2003
Imaginaire & Inconscient
Le dieu des adolescents.
[1]
Fonctions du religieux et processus d’adolescence
Odile Falque
PsychanalysteDocteur en psychopathologie clinique Université Paris VII 105 avenue Général de Gaulle 92130 Issy-les-Moulineaux
À la lumière de vignettes cliniques de patients
adolescents en cure, ou de patients faisant un processus d’adolescence, il est repérable que le religieux peut avoir une
fonction subjectivante dans la réorganisation de la névrose
infantile à l’adolescence. Mais il peut aussi exercer une
emprise aliénante et maintenir dans la soumission et la dépendance. De même que l’adolescent doit quitter les images des
parents de la toute-puissance infantile et pubertaire pour les
retrouver à la fois mêmes et autres, de même l’adolescent
croyant en vient à quitter les représentations du Dieu de la
toute-puissance infantile pour le Dieu qui vient dans la
rencontre, l’inattendu, l’inachèvement. Quitter Dieu pour
Dieu.Mots-clés :
Religieux, Adolescence, Étayage, Œdipe, Névrose infantile, Pubertaire, Subjectivation.
Clinical treatments of adolescents or in the process of adolescence show that the religious can have a subjective function in the reorganization of the infantile neurosis at
adolescence. But it also can exert an estranging hold and
maintain submission and dependence. As much as the adolescent must leave behind the almighty infantile images of his
parents to find them back the same and different, the faithful
adolescent leaves behind the infantile representation of the
Almighty God for a God who is encountered through the
unexpected, the unachieved. To Leave God for God.Keywords :
Religious, Adolescence, Layers, Oedipus, Infantile neurosis, Puberral, Subject differentiation.
« Qui suis-je ? », Une question posée par Œdipe et reprise par l’adolescent.
Dans la question : « Qui suis-je ? » posée par Œdipe à l’Oracle de Delphes,
la psychanalyse entend dans la vie fantasmatique : « Tu tueras ton père; tu
épouseras ta mère »; destin incontournable, mythe organisateur dans l’inconscient et dont les interdits dans leur réalisation (interdit du meurtre et de
l’inceste), semblent devoir régler les rapports entre les humains dans les
différentes cultures.
À la question : « Qui suis-je ? » posée par l’adolescent croyant, le
deuxième récit biblique de la Création répond en mettant en scène Adam
et Ève désobéissant à la loi de Dieu, ce qui entraîne la « chute » (Gn 2,3)
[2].
Selon l’hypothèse de Pierre Gibert, ce texte aurait été écrit à la cour du roi
David à propos des relations incestueuses entre les enfants de David : Amnon
et Tamar, frère et sœur (2 S 13)
[3]. Dans cette analogie entre le mythe et l’histoire, on peut y reconnaître une tentative de régler le conflit œdipien entre
le désir et l’interdit, la loi et la transgression, et les conséquences meurtrières
qui en résultent : la mort d’Amnon puis celle d’Absalom, fils de David
[4].
L’auteur évoque parallèlement la lutte fratricide et le meurtre d’Abel par
Caïn, descendants d’Adam et Ève, comme prolongement de la réalisation
de l’inceste (Gn 4,1-16)
[5].
Est-il possible de sortir de ce sort inéluctable ? D’une part, la psychanalyse dévoile un sujet soumis à ses déterminismes inconscients dans le
destin œdipien; d’autre part le récit biblique situe l’homme définitivement
marqué du sceau du péché originel, pris ici dans sa valeur historicisante pour
le sujet à partir de l’expérience humaine. Ainsi, dans leurs regards croisés,
la psychanalyse permet une reconnaissance de la problématique œdipienne
avec le texte biblique qui est aussi une lecture de l’aventure subjective. Ces
deux approches de l’énigme des origines signent les méfaits soulignés par
la psychanalyse de la non-inscription dans la différence des sexes et des
générations, qui conduit à l’aliénation. Le religieux peut-il avoir une fonction
pour l’adolescent en quête d’identité ?
Dans le devenir de l’adolescent, deux types de processus sont à l’œuvre :
d’une part :
Le pubertaire
[6], comprenant les remaniements psychiques liés
à la puberté, face à ces motions incestueuses et parricides, nouveautés incontournables, dont le destin d’Œdipe et celui d’Adam et Ève tentent de rendre
compte. Cette fatalité fige l’adolescent dans les pièges de la violence pulsionnelle, réactivant la problématique œdipienne infantile. D’autre part,
L’adolescens
[7], effectuant une réélaboration de la névrose infantile par la
reconstruction des instances idéales et le remaniement du Surmoi en relation
avec l’autre. La tâche de l’adolescent consiste à trouver l’objet « potentiellement adéquat » (c’est-à-dire hétérosexuel, suffisamment dégagé de l’objet
incestueux parental et fraternel, à la fois y renvoyant, tout en s’en démarquant
[8] ), pour nouer une relation amoureuse fiable.
« Qu’est donc le mortel que tu en gardes mémoire, le fils d’Adam que
tu en prennes souci ? » (Ps 8,5) dit le psalmiste.
À la question : « Qui suis-je ? » la religion chrétienne répond : « Tu es fils
de Dieu ». Cette affirmation identitaire s’appuie sur l’événement du baptême
de Jésus. Dieu dit à son fils : « Tu es mon Fils; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Lc 3,22). La relation du Père et du Fils se vit dans le creuset de l’intimité reconnue et partagée du Je et du Tu dans l’expérience d’une
connaissance mutuelle. Une autre version des textes évangéliques donne
un autre écho quand Dieu dit à la foule : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
qui a toute ma faveur » (Mt 3,17). Ici Jésus n’est plus désigné par le Tu,
mais par le Il. Cette relation se donne et se vit aussi pour d’autres, et elle
en appelle d’autres. Pour le chrétien, il s’agit de vivre en fils et fille de Dieu,
Père de Jésus-Christ mort sur la Croix et reconnu vivant par un petit nombre
de témoins.
