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Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
56 pages

p. 21 à 23
doi: en cours

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Echos du terrain

Volume 16 2001/4

2001 INFOKara Echos du terrain

La chimiothérapie dans la phase palliative de la maladie oncologique: une question ouverte d’ordre éthique et médical

Gianfranco Ferrero Michela Donadio  [*] Médecins, Centre d’onco-hématologie, Turin
Etant donné la fréquence très élevée de la maladie cancéreuse, les médecins oncologues se trouvent souvent dans la situation où ils doivent considérer la chimiothérapie non pas comme un instrument curatif mais bien plutôt palliatif. En effet, malgré les progrès des traitements pharmacologiques anticancéreux, ces derniers ne cherchent souvent qu’à contrôler les symptômes qui sont liés à la progression inéluctable de la maladie cancéreuse. L’objectif est ici de faire un résumé sur les possibilités de contrôle des problèmes liés à la maladie cancéreuse par l’utilisation de la chimiothérapie à visée purement palliative.Mots-clés : ethique, chimiothérapie, palliatif, oncologie. In front of the high frequency of cancer disease, medical oncologists sometime consider chemotherapy more as a palliative tool than a curative measure. Indeed, despite pharmaceutical improvements, the potential of anticancer drugs is often limited to the control of cancer related symptoms. The objective is here to summarize the palliation possibilities of chemotherapy to control cancer related problems.Keywords : ethics, chemotherapy, palliative, oncology.
 
Introduction
 
 
Le rôle de la chimiothérapie dans la phase palliative de la maladie cancéreuse n’est pas facile à définir. Très souvent, la chimiothérapie est considérée comme une intervention inutile, souvent toxique, qui ne peut être administrée qu’à des malades cancéreux ayant un excellent index de performance. Aujourd’hui toutefois, il semble qu’une amélioration du soulagement de symptômes tels que la douleur, la dyspnée ou une occlusion intestinale provoquée par un cancer du tube digestif ou des ovaires peut être obtenue avec l’utilisation de médicaments cytostatiques. Dans ce contexte, il est possible que la taille tumorale soit réduite ou que sa progression soit contrôlée ou encore que l’activité biologique du cancer soit diminuée alors qu’il s’agit très rarement de prolonger la survie.
A ce propos, il convient de rappeler que le concept de qualité de vie présente au moins quatre aspects complémentaires entre eux:
  1. la condition fonctionnelle (travailler, utiliser le temps libre, être autonome);
  2. la condition physique (effets collatéraux par la thérapie, problèmes causés par la maladie);
  3. la condition psychologique (anxiété, dépression, agressivité, estime de soi même, désir et plaisir sexuel);
  4. interaction sociale (rapport avec la famille, le médecin, rôle social).
La mise à disposition commerciale de nouvelles substances, comme la gemcitabine, le topotecan ou les taxanes, et l’administration d’anciennes substances comme le 5 fluoro-uracil en perfusion continue, autorisent une utilisation véritablement palliative de la chimiothérapie. Parmi les maladies oncologiques qui pourraient le plus souvent bénéficier d’une chimiothérapie palliative, il est important de citer les suivantes:
  • Le cancer du poumon à petites cellules puisque en raison de la haute chimio-sensibilité, les malades peuvent raisonnablement espérer un bon contrôle des symptômes respiratoires, de la douleur et de l’éventuelle compression réalisée par le syndrome de la veine cave supérieure.
  • Lors de la phase avancée du cancer du poumon non à petites cellules, l’ensemble de la symptomatologie qui l’accompagne peut être partiellement contrôlé même en l’absence d’une réponse objective du cancer. Certaines études ont mis en évidence que les malades soignés par chimiothérapie palliative n’ont pas eu besoin d’être hospitalisés aussi souvent que les autres et ont eu moins recours à une irradiation en urgence.
  • Le cancer du pancréas, dont le traitement palliatif principal consistait en l’utilisation de 5-fluoro-uracil parfois en association comme radio-sensibilisation avec la radiothérapie, est maintenant traité par l’administration de gemcitabine entraînant une nette amélioration des douleurs, de l’inappétence et de l’asthénie [11].
  • Dans le cas du cancer du sein métastatique où la prolongation de la survie n’a pu être assurée, il s’avère qu’un soulagement des symptômes, surtout la douleur, et une bonne qualité de vie peuvent être assurés par l’administration de dérivés des taxanes [5, 6].
  • Quant au cancer métastatique du colon et du rectum, alors que trente années d’administration de 5-fluoro-uracil en monothérapie n’ont pas apporté de grands bénéfices, l’arrivée de substances comme l’oxaliplatine, l’irinotécan et la capécitabine semble démontrer une importante activité palliative. D’autres études [3, 7, 8-10] proposent un soulagement des symptômes et un maintien de la qualité de vie avec l’association de 5 fluoro-uracil et de leucovorine.
Finalement, c’est l’utilisation de la mitoxantrone dans le cadre du cancer prostatique métastatique, en association avec une corticothérapie, qui a bien démontré toute sa valeur dans le contrôle de la douleur et le maintien de la qualité de vie en général [12].
Le tableau ci-après nous permet de mieux mettre en évidence l’efficacité de la chimiothérapie sur le contrôle des douleurs [1].

