InfoKara
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
56 pages

p. 11 à 14
doi: en cours

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Echos du terrain

Volume 16 2001/3

2001 INFOKara Echos du terrain

Evaluation des symptômes en fin de vie et leur soulagement  [*]

Sophie Pautex  [**] Equipe mobile d’antalgie et de soins palliatifs, Département de gériatrie, Collonge-Bellerive Marc Bizon Service de Médecine 4, Hôpital d’Aubonne Monica Escher Division de Pharmacologie clinique, Hôpitaux Universitaires de Genève Nathalie Steiner Equipe mobile de soins palliatifs communautaires, Genève Michel von Wyss La Chrysalide, La Chaux-de-Fonds
Réunissant médecins, infirmier(ère)s et pluriprofessionnels de la santé exerçant spécifiquement en soins palliatifs dans un espace culturel et linguistique proche, une rencontre de médecine et de soins palliatifs a été l’occasion de faire le point sur les situations respectives et les aspirations futures des participants autour du thème de l’évaluation des symptômes en fin de vie et de leur soulagement. Au cours de cette demi-journée de travail en ateliers, cinq groupes de dix professionnels ont répondu à quatre questions ouvertes. Il s’agissait de déterminer le meilleur instrument d’évaluation pour un patient donné présentant un certain type de symptômes tout en prenant en compte les besoins propres des soignants confrontés à de telles situations.Mots-clés : instruments, evaluation des symptômes. During a meeting of physicians, nurses and other health professionals working in a similar cultural and linguistic environnement, the respective situations and future projects for the evaluation and relief of symptoms occurring in patients at the end-of-life were discussed. Five mixed groups of ten professionals were given four open questions to determine which was the best evaluation tool to be used for a given patient presenting with specific symptoms. In addition, the own needs of carers facing these daily situations were also considered.Keywords : symptom assessment, evaluation tools.
 
Introduction
 
 
Dans un espace culturel et linguistique proche, pourquoi ne pas construire des ponts entre médecins, infirmier(ère)s et pluriprofessionnels de la santé exerçant en soins palliatifs? En effet, de Chambéry à la Chaux-de-Fonds en passant par la Savoie et la Haute-Savoie en France, ainsi que les cantons de Genève, Fribourg, Vaud, Neuchâtel et Valais en Suisse, il semble y avoir suffisamment de points communs pour dégager une préoccupation d’ensemble homogène. Organisée au Cesco, une rencontre a eu pour objectif de faire le point sur les situations respectives et les aspirations futures des participants autour du thème de l’évaluation des symptômes en fin de vie et de leur soulagement.
Au Cesco, l’expérience a récemment montré que l’introduction d’un outil d’évaluation des symptômes comme l’Edmonton Symptom Assessment System (ESAS) pouvait être difficile, notamment en raison de la résistance de certains soignants à l’utiliser mais aussi parce que de nombreux patients âgés ne pouvaient tout simplement pas le remplir [1, 2]. Une étude faite chez des patients âgés atteints d’un cancer avancé et ne présentant pas de troubles cognitifs (Mini Mental Status Examination ≥ 24) a noté que la concordance des scores d’évaluation des symptômes entre les patients et les soignants n’a été significative que pour l’appétit. Les soignants n’évaluent donc pas les symptômes des patients avec exactitude [3, 4].
Au cours de cette demi-journée, quatre questions ont été posées à cinq groupes de dix personnes de manière à tenter d’identifier le meilleur instrument d’évaluation pour un patient donné, présentant un certain type de symptômes et dont les soignants ont également des besoins propres à faire valoir.
 
Méthode
 
 
Moyens utilisés
Cinq groupes de dix professionnels ont été répartis équitablement selon la provenance et la profession dans 5 salles séparées. Un animateur, donnant la parole à l’ensemble des participants, était assisté d’un rapporteur plus particulièrement chargé de résumer les deux heures de travail et de répondre aux quatre questions posées.
 
