InfoKara
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
56 pages

p. 17 à 20
doi: en cours

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Echos du terrain

Volume 16 2001/4

2001 INFOKara Echos du terrain

La problématique d’être soignant et parent d’un malade

Sylvie Van-Daele  [*] Infirmière, Equipe mobile de soins palliatifs, CHRU, Lille
Par leur intervention auprès des soignants et de leurs proches en fin de vie, les équipes mobiles de soins palliatifs apportent un éclairage intéressant sur les difficultés des soignants et leur souffrance. En effet, il leur est difficile de trouver leur place entre la famille et l’équipe soignante. Trois cas concrets nous permettent d’apprécier dans cet article la réelle difficulté des soignants d’accompagner leur proche et de trouver leur juste place auprès d’eux. De même, d’autres situations évoquées, montrent les rapports souvent difficiles qu’ils ont avec les équipes soignantes. Ce travail est le fruit de nombreux entretiens et fait apparaître plusieurs questions éthiques, dans un domaine, qui, jusqu’à aujourd’hui, semble ne pas avoir été exploré.Mots-clés : soignants, famille, souffrance, fin de vie, implication. Palliative care mobile teams may provide useful information about health carer difficulties and suffering when these professionals are in charge of a member of their own family. It may be hard for them to find the right place between their family and the nursing team. Three clinical cases describe these daily problems and few other cases also show the communication troubles which may arise with the medical and nursing team. This work raises several questions in a specific field that doesn’t seem to have been much studied up until now.Keywords : nursing, family, suffering, at the end of life, implication.
 
Introduction
 
 
La prise en compte de la souffrance des soignants est une préoccupation des acteurs en soins palliatifs. Sur le terrain, les membres des Equipes Mobiles de Soins Palliatifs participent à la sensibilisation de ce problème par l’écoute et le soutien qu’ils apportent aux équipes ainsi qu’en témoignant des difficultés de ceux-ci dans les instituts de formation et auprès de la formation continue. La reconnaissance et la prise en charge de ce mal être peut leur être bénéfique et conduire à une amélioration de leurs conditions de travail. Cependant, un problème reste méconnu: celui d’être à la fois parent d’un malade et un soignant.
Mon expérience d’infirmière en Equipe Mobile de Soins Palliatifs associée à mon vécu personnel m’a permis d’être confrontée à cette problématique. C’est à l’occasion des demandes d’aide à la prise en charge de situations de fin de vie et dans le cadre de la formation continue, que j’ai pu constater la souffrance des professionnels de santé et leur besoin d’aide et de soutien dans le contexte de fin de vie d’un proche. Les références sur ce sujet sont rares voire inexistantes dans le monde francophone. Ce qui m’encourage, aujourd’hui, à témoigner.
 
I. Préalables
 
 
Lorsqu’un service nous sollicite pour la prise en charge d’un patient relevant des Soins Palliatifs et qu’un membre de sa famille est infirmier, médecin ou aide-soignant, cette information nous est transmise systématiquement; ainsi que le service dans lequel il travaille.
Cependant, la souffrance et les difficultés de ces soignants sont souvent peu évoquées et ne semblent pas aboutir à une réflexion spécifique dans les services ou lors de formations continues.
En effet, la prise en charge de ces soignants ne fait pas l’objet, dans les services, d’une attention ou d’un soutien particulier et adapté. Ils sont davantage considérés par les équipes soignantes comme des partenaires de soins plutôt que des membres à part entière d’une famille. Ils sont ainsi souvent «choisis» par les équipes soignantes comme les interlocuteurs privilégiés pour l’annonce du diagnostic et la diffusion des nouvelles concernant le patient. Il n’est pas rare que les équipes aillent jusqu’à inclure le proche/soignant dans la prise de décision thérapeutique.
D’où un malaise chez les équipes soignantes qui ont en charge un patient dont un membre de sa famille est un soignant.
 
