L’énigme des monstres. Aperçus sur l’histoire culturelle et scientifique de la monstruosité
Jean Céard
Le monstre, la monstruosité ont une très longue
histoire, qu’il serait impossible de résumer en quelques pages.
Pour en dégager suffisamment les problématiques, il est donc
préférable de considérer l’époque qui précède les remises en
cause issues de la « révolution scientifique ». Très préoccupée
du sujet, la Renaissance propose, du monstre, une définition
beaucoup plus large qu’aujourd’hui et donne au concept une
extension qui inclut des animaux comme l’autruche ou les
poissons volants, et même les comètes et les éclipses. Et elle
en offre deux lectures, qui, toutes deux, prennent leur distance
avec la tératologie aristotélicienne, qu’il s’agisse de l’interprétation divinatoire, venue de la divination antique,
interprétation récusée pour des raisons religieuses mais qui
demeure une constante tentation, ou de l’interprétation,
d’origine augustinienne, qui se préoccupe d’intégrer les
monstres à la beauté du monde. Ce sont ces deux lectures qui
entrent en concurrence et se détruisent mutuellement quand
les nouveaux tératologues de la fin de la Renaissance
s’emploient à restaurer l’aristotélisme. Ils ouvrent ainsi la voie
à la tératologie scientifique, mais sans réussir à rendre compte
de la singularité des monstres, ainsi érigés en troublantes
énigmes.Mots-clés :
Beauté du monde, Divination, Merveille, Présage, Singularité, Tératologie.
The monster, the monstrosity have quite a long
history which would be impossible to sum up within a few
pages. To really get down to the problems here, it is better to
consider what preceded the questionings born out of the
« scientific revolution ». Very much preoccupied by the topic,
the Renaissance proposed a much larger definition of the
monster than today and offered the concept an extension to
animals such as the ostrich or flying fishes and even comets
and eclipses.There were two readings, both afar from the
Aristotelian teratology, whether a divine interpretation
inherited from antic divination – condemned for religious
reasons but nevertheless a continuous temptation –, or an interpretation from Augustinian heritage preoccupied with the
integration of monsters into the beauty of the world. Those
two competed with one another and finally collapsed when the
new teratologists from the end of Renaissance tried to reinstate
Aristotelism. They thus paved the way to scientific teratology
but without succeeding in rendering the singularity of
monsters, erecting them as disquieting enigmas.Keywords :
Beauty of the world, Divination, Wonder, Augury, Singularity, Teratology.
• I – Définition du monstre
• II – Le champ et le lexique de la monstruosité
• III – Le monstre signe divinatoire
• IV – Le monstre comme marque
• V – Au seuil de la modernité
• BIBLIOGRAPHIE