Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950346
170 pages

p. 257 à 262
doi: en cours

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no 14 2004/2

 
Symptôme et conversion Gérard Bonnet, P.U.F., 2004.
 
 
Ce nouveau livre de Gérard Bonnet est comme la suite nécessaire des précédents, chacun apportant une nouvelle prise de vue, un nouvel éclairage, une nouvelle hypothèse, pour cerner la même énigme, l’énigme du symptôme : « le véritable défi que nous lance le symptôme », écrit-il, « n’est pas de le guérir mais de le rendre convertible ».
L’objet de ce livre riche et passionnant est l’étude du processus qui conduira le symptôme (lui-même déjà considéré classiquement comme conversion – la « conversion hystérique ») à faire œuvre par un nouvel acte de conversion.
C’est ainsi qu’à partir de l’analyse du symptôme de Claire, inscrit dans l’histoire de cette jeune femme de manière particulièrement invalidante (brûlure intense de tout le corps), G. Bonnet nous conduit en même temps qu’il est conduit dans le labyrinthe de diverses productions artistiques. Ainsi le regard se déplace-t-il pour mieux éclairer l’objet – que cet objet soit destiné à être vu, lu ou entendu. À aucun moment, au cours de ces plongées, les concepts psychanalytiques ne font défaut. Bien au contraire, ils sous-tendent et animent la réflexion de manière constante.
L’analyse de la peinture du Buisson Ardent qui se trouve à la cathédrale d’Aix-en-Provence conduit G. Bonnet à voir dans le symptôme un agent de réparation des relations initiales troublées, brouillées ou blessées. La lecture du livre de Claude Louis-Combet L’âge de Rose – livre inspiré par la vie de Rose de Lima, mystique souffrant violemment dans son corps, comme la patiente Claire, ouvre à l’idée de conversion entendue comme agent de transformation. Transformation, réparation, séduction sont à l’œuvre dans la conversion de Paul de Tarse, maintenant entendue comme expression du désir inconscient : Paul ne voulait pas fonder une église, mais la conversion de son désir inconscient en symptôme (aveuglement par une grande lumière, suivi de la vision du Christ Jésus), puis de son symptôme en œuvre (son action, ses lettres), aboutit à cet acte fondateur. Ainsi, selon G. Bonnet, sommes-nous peut-être entraînés à une lecture optimiste du symptôme. Et pourquoi pas ?
Dans la mesure où à tout moment l’étude très riche de G. Bonnet, loin de faire fi des théories psychanalytiques concernant le symptôme, s’y réfère, s’en nourrit et les approfondit, nous découvrons une vision dynamique et dynamisante du symptôme. La pensée théorique s’enrichit. La clinique des pathologies aux symptômes troublants ne peut qu’être soutenue dans la quête d’une conversion plus satisfaisante. Le désir inconscient de faire œuvre, étouffé bien souvent jusqu’à se faire symptôme invalidant, peut se trouver libéré par une écoute plus juste de ce qui s’y joue.
Impossible de rendre compte dans ces lignes très brèves de toute la richesse de ce livre. Reste à inviter le lecteur de cette analyse à se faire lecteur à son tour de l’œuvre même, pour cerner la démarche de G. Bonnet relevant le défi que lui a lancé le symptôme.
Nicole FABRE
 
La pénombre du double. L’anticipation par les images positives et négatives Jean-Claude Benoit et Mario Berta, Paris, ESF, 100 p., 1987.
 
