InfoKara
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
56 pages

p. 31 à 36
doi: en cours

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Volume 16 2001/3

2001 INFOKara Forum

L’avis des consommateurs?

Cécile Baude-Heymans Infirmière formée en soins palliatifs Martine Hannicq Véronique Hélin Bernadette Wouters  [*] Infirmières enseignantes en soins palliatifs, licenciées en sciences hospitalières et médico-sociales, UCL et ULB
En mai 1999, une vaste enquête sur «soins de fin de vie et euthanasie» a été lancée en France, en Belgique, en Italie, en Espagne et au Portugal par des associations de consommateurs (dont Test Achats). En Belgique par exemple, 31142 réponses ont été analysées, dont celles de 277 médecins et 932 infirmières, ce qui est très faible en regard des dizaines de milliers de professionnels en exercice. (Par exemple, au 31.12.98, il y avait 40291 médecins en exercice). De plus, il n’est pas précisé le nombre des questionnaires envoyés ou reçus mais non valides.
Cependant, la revue Test Santé a publié, dans son numéro 40 de janvier 2001, les ou plutôt des résultats à commenter de manière critique afin de mettre en évidence une réelle méconnaissance des sujets abordés et une interprétation douteuse des réponses. C’est ce que nous nous proposons de faire, dans cet article, en qualité d’infirmières, formées et expérimentées en soins palliatifs.
 
Une critique approfondie du questionnaire
 
 
D’après les auteurs, cette enquête était destinée à «servir d’outil d’information pour tout un chacun et contribuer à éclairer le débat social actuel». Or, dès l’élaboration du questionnaire, un manque de rigueur évident a été relevé par de nombreuses personnes qui en ont fait par à Test Achats. Lequel, cependant, n’a pas renoncé à ce projet.
Avec attention, nous avons relu le questionnaire destiné aux infirmières et décidé d’en faire la critique approfondie (voir annexe) après avoir, au préalable, revu la littérature [1, 2, 3] sur les critères de qualité auxquels doivent répondre les questionnaires. D’abord il est impératif d’utiliser un langage correct (énormément de fautes de français et d’orthographe) et des phrases courtes, de fixer le cadre de référence (où est la définition des soins palliatifs?), d’éviter les mots à plusieurs sens (aider à mourir). Les questions doivent être neutres (êtes vous conscients?), la mémoire ne doit pas être sollicitée pour des faits antérieurs à un mois (de mai 1997 à avril 1998: question posée en mai 99). Concernant le contenu, il doit être adapté au milieu des personnes interrogées (les infirmières sont interrogées sur leurs prescriptions!) et les questions ne porter que sur un item (le traitement de la douleur et la sédation font l’objet d’une seule et même question).
Les questionnaires portent le titre «soins de fin de vie et euthanasie», mais seules quatre questions se rapportent aux «soins» – dont deux à connotation négative (questions 7-8) – et 24 à «l’euthanasie». Quant aux résultats, ils sont publiés dans Test Santé sous le libellé «soins palliatifs et euthanasie»: pourquoi changer d’intitulé?
Nous livrons ici les grandes lignes critiques qui peuvent être adressées au questionnaire.
Les termes/concepts de soins palliatifs, fin de «vie», soins de fin de vie (autres que les soins palliatifs) ne sont pas définis. De même pour «programme ou système» de soins palliatifs (questions 4-5-6), ces termes n’appartiennent pas à notre vocabulaire mais sont typiquement anglo-saxons. On trouve des erreurs dans les termes propres aux soins palliatifs: ceux-ci ayant été clairement définis par les arrêtés de juillet 1997. On demande aux soignants s’il y a assez d’unités pour répondre aux «demandes» mais ces structures doivent-elles répondre aux demandes ou aux «besoins»? Tous les patients en fin de vie ne relèvent pas des soins palliatifs! Que sont les «unités de soins de fin de vie»? Cette dénomination n’a jamais existé! D’où viennent les définitions données pour «abandonner un traitement inutile de maintien en vie», «euthanasie», «termination active de vie» et «suicide assisté»?
 