II. Etre soignant: avantage ou inconvénient?
 
 
1. Le savoir
Le savoir et les connaissances acquis par la formation initiale et l’expérience professionnelle semblent être un atout pour le soignant dont un parent est hospitalisé, puisqu’il connaît le jargon médical, souvent la pathologie et les examens prescrits. Il peut donc, de ce fait mieux appréhender la situation du proche malade, ainsi que les difficultés qu’elle peut induire et les enjeux, ce qui lui permet d’agir en conséquence et de se préparer parfois au pire. En revanche, le fait d’être informé des résultats des bilans et des examens augmente certainement la souffrance psychologique, puisqu’ils constituent aussi des indices de prédiction par rapport au devenir de la personne soignée. Ceci donne une dimension supérieure au drame qu’il vit. Ainsi, une infirmière, sœur d’un patient en fin de vie, avait dit à propos des informations médicales qui lui été transmises: «J’envie les autres membres de ma famille d’être naïfs!».
2. L’exigence d’une compétence
La plupart des soignants qui ont un proche hospitalisé portent un regard plus critique sur la qualité des soins réalisés. Ils attendent davantage de compétences et sont souvent plus exigeants vis-à-vis des différents acteurs de soins. Toutefois, ils restent lucides. Ils n’attendent pas de «miracle» de la part des équipes soignantes, simplement le respect dû au patient et une bonne éthique du soin. L’expérience et la connaissance en matière de santé appellent la compétence. C’est sans doute pourquoi les attentes du soignant sont différentes du citoyen lambda. La recherche d’un confort et d’une prise en charge optimum sont sans doute ce qui incite les proches/soignants à faire appel à l’Equipe Mobile de Soins Palliatifs. La plupart du temps, ce sont eux qui sont à l’origine de la demande. Ils passent par l’intermédiaire des services ou nous contactent directement, pour la prise en charge du malade ou pour eux-mêmes. L’intervention de l’Equipe Mobile de Soins Palliatifs représente souvent pour eux la garantie de soins adaptés à l’état du patient, une prise en charge de la douleur et aussi la possibilité d’être rassuré.
Tel l’exemple de la fille de monsieur D, infirmière. Elle nous avait confié son inquiétude quant aux capacités du médecin traitant à prendre en charge la douleur de son père et nous avait demandé des informations concernant les différentes aides possibles auxquelles elle pourrait avoir recours au domicile.
Pour optimiser le confort du parent hospitalisé, les proches/soignants vont parfois vers les équipes afin de discuter avec elles des thérapeutiques. Telle la sœur d’un patient, infirmière, qui nous avait confié que devant son frère mal soulagé, elle avait du faire des suggestions à l’équipe soignante.
Il arrive que certains soignants imposent leurs propres prescriptions à l’équipe, situation assez rare. Mais, ce fut le cas de monsieur C. qui était en fin vie et hospitalisé. L’un de ses fils médecin avait fait pression sur le corps médical pour qu’il fasse en sorte que la fin de vie de son père soit «la plus paisible possible». Bien que son père n’était pas algique, il avait souhaité, entre autres, que l’on augmente la posologie du patch de Durogésic® et qu’on introduise du Tranxène® à forte dose. Les médecins n’ayant pas accédé à ses demandes, il avait alors proféré des menaces puis modifié et augmenté lui-même le débit des seringues auto-pulsées à l’insu des soignants.
 
