2007
Imaginaire & Inconscient
Entre deux : la calomnie de Botticelli
Botticelli avait soutenu Savonarole, qui finit sur le bûcher. Critiques et
calomnies lui furent alors adressées. Dans ce tableau qui succède à cette période,
le roi Midas (mauvais juge aux oreilles d’âne), trône entre l’Ignorance et le
Soupçon. Il tend la main à l’Envie qui conduit à la Calomnie, qu’elle traîne. Le
remord suit, la Vérité nue s’adresse au ciel.
« La calomnie, monsieur ! vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai
vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate
méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux
oisifs d’une grande ville en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une
adresse !... D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage,
pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche
le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est
fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche, il va le
diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler,
s’enfler, grandir à vue d’Å“il. Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe,
arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un
crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y
résisterait ? »
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Le Barbier de Séville (1775), Acte
II Scène VIII.