Aucune référence sur la fin de vie
 
 
D’autre part, «les terminations actives de vie» n’ont lieu, d’après les auteurs, qu’à la demande des proches. Les infirmières et les médecins qui, dans la réalité, sont aussi à l’origine de ces demandes ne sont pas mentionnés.
On note une méconnaissance de la loi et de la déontologie; les infirmières sont interrogées sur leurs «prescriptions» (questions 11 et 21) ou leur décision «d’arrêter ou de ne pas commencer un traitement» (question 18), ce qu’elles n’ont ni le droit ni les possibilités de faire. Le consentement libre et éclairé du malade aux soins ou aux traitements est ignoré (question 11), quand les auteurs font référence à des patients «capables» (question 10), rien ne précise s’il s’agit d’une capacité juridique ou de fait. Quant à l’Ordre des médecins, à notre connaissance, il n’est pas encore compétent pour juger les infirmières (question 31)!
Il y a trop d’appels à la mémoire «combien de patients» (questions 13-14), à des souvenirs peu définis «combien de fois avez-vous pensé que…», pensé 10 fois pour le même patient ou pensé pour 10 patients différents? (questions 7 et 8).
On remarque de nombreux jugements sur autrui «les patients des unités de… sont bien pris en charge par les kinés…», que vaut un avis aussi général? De quel droit et avec quelles compétences les infirmières sont-elles ici juges des autres professionnels, dans des lieux où elles n’exercent pas? La plupart de ces questions auraient pu être centrées sur des faits.
On peut lire à la question 12: «un traitement de vie inutile». L’adjectif «inutile» porte ici sur la vie du patient!
Les réponses sont régulièrement orientées: à la question: «êtes-vous conscient que le suicide assisté est pratiqué?»(question 29), il est difficile de répondre que l’on n’est pas conscient.
Ailleurs, dans les listes d’affirmations à l’infinitif (question 10) «prendre le temps, essayer, …» ou à propos de tiers (question 21) «les malades, les proches…», on trouve soudain des réponses en «je» comme «je n’interviendrais pas» qui concernent toujours des positions fortes en pour ou en contre, pourquoi?
Certaines questions sont réellement mal rédigées, par exemple:
  1. «Combien de fois avez-vous pensé…?», réponse proposée: «continuellement».
  2. «La nature des demandes d’euthanasie», réponses proposées:
  3. les demandes étaient continuelles et répétées;
  4. certaines étaient continuelles, d’autres plus sporadiques;
  5. la plupart étaient sporadiques.
Cela pose plusieurs questions:
  • Quelle est la différence entre «continuelles et répétées» à propos d’une demande?
  • Pourquoi «continuelles» apparaît-il dans les réponses a) et b)?
  • Pourquoi «continuelles et sporadiques» dans la même réponse?
Les traitements de la douleur ne sont évoqués que comme «trop agressifs» (question 8) ou pouvant entraîner la mort (question 17).
On trouve aussi trop de termes très vagues que chaque répondant peut interpréter comme il le veut: «accélérer la mort», «préférer mourir», «bientôt mourir». Tous ceux qui se penchent sur le sujet de l’euthanasie savent que seul le médecin est/serait habilité à faire le geste. Pourtant la question 19 utilise ces mêmes termes: euthanasie, termination (inconnu au dictionnaire) active de vie et suicide assisté pour des gestes pratiqués par l’infirmière. Pourquoi? en référence à une certaine réalité de délégation de ces «tâches»?
Terminons par les situations les plus étonnantes
Après avoir donné des définitions, les auteurs du questionnaire les ignorent!
La définition de l’euthanasie mentionne explicitement la demande du malade, les questions 14 et 21 proposent de pratiquer l’euthanasie sur des «adultes inconscients», «des nouveau-nés ayant des troubles congénitaux graves», mais aussi de suicider un patient (inconscient, dément…) à la demande de sa famille (question 14). Ces mêmes définitions sont ignorées dans les résultats publiés (graphiques 1 et 2), erreur ou amalgame délibéré?
Quand les auteurs du questionnaire proposent de fournir au patient ou à sa famille de quoi en finir (questions 22, 23, 24, 25), il s’agit toujours de leur remettre des doses létales alors que le médecin, lui, administrera une dose létale. Les patients et les familles sont-ils à ce point maladroits ou pousse-t-on la gentillesse jusqu’à leur en donner une petite réserve pour une autre fois?
 