III La relation entre le soignant et le parent malade
 
 
Les différents récits et témoignages recueillis auprès de certains soignants confrontés à la maladie grave d’un parent ont permis de constater les faits suivants.
Tout d’abord, on remarque une implication importante de leur part en tant que proche et en tant que soignant dans cette situation. Pour pouvoir accompagner un membre de leur famille dans sa maladie et pour le soigner, les soignants n’hésitent pas à mettre entre parenthèses leur vie privée et à mettre à profit leurs connaissances professionnelles. Par exemple, ils l’accompagnent à ses consultations, ses examens, ils organisent ses déplacements, utilisent leurs relations professionnelles pour lui obtenir un rendez-vous ou simplement pour être conseillés. On constate que pour eux, faire bénéficier le proche de soins de qualité et des avancées médicales tout en le protégeant est une priorité. Toutefois, même si ces intentions sont louables, elles restent discutables car elles peuvent conduire le proche à dépasser ses compétences en tant que membre de la famille et en tant que professionnel de santé. Par exemple, en s’investissant d’un pouvoir décisionnel ou en s’octroyant un rôle qui n’est pas le sien.
La sœur d’un patient hospitalisé, infirmière avait annoncé à son frère son diagnostic de tumeur maligne parce ce que, disait-elle; «Il lui avait demandé». Une autre infirmière devait accompagner en consultation de Cancérologie sa grand-mère, hospitalisée, mais elle ne savait comment lui en expliquer la raison. Elle lui avait dit précédemment qu’elle souffrait d’un kyste sur l’ovaire, alors qu’il s’agissait d’un cancer.
On constate chez le proche/soignant une souffrance psychologique importante lorsqu’il y a une situation de «non-dit» entre le patient, sa famille et l’équipe soignante.
La prise en charge de la famille de monsieur L. en témoigne. Celui-ci, aide-soignant à la retraite, était hospitalisé. Son épouse, aide-soignante elle aussi, avait expressément demandé aux médecins de ne pas mettre au courant son mari de la nature et de la gravité de son état. Lors de l’entretien avec l’épouse et deux de ses filles nous avons pu mesurer les conséquences de cette décision, notamment sur l’une d’entre elles. Celle-ci, aide-soignante, disait: «Je suis investie par mon père d’une confiance particulière compte tenu de ma profession. Je me sens responsable de lui!». Elle disait vis-à-vis du mensonge: «Je me sens encore plus responsable que les autres, c’est très lourd!», «On est responsable de ce qu’on ne dit pas!».
Les soignants témoignent souvent de la difficulté d’être investis par le parent malade d’une confiance particulière à cause de la fonction professionnelle qu’ils exercent. Ceci peut expliquer en partie pourquoi ils sont si impliqués dans leur accompagnement et dans leurs soins. On observe d’ailleurs que souvent les proches/soignants, de manière consciente ou inconsciente, monopolisent la prise en charge du proche et hésitent parfois à confier la réalisation des soins à d’autres personnes qu’eux-mêmes. Les situations qui suivent, illustrent bien ce constat.
Cas n°1
Madame D. est âgée de 48 ans. Elle est mariée, mère de famille et souffre d’une Sclérose Latérale Amyotrophique qui l’a rendue quasiment tétraplégique. C’est lors d’une consultation que nous la rencontrons, elle, puis son époux. Le mari de Madame D. débute l’entretien, en parlant de sa femme: «C’est lourd!». Puis, il nous explique qu’il occupe un poste d’aide-soignant de nuit dans un établissement situé à 300 mètres de son domicile et qu’après son travail, il rentre chez lui puis s’occupe de sa femme durant la journée. Ceci ne lui laisse que 2 à 3 heures pour dormir. Depuis plusieurs mois il réalise tous les soins de confort de son épouse, pourtant il ne souhaite aucune aide extérieure: «Je ne la laisserai jamais, j’en ai trop vu!». Il argumente en expliquant qu’il est conscient de l’issue mortelle et pense que la dégradation de son épouse sera peut être très rapide.
Cas n°2
Monsieur C., âgé de 83 ans est en fin de vie et hospitalisé. Depuis son admission, la majeure partie de sa famille est presque constamment dans sa chambre. Elle se compose de huit enfants dont quatre sont médecins. L’attitude de la famille se caractérise par le refus des soins proposés par les soignants, pour le patient (massages, soins de bouche…). Elle entend gérer elle-même les soins et la fin de vie du père. Après analyse de la situation et malgré le fait que nous avions été sollicités pour le patient et sa famille, nous avons dû réaliser un travail de soutien auprès des infirmiers et aide-soignants de ce service. Ceux-ci «se sentaient inutiles», «exclus de la scène» par la famille, à tel point qu’ils disaient: «ne pas trouver leur place auprès du patient» et se demandaient: «Pourquoi entrer dans la chambre?».
Cas n°3
Madame L., puéricultrice de profession, a son concubin hospitalisé dont la maladie est déjà à un stade très avancé. Celle-ci, très au clair de la situation, reste 24 heures sur 24 auprès de son ami depuis son entrée à l’hôpital.. Elle réalise tous les soins avec l’aide de l’équipe soignante et est présente lors de la réalisation des soins infirmiers. Elle assume seule cette situation car son concubin a décidé de ne pas informer sa famille de son état. Les soignants regrettent de ne pas pouvoir lui parler et disent: «Elle est tout le temps dans la chambre avec son ami et quand elle est à l’extérieur, elle parle peu». Toutefois, elle a souhaité un soutien de notre équipe pour elle-même ce que nous lui avons apporté, tout en respectant ses choix et son investissement.
 
