2007
Imaginaire & Inconscient
Éditorial
Jacquelyne Brun
Lyliane Nemet-pier
Michèle Taillandier
Un enfant regarde la télévision. Est-il seul ? Image de la vie quotidienne
qui interpelle chacun d’entre nous.
Visages entrevus – Quais de gare – Anonymat de la rue – fêtes – visages
joyeux – regards qui se croisent – attention à l’autre – être vu – regarder – se
reconnaître – ne pas se voir… A l’infini…
Comment vivre ensemble tout en gardant son identité ?
La capacité à se sentir en lien est-elle dépendante de la rencontre originaire
du bébé et de sa mère ? Quel est le rôle de l’environnement familial, amical et
groupal ?
D’où vient ce sentiment de solitude qui nous envahit, que nous soyons seul
ou que nous soyons entouré ?
D’où vient ce sentiment de plénitude qui peut nous habiter alors que nous
sommes seul.
Dans ce numéro, nous explorerons quelques pistes autour de la question de
la rencontre et de ses paradoxes.
Psychanalystes, nous partirons donc de notre expérience de clinicien et
élargirons ce regard grâce au point de vue de philosophes, de sociologues, de
médecins et d’écrivains.
Les articles de Nicole Fabre et de Jacques Arènes questionnent la solitude
attendue et choisie ou subie et cruelle. La cure analytique est bien ce lieu paradoxal
où, en présence de l’autre, le sujet se confronte à sa solitude : « bonne, elle permet
de devenir sujet ; mauvaise, elle enferme dans un narcissisme mortifère ». Dans la
continuité, le témoignage passionnant d’une femme, partie faire une traversée à la
rame en solitaire.
Marianne Simond évoque les secrets qui emprisonnent, au travers de deux
exemples cliniques et de l’analyse de rêves nocturnes ou de rêves-éveillés.
Michèle Taillandier, dans la cure d’un jeune adulte, se sert de l’imaginaire en
séance, pour faire évoluer les paradoxes des deuils impossibles qui paralysent
le sujet et l’enferment dans des comportements morbides.
C’est le développement de « cette alchimie complexe que sont les amours
humaines de toute nature » qui dans un même mouvement de création, relie
les patients et leur psychanalyste aux poètes et aux écrivains. Jacquelyne Brun
développe ce propos. Les textes de Montaigne et de La Boétie, commentés par
Daniel Lefèvre en sont également une illustration.
Frédéric Caumont éclaire les enjeux de la subjectivation en interrogeant
cette énigme du face à face entre Œdipe et la Sphinge, alors que remontant au
temps des origines.
Lyliane Nemet-Pier se questionne : le style de nos rencontres prend-il sa
source dans les premiers temps de la rencontre originaire ?
Lorsque Jacques Natanson développe sur le plan philosophique « je est
un autre et les autres sont moi », nous ne pouvons que l’entendre en écho
aux interrogations de Philippe Gutton et de Madeleine Natanson, sur
l’adolescence.
Michel Maffesoli nous invite dans les interstices du paraître, là où opère
une expérience de l’être collectif, et Bernard Montaclair pose la question du
sens du travail social et de ses objectifs dans la société actuelle.
En prenant le temps de lire cette revue avec curiosité et intérêt, peut-être
profiterez-vous pleinement comme le dirait Nicole Fabre de « cette bonne
solitude », celle qui nous remplit et nous fait nous sentir en lien sans nous être
jamais rencontrés.