Conclusion
 
 
Au-delà du questionnaire destiné aux infirmières, il faut préciser que les questionnaires adressés aux médecins et aux proches de patients décédés présentent autant de lacunes que le questionnaire destiné aux infirmières.
Dans le climat actuel encore sensible du débat sur l’euthanasie, nous estimons que le public belge qui est directement concerné par la question a le droit de recevoir des informations fiables quelles que soient ses opinions.

ANNEXE 1

 
Analyse détaillée du questionnaire infirmier [**] (copyright Test Achats)
 
 
1re partie
• Question 3: Combien de patients sont décédés alors que vous travailliez avec eux?
Comment faut-il comprendre la question?
  1. Combien de patients morts au cours d’un soin?
  2. Combien de patients morts pendant un service de 8 heures?
  3. Combien de patients sont morts dans le service?
S’agit-il d’un enregistrement ou fait-on appel aux souvenirs et donc à la subjectivité?
2e partie
«….nous allons vous poser quelques questions à propos de votre expérience et de vos opinions sur les soins palliatifs et les autres possibilités de soins en fin de vie pour les patients en phase terminale.»
Pas de définition ni des «soins palliatifs», ni de la «fin de vie», ni des «autres possibilités» de soins de fin de vie. Quelles sont ces autres possibilités auxquelles il est fait allusion?
• Question 4: Actuellement, travaillez-vous dans un programme de soins palliatifs?
Que veut dire «programme»? Ce terme n’existe pas dans la terminologie des soins palliatifs en Belgique.
  1. Je travaille dans une unité de soins palliatifs interne à un établissement de soins
  2. Une unité de soins palliatifs est toujours intra muros.
  3. Je travaille dans une unité de soins palliatifs ambulatoire
  4. Ceci désigne quelle structure? Ce terme n’existe pas dans la terminologie des soins palliatifs en Belgique. Le mot «unité» est donc relatif à un service donc à des lits, le mot «ambulatoire» désigne selon le Larousse médical (1994) «une activité qui n’interrompt pas les activités habituelles d’un malade». Ces deux mots sont contradictoires.
  5. Je travaille dans une unité de traitement de la douleur (si vous ne travaillez pas dans une unité de soins palliatifs, passez à la question 6)
  6. Pourquoi cette proposition? Les centres de la douleur ne bénéficient pas d’une définition claire, ils sont rares et ne disposent pas de lits hospitaliers propres.
  7. Pourquoi ajouter entre parenthèses (si vous ne travaillez pas dans une unité de soins palliatifs)?
3e partie
«Si vous travaillez dans une unité de soins palliatifs, continuez en répondant à la question suivante, puis passez à la question 7…»
La différence est faite entre ceux qui travaillent ou non en unité de SP, donc les infirmières qui travaillent dans les autres structures de SP, comme les équipes mobiles et les équipes de SP spécialisées dans les soins à domicile, répondent à la question 6 comme les infirmières qui ne travaillent pas en soins palliatifs.
• Question 5: Lisez les affirmations suivantes.
  1. Il y a suffisamment d’unités internes pour subvenir aux demandes de soins palliatifs.
  2. D’unités internes de quoi? Faut-il répondre aux demandes ou aux besoins?
  3. Il y a suffisamment d’unités mobiles pour subvenir aux demandes de soins palliatifs.
  4. Le mot «unité» se réfère toujours à des lits, «unité mobile» ne veut rien dire, l’arrêté royal de juillet 1997 parle d’équipes mobiles et/ou de fonction palliative.
  5. La plupart des souhaits exprimés par les patients en terme de traitement médical sont suivis par les médecins.
  6. Le souhait du malade passe-t-il avant la compétence du médecin?
  7. Les patients sont informés des autres méthodes de soins envisageables.
  8. Lesquelles?
  9. Il y a une bonne communication entre les patients et les médecins à propos de l’évolution de la maladie.
  10. Quels sont les critères de la bonne communication? Pourquoi demander un jugement?
  11. Les infirmiers connaissent plus que les médecins la situation réelle et les souhaits des patients.
  12. En SP, le malade est libre de choisir son interlocuteur privilégié, il se peut que ce ne soit pas le médecin, ceci sans en tirer des conclusions.