Dieu est à la fois investi et détruit dans son image de toute-puissance
pour le garder vivant, dans l’inattendu de sa venue :
Quitter Dieu pour Dieu
[9]
implique le passage par la mort et le renoncement. De même pour l’adolescent, devenir et se reconnaître fils et fille de ses parents s’acquiert
pleinement au moment où il prend leur relais dans l’expérience de leurs
finitudes réciproques, de la castration assumée et de la procréation : mort
et vie se conjuguent et s’interrogent dans la question : « Qui suis-je ? »
renvoyant à celles de l’origine et de la destinée : ces interrogations conditionnent ou non l’accès à la position de sujet qui relève de la
subjectivation,
processus spécifique d’
adolescens se faisant
[10]. Du côté de la psychanalyse,
l’issue est incontournable dans le destin d’Œdipe et nécessite la réorganisation de la névrose infantile par l’adolescent. Du côté du religieux chrétien,
le sens fait fonction d’appel pour lui à traverser et à assumer la problématique de la vie et de la mort, en relation avec Dieu.
Depuis un siècle à la suite de S. Freud, K. Marx et F. Nietzsche, deux
champs, psychanalytique et religieux dans la culture, se côtoient et s’interrogent, se trouvent ou se fuient, dans la confiance ou la méfiance. Pour ces
auteurs, la religion est déclarée tantôt comme « névrose de l’humanité » ou
« opium du peuple » ou « mort de Dieu », tandis que pour certains chrétiens,
toucher à la psychanalyse signifie : « toucher au diable ». Quel jeu et quels
enjeux sont-ils possibles dans cet écart, ces retrouvailles et ces rejets ?
De part et d’autres, il s’agit d’histoires de famille, de sujets en relation dont
la constitution, le devenir et les transformations posent problème selon les
âges de la vie, notamment à l’adolescence.
Une question se pose : le religieux aurait-il une fonction spécifique pour
la constitution du sujet psychique, car nous pouvons constater que des
expériences chrétiennes et analytiques peuvent être subjectivantes? Dans
l’opinion et l’observation courantes, le religieux ne manquerait-il pas d’être
perçu comme aliénant ? La Révélation du Dieu d’Alliance, Père de Jésus-Christ, et les figures qui y sont liées, viennent-elles modifier la réponse de
l’Oracle de Delphes ? Conviction folle, pourrait-on dire; délire, projection,
illusion ou idéal... Pourtant, certains, dont des patients adolescents, sont
encore touchés, saisis comme dans cette remarque d’un croyant : « Dieu
existe, Il m’a rencontré... » et non pas : « Je l’ai rencontré » car Dieu prend
l’initiative. Ces sujets sont atteints par ce témoignage transmis à travers
les âges et ils essayent d’en vivre, aux prises avec des contradictions, des
doutes, des interrogations, des recherches et des tâtonnements... D’autres Le
rejettent; d’autres s’en désintéressent ou cherchent ailleurs des réponses à
leur quête spirituelle. L’adolescent aux prises avec la puberté, dans un
remaniement œdipien, est engagé dans des processus qui sont exemplaires
de la subjectivation. Elle se déploie à partir de l’interrogation identitaire en
rapport avec les questions de vie, de mort, de désirs qui s’élaborent plus
ou moins à ce moment-là, mais aussi souvent plus tard, à l’âge adulte : Qui
suis-je ? D’où je viens ? Où vais-je ? Pourquoi l’amour, le mal, la souffrance ?
Ces questionnements sont également repérés dans les cures.
Ouvrir des portes pour un avenir : n’est-ce pas l’enjeu de la psychanalyse,
en résonance possible avec la figure d’un
Dieu-Visiteur
[11] qui saisit, surprend
et déplace, présent et absent, tout-proche et tout-Autre ?
Entre deux acteurs en quête du sens de leur histoire, la scène va se jouer
dans l’interaction, les rencontres et les échappées :
- le sujet de la foi
[12] dans l’héritage culturel religieux et sa réappropriation
possible ou non, selon l’expérience vécue d’une relation personnelle à Dieu,
dans l’événement d’une rencontre et dans l’avènement d’une vie de foi et
de ses vicissitudes;
- le sujet psychique, psychanalytique, sujet de la pulsion et du narcissisme
[13].
À l’articulation, se trouve le sujet adolescent croyant qui participe de ces
deux composantes entre l’événement pubertaire et l’avènement psychique
qui en découle; entre l’événement de la rencontre avec un Dieu plus ou
moins vivant ou aliénant, et l’avènement de sa vie de foi et ses avatars, dans
la dimension religieuse.
La foi et le religieux se dialectisent : probablement peut-on penser et
parler du religieux sans avoir la foi; mais à l’inverse, et c’est là tout le
paradoxe : peut-on prétendre avoir la foi ou être croyant, sans avoir un
minimum de culture religieuse ?
