2001
INFOKara
Nouvelles de la SSMSP
Mots-clés «Euthanasie»: qu’en pensent les membres de la Société suisse de médecine et de soins palliatifs?
[*]
1re partie
Hans Neuenschwander
Servizio Cure Palliative-IOSI, Hospice Ticino
Nicolas Bittel
Service de psychiatrie de liaison, CHUV, Lausanne
Friedrich Stiefel
[**]
Service de psychiatrie de liaison et Division des soins palliatifs, CHUV, Lausanne
Le débat sur l’euthanasie est mené mondialement [1-7]. En Suisse, la discussion a été lancée entre autres par le postulat Ruffy et le rapport y relatif du département fédéral de justice et police [8].
Dans cette discussion, la Société Suisse de Médecine et de Soins Palliatifs (SSMSP) constitue un partenaire important, ses membres étant confrontés chaque jour très directement à des patients gravement malades et en fin de vie. Souhaitant connaître comment les membres se positionnaient dans ce débat, le comité de la SSMSP a mandaté H. Neuenschwander (membre du comité) et F. Stiefel (président) pour mener une enquête. Les résultats de cette dernière figurent sur le «“position paper” dans le débat sur l’euthanasie» de la SSMSP. Dans cette première partie, nous communiquerons les résultats quantitatifs les plus importants et présenterons ensuite, dans la deuxième partie, les résultats qualitatifs dans un but de discussion.
En novembre 2000, un questionnaire anonyme a été envoyé par poste aux 726 membres actifs recensés à cette date; dans un délai de trois semaines, 404 réponses valides (55,6%) ont été renvoyées à l’aide de l’enveloppe affranchie accompagnant le questionnaire; il n’y a pas eu de deuxième envoi.
Le questionnaire consistait en différentes prises de position face à des scénarii hypothétiques, incluant des définitions concernant l’assistance médicale au suicide (PAS) et les différentes formes d’euthanasie (cf. annexe). Ces définitions avaient pour but d’aider les membres à répondre aux questions avec une base de connaissances la plus homogène possible.
Les réponses aux questions pouvaient être «oui», «plutôt oui», «plutôt non», ou «non». Cette forme a été choisie pour diviser les réponses en «pour» ou «contre» et évaluer en même temps le pourcentage des personnes qui ne pouvaient se décider de manière significative.
Les réponses valides proviennent de 90 médecins, 286 soignants et 28 autres professionnels travaillant en soins palliatifs. Les positions face au postulat Ruffy sont résumées dans le tableau I: 56% s’opposent à l’assistance médicale au suicide (PAS), mais 44% sont en faveur; un tiers des répondants se prononcent de manière ambivalente («plutôt oui» ou «plutôt non»). On observe une diminution des pourcentages quant aux personnes favorables à la légalisation de l’AED (31%), à l’euthanasie sur demande par des proches (16%) et à l’euthanasie sans la demande explicite répétée du malade (LAWER) (10%).
Tableau I
Ancrage légal de l’assistance médicale au suicide (PAS) et de l’euthanasie active directe (EAD)
| Oui | Plutôt oui | Plutôt non | Non |
| Estimez-vous juste que le PAS soit légal en Suisse? | 96 (24%) | 79 (20%) | 64 (16%) | 158 (40%) |
| La loi devrait-elle permettre l’EAD? | 54 (14%) | 66 (17%) | 61 (15%) | 219 (54%) |
| La loi devrait-elle permettre que les proches puissent demander l’EAD pour un patient incapable de discernement? | 24 (6%) | 40 (10%) | 72 (18%) | 264 (66%) |
| Estimez-vous juste qu’un médecin procède à une EAD chez un patient incapable de discernement? | 10 (3%) | 26 (7%) | 51 (12%) | 312 (78%) |
Il a été demandé aux membres de la SSMSP de s’imaginer la situation où ils seraient eux-mêmes gravement malades. Presque la moitié d’entre eux (45%) souhaiteraient avoir accès à une assistance médicale au suicide, sans toutefois être d’accord de déléguer cette décision à leurs proches (77%) (tableau II).
Tableau II
Attitude des membres de la SSMSP dans l’éventualité où ils seraient eux-mêmes atteints d’une maladie grave et incurable
| Oui | Plutôt oui | Plutôt non | Non |
| En cas de maladie grave et incurable, je voudrais avoir la possibilité de finir ma vie avec l’aide d’un médecin. | 121(30%) | 58 (15%) | 42 (11%) | 177 (44%) |
| Si je n’étais plus capable de discernement, je voudrais que mes proches puissent demander qu’un médecin provoque ma mort. | 49 (12%) | 45 (11%) | 62 (16%) | 243 (61%) |
Environ 40% des médecins et des soignants seraient prêts à aider un patient au suicide; 19% des médecins et 29% des soignants pourraient s’imaginer procéder à une EAD si la loi le permettait (tableau III). Une large majorité ne céderait pas au souhait d’un patient pour l’EAD même si la loi le permettait.
Tableau III
Attitude concernant l’assistance médicale au suicide (PAS) et l’euthanasie active directe (en cas de légalité)
| Oui | Plutôt oui | Plutôt non | Non |
| Comme médecin, je prescrirais des médicaments pour aider un patient à se suicider (PAS). | 16 (8%) | 18 (20%) | 17 (19%) | 39 (43%) |
| Comme soignant, je soutiendrais un médecin qui prescrirait des médicaments à un patient afin de se suicider. | 66 (23%) | 49 (17%) | 52 (18%) | 119 (43%) |
| Comme médecin, je donnerais des médicaments dans le but de mettre fin à la vie d’un patient si la loi le permettait. | 8 (9%) | 9 (10%) | 14 (16%) | 59 (66%) |
| Comme soignant, je soutiendrais un médecin qui donnerait des médicaments à un patient dans le but de mettre fin à sa vie si la loi le permettait. | 40 (14%) | 43 (15%) | 46 (16%) | 157 (55%) |
En ce qui concerne les expériences personnelles, 8% des médecins répondent avoir procédé au PAS, 4% à des LAWERs et 3% à l’EAD (multiples réponses possibles). Chez les soignants, les réponses se distribuent comme suit: 4% répondent avoir participé ou eux-mêmes pratiqué le PAS, 3% l’EAD et 3% des LAWERs.
45% des membres souhaitent que le comité de la SSMSP combatte la libéralisation de l’euthanasie et 19% désirent qu’il en soutienne la libéralisation; 15% demandent au comité une attitude neutre et 21% requièrent que le comité soutienne avant tout le développement des soins palliatifs.
Les réponses des membres de la SSMSP concernant le débat sur l’euthanasie sont très variées et caractérisées par l’ambivalence dans un pourcentage important. Sans surprise, les répondants se prononcent de manière plus libérale quand il s’agit d’un accès pour eux-mêmes au PAS ou à l’EAD. Cela pourrait être interprété comme un désir d’autonomie, ce qui se manifeste également dans la diminution du nombre des répondants favorables au PAS, à l’EAD, à la délégation de ces décisions à des proches et au LAWER.
Nous avons tenté de tenir compte des résultats de cette enquête dans le «Position Paper» sur le débat sur l’euthanasie.
[*]
Ce texte est une traduction d’un article paru dans
Deutsch Infokara, vol. 2, 2001.
[**]
Correspondance: Dr Friedrich Stiefel, président de la Société suisse de médecine et de soins palliatifs, CHUV, CH-1011 Lausanne.