parviendra-t-elle à les faire disparaître ?Mots-clés : Homosexualité, Homophobie, Sexualité, Masculinité. Masculinity implies a choice and a refusal of homosexuality. Relations are difficult between heterosexuals and homosexuals. The homosexuals have been persecuted at all times and in almost every country. Will the recent construction of homophobia help to make it disappear ?Keywords : Homosexuality, Homophobia, Sexuality, Masculinity.
La masculinité se construit à partir d’un choix, d’une volonté d’être masculin et non féminin. Elle passe bien souvent par un refus de l’homosexualité. De ce refus, on est tombé trop souvent dans une réprobation et donc une persécution.
 
Les persécutions des homosexuels
 
 
Religions et idéologies influencent considérablement les attitudes, les comportements à l’égard de l’homosexualité.
Avec la peste noire de 1348-1350 qui tua plus du tiers de la population de l’Europe, l’hostilité à l’égard des homosexuels grandit considérablement. Il fallait un bouc émissaire. Au cours des XIIIe, XIVe et XVe siècles, la persécution des homosexuels augmente. Le dernier individu condamné à mort en France pour homosexualité fut un certain Jacques-François Pascal. Il fut brûlé le 10 octobre 1783. Est-ce à dire qu’il n’y a plus de persécutions homosexuelles à partir de cette date ? Sûrement pas.
La Pennsylvanie a été aux États-Unis le premier état a appliqué la peine de mort pour les homosexuels en 1786. Récemment, un individu qui avait obtenu un droit de séjour aux États-Unis pouvait se faire expulser si l’on découvrait son homosexualité.
Que dit le Lévitique XX, 13 à propos de l’homosexualité ? « L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination... Ils devront mourir, leur sang retombera sur eux. »
Nous le voyons, la condamnation est sans appel. Chez les Chrétiens, c’est surtout avec St Paul dans son Épître aux Corinthiens, que se manifeste une très nette hostilité aux homosexuels.
Pour les homosexuels, dit l’Ayatollah Musava Ardelsili de Téhéran, l’islam a prescrit les peines les plus sévères. Après que la preuve a été établie conformément à la Charia, il faudra se saisir de la personne, la maintenir debout, la partager en deux avec une épée et, soit lui trancher la tête, soit la fendre en deux toute entière. Quand ils ne sont pas condamnés à la peine capitale, que ce soit en Iran, en Afghanistan, au Soudan, en Tchétchénie ou en Mauritanie, les homosexuels sont passibles de lapidation ou de flagellation.
Passons en revue maintenant le point de vue des marxistes et des nazis.
Déjà Engels, dans une lettre à Marx, le 22 juin 1869, notait : « Les pédérastes se mettent à se compter et ils découvrent qu’ils constituent une puissance dans l’État. Il ne manque que l’organisation, mais il apparaît... qu’elle existe déjà en secret. » Les communistes staliniens voient dans l’homosexualité un signe de la décomposition morale propre au système capitaliste, donc un phénomène politique. « Dans la société soviétique de saine moralité, peut-on lire dans un article paru sans l’Encyclopédie soviétique en 1952, l’homosexualité est réprimée en tant que dépravation sexuelle et punie par la loi, sauf en cas de désordre psychique. Dans les pays bourgeois, l’homosexualité, signe de décomposition morale des classes dirigeantes, est en fait impunissable. »
L’homosexualité, affirme Himmler le 18 février 1937, fait échouer tout rendement, elle détruit l’État dans ses fondements, car seulement un peuple qui a beaucoup d’enfants peut prétendre à l’hémogénie générale. Toujours en 1937, la Revue Das Schwarze Korps proposait l’extermination des homos.
Un homme comme Rector soutient que, au moins 500 000 homosexuels ont été exécutés sommairement ou sont morts dans des camps quand ils ne se sont pas suicidés. Aussi, le juriste Daniel Borrillo n’hésite pas à parler d’« holocauste gay». Notons au passage que dans les camps nazis, le rose était la couleur par laquelle on pouvait reconnaître les homos et le noir, les lesbiennes. Le noir était également le signe distinctif des asociaux, tandis que le brun caractérisait les tziganes et le jaune, les juifs. Contrairement à beaucoup d’autres, il faut leur rendre justice, les homosexuels victimes du nazisme n’ont jamais reçu aucune indemnisation. Avant de se résigner à l’extermination, les nazis essayèrent en vain de faire changer le comportement des homos.
Dès les débuts du nazisme, les expérimentations pour guérir les homosexuels ne cessent de se multiplier. Si l’homosexuel était unAryen, il fallait le récupérer pour l’entreprise procréatrice (Borrillo, « L’Homophobie », édition P.U.F., p. 78). Un survivant d’un camp de concentration, Heinz Heger raconte dans Les hommes au triangle rose, Journal d’un déporté homosexuel, 1939-1945 comment lui-même et les autres sodomites étaient obligés par les S.S. de s’accoupler avec les prostituées. Comme le programme de réhabilitation et les thérapeutiques avaient échoué, Himmler recourut aux grands moyens. Le 30 juin 1934, il déclare « Il faut abattre cette peste par la mort... » Le 30 juin 1934, c’est aussi la « Nuit des longs couteaux » où Hitler fait assassiner l’ambitieux Ernst Röhm, homosexuel notoire qu’il considérait comme un rival politique... Plus près de nous, au Brésil et en Colombie, rapporte Daniel Borrillo des escadrons de la mort sont à l’origine de centaines d’assassinats de gays et de travestis.
Parce qu’ils se reproduisent, les hétérosexuels seront toujours vainqueurs dans leur combat contre les homos. Considérons maintenant le problème des Bardaches pour bien comprendre les enjeux.
 
