Nietzsche et le mal : du chaos à l’étoile dansante
Janine Filloux
Pourquoi l’homme s’est-il inventé à son usage les
jugements de valeur bien et mal ? Quelles valeurs attribuer à
ces jugements ? Ont-ils jusqu’à présent entravé ou favorisé le
développement de l’humanité ? Qu’en est-il de la justification du
mal humain ? Telles sont les questions sur lesquelles Nietzsche
va construire son projet d’une « généalogie de la morale » pour,
au terme de son enquête, mettre le désir d’emprise et la cruauté
au fondement même de sa conception du mal et de l’histoire de la
culture. C’est dans tout ce qui contribue à la restriction des instincts
que Nietzsche voit l’origine du mal : dans la morale – dans le dieu
des Chrétiens comme surmoi intériorisé – tout aussi bien que dans
la rationalité moderne initiée par Socrate. En réfutant l’opposition
humain-inhumain pour affirmer la coexistence des contraires, et en
affirmant le primat de la sensorialité sur le primat de l’intellect, il
s’oppose à cette dictature de la raison dont Freud fera toujours la
seule raison d’espérer en un possible avenir de l’humanité.Mots-clés :
Suprématie de la sensorialité, Coexistence des contraires, Culture et cruauté, Transvaluation des valeurs, Créativité originaire, Transcendance de l’humain par l’homme.
Why did man invent for himself the value judgments
of good and evil ? What values should be attributed to these
judgments ? So far, have they hinder or help the development of
humanity ? What about the justification of human evil ? Such are the
questions on which Nietzsche will build his project of a “genealogy
of morale”, in order to place, at the end of his inquest, the desire
of control and cruelty at the very foundation of his concept of evil
and of the history of culture. Nietzsche sees the origin of evil in
everything that contributes to instinct restriction : in morale – in
the Christian god as an interiorized superego – as well as in the
modern rationality initiated by Socrates. In refusing the opposition
human-inhuman to affirm the co-existence of opposites, and in
affirming the primacy of sensoriality over the primacy of intellect,
he opposes the dictatorship of reason that Freud will always make
the only reason to hope for a possible future for humanity.Keywords :
Supremacy of sensoriality, Co existence of opposites, Culture and cruelty, Transvaluation of values, Original creativity, Transcendence of humanity by man.