Sujet psychique, sujet de la foi, et objet
culturel religieux sont convoqués là et s’articulent, chacun dans leur domaine
respectif. Force est alors de définir
le religieux comme un ensemble de
croyances, de représentations, de paroles, d’actes, de rites, articulés autour
d’institutions inscrits dans la culture et permettant l’avènement du sujet, dans
sa relation avec Dieu et avec l’autre. Quant à
la subjectivation, elle doit être
envisagée comme : « processus aboutissant à l’avènement d’un sujet
désormais en mesure, au sein de ses déterminismes internes et externes
mêmes, d’affronter ses conflits et ses désirs dans son espace propre »
[14], dans
la capacité à reprendre et signer son histoire de relations pour son propre
compte dans sa culture, dans l’intégration du corps sexué, dans la qualité de
plaisir pris pour soi et dans l’échange avec l’autre
[15]. La subjectivation réside
dans la « mise en tension interne permanente de la structure œdipienne et
des résidus infantiles qu’elle vient organiser »
[16]. Le dénominateur commun
de ces deux définitions concerne
l’avènement du sujet adolescent, dans la
fonction de subjectivation. Elle s’origine dans l’étayage qui permet l’investissement du Moi et la consolidation narcissique pour le remaniement de la
névrose infantile. Là le religieux peut apporter justement une fonction
d’étayage.
Il s’agit donc de repérer comment le religieux permet, transforme ou
empêche le processus d’adolescence, dans le champ de la subjectivation
et/ou ses avatars. L’adolescence comprend ainsi des processus qui sont spécifiques de la subjectivation. Ma thèse principale dégage une fonction du
religieux dans la subjectivation adolescente en lien avec la réorganisation
œdipienne. Ce remaniement s’articule autour des représentations religieuses
et parentales liées à leurs affects, donnant lieu à des expériences, des figures,
des scènes, des histoires singulières inscrites dans une culture spécifique,
et fondant l’émergence du sujet adolescent. La fonction du religieux donc
permet, à partir de l’étayage, la reconstruction des idéaux du Moi et le
remaniement des identifications pour l’évolution du Surmoi en référence à
la figure de l’autre, et de l’Autre, en l’occurrence Dieu. Les concepts étudiés
concernent la compréhension du processus d’adolescence : l’étayage, l’idéalisation et la désidéalisation, l’illusion créatrice, l’Idéal du Moi, la
sublimation. Cette élaboration est particulièrement repérable à travers les
investissements, leurs liaisons et leurs aléas dans la déliaison.
Le terme « religieux » issu du latin « religare » signifie : relier à.
Lier, délier, relier pour allier, peuvent être entendus ici comme expression
de la fonction du religieux et tâche à accomplir pour le sujet adolescent :
- lier, dans les enjeux des premières relations infantiles;
- délier, à l’adolescence, en se différenciant et se séparant des imagos
parentales;
- relier pour allier, en pouvant nouer de nouveaux liens objectaux tout
en gardant des racines suffisamment solides, gardiennes du narcissisme et
du sentiment continu d’exister.
Ces processus participent du travail de subjectivation à l’adolescence.
Quitter Dieu pour Dieu: quitter le Dieu de la toute-puissance infantile
et pubertaire pour le Dieu de Jésus-Christ qui vient dans la rencontre, l’inattendu, l’inachèvement. Quitter les images des parents de l’enfance :
« Considérer la sortie de l’enfance comme une expérience dialectique de
rupture et de continuité »
[17].
Une limite s’impose néanmoins quant à la prétention de cerner la relation
avec Dieu et celle du sujet psychique dans la foi. Réponse à un appel, elle
peut orienter ses choix de vie en dernier lieu et le confirmer dans ses convictions : quelque chose nous échappe... Comme l’exprime une patiente : « Le
Seigneur m’appelle au couvent » peut s’entendre au sein de ses motivations inconscientes, de ses désirs et de ses identifications, dans sa vie
fantasmatique et son histoire... Mais la décision ultime n’appartient plus
au champ de l’investigation psychanalytique; elle est du registre de la
relation à Dieu, de la vie de foi également consciente, de la recherche de
vérité et de liberté, des capacités propres et en fin de compte de la décision
de la communauté-Église. Cependant nous savons aussi qu’une délimitation
ne veut pas dire une clôture. L’analyse continue tant pour l’analyste que pour
l’analysé, s’il le souhaite, dans un chemin ouvert dans l’unité de l’expérience
pour le sujet
[18] et la question du sens.
À la question : « Avez-vous la foi ? » une jeune croyante répond : « Je
crois, à partir de ce qu’on m’a dit et de ce que j’ai éprouvé ». Deux « vignettes
cliniques » d’adolescents confrontés à la question du religieux (judéo-chrétien), au cours de leur psychothérapie, se font face et s’opposent, dans
l’interaction du religieux culturel et de la dynamique de la foi. L’enjeu porte
sur l’appropriation ou non d’un héritage en son nom propre et dans son
histoire particulière, une des tâches de la subjectivation adolescente et de
la maturation dans la foi.
RAPHAËL, 17 ans, se trouve à sa dernière séance de psychothérapie au
mois de juin, avant un départ d’un an à l’étranger, au bout de quatre ans de
traitement.
Il arrive, pour la première fois avec une croix sur la poitrine. Il parle de
la profession de foi de son frère, dimanche dernier. « J’aime bien, dit-il, il
a eu une fête, comme pour la mienne : une célébration, puis le restaurant
en famille et des cadeaux. Il a eu une guitare, comme moi, et je l’entends
répéter ses accords. J’espère qu’il ira aussi jusqu’à la confirmation [19]. Je peux
enseigner la foi pour des gens qui se posent des questions, des athées, des
non pratiquants, grâce au caté : par exemple, est-ce que Dieu c’est utile ?
Qu’est-ce que ça fait ?... Dieu veut notre bonheur. »
Je lui demande si ses parents sont pratiquants :
« Oui, pour mon père; mais ma mère, je ne sais pas, elle aime aller à
l’église. »
« Quand on croit en Dieu, on croit en soi. Moi quand je déprime, j’ai un
espoir pour demain. »
« La foi, c’est faire quelque chose pour les autres, par exemple l’abbé
Pierre, Monseigneur Gaillot, l’autre qui s’occupe des squats, j’ai oublié
son nom... ça suppose d’être solide soi-même. »
« Dieu, c’est la flamme en chacun, en chaque homme. »
« Dieu, c’est comme ma mère, ça ne s’explique pas, ça ne se représente
pas ».