  13. Les patients sont bien pris en charge (par les infirmiers, les médecins, les prêtres, les psychologues, les kinésithérapeutes, les conseillers laïcs, les travailleurs sociaux, etc.).
  14. Quels sont les critères? Toutes les infirmières ont-elles les connaissances requises pour émettre un avis sur les compétences des autres professionnels?
  15. Le système des soins palliatifs offre une bonne gestion de la douleur.
  16. Que veut dire «système»?
  17. Il y a un bon support social pour les proches et les amis des patients soignés en unité de soins palliatifs.
  18. «Support social» désigne quels intervenants?
• Question 6: Lisez les affirmations suivantes:… les patients des unités de soins de fin de vie…
De quelles structures parle-t-on? Cette dénomination n’existe pas!
• Question 7: A propos des patients en phase terminale dont vous vous occupez, combien de fois avez-vous pensé que les traitements suivants aient été utilisés de manière inadéquate pour prolonger la vie au prix de souffrances inutiles?
Combien de fois pour un même patient ou pour combien de patients différents? La formulation est imprécise. On part ici du principe que la «pensée» repose sur la connaissance juste; or, les infirmières n’ont pas toujours les compétences requises pour «juger» d’un traitement.
La réponse proposée: «Continuellement, souvent…» ne répond pas à la question «combien de fois» et est très subjective.
La période de temps couverte par la question n’est pas précisée.
• Question 8: A propos des patients en phase terminale dont vous vous occupez, combien de fois avez-vous pensé qu’un traitement de la douleur trop agressif ou une totale sédation ait été utilisé de manière inadéquate, rendant le patient totalement inconscient inutilement?
Réponses proposées: Continuellement, souvent, rarement, jamais, je ne sais pas/je ne veux pas répondre.
  • … traitement … trop agressif: la plupart des infirmières ont une connaissance très insuffisante des traitements de la douleur et une peur bleue des antalgiques forts, cette question a le mérite de renforcer leurs méconnaissances et leurs peurs (le traitement est-il trop/très agressif parce que la douleur ne répond pas? parce que les soignants sont incompétents et ont mal choisi les antalgiques?)
  • … ou une totale sédation: traitement de la douleur et sédation sont deux choses différentes, les deux items ne devraient pas se trouver dans la même question. Ici encore on renforce les méconnaissances et les peurs.
  • … une totale sédation rendant le patient totalement inconscient … sans commentaires!!!
  • …inutilement: qui est compétent pour en juger?
  • • Question 9: La plupart des patients en phase terminale décèdent finalement à l’hôpital. Pensez-vous que ce soit l’endroit dans lequel ils auraient souhaité mourir?
Pourquoi ne pas demander des faits, par exemple: Combien de patients hospitalisés vous ont-ils dit qu’ils auraient préféré mourir à domicile?
4e partie
Nous allons maintenant vous poser des questions en rapport avec votre expérience et votre attitude face à l’euthanasie:
Pour les questions suivantes:
  1. abandonner un traitement inutile de maintien en vie ou ne pas le commencer;
  2. euthanasie active;
  3. suicide médicalement assisté;
les définitions sont les suivantes:
  1. abandonner un traitement disproportionné et inutile qui sert uniquement à prolonger la vie d’un patient sans agir directement sur les causes de sa maladie;
  2. administration délibérée d’une dose trop importante de médicaments à un malade, à sa demande, avec l’intention de mettre fin à ses jours;
  3. prescrire ou conseiller des médicaments (par exemple drogues ou barbituriques) à un malade (à sa demande) pour qu’il puisse éventuellement les utiliser pour mettre fin à sa propre vie (par exemple en avalant une dose létale de médicaments).
Quelles sont les références de ces définitions?
  1. Sans aucune référence à la fin de vie, cette définition est extrêmement large.
