2002
INFOKara
Article original
Place d’une Unité Mobile d’Accompagnement et de Soins Palliatifs dans une structure d’hébergement gériatrique: à propos de 15 observations
[*]
B. Basson
P. Vassal
A. Richard
Unité Mobile d’Accompagnement et de Soins Palliatifs CHU Hôpital Nord, Saint-Etienne
R. Gonthier
Gérontologie clinique, Hôpital Charité, CHU de Saint-EtienneMédecins
Propos: démontrer l’apport d’une unité mobile d’accompagnement et de soins palliatifs (UMASP) dans des institutions gériatriques et déterminer si cette aide permet d’éviter des hospitalisations de personnes âgées arrivées en phase ultime de leur vie.
Matériel et méthodes: analyse rétrospective des dossiers de 15 patients et de questionnaires adressés respectivement à la famille, à l’équipe soignante et au médecin traitant.
Résultats: les dossiers de 13 femmes et 2 hommes âgés de 86 ans en moyenne ont été analysés. 9 présentaient un cancer avancé, 2 une affection cérébrale, 2 une affection métabolique, 1 une affection psychiatrique et 1 une affection vasculaire. 6 patients étaient atteints de troubles cognitifs. C’est la présence de douleurs qui a motivé principalement l’intervention de l’UMASP à côté du soutien de l’équipe et de la famille ou de la prise en charge des autres symptômes. 14 patients sont décédés dans leur lieu de vie sans avoir été transférés dans un établissement hospitalier. 82% des familles, 73% des équipes et 75% des médecins traitants ont été pleinement satisfaits des interventions de l’UMASP.
Conclusions: en prenant en charge les douleurs physiques et psychologiques ainsi que les autres symptômes de fin de vie, en évitant les hospitalisation inappropriées et en soutenant activement les familles et les équipes de soins, l’UMASP a bien démontré qu’elle répond aux besoins des structures d’hébergements gériatriques dans lesquelles elle mérite sa place.Mots-clés :
unité mobile d’accompagnement et de soins palliatifs, hébergement gériatrique, douleur, souffrance, soutien, equipe, famille, médecin.
Purpose: to demonstrate the utility of a mobile unit of accompaniment and palliative care (MUAPC) in nursing homes and to determine whether hospitalizations of elderly patients be avoided at the end of life can.
Material and methods: retrospective analysis of patients files and of questionnaires to the family, the caring team and the treating physician.
Results: files of 13 women and 2 men with a mean age of 86 years were analyzed. 9 presented with advanced cancer, 2 with brain disease, 2 with metabolic disorders,1 with psychiatric illness and 1 with vascular problems. 6 patients had cognitive impairment. Pain was the main reason for calling MUAPC beside support of the caring team and of the family. 14 patients died in the nursing home without being transferred to hospital. 82% of the families, 73% of the caring teams and 75% of the treating physicians were fully satisfied with MUAPC interventions.
Conclusions: caring for physical pain, for psychological suffering and for end-of-life symptoms proved MUAPC to respond to nursing homes patients needs. In addition, MUAPC contributed significantly to avoid inappropriate hospitalizations and to actively support families and caring teams in their daily work.Keywords :
mobile unit of accompaniment and palliative care, nursing home, pain, suffering, support, team, family, physician.
Les personnes de plus de 65 ans représentent 16.0% de la population française, chiffre en constante augmentation ces dernières années, et elles sont de plus en plus nombreuses à vivre et donc à mourir dans des structures d’hébergement gériatriques [1] (foyers résidences, maisons de retraite). Il paraît donc nécessaire de développer la pratique des soins palliatifs dans les institutions gériatriques où ils sont encore peu pratiqués, d’après certains auteurs [2], afin d’éviter les décès des personnes âgées arrivés à la phase ultime de leur vie dans des services non appropriés comme les services d’urgences, notamment [3]. Selon la loi du 9 Juin 1999: «Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement» et à la charte des droits et liberté de la personne âgée dépendante «soins et assistance doivent être procurés à la personne âgée en fin de vie et à sa famille.»
L’apport d’une aide médicale et paramédicale par une équipe spécialisée en soins palliatifs est mal connu et il est important de savoir si une équipe de soins palliatifs évite des hospitalisations indues et permet ainsi à la personne âgée de terminer sa vie dans son lieu habituel, entourée de sa famille et de soignants bien connus.
Nous rapportons une synthèse des interventions faites par une Unité Mobile d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (UMASP) dans des institutions gériatriques pour tenter de mieux comprendre le rôle soignant potentiel de ces unités.