« Dieu d’autres pays, les indiens, ou autres, ce n’est pas le même. Dieu,
c’est abstrait, ce n’est pas une personne qu’on voit. On peut Le connaître
par la Bible; Jésus dans l’Évangile. Par exemple, la multiplication des pains :
est-ce que c’est vrai ? c’est abstrait, mais ça rejoint des moments dans la
vie. »
« La messe, ça me berce par les paroles de la Bible. »
Il associe alors avec émotion sur un souvenir quand il était petit : « J’avais
construit une crèche pour Noël, j’étais fier. »
« Mon père m’a dit que c’est hypocrite d’aller à la messe si on ne s’est
pas confessé. On ne peut pas aller à l’église comme pécheur... Mais on n’est
jamais parfait... Par exemple un criminel ne peut pas retourner dans une
église; il n’est pas accepté par les autres. »
« Il y a eu une tour; j’ai oublié son nom (Babel), les hommes ont voulu
monter trop haut, dépasser Dieu; elle s’est écroulée. »
« Tout ça ce n’est pas valable avec la biologie : la création..., le big-bang...
On peut dire que c’est du délire. Un prêtre, ce n’est pas un biologiste. »
À l’opposé, SÉBASTIEN, 17 ans, me dit pendant une séance : « Un soir
de cette semaine, je suis allé, avec deux copains, au temple protestant, à une
réunion de prière avec des catholiques. [20] On est arrivé en retard. Je n’ai pas
écouté, ni les textes, ni les chants; ça n’a pas d’intérêt, je ne suis pas motivé.
J’ai des mauvais souvenirs d’éducation religieuse : j’étais au caté avec ma
mère; on était obligé d’écouter. De toute façon, si j’étais avec quelqu’un
d’autre, je n’aurais pas écouté. »
« J’ai été obligé d’aller à la messe jusqu’à quinze ans. J’ai des mauvais
souvenirs. Maintenant j’ai mieux à faire... par exemple dormir le dimanche
matin. »
Quand je lui demande si cela lui a apporté quelque chose, il me répond :
« Le respect des autres, ne pas juger. »
« Souhaiteriez-vous cela pour vos enfants ? », lui dis-je.
« Oui, quand même. Les protestants critiquent les catholiques : pour
l’eucharistie, le Pape, pour la mort, à cause du sida. »
« Et vous, qu’en pensez-vous ? », ai-je repris.
« Le préservatif, c’est nécessaire; ma mère me l’a dit. »
Ces deux expressions de la foi chez des sujets adolescents au sein d’une
relation thérapeutique illustrent la réflexion initiale retenue comme
exemplaire de positions subjectivantes dans le champ du religieux : « Je crois
(ou je ne crois pas), à partir de ce qu’on m’a dit et de ce que j’ai éprouvé ».
-
Je crois : la croyance (ou la foi, termes équivalents d’après le dictionnaire) est une adhésion de tout l’être à Dieu, une relation à Quelqu’un de
vivant. Tandis que Raphaël rend compte de sa foi à partir d’une célébration
autour d’un rite de « confirmation », d’un enseignement reçu à transmettre
à d’autres, et d’un ressenti comme salutaire pour lui en référence à ses
parents, Sébastien au contraire ne prend pas position en son nom propre. On
repère son manque d’intérêt et de motivation, bien qu’il ait probablement
aussi reçu une éducation religieuse.
-
On m’a dit : il s’agit de transmission d’un patrimoine à travers la parole
de parents ou de substituts dans une relation de filiation-paternité-maternité
mettant Dieu en scène. Cela appartient au religieux dans la culture. Libre à
chacun d’en faire ou non, une appropriation ou une réappropriation personnelle pour son propre compte, où le Je reconnaît l’autre. Tandis que Raphaël
semble parler en son nom propre dans l’intériorisation d’un vécu avec
d’autres, Sébastien manifeste plutôt le rejet, si ce n’est l’indifférence, plutôt
en lien, semble-t-il pour l’instant, avec une problématique parentale.
-
J’ai éprouvé
[21] : la foi s’expérimente et se vit à travers l’expérience
d’une rencontre avec l’autre dont les racines s’inscrivent dans la petite
enfance et dont la mise à l’épreuve s’effectue particulièrement à l’adolescence. Dans sa forme la plus archaïque elle rejoint la religiosité
[22], elle renvoie
au psychisme humain et au besoin de croire à quelque chose qui dépasse,
croire à une transcendance, comme expérience existentielle, ainsi que le
souligne Raphaël : « Dieu, la flamme en chaque homme; Dieu c’est comme
ma mère, ça ne s’explique pas, ça ne se représente pas »; ça se vit. Le besoin
de croire et d’être reconnu donne au sujet ses assises narcissiques. Mais la
rencontre avec l’autre se modèle par le fait de l’intérioriser à la fois comme
même et autre que soi, différent et complémentaire, dans le jeu des affects
et des représentations. La rencontre avec Dieu, tout-proche et tout-Autre,
à la fois au cœur de l’intime et « différent pour d’autres pays »
[23], peut passer
par l’éprouvé de sa présence mais aussi de son absence. Elle s’expérimente
dans l’expérience vécue de la Révélation mais aussi celle du doute, comme
mise à l’épreuve de la foi, dont rend compte aussi Raphaël. Quant à l’éprouvé
de Sébastien, il ne semble pas s’étayer sur celui d’une confiance de base
suffisamment bonne, mais plutôt se bloquer sur celui de la méfiance et du
malaise.
