Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950893
170 pages

p. 223 à 224
doi: en cours

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no 17 2006/1

2006 Imaginaire & Inconscient

Intermède

Baudelaire. Les paradis artificiels. Extrait
(« Anecdote » « une femme un peu mûre, curieuse, d’un esprit excitable (…) décrit (…) la principale de ses visions »; elle en présente d’abord les circonstances, elle reste pour la nuit, chez ses amis.)
« (…) Ce boudoir est très petit, très étroit. À la hauteur de la corniche le plafond s’arrondit en voûte; les murs sont recouverts de glaces étroites et allongées, séparées par des panneaux où sont peints des paysages dans le style lâché des décors. A la hauteur de la corniche, sur les quatre murs, sont représentées diverses figures allégoriques, les unes dans des attitudes reposées, les autres courant ou voltigeant. Au-dessus d’elles, quelques oiseaux brillants et des fleurs. Derrière les figures s’élève un treillage peint en trompe l’Å“il et les figures sont donc recouverts d’or, et au centre l’or n’est interrompu que par le lacis géométrique du treillage simulé. Vous voyez que cela ressemble un peu à une cage très distinguée, à une très belle cage pour un très grand oiseau. Je dois ajouter que la nuit était très belle, très trans-parente, la lune très vive, à ce point que, même après que j’eus éteint la bougie, toute cette décoration resta visible, non illuminée par l’Å“il de mon esprit, comme vous pourriez le croire, mais éclairée par cette belle nuit, dont les lueurs s’accrochaient à toute cette broderie d’or, de miroirs et de couleurs bariolées.
Je fus d’abord très étonnée de voir de grands espaces s’étendre devant moi, à côté de moi, de tous côtés; c’étaient des rivières limpides et des paysages verdoyants se mirant dans des eaux tranquilles. Vous devinez ici l’effet des panneaux répercutés par les miroirs. En levant les yeux, je vis un soleil couchant semblable à du métal en fusion qui se refroidit. C’était l’or du plafond; mais le treillage me donna à penser que j’étais dans une espèce de cage ou de maison ouverte de tous côtés sur l’espace et que je n’étais séparée de toutes ces merveilles que par les barreaux de ma magnifique prison. Je riais d’abord de mon illusion; mais plus je regardais, plus la magie augmentait, plus elle prenait de vie de transparence et de despotique réalité. (…) Je me considérais comme enfermée pour longtemps, pour des milliers d’années peut-être, dans cette cage somptueuse, au milieu de ces paysages féeriques, entre ces horizons merveilleux. »
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