Tableau I
Efficacité de la chimiothérapie sur le contrôle des douleurs
Tumeur primitiveApparition ou lieu de la douleurContrôle du symptôme
SeinTumeur ulcérative+++
Infiltration thoracique+++
Métastases osseuses++
Lymphœdème+
LymphomeAdénopathies para-aortiques– dorsalgie++++
Obstruction veine cave supérieure+++
Compression spinale+++
ProstateMétastases osseuses+++
LeucémieIrritation et invasion périostée+++
MyélomeAugmentation de la compression médullaire+++
TesticuleAdénopathies para-aortiques– dorsalgie++
PharynxInvasion nerveuse++
PoumonSyndrome de Pancoast+
Cavité OraleTumeur ulcérative++
Colon-rectumDouleur abdominale+
Tumeur cérébraleAugmentation de la pression intracrânienne+++
1. avec corticostéroïdes+
2. sans corticostéroïdes
VessieDouleur périnéale+

 
Discussion
 
 
L’objectif principal des médecins oncologues est d’améliorer la qualité de vie lorsque la maladie cancéreuse ne peut être guérie. Il est paradoxal de constater que pour atteindre un tel objectif, il est souvent nécessaire de recourir à des structures hospitalières à intervalles réguliers soit pour administrer des traitements de soutien, soit pour contrôler les effets secondaires d’une chimiothérapie palliative. On pourrait également mentionner la nécessité de devoir effectuer des examens et des interventions nécessitant une technologie importante.
Dans ce contexte, il est indispensable d’appliquer le principe de l’équité et de la justice distributive, de manière à bien évaluer si la chimiothérapie est le remède le plus efficace et peut-être même le seul qui puisse résoudre les problèmes que pose aux malades la progression d’une maladie cancéreuse.
La durée d’une chimiothérapie palliative est extrêmement variable, soit en raison des toxicités qu’elle peut entraîner, soit parce que l’état général du malade se dégrade rapidement. La probabilité qu’une chimiothérapie palliative soit efficace dépend de plusieurs facteurs dont les plus importants sont la chimio-sensibilité théorique de la maladie cancéreuse, la réponse effective à un programme de chimiothérapie curative antérieure et surtout le maintien d’un excellent index de performance du malade.
En tout état de cause, il faut garder à l’esprit que la décision d’une chimiothérapie palliative n’est pas seulement du ressort d’un dialogue entre le médecin et la science mais que cela fait appel à un respect moral dans lequel l’accent sera mis sur l’absence d’effets secondaires particulièrement lorsqu’un traitement est destiné à des patients dont l’espoir de vie est limité dans le temps.
Les principes traditionnels d’éthique s’appliquent donc dans ce contexte comme celui de l’autonomie décisionnelle qui recouvre la notion que chacun est responsable des choses et de lui-même et qu’il peut donc déterminer légitimement ce qui peut lui être fait. Dans ce cadre, on tiendra une grande considération de la psychologie de l’individu. Le principe de non-maléficience doit également être appliqué dans ce que le médecin comprend comme un défi continu à propos de la pertinence qu’il propose dans le but de démontrer que nos propres croyances bénéficient effectivement aux personnes à qui nous destinons nos traitements. En effet, en appliquant les principes de justice distributive et d’équité, il est tout d’abord nécessaire de savoir si un usage palliatif de la chimiothérapie est le seul moyen ou le moyen le plus pertinent pour aider à résoudre les problèmes d’un patient [4].
Finalement, au moment du choix d’un type de traitement ou d’un autre, d’autres éléments doivent être pris en compte pour assurer au mieux le succès thérapeutique et la mesure objective d’un effet palliatif d’une chimiothérapie. Ce sont particulièrement les problèmes alimentaires, les désordres métaboliques et les pathologies cardiovasculaires, toutes co-morbidités significatives dans un contexte de maladies cancéreuses.
 