Quel n’est pas souvent notre étonnement de rencontrer aussi certaines de
ces difficultés chez des patients aux prises avec un processus d’adolescence,
remaniable ou oblitéré, mais qui sont également impliqués dans cet héritage
culturel religieux et leur confrontation personnelle dans la foi. Plus qu’une
expérience personnelle, ces questions restent aujourd’hui posées pour le
croyant, malgré les dérives plus ou moins pathologiques.
Ma réflexion théorique s’est organisée à partir d’observations cliniques
posant le problème de prendre en compte ou pas l’investissement religieux
de sujets croyants, adolescents, ou faisant un processus d’adolescence.
L’adolescence n’est pas une affaire d’âge mais de capacité à réélaborer la
névrose infantile en gérant la nouveauté pubertaire tout en gardant la continuité d’avec l’enfance.
Distinguer pour articuler : tel est notre souci. Si deux champs
apparemment hétérogènes se côtoient : religieux et théorie psychanalytique,
et appartiennent à des élaborations différentes, l’écoute et l’expérience
clinique nous confrontent à nos interrogations, nos positions, et nos propres
bornes dans ces deux champs de l’aventure humaine. Certains patients, leurs
questionnements et leurs problématiques m’ont ainsi conduite à penser, à
essayer de théoriser en quoi la psychanalyse de l’adolescent et la quête spirituelle ou la foi s’interpellent et se modifient ou pas, dans leur confrontation.
Il importe d’approfondir chaque démarche, religieuse et psychanalytique,
en regard de l’adolescent. Mais afin de mieux saisir les enjeux particuliers
qui s’y attachent, je présente simplement le résumé de ces cures.
L’investissement du religieux trouve appui à la fois dans l’économie interne
et dans l’héritage culturel de chacun, sachant que l’actualisation faite à notre
époque permet l’autonomisation individuelle et collective.
CHRISTOPHE, ou le « brouillon de son frère », premier de cordée, porte-Christ.
Christophe, adolescent phobique m’est adressé par un « groupe de
prière ». Il vient me voir sur l’initiative de son père, lui-même guéri de sa
dépression par les médicaments, la psychothérapie et une « libération spirituelle ».
Ses parents se sont rencontrés dans un pèlerinage en Terre Sainte; le père
voulait être prêtre; la mère, elle-même phobique, présente l’image d’une
« sainte sacrifiée ». À la messe du sacrement de la « profession de foi » du
frère, il ne supporte pas la foule et doit sortir. Tandis qu’à l’enterrement de
la tante, il peut jouer de l’orgue alors que son père lui tourne ses pages de
partition.
Pendant une séance de psychothérapie, Christophe me dit : « Mon père
prie pour moi ». Je suis restée interloquée dans ma position de psychanalyste
supposée de « neutralité bienveillante ». Fallait-il ne pas tenir compte de cette
affirmation ou pouvais-je m’y autoriser ? Je me suis demandée alors ce que
cela venait faire dans l’espace de la séance, ce que cela pourrait changer
entre nous. Une autre fois, il me dit en me montrant une croix qu’il avait
autour de son cou : « J’ai chipé cette croix à mon père ». Là encore, que
pouvait signifier cette croix entre nous dans l’espace de la séance ? Si mes
références culturelles religieuses me renvoyaient à la signification sacrificielle de la croix du Christ à laquelle aucun chrétien ne pouvait échapper,
ma culture psychanalytique m’incitait à y voir l’interprétation fétichique
ou masochiste de la croix. Mais tout un travail personnel à la fois religieux
et psychique m’a permis de découvrir d’autres sens à la croix tels que par
exemple une valeur transitionnelle de lien assurant le sentiment continu
d’exister, ou encore pour moi la « croisée des chemins », psychanalytique
et religieux dans une démarche de foi, et aussi le renoncement à la toute-puissance infantile dans la butée de la mort et de la castration, tâche de
l’adolescence.
Ainsi se sont posées pour moi les premières questions à l’origine de ce
travail : quel sens, quel impact, quels liens sont-ils possibles entre le religieux
et l’adolescence au cours d’une psychothérapie ?
« Qui suis-je ? » dit-il, (le brouillon de son frère cadet).
Dans la « confiance dans le Seigneur » et en s’appuyant sur un père qui
a surmonté sa dépression, Christophe reprend sa place d’aîné, pour moi
fantasmée comme « premier de cordée ». Alors me vient également la figure
religieuse de Saint-Christophe, portant le Christ sur l’autre rive, passage
de la mort à la vie. Père et thérapeute ont pu jouer pour lui un rôle d’étayage
et de soutien narcissique dans le champ du religieux et de la foi.
THÉRÈSE, ou le garçon qui devait devenir prêtre. Les stratégies d’une
adolescente en quête d’identité pour un choix de vie.
Jeune adulte boulimique, elle m’est adressée par un prêtre pour « approfondir le discernement de sa vocation » et me demande si je peux l’autoriser
à rentrer au monastère, ce qui ne me revient pas dans mon rôle de thérapeute
mais reste celui des supérieurs, directeurs spirituels, confesseurs. Tout se
passait comme si elle demandait la permission à un parent qu’elle fuyait
mais dont elle ne pouvait pas se séparer. Mon souci se bornait donc à repérer
avec elle ses motivations inconscientes pour découvrir ensemble son désir
de correspondre à celui de ses parents d’avoir un fils prêtre.
« Qui suis-je ? Qu’est-ce que je fais là ?... Je ne suis pas une sainte, je
ne suis pas une prostituée... Je suis un mec, le garçon de la famille laissé
pour compte. »
« Le Seigneur m’appelle au couvent », me dit-elle. Quel Seigneur ? Père
chaleureux, père froid et distant ? Père pervers, père persécuteur ? Père
accompagnateur spirituel ou thérapeute, mère suffisamment bonne ? Elle
maintient la dichotomie entre « le spirituel, le haut, le père, le pur, l’idéal;
la sexualité, le bas, la mère, le sale, l’émotionnel ».