Le problème des BARDACHES
 
 
Lorsqu’ils découvrent le Nouveau Monde, à la fin du XVe siècle, les explorateurs européens y trouvent de bien étranges personnages : des hommes vêtus en femmes qui, en tout, se comportaient comme celles-ci.
Dans presque tous les peuples américains, il y avait des travestis qui assumaient un rôle sexuel passif. D’abord appelés à tort « hermaphrodites », on les désigna ensuite sous le nom de « bardaches ». Bardache est un mot d’origine persane. De nos jours, dans un dialecte italien, cela signifie « jeune garçon ». La plupart d’entre eux étaient des enfants et des adolescents. Ils s’habillaient et parlaient comme des femmes et demeuraient avec elles, ils ne pouvaient d’ailleurs aisément en être distingués. Porter les armes des hommes leur était interdit. Ils assumaient divers rôles économiques dont celui d’épouse – rôle dans lequel ils étaient souvent préférés par les hommes pour leur force physique. Les bardaches n’étaient pas autorisés à avoir des relations hétérosexuelles et étaient supposés recevoir tout homme qui recherchait leur faveur. Comme prostitués du village, ils aidaient à tenir les hommes éloignés des filles à marier. Indirectement, ils protégeaient la vertu des filles jusqu’au mariage. Ils avaient été convertis de force à la féminité par des hommes adultes qui les violaient ou par des parents ayant besoin de filles pour leur service. Il va sans dire, remarque l’historien Richard Trexler, que les bardaches doivent être considérés comme faisant partie d’une réalité culturelle et politique plus large. Ainsi, chez les Iroquois du XVIIIe siècle, ce ne sont pas seulement des individus mais tout un peuple soumis comme celui des Lenapes, qui était qualifié de « peuple femme ».
Par peuple femme, il faut entendre peuple esclave ou, du moins, peuple largement dominé. Sodomiser son esclave à Rome, nous rappelle Paul Veyne, professeur au Collège de France, était innocent. En revanche, il était monstrueux de la part d’un citoyen d’avoir des complaisances servilement passives. Comme le rappelle Veyne, on ne classait pas les conduites d’après le sexe, mais en activité et passivité. Prendre du plaisir virilement ou en donner servilement, tout est là.
 
L’homophobie
 
 
Ce type d’homosexuel, parce qu’il n’est pas arrogant, parce qu’il n’est ni agressif, ni revanchard, parce qu’il ne fait pas de prosélytisme, mérite notre respect et notre aide. Notons que depuis peu, l’hostilité à l’homosexualité porte un nom, c’est l’homophobie. Doit-on en admirer l’astuce, l’intelligence ? L’homosexuel se défend en disant que c’est l’autre – l’hétérosexuel – qui est malade.
Le terme « homophobie » a été utilisé la première fois aux USA en 1971. Il n’apparaît dans les dictionnaires de langue française qu’à la fin des années 1990. Homophile et homophobe apparaissent dans le Petit Larousse en 1998. Un grand pas dans la défense des homosexuels a été fait avec la création de ce mot. Dénoncer l’homophobie du bourreau, c’est jouer habilement sur une corde du violon qui s’appelle culpabilité. Dès l’instant où l’on parvient à culpabiliser une partie de l’opinion, on la manipule et on la mène à ses vues.
L’homophobie est une phobie qui se caractérise par une aversion pour les homosexuels. Demandons-nous pourquoi les mots misandrie et « misandre » ont-ils eu moins de succès que les mots homophobie et « homophobe » ?... Cela mérite d’être analysé. Misandrie et misandre ne font intervenir avec autant de netteté la notion de maladie que ceux d’homophobie et homophobe, et pourtant ils sont arrivés avant eux dans le dictionnaire. Le terme « misandrie », haine ou mépris du sexe masculin, des hommes, date dans le dictionnaire de 1970. (le mot misogyne qui est l’inverse de misandre date, semble-t-il, de 1559).
Sous sa forme édulcorée, l’homophobie est une attitude d’hostilité à l’égard des homosexuels. Pour le juriste Daniel Borrillo, c’est un préjugé et une ignorance qui consiste à croire en la supériorité des hétérosexuels. Dans la crainte de l’homosexuel chez l’hétéro, il y aurait, paraît-il, la crainte du semblable.
Les homosexuels constituent fréquemment un groupe socioculturel distinct se livrant à un net prosélytisme à l’égard des adolescents. Telle a été la réponse d’un tribunal allemand à un homosexuel qui, pour sa défense, invoquait une violation du principe d’égalité des sexes car s’agissant d’une femme homosexuelle, les rapports avec quelqu’un du même sexe n’étaient pas punis. L’histoire nous enseigne que la sévérité à l’égard des homosexuels est beaucoup plus grande – et de loin – que pour les lesbiennes.
 