L’analyse s’est portée sur 15 patients résidant dans des structures médico-sociales de la région stéphanoise et pris en charge par l’Unité Mobile d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (UMASP) du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Saint-Étienne durant la période de février 2000 à mars 2001. Cette unité est pluridisciplinaire et comprend 4 médecins (dont 1 médecin gériatre), 1 cadre infirmier, 2 infirmières, 1 kinésithérapeute, 1 psychologue, 1 secrétaire et 1 bénévole de l’association JALMALV, la plupart à temps partiel.
-
Le critère d’inclusion de ces patients est tout sujet âgé pris en charge dans une maison de retraite ou un foyer résidence par cette équipe mobile.
-
Le critère d’exclusion est les patients pris en charge dans une structure hospitalière: court, moyen ou long séjour.
-
Le recueil de données a été fait par une étude rétrospective à partir:
- des dossiers des patients;
- un questionnaire posé aux familles que nous avons soit contactées par téléphone, soit rencontrées, suivant leur désir. Le but est de savoir si elles ont été satisfaites des interventions de l’équipe mobile auprès de leur parent, ce qu’elle leur a apporté et de connaître leur avis concernant une éventuelle hospitalisation;
- un questionnaire posé lors de rencontres aux équipes soignantes ayant pris en charge ces patients. Elles ont ainsi pu s’exprimer quant à l’aide que l’équipe mobile a pu procurer, et dire leurs besoins, leurs attentes concernant les soins palliatifs;
- un questionnaire posé aux médecins traitants des patients. Nous les avons également rencontrés afin de connaître leur avis sur l’UMASP, leurs difficultés et leurs besoins en matière de soins palliatifs en institution.
Les patients
Caractéristiques socio-démographiques
15 patients ont été pris en charge par l’Unité Mobile d’Accompagnement et de Soins Palliatifs entre février 2000 et mars 2001, dans 11 structures d’hébergement différentes, dont 9 médicalisées (maisons de retraite) et 2 non médicalisées (foyers logement).
Dans une maison de retraite, l’hébergement est assuré dans une chambre à un ou deux lits, il existe généralement une section «valide» et une section «cure médicale». Un foyer logement accueille des personnes âgées plutôt valides, dans un logement individuel avec cuisine et salle de bains, les soins médicaux et paramédicaux sont facultatifs et souvent extérieurs à l’établissement.
Le groupe de patients comprend 13 femmes et 2 hommes dont l’âge oscille entre 72 et 103 ans avec une moyenne d’âge à 86 ans.
L’année d’entrée dans l’institution varie entre 1974 et 2000, avec 5 patients rentrés depuis moins d’un an dans la maison de retraite.
Le diagnostic principal était:
- 9 fois une pathologie néoplasique évolutive;
- 1 fois une maladie de Parkinson;
- 1 fois un AVC hémorragique massif;
- 1 fois une cirrhose post-hépatique au stade terminal;
- 1 fois une insuffisance rénale terminale;
- 1 fois un syndrome de glissement;
- 1 fois une ischémie aiguë des membres inférieurs non opérable;
6 patients sur 15 étaient atteints de troubles cognitifs au moment de la prise en charge.
Répartition et motifs des interventions
Il y a eu 117 interventions des membres de l’UMASP avec, en moyenne, 8 interventions de l’UMASP auprès de chaque patient, avec des variations allant de 1 seule intervention pour 2 patients (décédés très rapidement) à 43 interventions pour une patiente.
a) Les motifs de l’intervention: ils ont été essentiellement pour la prise en charge de la douleur et le soutien de l’équipe (cf. figure 1).
Figure 1
Motifs des 117 interventions de l’UMASP pour les 15 patients résidant en structure d’hébergement gériatrique
b) Actes effectués par les membres de l’UMASP: la figure 2 montre que les membres de l’équipe médicale ont fait des prescriptions médicales mais aussi beaucoup d’actes de présence, d’écoute et des soins infirmiers.
Figure 2
Actes effectués par les membres de l’UMASP pour les 15 patients résidant en structure d’hébergement gériatrique
c) Evolution du traitement antalgique: d’après le tableau I, le traitement antalgique a été, dans chaque prise en charge, optimisé, si bien que 14 patients sur 15 ont eu accès à un antalgique de palier 3.
Tableau I
Evolution du traitement antalgique au décours de la prise en soins par l’UMASP des 15 patients résidant en structure d’hébergement gériatrique
| A la prise en charge | Au décès |
| Aucun traitement antalgique | 6 | 0 |
| Antalgique de palier 1 | 1 | 0 |
| Antalgique de palier 2 | 1 | 1 |
| Antalgique de palier 3 | 7 | 14 |
d) Devenir: 1 patiente (sur les 15) est décédée à l’hôpital. Les 14 autres patients sont décédés dans leur établissement d’accueil.
