2003
Imaginaire & Inconscient
Le biologique du masculin
Sylvain Mimoun
Gynécologue-AndrologueDirecteur du « Centre d’Andrologie », Service d’Urologie de l’Hôpital Cochin (Pr B. Debré), Paris
Quand l’homme est jeune et en bonne santé, on se préoccupe peu de
son état biologique. Par contre avec le temps qui passe, nombre de ses
plaintes peuvent être en relation avec son état endocrinien, en particulier
avec l’hormone mâle princeps, la testostérone. C’est pourquoi la connaissance de ce qui se passe chez l’homme hypo-androgénique (en andropause)
nous permet de mieux comprendre en quoi le biologique interfère dans la
vie de l’homme.
Dès la grossesse, on peut discerner le fœtus garçon du fœtus fille. C’est
le spermatozoïde porteur d’un chromosome Y qui détermine le sexe
masculin. Au moment de la puberté, l’hypophyse va déclencher la sécrétion
de FSH et de LH, hormones qui vont agir sur les testicules pour les stimuler.
Les testicules sécrètent alors des hormones sexuelles mâles, les androgènes.
Celles-ci sont responsables du développement des organes génitaux et de
l’apparition des caractères sexuels secondaires. Des changements de taille
et de poids commencent avec le début de la puberté, les tissus musculaires
se développent plus nettement. Le mot « puberté » vient du latin pubes –
« poil, signe de la puberté ». La pilosité axillaire (des aisselles) apparaissant
en général deux ans après la pilosité pubienne. Pour les garçons c’est la
classique découverte des rasoirs et l’important phénomène de la mue, le
changement de voix. L’éjaculation, si importante pour la physiologie mais
aussi pour la psychologie masculine ne survient que plus tard au cours de
la puberté. Beaucoup plus tard, après la cinquantaine, il y a une hypoandrogénie chez certains hommes. Les symptômes qui accompagnent cette
baisse d’hormones mâles nous permet de mieux comprendre l’impact de la
testostérone dans le sexe masculin. Bien que chez l’homme, l’activité
sexuelle, phénomène multifactoriel très complexe, est moins directement
liée au taux de sécrétion hormonale que celle des animaux. Les hormones
jouent cependant un rôle dans la reproduction (modification et préparation
du sperme nécessaire à la reproduction) et on a constaté qu’un taux d’hormones mâles trop bas entraînait une baisse du désir et du fonctionnement
sexuel. On sait que quand le taux de testostérone est très bas – et seulement
dans ce cas – le désir est absent et quand on compense ce taux par un
traitement de l’hormone manquante, l’activité sexuelle est accrue.
Quoi qu’il en soit, quand il y a une baisse des androgènes des symptômes
cliniques peuvent attirer l’attention sur ce syndrome, le dosage de la testostérone bio-disponible confirmera ou infirmera le diagnostic.
Il est admis qu’il y a chez 10 à 20 %, voire 1/3 des hommes de plus de
50 ans (3,7), une baisse notable du taux de testostérone, hypoandrogènie
que l’on pourrait qualifier d’andropause par commodité.
Dans une population normale, le taux plasmatique moyen de testostérone
est stable jusqu’à 55 ans environ, pour diminuer ensuite d’environ 1 % par
an, de sorte qu’à 80-85 ans, le taux moyen représente à peu prés 60 % de
celui observé à 25 ans. De nombreux facteurs interfèrent sur ces taux (7):
- les facteurs génétiques,
- l’indice de masse corporelle (une augmentation de cet indice s’accompagne d’une diminution de la testostérone totale, car la SHBG diminue),
- le stress (physique ou psychique),
- l’athérosclérose (les coronaropathies s’accompagnent d’une diminution
du taux de testostérone),
- le tabagisme (chez les fumeurs, il est de 10 % supérieur à celui observé
chez les non-fumeurs).
Notons cependant qu’à la différence de la ménopause, cette baisse
partielle, quand elle a lieu, peut survenir à des âges très variables (dès la
cinquantaine pour certains et au-delà de 80 ans pour d’autres).