 
Après une introduction par J.C. Benoit, dans laquelle cet auteur présente l’argumentation avec ses antécédents, l’ouvrage se compose de six chapitres, les trois premiers de M. Berta, les trois derniers dont la « Conclusion en forme de « diablogue », de J.C. Benoit.
Cette disposition apparaît comme un échange et, d’emblée, fait ainsi apparaître l’œuvre : une partition coordonnée où chaque voix garde son originalité et où le discours de l’autre éclaire et révèle, au sens photographique, celui de l’un.
Le sens photographique est également convié, dans la catégorie de la lumière et de son utilisation dans l’inscription d’une image. Divers degrés de la lumière ou de la non-lumière, leur opposition ou leur complémentarité, peuvent être retenus, qui jalonnent ce travail.
  • Double, reflet lumineux, dans le miroir, forme affaiblie et sombre qui chemine à côté de...
  • Double négatif, au sens d’inverse, au sens moral aussi...
  • Double positif, au sens définitif, au sens idéalisé...
Ce thème, en soi, n’a rien de nouveau. Ce qui l’est probablement plus, c’est son utilisation bivalente et la part laissée à l’espace psychique et relationnel dans lequel il se déploie. Espace de projection, bien entendu, au sens psychanalytique comme au sens géométrique. Pour traiter ce thème, M. Berta reprend les grandes lignes de la création dont il est l’auteur, intitulée « Épreuve d’anticipation » et développée plus largement dans Prospective symbolique en psychothérapie (ESF, 1983). Il en souligne l’utilisation, avec bénéfices, dans la cure psychothérapique. On peut y voir un modèle dialectique, qui reprend les indices et les processus d’information et parcourt les étapes d’un processus novateur, tournant dans la cure.
Cette utilisation signale son originalité dans le passage, après la dialectique des symboles, par une « dialectique des fonctions psychiques », avec ce que l’auteur appelle « l’instrumentation du mal ».
À ce niveau, un pont est mis en lumière entre cette méthode intégrative, inscrite dans la cure individuelle et l’instrumentation du négatif, développé par J.C. Benoit qui décrit l’« Objet Métaphorique Négateur Inducteur d’Anticipation » (autrement dit : OMNIA) en cure de psychotique ou en travail groupal.
OMNIA pourrait être repris dans le contraste du clair-obscur. Le nouveau regard porté sur l’objet présent (dans la cure ou dans le discours, cures de psychotiques, thérapies familiales, travail de groupe en milieu institutionnel), ce nouveau regard qui retient l’objet, donne une autre dimension au processus organisateur du travail psychothérapique, partagé entre le thérapeute et le patient, une dimension qui se manifeste tout particulièrement lorsqu’une valeur de synthèse anticipatrice est attribuée au « négatif » que condense cet objet. Mais au regard qui retient l’objet, il faut adjoindre son inverse, le nouveau déclic que la présence de l’objet déclenche, lors de sa prise en compte, dans l’organisation du sens.
Le pont ainsi dessiné est utilisé dans le sens d’aller et dans celui du retour, entre les deux auteurs, au moment de l’articulation médiane entre les deux voix de la partition.
« L’appui imagé en psychothérapie », « le dialogue nécessaire avec la négativité retrouvée », ces formulations renvoient à des leviers dont l’effet est souligné. Des exemples cliniques montrent le cheminement qui, du côté de J.C. Benoit, a conduit vers l’explicitation d’OMNIA, en écho avec les travaux de Bateson.
Ainsi l’auteur précise-t-il comment une image représentative « apporte la perception globale d’une situation et la possibilité de confrontation à ses aspects relationnels négatifs. » Il en résulte, à la condition d’une « acceptation en quelque sorte dialectique du positif et du négatif » (...) une « aide à anticiper le changement recherché même et à l’attendre sans le connaître clairement. »
L’analyse de quelques situations institutionnelles et de cas cliniques individuels montre à la fois les avantages que ces attitudes mentales (figuration – acceptation du négatif – confrontation dialectique – synthèse) du thérapeute ou du superviseur peuvent avoir pour le sujet ou pour l’équipe, pour la situation et, montre également que ces attitudes mentales sont à portée de... pensée.
En somme, la pénombre du double est ici lieu de déploiement de ce que l’Ombre opacifie ou dépose, de ce qu’elle représente, condense ou au contraire interdit de réfracter. Prendre appui sur cet espace situé autour de la représentation du double, entre Soi et les représentations de Soi, peut apparaître en droite ligne du rêve-éveillé. Les exposés des deux auteurs pourraient correspondre, pour l’un, à une nouvelle modalité d’utilisation des images rêvées – adressées, pour l’autre, à une « application » dérivée, dans un registre (de pensée et de travail) différent.
Une certaine orientation dans la présentation suggère (au moins) une nuance morale dans l’image du double positif chez M. Berta. L’« instrumentation du mal », même avec son retournement dialectique n’abandonne pas cette connotation. Or, aucune argumentation n’étaie l’apparentement à ce registre, un peu comme s’il allait de soi...
Certes, la suite de la présentation départit ce registre de ses a priori stéréotypés. Mais sans dépasser, encore une fois, la légère ambiguïté qui subsiste. Cette orientation aurait pu, cependant, être explorée, en particulier pour comparer ces images du double avec celles qui, dans la psychanalyse, sont reliées au Sur-Moi, à l’Idéal du Moi, au Moi Idéal puis, de là, approfondir le thème de la confrontation à la réalité.
L’appropriation par le thérapeute de la proposition de M. Berta doit passer par un choix métapsychologique individuel. Pour l’« épreuve d’anticipation », ce choix déterminera aussi la part d’attente qu’on placera dans son utilisation et, en particulier, la ou les instances du sujet concernée (s) par cette attente : en effet, dans ces images du double, se pose la question des liens, réels (histoire du sujet – histoire de la relation – histoire de la cure), imaginaires et symboliques, du sujet avec ses images adressées au thérapeute, lors de cette épreuve.
Quant à reprendre ces liens, leur inscription avec leur sens, objectivé ou non, dans la cure, on peut réunir l’ensemble ainsi formé, dont un centre serait cette épreuve d’anticipation, en une forme de construction (interprétative à divers degrés ou à certains degrés, selon les cas), à laquelle analysant et analyste prennent part. De même que peut apparaître telle, l’utilisation d’OMNIA, après le repérage et donc, après l’apport et la mise en avant par le ou les sujets.
La « conclusion en forme de diablogue » (une note de l’auteur renvoie à l’ouvrage de R. Dubillard Les diablogues. Paris, L’Arbalète, 1976 et donne cette définition : le « diablogue est un dialogue imaginaire (...) où les interlocuteurs sont censés dire ce qu’ils ne voudraient pas dire (...) »), cette conclusion soulignerait, d’une certaine manière, qu’il s’agit bien là de constructions, prenant en effet une certaine distance avec l’ensemble, pour lui donner aussi divers sens possibles : un « petit livre clinique, simple, convaincant », un livre « de poésie ou, qui sait, de mystique ? », le lieu d’une « réflexion psychothérapique, modestement épistémologique ».
Il faut enfin, pour conclure, dire un mot de la lucidité, qui se place parmi les diverses catégories de l’utilisation de la lumière : elle concerne le regard et ses connotations, humanistes en particulier, sont variées. Elle est reprise dans le dernier paragraphe de l’ouvrage et pourrait qualifier l’exigence interne de cette partition à deux voix. Sur le point d’orgue, images multiples, réunies autour de la fécondité et de l’originalité.
Marianne SIMOND
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