Les familles
Sur les 15 patients, 11 familles ont pu être contactées, 2 patientes n’avaient pas de famille, 1 patient n’avait que sa femme, laquelle souffrait de troubles cognitifs et de ce fait ne pouvait être interrogée.
- 9 familles sur 11 se sont avérées pleinement satisfaites (soit 82%)
- 10 familles sur 11 (soit 91%) estiment avoir été bien informées de l’état de santé de leur parent, 1 seule dit ne pas avoir été assez informée, mais on notera qu’il s’agit de la fille d’une patiente qui, étant elle-même malade, ne se déplaçait pas à la maison de retraite et donc ne rencontrait pas les membres de l’UMASP.
- 9 familles sur 11 ont été satisfaites que leur parent soit décédé à la maison de retraite, 1 famille a été soulagée que le décès ait eu lieu à l’hôpital, 1 famille aurait plutôt souhaité un décès à l’hôpital car elle estimait qu’il manquait du personnel à la maison de retraite, cependant, elle n’était pas mécontente d’un décès à la maison de retraite car c’était le souhait de sa parente.
- 8 familles sur 11 (soit 73%) estiment qu’une hospitalisation n’aurait pas été plus bénéfique pour leur parent. 2 familles pensent qu’une hospitalisation aurait permis d’avoir plus de personnel auprès de leur parent.
- 10 familles, sur les 11 contactées, pensent que l’UMASP leur a permis de mieux vivre cette période même si elles soulignent bien que ça n’ait pas été facile. 1 famille ne pense pas que l’UMASP l’a aidée (il s’agit d’une famille éloignée géographiquement) lors de cette période.
Le contact avec les familles a été très chaleureux et certaines tiennent à faire passer des messages: elles tiennent à ce que l’UMASP soit mieux connue pour que d’autres personnes puissent en bénéficier. Il y a des familles qui auraient aimé avoir un suivi après le décès.
Les équipes soignantes
Les 15 patients étaient répartis dans 11 structures d’hébergement dont 2 n’étaient pas médicalisées.
Pour 11 patients (soit 73%), l’équipe soignante a été pleinement satisfaite des interventions de l’UMASP.
3 équipes (soit 20%) ont été partiellement satisfaites.
1 équipe (soit 7%) a été déçue. Elle aurait désiré beaucoup plus de présence de la part de l’équipe mobile, notamment des bénévoles, pour une patiente très isolée qui avait besoin de beaucoup de présence.
Le tableau II récapitule ce que les équipes soignantes estiment que l’UMASP a permis de faire pour leur patient.
Tableau II
Apports de l’UMASP selon les équipes soignantes pour la prise en soins des 15 patients résidant en structure d’hébergement gériatrique
| Oui | Non | Sans opinion |
| Un meilleur contrôle de la douleur | 11 | 2 | 2 |
| Un meilleur contrôle des symptômes difficiles de fin de vie | 10 | 4 | 1 |
| Une aide dans l’accompagnement psychologique du patient | 10 | 2 | 3 |
| Une aide dans l’accompagnement psychologique de la famille | 9 | 5 | 1 |
| Un soutien pour les membres de l’équipe | 11 | 4 | |
| Une aide technique | 11 | 3 | 1 |
| Autre: mise en œuvre rapide des moyens | 1 | | |
D’après les équipes soignantes, si l’UMASP n’avait pas existé, 7 patients (soit 47%) auraient été contraints d’être hospitalisés, 8 (soit 53%) seraient quand même restés dans leur structure.
Sur les 11 équipes soignantes rencontrées, 3 (soit 27%) pensent que la maison de retraite est structurée (compétences, moyens) pour gérer les problèmes de fin de vie, 8 (soit 73%) ne le pensent pas.
10 équipes sur 11 soit 91% seraient satisfaites à l’idée de garder tous ses résidents dans la maison de retraite jusqu’à leur décès et donc de prendre en charge leur fin de vie.
4 équipes soignantes sur 11 (soit 36%) pensent avoir une formation suffisante en soins palliatifs, 7 équipes (soit 64%) ne l’ont pas.
Les médecins traitants
12 médecins traitants sur 15 ont pu être rencontrés, 2 étaient depuis à la retraite et 1 médecin a refusé (par manque de temps) de répondre au questionnaire.
- 9 médecins (soit 75%) ont été pleinement satisfaits.
- 3 médecins (soit 25%) auraient aimé plus de concertations avec les membres de l’équipe mobile.
- 6 médecins (soit 50%) estiment qu’ils auraient été obligés de faire hospitaliser leur patient si l’UMASP n’avait pas existé, les 6 autres les auraient quand même gardés à la maison de retraite.