Aucun des symptômes suivants n’est spécifique, mais leur groupement
est évocateur. Il est à noter que certains ressemblent à ceux de la ménopause.
En effet parmi les signes fonctionnels, on peut noter :
- une fatigue récente s’accompagnant souvent de douleurs musculaires
et de tendinites récidivantes,
- des troubles du sommeil, avec un sommeil discontinu,
- des troubles de la mémoire portant sur les faits récents,
- une anxiété intermittente, particulièrement le matin,
- un état sub-dépressif sans ralentissement important, vécus comme une
simple lassitude, une moindre combativité, un manque d’entrain et de
projets...
- des troubles urinaires (pollakiurie, mictions impérieuses) perturbations
du système neuro-végétatif vésical,
- une prise de poids plutôt abdominale, (avec augmentation du risque
cardiovasculaire) ou de type gynoïde (hanches, fesses, seins) avec féminisation de la silhouette,
- les bouffées de chaleur (plus rarement que chez la femme, mais elles
peuvent exister), perturbant le sommeil, entraînant des sueurs localisées au
tronc et au cuir chevelu,
- les troubles O.R.L. chroniques ou répétitifs sont relativement fréquents,
- les troubles de la sexualité sont les plus fréquents. Au début il peut
s’agir d’une diminution du désir sexuel, (inhabituelle pour le patient, parfois
alors même que les érections persistent). Cependant le jeu sexuel est
stéréotypé, les érections spontanées sont rares et si elles surviennent elles
ont du mal à se maintenir. Les troubles de l’éjaculation sont également
allégués (éjaculation sans plaisir avec diminution du volume éjaculé).
Parmi ces symptômes, 4 sont particulièrement notables :
- Augmentation de la masse graisseuse abdominale et prise de poids
d’environ 10 kg sur une période de 10 ans.
- Fragilité psychologique et intellectuelle, dépression, troubles du
sommeil.
- Douleurs ostéo-articulaires, faiblesse et atrophie musculaires et
changement d’aspect de la peau.
- Dysfonction sexuel.
Mais ce qui fera évoquer l’andropause, c’est la diminution des taux
plasmatiques et tissulaires de testostérone.
Chez l’homme, une ostéoporose (déminéralisation osseuse) asymptomatique s’installe en moyenne 10 ans plus tard que chez la femme.
L’examen clinique recherche :
- une gynécomastie (poussée de la glande mammaire),
- une diminution du volume testiculaire, (avec une diminution de la sensibilité et/ou de la consistance du testicule),
- le plissement scrotal disparaît qui est un signe très spécifique de l’imprégnation hormonale en testostérone, disparaît. Le scrotum est lisse, peu épais,
dépigmenté,
- une diminution de la pilosité pubienne,
- une peau sèche, une raréfaction des poils, (au niveau du thorax par
exemple...), une perte de cheveux récente,
- une diminution de la masse musculaire avec augmentation de la masse
grasse,
- vérifier l’état de la prostate, dans un but de dépistage systématique et
pour savoir s’il n’y a pas de contre-indications à utiliser un traitement
hormonal si cela s’avérait nécessaire.
Quand on se plaint de ces symptômes il est utile de faire un bilan hormonal qui dose la testostérone biodisponible (hormone mâle active). Si celle-ci
est basse, on parlera d’andropause.
La principale hormone mâle, la testostérone, est constituée de la partie
libre, active, associée à une partie inactive (la protéine de transport). Or cette
dernière augmente avec l’âge, ce qui réduit d’autant la partie restante active.
C’est pourquoi, le plus souvent nous évitons de doser la testostérone totale,
car même si le taux paraît normal, nous ne sommes pas sûrs que la partie
active, biodisponible, soit normale. Seule cette dernière permettra de faire
le diagnostic.