Conclusion
 
 
Lors de la phase palliative d’une maladie cancéreuse, c’est un peu comme si le moment de vérité arrivait non seulement pour la personne malade et sa famille puisque pour eux cela signifie une fin de vie prochaine, mais aussi pour le médecin oncologue. En effet, c’est à lui de juger en toute connaissance de cause et dans une vision globale tant de la personne que de son affection et des ressources disponibles, si un moyen thérapeutique tel que la chimiothérapie peut réellement apporter à la personne malade un contrôle efficace des symptômes et ne pas entraîner d’actions inutiles ni surtout par de faux espoirs.
Dans la délicate transition ou dans le passage d’un traitement actif curatif à un traitement actif palliatif, la communication avec la personne malade est extrêmement importante. C’est souvent le moment le plus fragile dans lequel le médecin oncologue est confronté dans sa pratique quotidienne, le moment où le malade se rend compte que son espérance de vie est réduite et le moment où le médecin est confronté à l’immense difficulté de gérer cette problématique du point de vue psychologique tant pour le malade que pour sa famille.
Le risque est alors grand que le médecin oncologue, en raison des difficultés qu’il peut ressentir à fournir une information complète et dans la méfiance éventuelle qu’il entretient pour la médecine palliative, élude ce moment critique et continue à administrer des chimiothérapies dont la finalité curative est absente et qui ne portent pas en elles l’essence même de la palliation. Une telle attitude peut entraîner des effets toxiques graves pour le malade ainsi que pour les ressources de la collectivité.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  Bonadonna G, Molinari R: Role and limits of anticancer drugs in the treatment of advanced cancer pain. Advances in pain and Therapy, Vol 2, Eds JJ Bonica and Ventafridda V. New-York, Raven Press, 1999: 131-44.
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·  Glimelius B et al: Quality of life during cytostatic therapy for advanced symptomatic colorectal carcinoma. A randomised comparison of two regimens. European Journal of Cancer and Clinical Oncology 1989, 25: 829-35.
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·  Kerney N: Chemotherapy for colorectal carcinoma: one small step forward, one step backward. Journal of Clinical Oncology 1991, 9: 1967-72
9
·  Lillemoe KD: Current management of pancreatic cancer. Annals of surgery 1995, 221: 133-48.
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·  Poon MA et al: Biochemical modulation of fluorouracil with leucovorin: confirmatory evidence of improved therapeutic efficacy in advanced colorectal cancer. Journal of Clinical Oncology 1989, 25: 133-48.
11
·  Rothemberg ML: Gemcitabine: effective palliative therapy for pancreas cancer patients failing %.FU (abstract). Proceedings of the American Society of Clinical Oncology 1995, 14: 198.
12
·  Tannock et al: Chemotherapy with mitoxantrone plus prednisone or prednisone alone for symptomatic prostate cancer. Journal Clinical Oncology 1996, 14 1756-69.
 
NOTES
 
[*]Correspondance: C.O.E.S. – Centre d’Onco-hématologie – Corso Bramante 88 – I-10126 Torino.
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