2003
Imaginaire & Inconscient
Film
Blanche comme la neige de Jan Troell (Suédois).
Quand la blessure d’enfance cherche à se donner des ailes...
Sélectionné lors du festival du film nordique (Rouen, mars 2002) ce film
est plein de pudeur, d’audace et de tendresse.
Dans une ferme en Suède au début du siècle dernier, une petite fille en
robe blanche, des draps ensanglantés entrevus, des cris de douleur, Elsa, tape
de toutes ses forces de ses deux poings sur le piano pour ne plus les entendre.
Puis un cri de bébé. La vie est là, mais la maman n’est plus. La mélodie
« Plaisir d’amour » ponctue cette scène comme toutes celles du film. Elsa en
veut violemment à ce petit frère. « Tu l’as tuée » lui dit-elle en fracassant sur
le sol, la poupée du bébé.
Et puis pour chercher à guérir de l’absence de sa mère, Elsa met des ailes
à ses poupées. Attirée par le ciel, fascinée par le vide, la fillette grimpe partout
où elle peut monter, s’élance vers le haut du cerisier en fleurs (merveilleuse
image où les fleurs blanches tourbillonnent autour de la robe blanche) puis
sur les toits de la ferme. Elle admire les ouvriers agricoles anciens artistes
de cirque (« polaks » peu fréquentables pour la bonne société, lui dit-on !)
qui exécutent des exercices périlleux dans la grange.
Elle n’est décidément pas une petite fille comme les autres et quand elle
surprend les ébats de son père avec la nouvelle gouvernante, « tu pues plus
que les polaks » lui dit-elle, devenant alors rebelle à toute tentative de la
rendre conforme à l’image d’une jeune fille de la bonne société.
Félix, son professeur de piano, est un peu ivrogne, un peu marginal, peu
présentable, mais Elsa l’apprécie et il lui fait découvrir le monde de la
musique celui de sa mère dont il la rapproche. La mélodie de Martini Plaisir
d’amour, nous remplit de sa nostalgie.
Promise au fils d’un fermier voisin, elle s’oppose violemment à ce
mariage. Sa vocation, elle le sait depuis longtemps, c’est le ciel, l’aviation,
elle sera la première aviatrice suédoise ! Malgré l’opposition de son père,
l’inquiétude des siens, elle poursuit son projet et devient aviatrice, prend des
risques, remporte des succès, se fait applaudir. Mais peut-on sublimer le
manque par la conquête du ciel ?
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment... Après l’accident de son
compagnon dont l’avion s’écrase au sol, elle augmente les risques avec le
saut en parachute, devient une héroïne admirée de tous jusqu’au jour où le
parachute ne s’ouvre pas ou plutôt s’ouvre trop tard sur elle et l’enveloppe
d’un linceul dans la prairie où elle est tombée... L’image de la petite fille
en robe blanche tombant du cerisier en fleurs et la mélodie Plaisir d’amour
reviennent alors nous rappeler cet amour primordial dont Elsa a été privée.