  2. Malade: Larousse, 1994: «… dont la santé est altérée, dans un état général de malaise». La définition est particulièrement large puisque aucune référence n’est faite à la gravité de la maladie ni à son évolution fatale. Aux Pays-Bas et partout où l’euthanasie se discute, la seule personne autorisée à pratiquer une euthanasie est/serait le médecin, pourquoi cette précision n’est-elle pas reprise?
• Question 10: Comment réagiriez-vous si un patient en phase terminale, capable d’exprimer sa volonté, souffrant de douleurs et de gênes insupportables, vous disait qu’il préfère mourir?
  • … Capable: Larousse, 1994: «… qui à le pouvoir de faire, de produire un effet. En droit: … qui est légalement apte à exercer certains droits». A quel type de capacité se réfère-t-on?
  • … souffrant de gêne insupportable … préfère mourir: gêne: Larousse, 1994: «impression désagréable». Comment une impression «désagréable» peut-elle être «insupportable», il s’agit clairement de deux extrêmes sur une échelle… «insupportable» pour qui? Mesuré comment? Que veut dire exactement «préfère mourir»: pourquoi pas une proposition plus claire? Combien de patients vous ont-ils demandé l’euthanasie?
Quelques décisions proposées pour la question 10:
10: informer le médecin principal de ce patient
11: informer un médecin dont on sait/suppose qu’il respecterait les souhaits du patient
L’infirmière doit informer le médecin qui a le patient en charge. De quel droit un autre médecin interviendrait-il?
13: je n’interviendrais pas
14: j’aiderais le patient à accélérer sa mort
Les autres décisions proposées sont formulées à l’infinitif, pourquoi seules ces deux-ci sont-elles exprimées en «je»? Pourquoi justement celles qui expriment des attitudes extrêmes?
• Question 11: … un patient … vous a-t-il déjà demandé d’accélérer sa mort?
Quelques réponses proposées:
  1. Oui, en me demandant d’arrêter ou de ne pas commencer un traitement de maintien de vie inutile.
  2. Un patient adulte conscient et bien orienté doit (légalement) être informé et consentir ou non aux traitements. En refusant, il exerce un droit, ce qui ne ressort pas dans la formulation de la question.
  3. Commencer ou arrêter un traitement est du ressort du médecin, pas de l’infirmière. Qui juge de l’utilité du traitement?
  4. Oui, en me demandant de lui administrer une dose trop importante de médicaments pour accélérer sa mort.
  5. De nouveau, le médicament est proposé comme excessif, quel médicament?
  6. Oui, en me demandant de lui prescrire ou de lui fournir une dose létale de médicaments.
  7. Une infirmière ne prescrit pas. Prescrire ou fournir une dose létale est de l’aide au suicide mais celle-ci a été définie comme le fait du médecin, dans quelle catégorie se trouve-t-on?
• Question 12: Indiquez ou estimez le nombre de patients durant les douze derniers mois qui vous ont demandé (directement ou indirectement [via un proche]) d’abandonner ou de ne pas commencer un traitement de maintien en vie inutile.
Dans les réponses possibles, on ne distingue pas les données qui reposent sur un enregistrement de celles qui reposent sur les souvenirs.
  1. Demande d’abandonner ou de ne pas commencer un traitement de maintien de vie inutile.
  2. C’est donc la vie du patient qui est qualifiée d’inutile.
  3. Pour combien de ces patients y avait-il un médecin au courant de cette demande?
  4. Fait appel aux souvenirs, aux interprétations plus qu’aux faits, de plus évacue la notion de confidentialité.
• Question 13: Indiquez ou estimez le nombre de patients durant les 12 derniers mois qui vous ont demandé (directement) de pratiquer une euthanasie active ou un suicide assisté.
Une estimation peut être très imprécise, le suicide assisté a été défini comme le fait du médecin, dans quelle catégorie se trouve-t-on?
Réponses proposées:
Suicide assisté/euthanasie active: pour combien de patients y avait-il un médecin au courant de cette demande?
Cela pose-t-il la question de rétention d’information par l’infirmière? Pourquoi ne pas le demander plus clairement?
• Question 14: Certains malades sont dans l’impossibilité de faire savoir s’ils veulent être aidés à mourir ou s’ils veulent continuer à vivre (inconscience, démence…). Indiquez le nombre de fois où un proche d’un malade vous a demandé d’aider ce patient à mourir.
Qui sont les personnes comprises dans les (…)? Que veut dire «aider à mourir»?