IV. Le soignant, référent familial
 
 
C’est bien souvent le soignant, missionné par sa famille, qui prend des nouvelles du parent hospitalisé, directement auprès de l’équipe ou par téléphone. Souvent la famille le sollicite sous prétexte: «que, lui, c’est son métier», «qu’il comprendra mieux qu’eux!». Après s’être informé de l’état du proche, il retransmet les informations au reste de la famille en s’efforçant de les rendre claires, franches, tout en ménageant les proches et en restant neutre. Ceci n’est pas toujours facile!
Dès lors, commencent les questions de l’entourage auxquelles il lui faut faire face et rester à la fois rassurant, soutenant mais tranché. Il arrive alors que les proches omettent que le soignant fait aussi partie de la famille et qu’il peut être affecté par la situation. Cette situation est un peu caricaturale, mais réelle.
L’exemple de madame S. illustre ceci. Sa petite-fille, infirmière dans l’établissement où elle était hospitalisée, disait être assaillie de questions par la famille. Elle devait de surcroît répondre aux questions de son grand-père qui lui téléphonait chaque jour pour avoir des nouvelles de son épouse. Pire encore, cette situation où la famille n’hésite pas à mêler le proche/soignant à la prise de décision thérapeutique ou à l’annonce du diagnostic! Comme la fille d’une patiente chez qui on venait de diagnostiquer un cancer et qui souhaitait impliquer sa fille, infirmière (c’est-à-dire la petite-fille de la patiente), dans l’annonce du diagnostic à son grand-père et qu’elle soit présente à ce moment là. L’équipe pensait d’ailleurs que trop de responsabilités pesaient sur les épaules de la petite-fille. Elle disait à son sujet: «elle n’en peut plus, elle est à bout!».
 
