De la signification de la transgression morale et de la mauvaise conscience
Alain Bouregba
Cet article a pour objet de rendre compte des processus inconscients impliqués dans les manifestations de
mauvaise conscience et, inversement de la tentation à la
transgression morale. Deux situations seront successivement
abordées.
Dans la première, la mauvaise conscience s’explique par un
mécanisme d’agrippement identitaire d’un sujet menacé par le
délitement du sentiment continu d’exister. La mauvaise
conscience se substituant à la conscience de soi, évite au sujet
les angoisses de néantisation et dépressives attachées aux
troubles du narcissisme.
Dans la seconde situation, la mauvaise conscience et la tentation à la transgression morale sont envisagées dans leur rapport avec la Loi symbolique. Dans cette perspective, est
notamment abordé le défi du pervers à l’ordre paternel. Chez
lui, le désir de jouissance se substituant au désir de l’objet, la
perception de l’altérité est compromise Les victimes de Don
juan sont des objets de jouissance interchangeables. Son affirmation du droit à la jouissance défi la Loi du Père à qui, il
appartient d’assigner aux fils le groupe de femmes qu’ils peuvent désirer, en leur indiquant celles qui leur sont interdites.
Enfin, dans cet article il est montré comment la société, jusqu’au milieu du vingtième siècle, en préconisant une morale
fondée sur le renoncement, exposait aux excès de la mauvaise conscience et aux risques de rétrécissement de la subjectivité mais, comment aujourd’hui en établissant le principe
d’épanouissement personnel à la base ses représentations
morales, elle fragilise les personnalités chez qui la perception
de l’altérité est compromise. La psychanalyse qui contribua,
dès sa création, à l’édification d’une éthique qui reposait sur
la subjectivité et désormais requise pour aider à l’édification
d’une éthique fondée sur l’altérité.Mots-clés :
La mauvaise conscience, Le remords et le senti- ment de culpabilité, Les angoisses de néantisation, dépressive et de castration, La conscience morale, La fonction paternelle, La perversion.
The objective of this article is to explore the
unconscious processes involved in the phenomenon of a guilty conscience and, inversely, the tendency to morally transgress. Two case studies will be examined in the article.
In the first case, a guilty conscience is due to a mechanism
whereby the individual clings to identity as a result of fears of
fragmentation of his or her existence. When a guilty conscience serves as a substitute for the conscious self, an individual’s
depressive anxieties and fears of annihilation linked to narcissistic disorders are warded off.
In the second case, a guilty conscience and tendency to transgress are construed in relationship to The Law dictating a supposed “symbolic order.” This perspective focuses primarily
on the individual’s defying of the paternal order. Here, the
desire for pleasure substitutes for the desire of the object,
compromising the individual’s perception of alterity or otherness. Don Juan’s victims are merely interchangeable objects
of pleasure. His affirmation of his right to pleasure defies the
Law of the Father, whose role is to designate the group of
women whom the son can desire, by underscoring those who
are taboo, whom he cannot desire.
The article also explores how, until the mid-20th century,
society advocated a morality based on renunciation, predisposing many to the excesses of guilty consciences and to a host
of problems created when subjectivity is restricted; and how
today, by basing moral representations on the principle of personal fulfilment, society weakens those very individuals
whose perception of alterity is compromised. Psychoanalysis,
which from the onset helped establish an ethic based on sub-jectivity, has now become a mainstay in helping construct an
ethic based on alterity.Keywords :
Guilty conscience, Remorse, feelings of guilt, Fear of annihilation, depressive anxieties, fear of castration, Moral conscience, Paternal function.
• I) Mauvaise conscience et sentiment de culpabilité
• II ) La mauvaise conscience comme manifestation d’une souffrance identitaire.
• III) La conscience morale et le complexe paternel
• IV ) Altérité et conscience morale