Réponses proposées:
  1. Suicide assisté mais demandé par la famille.
  2. Depuis quand suicide-t-on quelqu’un d’autre? Non respect du bon sens et des définitions proposées.
  3. Pour combien de ces patients y avait-il un médecin au courant de la demande?
  4. Voir réponse question 13.
  5. Euthanasie active mais demandée par la famille.
  6. Il s’agit d’un geste pratiqué à la demande d’un tiers. Pourquoi seuls les proches sont-ils mentionnés comme initiateurs de la demande alors que les demandes émanant des infirmières et/ou des médecins sont toutes aussi nombreuses?
• Question 15: En prenant en compte les demandes d’euthanasie active ou de suicide assisté faites par des patients, estimez la nature de ces demandes en utilisant les catégories suivantes.
  1. La plupart des demandes étaient continuelles et répétées.
  2. Qu’est-ce qu’une demande «continuelle» par rapport à une demande «répétée»?
  3. Certaines demandes étaient continuelles, d’autres plus sporadiques…
  4. La plupart des demandes étaient sporadiques…
    • Pourquoi ces deux propositions très différentes dans le même item (2 et 3)?
    • Pourquoi «continuelles» dans deux réponses?
    • Dans la logique de ces trois réponses, une demande ne peut que ce répéter, où se trouve l’item d’une demande unique?
    • La question n’aurait-elle pas dû concerner la fréquence des demandes?
  5. • Question 18: En tant qu’infirmier, avez-vous déjà arrêté (ou non commencé) un traitement de maintien de vie, parce qu’il n’aurait servi qu’à prolonger la vie d’un patient dans un état de santé extrêmement mauvais?
L’infirmier peut s’opposer à un traitement, demander des informations, dire son désaccord mais ne peut ni modifier ni arrêter un traitement; de plus modifier ou arrêter un traitement impose de l’écrire pour que tout le monde suive… Cette question est un non sens.
Un patient adulte conscient a parfaitement le droit de demander d’arrêter ou de ne pas commencer un traitement (notions de droit et de déontologie), cette demande doit forcément être transmise au médecin qui doit en prendre acte.
… Prolonger la vie d’un patient dans un état de santé extrêmement mauvais
Qu’est-ce qu’un état de santé «extrêmement mauvais»?
• Question 19: Avez-vous déjà pris part de manière active à la mort d’un patient?
… pris part: on peut prendre part de nombreuses manières: en commandant les médicaments, en préparant et/ou en surveillant les perfusions, en faisant l’injection, …
Réponses proposées:
  1. … en pratiquant une euthanasie active à la demande d’un patient.
  2. Aux Pays-Bas et partout où ce sujet se discute, la seule personne autorisée à pratiquer une euthanasie est le médecin, l’infirmière ici mentionnée ne pratique pas une euthanasie, mais un meurtre avec préméditation.
  3. … en pratiquant une euthanasie active à la demande des proches d’un patient/du médecin.
  4. Même remarque.
  5. … en pratiquant un suicide assisté à la demande du patient.
  6. Non respect des définitions proposées (voir 4e partie, définitions: suicide médicalement assisté par un médecin).
  7. … en pratiquant un suicide assisté à la demande de proches.
  8. Non-respect des définitions (voir 4e partie, définitions: à un malade (à sa demande).
Non-sens, comment peut-on suicider quelqu’un d’autre?
• Question 21: Indiquez dans quelle mesure vous êtes ou non d’accord avec les affirmations suivantes….
  1. Les proches d’un malade inconscient… ont le droit de décider de mettre fin aux jours de leur proche en demandant l’euthanasie.
  2. Les parents d’un nouveau-né ayant des troubles congénitaux graves ont le droit de décider de mettre fin à la vie de leur enfant en demandant l’euthanasie.
  3. Non-respect des définitions (voir 4e partie, définitions: «euthanasie» toujours à la demande du patient). Un trouble congénital grave n’est pas forcément mortel, pourquoi les troubles congénitaux et pas les affections héréditaires?
  4. Je n’aiderais pas un patient à se suicider.
  5. J’essayerais de donner des réponses.
  6. J’appuierais la demande de suicide.
  7. Pourquoi ces questions en «je»? Les propositions en «je» sont toujours utilisées pour des positions extrêmes.