On profitera de cette prise de sang pour doser l’antigène spécifique de
la prostate (PSA), pour s’assurer que la prostate n’est pas inflammatoire,
ou même qu’il n’y a pas de cancer. Dans ce cas, cela contre indiquerait
le traitement hormonal. L’échographie de la prostate peut-être demandée
pour les mêmes raisons.
À côté de ces aspects médicaux, ne perdons pas de vue qu’il nous faut
aussi tenir compte de la perception psychologique de cette période de la
vie par l’homme qui nous consulte. D’autant que l’après soixantaine chez
l’homme est souvent vécue comme l’heure des bilans.
- bilans professionnels : on peut avoir réussi sa carrière, mais se sentir
stressé car il faut tenir le coup. On peut penser que l’on n’a pas atteint les
buts que l’on s’était fixé. La préretraite ou le chômage, quand ils existent,
ne facilitent pas le contexte.
- sur le plan sexuel : l’érection est plus longue à venir, l’éjaculation est
un peu retardée, le temps de latence entre 2 rapports s’allonge. Ces différences de réactions peuvent suffire à inquiéter le sujet au point de le faire
entrer dans un véritable cercle auto-entretenu, où la peur de l’échec entraîne
l’échec et ainsi de suite...
Les prises médicamenteuses qui ne sont pas rares à cet âge ont parfois
des effets secondaires qui agissent sur l’intérêt ou sur la capacité sexuelle.
Par ailleurs l’interruption des relations sexuelles ou la continence peuvent
avoir au moins momentanément des effets nocifs chez les plus de 60 ans.
Interférence de la vie du couple, comme soutien, ou comme renforcement
d’une mésentente déjà ancienne.
La prise en charge thérapeutique
L’information sur ce qui peut se passer physiologiquement à cette période
de la vie, fait déjà partie de la prise en charge thérapeutique par la dédramatisation et l’action préventive des attitudes néfastes (tabac, excès de poids,
exposition excessive au soleil) qu’elle induit.
En effet le traitement de l’andropause repose sur une correction complète
des troubles présentés : surpoids, prise en compte des troubles relationnels
et dépressifs, amélioration du confort urinaire, de l’hygiène du sommeil et
mise en place d’une activité physique adaptée. C’est dans ce contexte que
la prescription de produits sera la plus efficiente. Si l’hormonothérapie substitutive dépend des auteurs et du contexte hormonal, il est aisé d’utiliser des
oligo-éléments (comme le zinc), des vitamines (C, E en particulier), du
sélénium, des antioxydants aidant à ralentir le vieillissement, ou des compléments nutritionnels renfermant nombre ou partie de ces éléments.
Si la plainte est aussi, voire surtout sexuelle, une prise en charge thérapeutique plus spécifique est souvent nécessaire. Aujourd’hui pour beaucoup
d’hommes la connaissance biologique de l’andropause apparaît comme une
prise de conscience, un désir de prendre en charge sa vie. Et cela peut être
un réel nouveau « départ ».
·
(1) BELAÏSCH J., KERVASDOUÉ de A., Questions d’hommes, Paris, Odile Jacob,
1996.
·
(2) CLIPPINGER J.A., Human Sexuality and Aging, Journal of Corrective and Social
Psychiatry, vol 32, n° 3, pp. 82-88,1986.
·
(3) DESY W., COMHAIRE F.H., Thérapie hormonale substitutive (THS) chez
l’homme vieillissant, in Cahiers sexol. Clin. Vol. 25 - N° 144,1999.
·
(4) GERMAIN B., LANGIS P., La Sexualité, Regards actuels, Paris, Ed. Maloine,
1990.
·
(5) HUMPHEY et al., Hepatocyte growth factor and its receptor (c-MET) in Prostatic
carcinoma. Am. J. Pathol. 147, pp. 386-396,1995.
·
(6) MIMOUN S., CHAUSSIN E., L’univers masculin, Paris, Seuil, 1999.
·
(7) VERMEULEN A., Face à l’andropause, Orgyn N° 1,1997.