Dans sa quête spirituelle et ses élans mystiques, elle idéalise le couvent
comme refuge à ses conflits internes. Dans son fantasme répétitif, elle se
voit petite, compressée dans la « gaine de sa mère avant de naître » et elle
rejoint son père idéal qu’elle évoque, « moine en blanc dans la nef d’une
église », (il désirait être religieux). Elle se rend compte qu’elle réalise dans
ce choix de vie, le désir qu’avaient ses parents d’avoir un fils prêtre.
Elle rêve de Sainte Bernadette, de la Sainte Vierge et de moi... et fait son
entrée au monastère chez les religieuses du Sacré-Coeur, le jour de
l’Immaculée Conception (ne pas être enceinte ? effacer ou réparer une
supposée faute ou péché ?).
Entre errance et croyance, je l’imagine comme la brebis égarée qui
cherche et trouve son Bon Pasteur, et rejoint le troupeau... « Je prierai pour
vous et pour vos patients », me dit-elle en me quittant et elle ajoute : « Il reste
le mystère de ce qu’on est. »
Errer... douter... croire.
JUDAS, ou l’angoisse d’éternité, entre doute et délire... croire... voir... Dieu
ou diable ?
Père de famille, d’origine indienne, il m’est adressé par un prêtre pour
« angoisses d’éternité », qu’il relie à des problèmes sexuels et à ses difficultés de communication avec son fils adolescent. « Qui suis-je ? Croyez-vous
que je suis fou ? », me dit-il au départ.
Il est fasciné par les voyantes qui lui révèlent le message de la Vierge
pour l’avenir : une catastrophe et un petit reste..., et après ? le ciel, l’enfer,
le purgatoire ? « Il fallait que le Christ souffrît... Le ciel et la terre passeront
mais mes paroles ne passeront pas », dit-il en s’appuyant sur le texte biblique.
« Dieu sadique, Dieu pervers voudrait notre souffrance » dit-il, ce que
j’entends comme Dieu ou diable ? Ou grand-mère qui le désigne comme
« bâtard, Lucifer » ?
Dans sa culpabilité d’une faute cachée, il veut brûler le catéchisme, aller
voir le Pape; dans son masochisme sacrificiel, il se croit destiné à l’enfer
et veut tous nous y entraîner. Ses angoisses s’apaisent à l’occasion de
relations suffisamment bonnes avec un prêtre et une religieuse « auxiliaire
du purgatoire » et sa thérapeute qu’il mêle à ses relations personnelles.
Après l’aveu qu’il me fait d’un supposé « péché d’inceste », il me quitte
en ne voulant plus se poser de questions : « C’est la foi qui sauve... dit-il,
plutôt accepter que petit à petit Dieu donne le bonheur. »
DANIEL, l’ange et/ou la bête, dans les vicissitudes du choix d’objet en fin
d’adolescence.
Daniel, d’origine italienne, m’est adressé après une « retraite spirituelle »,
pour des problèmes de blocage qu’il attribue à la circoncision pratiquée
quand il était petit et dénuée de toute signification rituelle, dit-il. « Qui suis-je ? Qu’est-ce qu’un homme, une femme ? Qu’est-ce que la vérité ? »
Il se pose la question de la vie religieuse, du célibat ou du mariage, mais
il se réfugie dans la spiritualité et l’idéal par peur de la sexualité. Le Dieu
pervers et/ou le Dieu magique décideraient pour lui.
Dans son masochisme sacrificiel et son ambivalence, il voit le Christ sur
la croix lui souriant et il conclue, d’après la méditation du texte évangélique
de l’entretien de Jésus avec Nicodème (Renaître de l’eau et de l’Esprit, Jn 3,
1-22) : « Ne pas savoir pour voir ». Chaque temps d’arrêt des séances est
nourri de retraites spirituelles.
Avec ses multiples fiancées qu’il choisit « ouvertes » comme la mère, il
rejoue en psychothérapie ses mouvements de séduction et de rejet. Célibat
ou mariage ? Finalement le choix est fait pour une fille avec « plus de
distance; ce n’est pas forcément ce que j’aurais rêvé », me dit-il.
Certains patients font une demande de psychothérapie avec la prise en
compte du religieux. Ce sont souvent deux domaines considérés comme
opposés, or pour eux, la problématique religieuse et la foi forment la toile
de fond et la trame de leur histoire et de ses nœuds de fixation. Il importe
donc de distinguer les deux champs pour les articuler.
Le religieux peut infiltrer la problématique adolescente dans le jeu des
affects et des représentations qui est aussi celui de la psychanalyse. Cela
peut entraîner des modifications, des réorganisations avec les donnes de
départ, les blocages ou les dérives pathologiques dans le sens de la subjectivation, c’est-à-dire du devenir sujet, mais cela peut aussi maintenir dans
l’aliénation. Les changements dans les cures sont repérables dans la
dynamique de la relation transféro contre-transférentielle et probablement
l’influence de mon imprégnation religieuse sous-jacente.