  8. Légaliser l’euthanasie active et/ou le suicide médicalement assisté stimulera leur utilisation sans que le patient ou ses proches en soient informés.
  9. Non-respect des définitions (voir 4e partie, définitions: «euthanasie et suicide assisté» toujours à la demande du patient.
  10. Dans certaines circonstances, j’aiderais un ami ou un proche d’un malade en phase terminale, à effectuer une euthanasie.
  11. Aux Pays-Bas et partout où ce sujet se discute, la seule personne autorisée à pratiquer une euthanasie est le médecin. L’infirmière ou le proche ici mentionné se rendrait coupable de meurtre avec préméditation.
  12. Débrancher la ventilation artificielle… est aussi inacceptable que de tuer.
  13. Pourquoi cette seule apparition du verbe «tuer» ici?
  14. Les infirmiers ne sont pas compétents pour fournir une dose létale à un patient parce qu’ils ont pas (assez) l’habitude de ce genre de prescription.
  15. Les infirmiers ne prescrivent jamais. Pourquoi «assez» entre parenthèse?
• Question 25: Les proches ou les amis de P., un adulte incapable d’exprimer sa volonté, dans un état critique sans possibilité d’amélioration demandent à un médecin d’aider un malade à mourir.
Lorsqu’un patient adulte est incapable d’exprimer ses volontés, il est représenté par son conjoint, ses parents ses frères ou ses sœurs. Si la situation le nécessite ou se prolonge, il est mis sous tutelle, tous les soignants le savent, pourquoi ne pas poser la question plus clairement? Pourquoi faire intervenir des «amis» qui, par définition, n’ont pas de lien de parenté avec le malade?
• Questions 22, 23, 24 et 25
Une des réponses possibles:
… en leur fournissant des doses létales de médicaments.
Pousse-t-on la gentillesse jusqu’à leur en donner une petite réserve pour d’autres fois?
• Question 27: Quel impact aurait un système universel de soins palliatifs en Belgique sur les demandes d’euthanasie?
Que veut dire «un système universel de soins palliatifs» à l’échelle de la petite Belgique?
• Questions 29 et 30: Etes-vous conscient que le suicide assisté et l’euthanasie active sont aujourd’hui pratiqués en Belgique?
«Conscient» oriente la réponse.
• Question 31: Si vous connaissiez un médecin ou un infirmier impliqué dans l’une ou l’autre de ces pratiques (euthanasie ou suicide assisté), en rendriez-vous compte aux autorités médicales (ordre des médecins) et/ou à la justice?
L’autorité médicale (ordre des médecins) est non compétente pour les infirmiers.
• Question 32: Pensez-vous que la loi devrait être modifiée dans le but de permettre aux malades de demander et de «recevoir» un suicide médicalement assisté et/ou une euthanasie active?
Réponses possibles:
  1. Pour les malades en phase terminale capables d’exprimer leur volonté: capacité de fait ou de droit?
  2. Pour des malades capables d’exprimer leur volonté qu’ils soient atteints d’une maladie atale ou d’une maladie chronique très grave et irréversible: y a-t-il beaucoup de maladies chroniques réversibles? «Très grave et irréversible», pourquoi toujours insister lourdement sur les aspects négatifs? Considère-t-on le moment du diagnostic ou la phase terminale?
• Question 37: Une déclaration de volonté permettrait d’exprimer ce que les personnes souhaiteraient qu’il arrive s’ils se trouvaient dans un état de santé incurable qui les rendrait incapables de prendre une décision quant à leur futur.
Etre momentanément incapable de prendre une décision au cours d’une maladie incurable est courant, est-ce suffisant pour mettre fin à la vie d’un patient?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  BERTHIER N: Les techniques d’enquêtes. Paris, éd. Armand Colin, 1998.
2
·  DELIEGE D: Aide-mémoire des règles et techniques élémentaires en sciences sociales. Bruxelles, UCL, Ecole de santé publique, 1990.
3
·  JAVEAU C: L’enquête par questionnaire. 3e édition, éd. de l’ULB, 1982.
 
NOTES
 
[*]Correspondance: Bernadette Wouters, Rue Paul Devigne 29, B-1030 Bruxelles, e-mail: wouters. bern@ yucom. be.
[**]Les questions et réponses extraites du questionnaire sont en caractères gras. Les commentaires des auteurs en italique.
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