2001
INFOKara
Nouvelles de la SSMSP
Nouvelle orientation de la médecine: un projet de l’Académie Suisse des Sciences Médicales
Friedrich Stiefel
[*]
Président de la SSMP
Fin août, le projet «Nouvelle orientation de la médecine» de l’Académie Suisse des Sciences Médicales (ASSM) a été présenté au public dans le cadre d’un symposium d’une journée. La question initiatrice de ce projet lancé en été 1999, était la suivante: la médecine en Suisse est-elle en accord avec son temps et, en particulier, est-elle bien armée pour l’avenir? Dans une première étape, l’ASSM a invité à deux séminaires quelque 70 représentants du monde médical, du système de santé, des soins infirmiers, des organisations des patients, de l’éthique, de l’économie, de la législation et de la politique, ainsi que des organisations et institutions externes à la médecine. Les participants aux séminaires ont considéré que la médecine en Suisse est d’un très haut niveau, mais que de nombreuses améliorations sont possibles. L’analyse des problèmes de la médecine a débouché sur l’identification de six domaines-clés dans lesquels ces améliorations sont souhaitables.
Six domaines-clés où des améliorations sont souhaitables
1. Buts de la médecine dans l’optique de la pluralité et des conflits d’intérêts
Du fait que la médecine est orientée à la fois sur le bien de chaque patient(e), sur une science en constante évolution, sur les besoins de la société et sur les conditions cadres économiques, des conflits émergent. Ces problèmes, afin d’être réglés, doivent faire l’objet d’un débat transparent pour tout le monde.
2. Empowerment
En fonction de la situation, les patient(e)s doivent être associés davantage aux processus de décisions en tant que partenaires. L’accès aux informations qualifiées doit être garanti et la responsabilité individuelle à l’égard de la santé et de la maladie favorisée.
3. Bases de décision
Dans de nombreux secteurs de la médecine, les bases scientifiques sont incomplètes; il est urgent d’intensifier la recherche dans ces secteurs. Par contre, cette recherche ne doit pas s’appuyer seulement sur des arguments relevant des sciences naturelles, mais doit aussi tenir compte des connaissances des sciences humaines et sociales.
4. Limites de la médecine
La médecine se heurte à des limites non seulement biologiques, mais également éthiques et économiques. Les limites entre le «faisable» et «ce qui fait sens» doivent être abordées, acceptées et communiquées d’une manière transparente et compréhensible. Cela implique que les limites de la vie soient acceptées.
5. Incitation
Les systèmes de santé influencent la médecine notamment à travers des incitations. Ces incitations doivent être organisées de telle sorte que les prestations médicales de qualité, de même que les prestations visant à la préservation de la santé et à la prévention des maladies, soient récompensées.
6. Apprentissage tout au long de la vie
La formation, le perfectionnement et la formation continue des professionnels de la médecine doivent être adaptés en permanence à l’état des connaissances et aux exigences changeantes. Une attention particulière doit être accordée à la compétence en communication, à la capacité à régler les conflits et à gérer les erreurs, aux travaux interdisciplinaires et aux renforcements de la responsabilité individuelle («empowerment»).
Penser la médecine de demain
Lors de cette journée de fin août, les résultats des deux séminaires furent discutés avec les 300 participants, d’autres informations relevant de ce thème comme par exemple un sondage représentatif sur la satisfaction de la population envers nos systèmes de soins et un projet du Hasting Centers concernant les buts de la médecine furent présentées. Tous les orateurs, entre autres Mme la Conseillère fédérale Ruth Dreifuss, étaient d’accord pour aborder et résoudre les problèmes identifiés lors des précédents séminaires. Lors des podia de l’après-midi, les thèmes «empowerment», «bases décisionnelles dans des situations limites» et «nouvelles compréhensions des rôles et de la collaboration dans les professions de la santé» furent approfondis et des suggestions discutées sur comment et par qui ces thèmes devraient être abordés.
Les propositions élaborées dans l’après-midi furent présentées et discutées le jour suivant dans un groupe restreint de 40 personnes. Les personnes présentes étaient les représentants des facultés de médecine, des sciences des soins, de la Fédération des médecins suisses, de l’Association suisse des infirmier(e)s, des offices fédéraux engagés dans le domaine de la santé, du Fonds national de la recherche et des différentes associations médicales, telles que la Société Suisse de Médecine et de Soins Palliatifs. Pendant cette réunion il a été souligné et répété que la médecine en Suisse se trouve devant d’importantes et urgentes questions devant être abordées et discutées avec le public. Ces questions incluent les trois thèmes susmentionnés: les «empowerment», les «bases décisionnelles dans des situations limites» et les «nouvelles compréhensions des rôles et des collaborations dans les professions de la santé», ainsi que, et surtout, la gestion des limites dans la médecine et les soins en fin de vie. Lors de ces discussions émergea le souhait que l’ASSM devienne active sur le plan stratégique; concernant cette activité. Les suggestions englobaient la création d’un forum dans lequel la gestion des limites en médecine pourrait être abordée dans la discussion de la politique de santé. Quant au mode opérationnel, sur lequel les attentes s’exprimèrent, on souhaita que l’ASSM soutienne des projets apportant sur le plan stratégique des bases et des arguments. Comme l’expliqua le Pr Stauffacher, président de l’ASSM, il ne peut être attendu de l’ASSM qu’elle organise cela toute seule ou que toutes ces questions brûlantes soient «déléguées à l’ASSM». Par contre, l’ASSM peut faire un effort en tant institution nationale et reconnue, pour qu’un tel forum émerge et que des projets soient lancés.
Collaboration entre l’ASSM et la SSMSP
Beaucoup de thèmes susmentionnés tels que les «limites de la médecine», les «nouvelles compréhensions des rôles et de la collaboration entre professions médicales» ou bien les «soins globaux des patients» sont discutés et vécus depuis des années dans le champ des soins palliatifs. Les trois piliers des soins palliatifs, «la reconnaissance des limites», «l’interdisciplinarité» et «l’approche globale du patient» sont très proches des thèmes discutés dans les séminaires organisés par l’ASSM, pendant cette journée et dans la réunion en comité restreint.
La collaboration avisée entre l’ASSM et la SSMSP arrive à un moment favorable et fait surtout sens sachant que ces thèmes sont étroitement liés aux soins palliatifs. La SSMSP a déjà élaboré des propositions concrètes pour un «forum» conceptualisant ainsi des questions de soins palliatifs, des bases décisionnelles en situations limites et de soins en fin de vie. Elle est donc prête à mettre à disposition ses expériences et son champ clinique. De son côté, l’ASSM souhaite soutenir les idées et la promotion des soins palliatifs en Suisse et est prête à discuter la création d’un tel «forum» sous l’égide de l’ASSM et la SSMSP. Les discussions ont lieu et devraient conduire à des résultats concrets au cours des prochains mois; nous allons présenter le fruit de ces discussions dans un prochain numéro d’InfoKara.
[*]
Correspondance: Friedrich Stiefel, CHUV, CH-1011 Lausanne.