2008
Imaginaire & Inconscient
Éditorial
Geneviève de Taisne
Michèle Taillandier
La peur comme un coucou, fait son nid dans nos imaginaires. « Toutes
les nuits, je me réveille. J’ai peur... que le plafond de ma chambre ne
s’effondre. » Thomas a huit ans. « J’ai rêvé d’un bord de mer. La mer était
calme. Je vois ma famille un peu plus loin sur la grève. Je veux la rejoindre.
La mer devient noire. Deux oiseaux tels des chauves-souris en émergent
avec de grandes ailes toutes noires et gluantes. Ils me menaçaient et je ne
voyais pas comment aller rejoindre les miens. C’est bizarre, cela ressemble
aux cauchemars que je faisais tout petit. Des oiseaux à grandes ailes et avec
des becs crochus qui me menaçaient. » Éric est un adulte respectable, Thomas
un enfant, la peur est la même, puissante, paralysante, illogique. Amélie se
bloque dès qu’elle pense à son examen : « La peur je l’ai constamment. »
« Si elle était une image ?» lui demande l’analyste. « Un gros chien avec des
crocs en train de gronder. »
Plusieurs facettes de la peur seront appréhendées. Nous explorerons les
peurs réelles ou imaginaires. À tout Seigneur, tout honneur, la clinique analytique ouvrira ce numéro :
Alain Feld nous fait suivre le déroulement d’une cure. Avec Sabine Fos
Falques, ils interrogent l’écoute de l’analyste RE en séance. L’imaginaire
est un espace privilégié où ces peurs vont pouvoir se déployer et se transformer.
Dans cette continuité clinique, les articles de Marianne Simond et
Catherine Vannetzel mettent en lumière le travail si particulier du psychanalyste d’enfants.
Cures d’adultes ou cure d’enfants, l’écoute du psychanalyste est sollicitée au plus profond de lui-même et l’analyse de son vécu contre transférentiel intime forme la clé de voûte de l’évolution du travail thérapeutique.
Nous plongerons aussi au cÅ“ur de la nuit. Développée par Lyliane Nemet-Pier, la peur de la nuit, qui porte en elle la peur du noir, la peur des rêves et
des cauchemars, résonnera avec la peur du loup. « Loup y es-tu ?» demande
Madeleine Natanson. Avec Nicole Fabre elles nous transporteront aux confins
des fantasmes archaïques et de leurs représentations imagées à travers les
cultures du monde entier.
Problématiques personnelles, mythes et contes, la peur prend également
racine dans des événements imprévisibles et traumatiques. Martine Fleury
expose un type de travail thérapeutique de nature différente qui libère la
vie de ces personnes et leur redonne espoir. On peut d’ailleurs se demander
si la peur ne fait pas partie de notre croissance ? C’est pourquoi Claude
Mesmin et Lucien Hounkpatin montrent le parcours de la fille pour devenir
femme; parcours que Philippe Brenot reprendra sous l’angle de la sexualité.
L’effroi est-il plus masculin que féminin ?
Propos qui renvoie à une question essentielle : quel rapport entretiennent
la peur et l’angoisse ? Sont-elles liées ? Nous écouterons la réponse du philosophe, Jacques Natanson.
Enfin, la peur n’existe pas que dans nos esprits, elle est aussi présente
sur nos écrans. Le journaliste Alain Riou développera l’histoire et les ressorts
des films d’horreur.
Chacun de nous pour grandir a dû traverser et affronter ses peurs. Elles
font partie de nos existences parfois structurantes parfois désorganisatrices.
Espérons que la lecture de ce numéro, enraciné dans notre travail
quotidien de thérapeute, vous donnera un regard plus confiant pour accoster
en ces terres connues et inconnues.