2001
INFOKara
Forum
Question du cas nËš 4
Histoire de Monsieur Louis
La situation de Monsieur Louis et de son fils a été souvent utilisée en formation pour le travail de groupe. Elle permet de discuter de l’autonomie d’une personne dont la capacité de discernement est mise en question par son état de confusion provoqué par la maladie d’Alzheimer, la dénutrition, l’infection, la déshydratation et les possibles effets secondaires des médicaments. C’est une situation rencontrée fréquemment en gériatrie.
En ce qui concerne l’autonomie, ce patient a des enfants dont un est présent.
Quand il pose la question «que faites-vous pour mon père?», le plus simple serait de lui demander: qu’en pensez-vous? Son avis permettrait à l’équipe de mieux comprendre comment le fils voit la situation de son père, lui qui en connaît l’évolution depuis les 6 dernières années et pourrait orienter l’équipe sur les choix possibles. De plus, Monsieur Louis et ses fils ont peut-être élaboré ensemble des directives anticipées au début de sa maladie et désigné un ou deux représentants pour aider le patient et ses proches face à l’équipe soignante. Le médecin de famille devrait aussi être contacté.
Si cette question des directives anticipées est posée par l’équipe, les solutions seront en général plus faciles à trouver. Le mieux évidemment serait que ce sujet soit abordé dès l’entrée du patient dans le service. Si ce n’est pas le cas et si la question «qu’en pensez-vous?» n’est pas posée au fils par l’équipe, alors le débat aura lieu dans un colloque réunissant tous les membres de l’équipe.
Pour ce qui est de l’attitude thérapeutique, les groupes de travail ont proposé des approches souvent antagonistes: soit une volonté curative extrême en prétextant la possibilité de guérir ce vieil homme, gravement dénutri et confus, de sa broncho-pneumonie, soit une abstention dite palliative avec usage de morphine dans un objectif de fin de vie.
Entre ces deux attitudes que l’on pourrait qualifier d’acharnement thérapeutique ou d’abandon, nous proposons de chercher une troisième, voire une quatrième voie : estimer, selon les différentes possibilités thérapeutiques, quelles sont les valeurs négligées ou respectées aux yeux du malade, de ses proches et de l’équipe soignante, ou plus exactement aux yeux des différentes personnes de l’équipe soignante, en incluant les différents groupes professionnels et bénévoles s’il y en a.
Pour permettre à chaque personne de l’équipe de donner son avis, il faut en accepter toutes les valeurs, personnelles, professionnelles et morales: la bienfaisance des soignants, le caractère sacré de la vie, le confort du malade, la qualité de fin de vie, l’autonomie (le droit de chaque être humain à l’autodétermination, soit personnellement soit par délégation), la non-malfaisance, le soulagement de la douleur.
Une fois ces valeurs posées ( respectées ou négligées), pour toutes les solutions énumérées et pas seulement pour la solution émergente, le choix pourra se faire selon les valeurs des uns et des autres. C’est ce que nous appelons la «value based-medicine». Une médecine des soins respectueuse du malade, de ses proches et des professionnels, dans laquelle la valeur biologique et clinique n’écarte pas les valeurs morales ou spirituelles de chacun.
Pour obtenir plus d’une ou deux attitudes possibles, selon notre expérience, chaque personne du groupe doit s’exprimer. Nous pouvons ainsi sortir de ces deux situations conflictuelles : un choix binaire ou un dilemme éthique.
Pour que tous les membres de l’équipe puissent s’exprimer, il est utile de faire intervenir un(e) animateur(trice).
·
Roy D, Rapin CH: Les défis en soins palliatifs, Amaryllis, Montréal et Genève, 1992.