Questions
 
 
  • Quels instruments d’évaluation utiliser.
  • Quels malades évaluer.
  • Quels symptômes évaluer.
  • Quels sont les besoins des soignants.
 
Participants
 
 
Les participants – 50 médecins, infirmières, pluri-professionnels de la santé et 1 administrateur – sont tous expérimentés et actifs dans un milieu de soins palliatifs. Ils travaillent soit dans un hôpital général de soins aigus, dans un hôpital général gériatrique, dans un hôpital général accueillant de nombreuses maladies neurologiques dégénératives, dans une unité de soins palliatifs hospitalière communautaire, dans un établissement médico-social ou dans un cabinet médical.
 
Résultats
 
 
A la fin du travail en groupe, chaque rapporteur a répondu aux quatre questions sur un support acétate finalement réuni dans la présente synthèse.
1. Les malades
Tous les patients atteints d’une maladie chronique évolutive, cancéreuse ou non cancéreuse, parvenus à la fin de leur vie doivent pouvoir bénéficier de l’approche globale des soins palliatifs. Par contre, de nombreux patients en soins palliatifs ne sont pas toujours identifiés avec suffisamment de précision pour permettre leur inclusion dans des programmes adaptés à leurs besoins véritables. D’autre part, il est désormais nécessaire de développer une approche de soins palliatifs pour les domaines des maladies cardio-vasculaires, psychiatriques, pulmonaires et pédiatriques et de ne plus se limiter à la seule oncologie.
2. Les symptômes
La douleur reste le symptôme principal souvent parce qu’elle représente une priorité institutionnelle. Or, d’autres symptômes sont également fréquents dans la pratique quotidienne comme la constipation, la sécheresse buccale ou les troubles de la déglutition, la confusion, l’agitation, les cris et les troubles du sommeil. Une prise en charge globale du patient est donc indispensable et les symptômes prioritaires doivent être déterminés avec sa collaboration sans pour autant négliger ceux qui sont par exemple cités dans l’ESAS (9 échelles visuelles analogiques évaluant la douleur, les nausées). De plus, la dépendance croissante pour les actes de la vie quotidienne doit être reconnue comme la souffrance morale et l’épuisement de l’entourage. Finalement, l’impuissance des soignants face à l’extrême difficulté du soulagement de certains symptômes comme l’asthénie ou l’anorexie et leur angoisse face à la dyspnée ne doivent pas être oubliées.
3. Les outils
Pour remplir son objectif, un outil d’évaluation doit rester complémentaire de la relation avec le patient sans se substituer à elle. L’évaluation des symptômes démontre au patient qu’il est pris au sérieux et que son intensité devient visible en permettant aussi de mesurer l’efficacité des interventions thérapeutiques.
C’est un outil de communication entre le personnel soignant et le patient, entre le personnel soignant et l’entourage, mais aussi entre différentes équipes de soins hospitalières et/ou communautaires. En revanche, la multitude d’outils disponibles entraîne une difficulté à choisir l’outil le plus adéquat pour le patient. De même, il est parfois difficile de faire remplir à certains patients âgés une échelle d’évaluation aussi simple que l’échelle visuelle analogique (EVA). Finalement, l’interprétation des résultats reste subjective.
Hormis les outils d’évaluation fonctionnelle gériatrique, les instruments les plus fréquemment utilisés sont l’EVA pour l’évaluation de la douleur mais aussi des autres symptômes comme dans l’ESAS, DOLOPLUS 2 ou le questionnaire de Saint-Antoine pour l’évaluation qualitative de la douleur [1, 5, 6].
D’autre part, il est extrêmement important de bien expliquer la pertinence de l’outil pour le malade et le personnel soignant lors de son introduction dans un service de manière à faciliter son appropriation.
4. Les besoins des soignants
Le sentiment de solitude de nombreux soignants, en particulier à domicile, a été évoqué à de nombreuses reprises, mettant bien en évidence le besoin de partage et de communication avec d’autres professionnels. La reconnaissance du travail effectué et de sa valeur par l’institution est un besoin primordial comme le temps nécessaire à son accomplissement.
 