Textes religieux et textes laïques auraient-ils la même fonction ? Ils se
recouvrent pour une part dans le registre du culturel, du religieux dans la
culture et dans la dynamique de la foi; ils s’écartent ou s’opposent d’autre
part, quant à la portée de leurs significations et de leurs perspectives. Deux
approches du mythe d’Œdipe et de la Révélation biblique ont en effet
chacune leur pertinence et même s’articulent pour le processus d’adolescence. L’un et l’autre sollicitent les représentations et renforcent les
identifications. Dans chaque perspective, il s’agit d’une reprise de son destin
personnel dans une histoire collective, de s’approprier ou non l’héritage
culturel d’un peuple dans son contexte temporel et spatial. Prise en compte,
confrontation, rejet, indifférence, évacuation, marquent les positions tour à
tour appréhendées par l’adolescent. Dans le mythe et la Révélation, les
figures maternelles, paternelles, fraternelles sont convoquées et peuvent aider
ou non à la construction du sujet psychique. Les figures religieuses redoublent souvent les figures parentales dont elles peuvent permettre, dans leur
investissement, une distance, un déplacement, une séparation des objets
parentaux; mais elles peuvent maintenir dans l’idéalisation, l’illusion, la
dépendance et la soumission.
Les critiques de S. Freud sur le religieux comme névrose plus ou moins
pathologique qui maintient dans l’infantile, se révèlent ainsi incomplètes au
sens où le processus d’adolescence est aussi concerné. Il s’agit d’une réélaboration de la névrose infantile et de ses avatars, pour un travail de subjectivation chez le sujet psychique et le sujet croyant. Spécifique de l’adolescence,
il se poursuit aussi dans la vie adulte et le devenir de l’humain.
Quitter Dieu pour Dieu : le religieux invite à quitter le Dieu de la toute
puissance infantile et pubertaire, menaçant, père grandiose ou idéal, pour
le Dieu qui vient dans l’inattendu de la rencontre comme avec Moïse
[24], qui
marche avec l’homme : Jésus-Christ révélant son Père. Il est incarné dans
l’histoire, dans la culture, dans le visage de l’autre, à l’horizon de la finitude.
Parallèlement, le processus d’adolescence consiste à quitter les images des
parents de l’enfance tout en restant relié à eux, en s’appropriant son propre
héritage culturel, à dire
Je dans sa propre histoire, dans son identité sexuelle,
sa singularité et sa différence, au sein des déterminismes, des désirs et des
conflits, pour enfin construire un projet dans la relation avec l’autre où le
Je
le
Tu et le
Nous se conjugueraient dans une relation de plaisir partagé.
·
BALMARY M., Le sacrifice interdit, Paris, Grasset, 1986.
·
BALMARY M., La divine origine, Paris, Grasset, 1993.
·
Bible de Jérusalem., trad. sous la direction de l’École biblique de Jérusalem, Paris,
Cerf, 1961.
·
BELLET M., Foi et psychanalyse, Paris, DDB, 1973.
·
BIRRAUX A., Éloge de la phobie, Paris, P.U.F., 1994.
·
BRACONNIER A., Les adieux à l’enfance, Paris, Calmann-Lévy, 1989.
·
CAHN R., Adolescence et folie, Paris, P.U.F., 1991.
·
CAHN R., Rapport au LIe Congrès des psychanalystes de langue romane, Rev. Franç.
Psychanal, 1991.
·
FALQUE O., Dieu, l’adolescent et le psychanalyste, Paris, L’Harmattan, 1998.
·
FREUD S., La vie sexuelle, Paris, P.U.F., 1977.
·
GIBERT P., Bible, mythes et récits de commencement, Paris, Seuil, 1986.
·
GUTTON P., Le pubertaire, Paris, P.U.F., 1991.
·
GUTTON P., Adolescens, Paris, P.U.F., 1996.
·
JEAMMET N., Les destins de la culpabilité. Une lecture de l’histoire de Moïse aux
frontières de la psychanalyse et de la théologie, Paris, P.U.F., 1993.
·
MAILLARD P., Le bonheur d’aimer, Paris, Cerf, 1995.
·
PFRIMMER T., Freud, lecteur de la Bible, Paris, P.U.F., 1982.
·
SCHMITT E-E., Le visiteur, Paris, Actes Sud, 1994.
[1]
Ce texte est extrait de mon livre
Dieu, l’adolescent et le psychanalyste, Paris,
L’Harmattan, 1998. Je me situe dans la ligne de la religion judéo-chrétienne, c’est-à-dire de
la prise en compte de la Révélation de Dieu à son peuple dans la Bible, Ancien et Nouveau
Testament, et la Tradition, Dieu incarné dans l’histoire des hommes par son Fils Jésus-Christ
dans la relation de filiation-paternité.
[2]
Bible de Jérusalem, trad. sous la direction de l’École biblique de Jérusalem, Cerf, 1961.
[3]
Au X
e siècle avant Jésus-Christ, selon P. Gibert,
Bible, mythes et récits de commencement,
Paris, Seuil, 1986, pp. 115-128.
[4]
Ce thème se retrouve dans la recherche de T. Pfrimmer,
Freud, lecteur de la Bible, Paris,
P.U.F., 1982. D’après l’auteur, environ quatre cents citations bibliques parcourent l’œuvre de
S. Freud. Selon les indications d’A. Freud (p. 14), la Bible de Philippson, de famille, donnée
à S. Freud par son père Jacob, commençait par le deuxième livre de Samuel, chapitre 1, verset
24 : le récit de l’adultère de David et Bethsabée, la femme d’Uri, chef d’armée, qui meurt.
« C’est à travers un vécu concret, historique que la foi biblique confesse le sens universel »
(p. 25). On retrouve les grands thèmes travaillés par S. Freud, « naissance et mort, punition
pour idolâtrie, le meurtre, la possession de femmes interdites, la castration, la relation fils-père tragique, la transgression réelle et la transgression symbolique » (p. 20).
[5]
Ibid., p. 120. Ève dit de Caïn : « J’ai acquis un homme de par Yahvé » (Gn 4,1-16).
D’autres auteurs ont montré que derrière « l’arbre de la connaissance du bien et du mal
se trouvait une loi portant sur la sexualité, notamment celle de l’interdit de l’inceste, et que
le meurtre est une conséquence de l’inceste : Caïn, « objet incestueux » d’Ève. Voir entre
autres M. Balmary,
Le sacrifice interdit, Paris, Grasset, 1986, pp. 265-269.
