InfoKara
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
56 pages

p. 1 à 2
doi: en cours

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Editorial

Volume 16 2001/3

2001 INFOKara Editorial

A quoi servent les sondages et les enquêtes?

Agnès Reffet  [*] Membre du comité de rédaction
«Des soins palliatifs pour Swissair» et «Le personnel des Hôpitaux veut euthanasier les horaires esclavagistes»: désormais la presse helvétique utilise le vocabulaire des professionnels de la santé. Cette évolution très récente de la langue est-elle un bien ou un mal? Cela signifie-t-il une transformation de l’image des soins palliatifs dans le grand public? Faut-il y voir un signe d’une meilleure (re)connaissance des soins d’accompagnement et de fin de vie? Ou, au contraire, faut-il craindre une déviation du sens des mots – dont souffre la psychiatrie – et une confusion encore plus grande entre assistance médicale au suicide et euthanasie? C’est dans ce contexte que sont publiés plusieurs études, enquêtes et sondages évoquant ou sous-tendant une question: est-il nécessaire de légiférer ou non sur l’euthanasie?
 
10% ou six médecins?
 
 
Pourquoi enquêter? En elle-même, la démarche n’est pas nouvelle: pour mémoire, citons l’étude présentée lors d’un congrès à Bruxelles en 1992 ou celle réalisée, quelques années plus tard, par un grand quotidien régional français (Le Progrès, à Lyon). Aujourd’hui, elle prend une autre dimension.
Preuve en est l’utilisation faite du questionnaire envoyé par la Société suisse de médecine et de soins palliatifs à ses membres. Le but déclaré de ce questionnaire? Etablir la position de la Société suisse dans le début sur l’euthanasie. Mais une partie infime de cette enquête a été exploitée par les médias sous des titres accrocheurs. Ainsi un très sérieux quotidien suisse (Le Temps) titrait: «La face cachée des soins palliatifs» avant d’expliquer dans le sous-titre de l’article: «En Suisse, 10% des professionnels de la médecine palliative affirment avoir déjà pratiqué l’assistance au suicide et/ou l’euthanasie». Le texte lui-même était moins catégorique: «Selon les premiers formulaires retournés (par 63 médecins…), 10% des personnes interrogées – on ne parle plus de médecins uniquement – affirment avoir déjà effectué une assistance médicale au suicide et/ou une euthanasie…». Deux remarques sur ces chiffres: d’abord 10% de 63, cela représente… 6 médecins; deuxièmement ce chiffre ne distingue pas l’assistance médicale au suicide, l’euthanasie active directe et l’euthanasie active indirecte. Cette manière de traiter l’information et de retenir un seul chiffre d’une vaste enquête ne surprend guère de la part des médias. Mais, en tant que professionnel, comment ne pas réagir et s’interroger?
 
Du Lancet au magazine des consommateurs
 
 
L’exemple de l’article du Temps illustre combien le processus de l’enquête est difficile à maîtriser. D’ailleurs les professionnels de la santé le savent, habitués qu’ils sont à recueillir l’opinion des patients sur leur séjour au moyen de questionnaires ou à construire des études randomisées avec une méthodologie stricte. Pourquoi se lancer dans cette périlleuse entreprise de traiter ainsi un thème ô combien délicat et si chargé émotionnellement? Que peut-on réellement en attendre? De faire évoluer les mentalités et les comportements en agitant quelques chiffres? De mobiliser l’opinion publique dans le débat sur l’euthanasie avec le risque de l’effrayer aussi? De bousculer des politiciens jugés trop frileux en actionnant le spectre de l’euthanasie? Au quotidien, auprès de leurs patients, les professionnels des soins palliatifs n’ont-ils pas d’autres moyens pour convaincre?
Alors, à quoi sert ce type de sondage ou d’enquête pseudo-scientifique surfant sur la mode de connaître, sur tout, l’avis des consommateurs, y compris des soins. Est-il vraiment possible d’enquêter sur les soins palliatifs comme sur un autre sujet? Oui, à découvrir l’étude publiée par la prestigieuse revue médicale The Lancet [1] concernant la fréquence des décisions médicales de mettre activement fin à la vie en Flandre. Oui également, à en croire la Société suisse de médecine et de soins palliatifs qui a interrogé ses membres [2, 3]. Oui encore, à lire l’enquête menée par Test Santé, un magazine de consommateurs belge [4].
En fait, dans une société où le sondage est roi et se prête à bien des manipulations, quel crédit accorder à cette démarche? Qu’attendre de cette expression de la démocratie? Une chose est sûrement positive: le débat se situe désormais sur la place publique. La mort, la fin de vie, l’euthanasie ne sont plus des sujets tabous: on ose en parler. La question est maintenant: comment en parler? C’est là que les professionnels de la santé ont un rôle crucial à jouer: ils ont la responsabilité de s’engager pour défendre le développement de soins palliatifs de qualité et le droit de toute personne à bénéficier de traitements médicaux, de soins physiques, de soutien psychologique, social et spirituel adaptés à leurs besoins.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  DELIENS L et al: End-of-life decisions in Flanders, Belgium. Lancet, 25 novembre 2000, vol. 356, No 9244.
2
·  Deustch InfoKara 2001, vol. 2.
3
·  Deutsch InfoKara 2001, vol. 2.
4
·  Dignités de fin de vie. Test Santé No 4, décembre 2000-janvier 2001.
 
NOTES
 
[*]Correspondance: Rédaction d’InfoKara, CP 456, CH-1211 Genève 14.
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