Discussion
 
 
Malgré les professions et les lieux de travail différents des participants, les groupes se sont accordés pour dire que tous les patients atteints d’une maladie chronique évolutive doivent pouvoir bénéficier d’une approche thérapeutique globale de soins palliatifs. Or, de nos jours, c’est encore la représentation des soins palliatifs, souvent associés aux soins terminaux, auprès des soignants mais aussi de la communauté, qui demeure un obstacle à leur diffusion. Il en résulte qu’un meilleur accès passe par un effort d’information générale sur les programmes déjà existants qu’ils soient formés d’équipe mobile ou d’unités de lits.
S’il est vrai que les soins palliatifs destinés aux malades atteints de maladies neurologiques rares comme la sclérose latérale amyotrophique commencent à se développer dans quelques centres [7], cela n’est pas le cas pour d’autres affections pourtant plus fréquentes. De même, tout le champ de la cardiologie marqué par la survenue d’une insuffisance cardiaque chronique à l’âge avancé reste inexploré [8]. En psychogériatrie, la proportion croissante de malades souffrant de démence est un formidable défi pour l’ensemble des soignants soucieux de promouvoir les soins palliatifs [9]. Quant à la pédiatrie, elle reste heureusement peu concernée sur le plan quantitatif, mais elle ne saurait être ignorée de par l’impact provoqué par la perspective d’une fin de vie alors que celle-ci vient à peine de commencer. Et même si l’oncologie comprend désormais une approche presque standardisée de soins palliatifs, le juste moment pour assurer son démarrage reste controversé.
Au contraire d’une perspective d’évaluation et de traitement par symptômes, tous les groupes souhaitaient favoriser une prise en charge globale du patient. En effet, le soignant exerçant en soins palliatifs ne peut être ramené à sa seule dimension de «symptomatologue» [10]. Au cours de la première consultation, on s’efforcera de déterminer quels sont les symptômes prioritaires du patient pour établir avec lui un projet thérapeutique avec l’aide des outils d’évaluation ou de dépistage adaptés. Comme le patient ne peut (ou ne veut) pas toujours exprimer spontanément sa souffrance, c’est surtout lors de la première consultation que ces outils apparaissent les plus utiles.
Hormis les neuf symptômes évalués dans l’ESAS, d’autres symptômes ont été fréquemment cités et peut-être qu’ils sont également moins souvent évalués. Il s’agit de la constipation, de la sécheresse buccale, des troubles de la déglutition, de la confusion, de l’agitation, des cris et des troubles du sommeil. On mentionnera aussi la dépendance pour les actes de la vie quotidienne, la souffrance morale et finalement l’épuisement de l’entourage comme des symptômes auxquels tout soignant se doit d’être extrêmement attentif. D’autre part, plusieurs soignants ont souligné leur sentiment d’impuissance face à certains symptômes comme l’asthénie ou la fatigue ou l’anorexie. Il semble que le fait d’en parler, d’expliquer leur étiologie et leurs mécanismes ainsi que d’envisager ou d’anticiper leur aggravation permet au patient et à sa famille de soulager déjà partiellement ce sentiment qu’ont les soignants parfois, de ne pas remplir complètement leurs tâches.
Les groupes ont été unanimes pour dire que tous les outils d’évaluation devraient être complémentaires à une relation pleine et entière avec le patient, que celui-ci soit au centre ou peut-être même au-dessus des préoccupations des soignants, comme une sorte de directeur. Même si de nombreuses fonctions positives pour les outils d’évaluation ont été décrites, certaines limites sont apparues comme l’abondance d’outils disponibles et la difficulté de faire remplir aux patients, en particulier âgés, une échelle d’évaluation comme l’EVA. Mais est-il encore possible de personnaliser un outil en fonction des attentes et des besoins de chaque patient? En tout cas, l’importance déterminante du moment et des conditions d’introduction d’une évaluation a été relevée afin de permettre «qu’ils (soignants et patients) soient bien dans leurs outils».
Alors que, par définition, les soins palliatifs demandent en pratique une équipe interdisciplinaire, beaucoup de soignants et en particulier ceux qui travaillaient à domicile ont exprimé leur sentiment de solitude. Le besoin principal des soignants est de pouvoir partager et communiquer avec d’autres professionnels si possible intégrés dans un réseau de soins. Hormis ce besoin de partage et de soutien au moyen par exemple de groupes de parole ou de supervision, le besoin d’avoir du temps, plus de temps et du temps de qualité s’est fait fortement sentir. Par ailleurs, la reconnaissance du travail effectué auprès de l’entourage pour certaines prises en charge plus difficiles devrait être faite par l’institution. Dans un premier temps, les soignants doivent apprendre à reconnaître et à faire reconnaître leurs besoins par leur propre institution qui est aussi leur employeur.
 