Demandons-nous maintenant sur quoi repose la construction de la masculinité ?
 
 
Selon Tognoli la masculinité se construit sur la haine des homosexuels. La peur d’être considéré comme un « pédé » constitue une force majeure dans la composition du rôle masculin, précise Borrillo.
Madame Élisabeth Badinter a bien perçu ce processus quand elle écrit « La virilité n’est pas donnée d’emblée, elle doit être construite, sinon fabriquée. » Renforcer l’homophobie est donc un élément essentiel du caractère masculin.
Ce que nous exprimons dans le raccourci suivant qui s’applique à beaucoup de gens :
  • Être hétérosexuel implique de détester, sinon de mépriser les homos.
  • Être homosexuel implique de détester, sinon de mépriser les hétéros.
Si vous n’êtes pas homosexuels, on vous range de force dans la catégorie des homophobes... Qu’est-ce que c’est, sinon de la discrimination, de la ségrégation ?
Si les homosexuels dénigrent tant les hétéros, c’est pour tenter de tenir à distance ce qui les menace de l’intérieur. Et ils se servent des hétéros comme des boucs émissaires.
La création du terme « homophobie » si souvent mis en avant par les homos accusateurs démontre magistralement que la Psychologie du Bouc Émissaire est un phénomène tout à fait universel. Elle fonctionne ici dans les deux sens. Discrimination homosexuelle, certes, mais aussi discrimination hétérosexuelle. L’une ne va pas sans l’autre. La Psychologie du Bouc Émissaire nous apprend ceci : le meilleur moyen de se défendre, c’est d’attaquer.
Pour clore ce paragraphe sur l’homophobie, ajoutons que certains font une différence entre la gayphobie, la lesbophobie, la biphobie, la travestiphobie. À mon avis, on devrait plutôt distinguer deux sortes d’homosexualité une homosexualité superficielle et une homosexualité véritable.
L’homosexualité superficielle est une homosexualité de circonstances. Elle comprend deux sous-catégories :
  • l’homosexualité de compensation vient de la privation. C’est le pisaller. Faute de partenaire du sexe opposé, plutôt que de se masturber honteusement, le sujet doit se contenter d’individu du même sexe.
  • l’homosexualité obligatoire. Celle où bien malgré lui, le sujet se voit contraint de subir la loi, le joug de l’autre. Il y va de sa vie et il en tire, comme les bardaches, d’incontestables bénéfices secondaires. Pour moi, l’homosexualité du bardache était surtout une homosexualité d’obligation.
L’homosexualité véritable. Elle est celle qui est ancrée profondément dans l’individu. La polarité énergétique de sa personnalité, note Payeur, est différente de celle de l’hétérosexuel. Si l’on veut bien réfléchir à la question, on ne manquera de constater ceci l’homosexualité est un symptôme, non une cause. La cause est du côté de la bisexualité fondamentale de tout être. D’autre part, les hommes homosexuels ont généralement une fixation très forte à leur mère, et un père rarement acceptable.
Les rapports père-fille et mère-fils conditionnent pour une large part les futurs états amoureux, le choix des partenaires d’une part et, d’un autre côté, derrière l’homosexualité, se posent les problèmes de la relation de l’individu avec son corps.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BORILLO D., L’homophobie, Paris, P.U.F., 2000.
·  BRUCKNER P., La tentation de l’innocence, Paris, Grasset, 1998.
·  CORNEAU G., Père manquant, fils manqué, Montréal, Éd. de l’Homme, 1989.
·  COUROUVE C., Vocabulaire sexualité masculine, Paris, Payot, 1985.
·  GIRARD R., Le bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982.
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