V. Le soignant, référent de l’équipe soignante
 
 
Qui n’a jamais entendu lors des transmissions en équipe: «Monsieur V., hospitalisé depuis hier chambre n° 18, a une fille infirmière». Puis, quelqu’un demander: «Ah? Elle travaille dans quel service?». Curieusement, on observe que ce type d’informations figure parmi celles qui sont les mieux et les plus vite transmises dans une équipe. Il faut dire que ce fait n’est pas anodin puisqu’il rentre souvent en ligne de compte dans le déroulement de l’hospitalisation du patient, dans sa relation avec l’équipe et entre l’équipe et le soignant proche du malade.
Pour l’équipe soignante, savoir que l’un de ses collègues a un parent hospitalisé dans son service entraîne chez elle deux sentiments: elle se sent solidaire de son collègue mais en même temps, elle ressent une certaine méfiance vis-à-vis de lui. C’est en quelque sorte, la peur de l’inconnu au sens propre comme au sens figuré.
Après la première étape, que nous appellerons celle «de la transmission de l’information en équipe», il y a celle de «l’apprivoisement mutuel» où l’équipe soignante et le soignant font connaissance. Cette période est nécessaire aux deux parties car, elle permet à chacun de voir s’il peut trouver un allié en l’autre, un partenaire, s’ils sont sur la même «longueur d’onde», ce qui retentira sur l’aisance des médecins et des soignants (surtout les infirmières) dans leur pratique quotidienne au lit du patient. Il pèse souvent sur l’infirmière la crainte du jugement, lorsqu’elle réalise un soin au patient en présence du proche qu’elle connaît ou qu’elle ne connaît pas, ce qui peut la stresser, voire la déstabiliser.
Cette période «test» durant laquelle les deux parties s’observent, est caractérisée par le fait que l’équipe soignante cherche à savoir ce qu’a compris de la situation le proche/soignant de l’état du malade et ses attentes. Elle attend également de lui, de manière informelle, «son approbation» par rapport à la prise en charge réalisée et aux objectifs thérapeutiques, afin de déterminer son champ d’action. De son côté, le soignant concerné observe à distance la qualité des soins et la compétence des soignants, tout en faisant preuve de discrétion, dans le but de voir quelle confiance il peut accorder à l’équipe (s’il ne la connaît pas) et s’il peut la considérer comme une équipe «relais».
Au delà de la méfiance, il y a pour l’équipe des bénéfices secondaires à avoir un soignant pour interlocuteur dans la prise en charge d’un patient. Tout d’abord, il y a le gain de temps: l’entretien est plus court, les informations plus condensées grâce à l’utilisation de mots clés qui sont des termes médicaux ou techniques. L’emploi de ces termes est avant tout bénéfique pour les médecins, puis pour le soignant proche du malade. Ils ont l’avantage d’être accompagnés de toute une symbolique qui permet à un soignant de s’imaginer les symptômes qui y sont associés, le diagnostic, les traitements qui en découlent et parfois le pronostic. Autrement dit, ces termes se suffisent à eux-mêmes pour donner une idée rapide et précise de l’état du patient.
L’autre avantage pour l’utilisateur (en l’occurrence le médecin) est de pouvoir prendre du recul lors de l’annonce d’une mauvaise nouvelle. Car, ces termes peuvent être un paravent pour ses émotions et lui permettre de se préserver davantage des difficultés de faire une telle annonce. Le risque est alors que ces mots soient trop réducteurs par rapport à la gravité de la situation, qu’ils réduisent le patient à sa maladie et que le médecin prenne moins de précautions lors de l’annonce.
A l’opposé, on peut rencontrer des équipes soignantes très investies dans leur relation avec le soignant proche du malade, voire trop investies, surtout quand elle le connaît déjà.
Ce fut le cas dans un Service où était hospitalisée la grand-mère d’une infirmière qui travaillait dans l’établissement et qui connaissait l’équipe. Celle-ci était très sollicitée par son entourage, constamment assaillie de questions et de plus très impliquée par sa mère dans la prise en charge de sa grand-mère. Elle bénéficiait de ce fait de rapports privilégiés avec les infirmiers et les médecins du Service, qui avaient conscience de ses difficultés et la soutenaient. L’interne qui avait en charge sa grand-mère nous avait confié qu’il lui avait laissé ses coordonnées personnelles afin qu’elle puisse le joindre à tout moment. Elle l’avait beaucoup appelé durant le week-end. Celui-ci nous avait contacté car il pensait que l’Equipe Mobile de Soins Palliatifs pourrait apporter à la petite-fille «autre chose» que ce qui était apporté par l’équipe.
On constate que souvent les proches/soignants sont dans une attitude de maîtrise de leurs émotions. Ils sont soucieux de ne pas montrer leurs affects à leur entourage et au parent malade. Aussi, c’est souvent vers leurs collègues qu’ils se tournent pour trouver une oreille attentive à leurs difficultés et à leurs souffrances, souvent inaudibles par leurs proches.
 
Conclusion
 
 
Les soignants font vraiment figure de «parents pauvres» en matière d’accompagnement lorsqu’un de leur proche est hospitalisé. On peut raisonnablement penser qu’ils sont davantage prémunis que les autres accompagnants contre la souffrance, le stress et les situations de fin de vie. Mais, il n’en est rien. Leur souffrance semble même être plus importante du fait, d’abord, de leur connaissance de la pathologie, de la gravité de la situation et du pronostic, ensuite de la carence en soutien de la part des soignants par sous évaluation, sinon négligence inconsciente de cette souffrance. Il s’agit là d’une véritable problématique qui mérite d’être étudiée afin d’y apporter une réponse adaptée.
 
Quelques pistes de réflexion
 
 
Les différents constats et cas relatés précédemment m’amènent à poser les questions suivantes:
  • Etre le proche d’un parent malade et soignant à la fois, est-ce un avantage ou un inconvénient?
  • Pourquoi sa profession parle-t-elle plus pour le proche/soignant que sa situation de parent en souffrance? De quel droit peuvent-elles le faire passer du statut de témoin à celui de décideur pour leur proche?
  • Existe-t-il une attitude idéale du proche/soignant?
  • L’investissement important des proches/soignants vis-à-vis du malade ne correspond-il pas à un souhait de maîtrise de la situation, dont la clarté trop cruelle, apportée par leur expérience personnelle, vient étayer leur souffrance?
  • Le soignant soutient le parent malade et son entourage mais qui le soutient lui?
 
NOTES
 
[*]Correspondance: Sylvie Van-Daele, Equipe mobile de soins palliatifs (Pr S. Blond), Hôpital A. Calmette, CHRU de Lille, F-59037 Lille Cedex.
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