Conclusion
 
 
Même si les soignants qui ont participé à cette rencontre régionale de soins palliatifs provenaient d’horizons différents, leurs préoccupations semblaient relativement communes:
  • L’ouverture plus large en oncologie et l’ouverture aux autres spécialités concernées par la fin de la vie.
  • Le positionnement du patient au-dessus de la prise en charge multidisciplinaire pour lui permettre pleinement de diriger la manœuvre.
  • Le choix d’un outil adéquat pour chaque patient et la possibilité de développer de nouveaux outils pour d’autres symptômes que la douleur en particulier en pédiatrie et en gériatrie.
  • L’amélioration du soutien des soignants en particulier à domicile.
La réflexion sur ces préoccupations communes sera poursuivie lors d’une deuxième rencontre.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  BRUERA E, KUEHN M, MILLER MJ et al.: The Edmonton Symptom Assessment System (ESAS), a simple methode for the assessment of palliative care patients. J Palliative Care 1991, 7: 6-9.
2
·  JACQUES MC, ZULIAN GB: L’utilisation d’un outil d’évaluation des symptômes: le point de vue médical. InfoKara 1999, suppl. 54: 53-57.
3
·  FOLSTEIN MF, FOLSTEIN S, MC HUGH PR: Mini Mental Status: a practical method for grading the cognitive state of patients for the clinician. J Psychiat Res 1975, 12: 189-198.
4
·  PAUTEX S, BERGER A, CHATELAIN C, HERRMANN F, ZULIAN GB: Interrater assessment of symptoms in elderly cancer patients under palliative care: concordance between patient, nurse and physician (submitted 2001).
5
·  WARY B: Collectif Doloplus. Doloplus-2, une échelle pour évaluer la douleur. Soins gérontologie 1999, 19: 25-27.
6
·  BOUREAU F, LUU M, DOUBIÈRE JF: Comparative study of the validity of four French Mc Gill Pain questionnaire versions. Pain 1992; 50: 59-65.
7
·  LEIGH N, WILLIAMS V, ABRAHAM S: La sclérose latérale amytrophique. Europ J Palliat Care 2001; 8: 10-12.
8
·  QUADGLIETTI SE, ATWOOD E, ACKERMANN L, FROELICHER V: Management of the patient with congestive heart failure using outpatient, home and palliative care. Prog Cardiovasc Dis. 2000, 43: 259-273.
9
·  SHUSTER JL: Palliative care for advanced dementia. Clin Geriat Med. 2000, 16: 373-386
10
·  KEARNEY N: Palliative medicine-just another speciality? Palliat Med 1992, 6: 39-46.
 
NOTES
 
[*]Journée régionale de soins palliatifs, Collonge-Bellerive, 13 juin 2001.
[**]Correspondance: Sophie Pautex, Equipe mobile d’antalgie et de soins palliatifs, Département de gériatrie, Cesco, 11 ch. de la Savonnière, CH-1245 Collonge-Bellerive, e-mail: sophie. pautex@ hcuge. ch.
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