L’endroit et l’envers
Sylvie Germain
[...] Penser le mal, pour la victime, ce n’est pas lui
chercher une réponse, une explication – il n’y en a pas –, c’est
tenter de le mettre à distance de soi (de son être souffrant), de le
contempler sur fond de vide béant en nous et au « Ciel », et de
le laisser se consumer dans ce vide. C’est lui opposer une fin de
non recevoir définitive en refusant de le répercuter par voie de
violence et de vengeance, aussi légitime soit celle-ci. C’est
prendre une toute autre direction en en faisant un « usage surnaturel », tout en demeurant profondément, passionnément humain.Mots-clés :
Victime, Penser le mal, Souffrance des innocents, L’envers de la souffrance, Renoncement à la violence.
To think evil, for the victim, is not to be after an
answer, an explanation – there is none –, it is to try to establish
a distance (from one’s suffering being), to contemplate it in the
depth of the void within and above, and to let it consume there
in the void. It is to oppose it a line of definitive refusal by means
of violence and vengeance, whatever legitimate it might be. It is
to follow quite another direction, making it into a « supernatural » use, though remaining deeply, passionately human.Keywords :
Victim, To think evil, Suffering of innocents, The other side of suffering, Giving up violence.