La divine origine,
Paris, Grasset, 1993, pp. 186-187 et 190. D. Vasse,
Inceste et jalousie, Paris, Seuil, 1995,
pp. 112-114. Bien des aspects du péché dit « d’orgueil » peuvent s’entendre comme maintien
dans la toute-puissance infantile, la fusion, l’indifférenciation, la possession, la maîtrise et
la mégalomanie...
[6]
Gutton P.,
Le pubertaire, Paris, P.U.F., 1991.
[7]
Gutton P.,
Adolescens, Paris, P.U.F., 1996.
[8]
Freud S., (1910-1918), Contributions à la psychologie de la vie amoureuse, in
La vie
sexuelle, trad. D. Berger, J. Laplanche et coll., Paris, P.U.F., 1977, pp. 46-80. Du fait de la
« barrière contre l’inceste », il s’agit du « passage des objets inadéquats, dans la réalité, à d’autres
objets étrangers, avec lesquels on peut mener une vie sexuelle réelle... L’homme quittera père
et mère – comme le prescrit la Bible – et suivra sa femme : tendresse et sensualité sont alors
réunies ». p. 57.
[9]
Maillard P.,
Le bonheur d’aimer, Paris, Cerf, 1995, p. 77. Cette proposition de quitter
Dieu pour Dieu serait attribuée à Saint Vincent de Paul disant à ses sœurs religieuses : quand
vous priez à la chapelle et que quelqu’un frappe à la porte, vous ne quittez pas Dieu. Par contre,
ici nous sommes dans un autre contexte, celui du devenir psychique et de l’expérience spirituelle de l’adolescent.
[10]
Gutton P.,
Adolescens, op. cit.
[11]
Schmitt E.-E.,
Le Visiteur, Actes Sud, Paris, 1994. Dans cette pièce de théâtre, la scène
se passe à Vienne en 1938 sous l’occupation des nazis, entre S. Freud, sa fille Anna et un étrange
visiteur, dandy, léger, cynique. On se demande si c’est un fou, un magicien, un rêve de S. Freud
ou une projection de son inconscient, ou celui qu’il prétend être : Dieu lui-même. Chacun
décidera.
[12]
La foi, du latin,
fides, signifie « adhésion, fidélité, croyance, conviction, confiance en
quelqu’un ou à des dogmes » (Dictionnaire Larousse). Elle se structure dans une institution.
Elle est en relation avec l’objet du religieux et les doctrines établies. Pour le christianisme, il
s’agit de réponse à un appel de Dieu dans l’incarnation et les figures du religieux, dans celle
de Jésus-Christ et de celles qui l’ont suivi, à travers l’Église-institution, pour une vie spirituelle.
Pour le chrétien, elle est : « appel, dialogue, témoignage, alliance, engagement », in
Devenir
chrétien, homélies de carême, Monseigneur A. Rouet, évêque de Poitiers, mars-avril 1995.
[13]
Cahn R., « Du sujet », Rapport au LI
e Congrès des psychanalystes de langue romane,
in
Rev. Franç. psychanal., 1991,6, pp. 1 371-1 390. Le sujet se définit par :
– son appartenance de près ou de loin au registre de l’émergence au sein d’un processus
autocréatif, le plus souvent suscité par la rencontre ou l’interrelation du sujet;
– l’auto-appartenance de l’ensemble de pensées, actes, désirs, sentiments, conflits, y compris
les plus enfouis, y compris ceux liés au désir de l’autre;
– l’espace de liberté que constitue la dimension aléatoire de la relation avec l’objet selon un
incessant processus introjectif et projectif;
– le déploiement possible de cette aire intermédiaire de l’illusion partagée;
– la capacité d’établir ou de rétablir des liens psychiques.
[14]
Cahn R.,
Adolescence et folie, Paris, P.U.F., 1991, p. 302.
[15]
Selon Jeammet P.
[16]
Birraux A.,
Éloge de la phobie, Paris, P.U.F., 1994, p. 228.
[17]
Braconnier A.,
Les Adieux à l’enfance, Paris, Calmann-Lévy, 1989, p. 72.
[18]
Cf. Bellet M.,
Foi et psychanalyse, Paris, Desclée de Brouwer, 1973. Différents modèles
sont analysés sur l’articulation possible entre foi et psychanalyse et leurs impasses, entre la
concordance, l’opposition et la scission, la récupération ou la réfutation, la fermeture ou
l’ouverture. Ce dernier point confirme justement mon expérience.
[19]
C’est le sacrement spécifique de la période d’adolescence pour les catholiques.
Il consiste à choisir de recevoir l’Esprit-Saint par l’intermédiaire de l’évêque.
[20]
Il est catholique.
[21]
Terme utilisé par P. Aulagnier qui renvoie aux processus originaires de l’unité narcissique mère-bébé. Dans ce discours, religieux et psychanalyse se rejoignent.
[22]
La religiosité se définit comme « disposition pour les sentiments religieux, surtout en
dehors de toute religion particulière, par exemple la religiosité de Jean-Jacques Rousseau »
(dictionnaire Larousse).
[23]
Souligné par
Raphaël.
[24]
Cf. Nicole Jeammet,
Les destins de la culpabilité. Une lecture de l’histoire de Moïse
aux frontières de la psychanalyse et de la théologie, Paris, P.U.F., 1993. Une lecture est faite
à l’éclairage des premières relations mère-enfant. Une reprise est faite sur le versant adolescence dans
Dieu, l’adolescent et le psychanalyste, Odile Falque,
op. cit. pp. 109-138.