Imaginaire & Inconscient
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950893
170 pages

p. 259 à 261
doi: en cours

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no 17 2006/1

2006 Imaginaire & Inconscient

Hommage à Lydia Renaud

(1911-2005)

Jacques Launay Nicole Fabre 80 rue de Vaugirard 75006 Paris
De son véritable prénom Lucia, Lydia Renaud eût une vie très mouvementée du fait des événements du siècle mais aussi du fait d’une personnalité aventureuse, non-conformiste pour son époque, en perpétuelle recherche de connaissances et d’expériences nouvelles, partant à la découverte de toutes civilisations jusqu’à un âge avancé, passionnée de littérature et de musique.
Née en 1911, elle était la seconde d’une famille de 3 enfants (1 frère aîné qui deviendra médecin et une sÅ“ur benjamine) dont le père était officier de cavalerie de l’armée autrichienne tout en étant propriétaire terrien en Bucovine, province orientale de l’empire austro-hongrois des Habsbourg. Elle vécut enfance et adolescence à Czernobitz ainsi que dans la propriété familiale située à une vingtaine de kilomètres. Cette province, qui avait appartenu à la Pologne, devait, par la suite, devenir, selon les époques et les régimes, roumaine, soviétique et ukrainienne. Cette ville natale comportait une communauté intellectuelle particulièrement active qui a certainement beaucoup contribué à développer sa curiosité dans ce domaine.
Désirée garçon, elle fut très tôt investie par son père sur le plan affectif et intellectuel, domaine dans lequel il excellait, mais aussi sur le plan sportif voulant faire d’elle une cavalière émérite. Elle portait pour ce père un véritable culte. Sa mère, selon ses dires, était une bourgeoise de son époque, sans grand intérêt intellectuel et assez peu maternelle.
Elle fait des études secondaires brillantes mais présente, à l’adolescence, des difficultés psychologiques pour lesquelles son père l’emmène à Vienne consulter Freud. Celui-ci ne pouvant la prendre en thérapie la confie à Stekel qui était aussi originaire de Bucovine. Elle disait avoir gardé de lui un très mauvais souvenir, avoir beaucoup souffert de son attitude analytique et n’avoir été débarrassée de ses troubles qu’après avoir travaillé en seconde main avec sa femme.
De retour en Bucovine, elle doit, du fait des conséquences du traité de Trianon sur le démentellement de l’empire austro-hongrois, passer son baccalauréat en roumain, langue qu’elle connaissait à peine.
Elle entreprend ensuite des études de médecine à la faculté allemande de Prague, se spécialise en dermatologie et s’installe à Czernobitz où elle va exercer pendant plusieurs années et se marier une première fois.
En 1939, elle vient visiter la France, pays qui l’attirait beaucoup sur le plan intellectuel et artistique. En septembre, elle est surprise par la déclaration de guerre, ne peut rentrer dans son pays mais n’est pas internée étant de nationalité roumaine, pays non belligérant. Mais elle ne peut exercer la médecine puisqu’à l’époque il n’y avait pas d’équivalence de diplômes. Pour survivre elle travaille comme ouvrière dans une usine de Montrouge.
En juin 1940, lors de l’avancée allemande en France, elle arrive à s’échapper de la région parisienne et, d’étape en étape, arrive à Bordeaux. Là, elle monte sur un bateau militaire qu’elle croit en partance pour l’Angleterre mais qui en fait la conduit au Maroc après une traversée fort mouvementée. Elle y avait été acceptée par le commandant en faisant état de son identité de médecin. C’est au cours de ce voyage qu’elle fait la connaissance de celui qui devait devenir par la suite son mari, Alain Renaud. Elle vit alors au Maroc avec lui, mène la vie d’une femme d’industriel et de mère de famille avec 3 enfants (un garçon et deux filles). Si elle n’exerce pas la médecine, elle s’intéresse beaucoup aux populations qu’elle côtoie, apprend leur langue, l’arabe, et devient une sorte de consultante pour les femmes musulmanes de son entourage.
Au bout de 20 ans, le couple va mal, se dissocie et elle décide de se séparer de son mari. Elle vient vivre à Paris, emmenant ses trois enfants avec elle. Pendant toutes les années passées au Maroc, elle s’était plus intéressée, par ses lectures, à la psychologie qu’à la médecine et plus particulièrement aux ouvrages concernant la psychanalyse. Ne pouvant avoir d’équivalence de diplôme médical, elle décide d’entreprendre des études de psychologie à l’Institut Freysse. Elle entreprend une formation psychodramatique chez Anne-Ancelin Schutzenberger, suit les cours de psychologie à la Sorbonne et découvre le Rêve-Eveillé au cours d’une conférence. Elle prend contact avec Robert Desoille et se sent tout de suite attirée par l’expérience que représente pour elle le Rêve-Eveillé. Elle fait une formation avec Yvonne Fayol, médecin psychiatre, une des pionnières du Rêve-Eveillé en psycho-thérapie et qui deviendra, après la mort de Robert Desoille, la première présidente du GIREDD (qui deviendra le GIREP) et avec laquelle se nouera une très profonde amitié.
Elle travaille, par ailleurs, à la Sorbonne avec Juliette Favez-Boutonnier, fondatrice avec Robert Desoille et le Pr Sivadon de la Société de Psychothérapie de Langue Française. Elle lui conseille, pour se confronter à la psychopathologie lourde, de faire un stage clinique auprès du Dr Oury dans sa clinique de Cour-Cheverny qui était, à l’époque, un des premiers à envisager une prise en charge d’inspiration psychanalytique des malades psychotiques.
Peu à peu, elle exerce en qualité de psychothérapeute, devient un membre important du Groupe de Travail sur le Rêve-Eveillé, sera membre fondateur de l’Association créée après la mort de Desoille et qui deviendra, au cours du temps et des évolutions théoriques, le Groupe International du Rêve-Eveillé en Psychanalyse au sein duquel elle exercera les fonctions de didacticienne. L’originalité de Lydia Renaud aura été de pratiquer le Rêve-Eveillé en tant que mobilisateur de l’imaginaire tel que l’utilisait Desoille tout en conservant l’expérience psychanalytique qu’elle avait vécue avec Stekel et sa femme, ce qui la rendait particulièrement attentive aux manifestations du transfert dans la cure. Elle possédait par ailleurs une très grande finesse clinique.
Nous gardons de Lydia Renaud le souvenir d’une femme pleine de vitalité, avec des fulgurances de la pensée lors des discussions dans le Groupe, une capacité passionnelle riche et stimulante, une inconditionnalité dans l’amitié, une curiosité toujours en éveil et beaucoup de charme que venait renforcer son léger accent d’Europe Centrale. Elle était restée très attachée à une dimension spirituelle et mystique de la condition humaine qu’elle manifesta jusqu’à la fin de sa vie.
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