- 1 médecin (soit 9%) pense que la maison de retraite est suffisamment structurée pour gérer les problèmes de fin de vie, les 11 autres (soit 91%) non.
Au terme de l’expérience, les 12 médecins traitants pensent qu’une Unité Mobile d’Accompagnement et de Soins Palliatifs peut être une solution pour aider les maisons de retraite à garder leur résident jusqu’à leur décès.
Ainsi, au total, dans notre enquête, les familles, les médecins et les équipes soignantes ayant travaillé avec l’UMASP sont majoritairement pleinement satisfaits:
Cette enquête n’a pas de prétention statistique, mais elle peut donner une première approche sur l’opportunité d’une équipe mobile en soins palliatifs auprès des personnes âgées en institution.
Sur l’optimisation du traitement antalgique
Les motifs des interventions de l’UMASP ont été en majorité pour la prise en charge de la douleur.
Le traitement de la douleur chez les personnes âgées est d’autant plus difficile s’il existe une démence sous-jacente (40% de patients déments dans notre étude). Le diagnostic n’est pas toujours évident. Il se pose parfois seulement devant certaines expressions du faciès, un repli sur soi, des phases d’agitation [4]. La douleur est souvent insuffisamment reconnue, mal évaluée et par conséquent mal soulagée [5,6,7]. La thérapeutique n’est pas la même que chez un sujet plus jeune, la morphine est souvent très efficace [8] avec des doses faibles. Dans notre étude, 14 patients sur 15 ont eu un traitement antalgique de palier 3: chlorhydrate de morphine à de faibles doses (parfois seulement 10 mg par 24 heures), avec souvent mise en place d’une «pompe à morphine» soit sous forme de pousse seringue, soit sous forme de pompe auto-contrôlée par le patient (PCA), ce qui nécessitait souvent des explications auprès des équipes soignantes qui ne maîtrisaient pas cette technique. L’utilisation d’une PCA pour une personne âgée est innovatrice, originale car elle n’est pas utilisée par le patient lui-même, du fait de troubles des fonctions supérieures ou d’une asthénie intense, mais facilement par les soignants, dans un but de confort pour anticiper la douleur lors des actes thérapeutiques (soins, toilette, mobilisation).
Sur le plan éthique
S’il nous paraissait «bien» sur le plan éthique que le patient puisse finir sa vie dans la maison de retraite [9], alors que nous avons interrogé familles et soignants, nous ne connaissons pas l’avis des patients eux-mêmes alors que le principe d’autonomie doit être respecté. Cependant, nous avons pu relever dans les observations que certains patients avaient formulé leur satisfaction de rencontrer les membres de l’UMASP du fait de la présence et de la compagnie qu’ils leur procuraient, ces patients souffrant de solitude.
3 patients avaient évoqué leur désir de mourir. Ces patients, très douloureux physiquement, attendaient la mort comme un soulagement à leur souffrance. Une de ces patientes refusait jusque là tout traitement, elle a seulement accepté la morphine, mais dans l’idée qu’elle lui permettrait de décéder plus rapidement.
Une patiente demandait, au début de sa prise en charge par l’UMASP, à être hospitalisée. Cette patiente, vivant dans une structure non médicalisée (foyer logement), avait peur d’apporter trop de travail au personnel de la résidence et de n’être pas assez entourée. Les craintes des personnes âgées en fin de vie sont essentiellement la peur de la souffrance, de la solitude [4], de la dépendance totale [10], et sa demande paraissait tout à fait justifiée. Grâce à la présence et au soutien de l’équipe mobile, cette patiente a pu rester, avec son accord, à la résidence, jusqu’à son décès.
Dans le respect du principe d’autonomie, il est nécessaire d’informer le patient pour avoir son consentement éclairé. Or, 40% des patients présentaient dès leur prise en charge des troubles cognitifs perturbant les relations et empêchant de connaître leurs désirs et de les informer sur leur maladie. Les troubles cognitifs apparaissaient aussi, avec l’évolution de la maladie (métastases, phase d’agonie), chez des patients non déments: c’est l’état confusionnel pré-terminal. En apaisant les douleurs et les symptômes gênants, en travaillant avec l’équipe soignante et la famille qui connaissent mieux le patient et son histoire [11,12], une aide envers ces patients a toujours pu être apportée.
Sur le vécu de l’accompagnement spécialisé
Toutes les familles qui ont pu se prononcer sur le sujet ont déclaré que l’UMASP a permis à leur parent une diminution de sa souffrance psychologique. 91% des familles ont estimé avoir été bien informée de l’état de santé de leur parent. Elles pensent que l’UMASP leur a permis de mieux vivre cette période difficile que représente la fin de vie d’un parent. On devient orphelin à tout âge. L’intervention de l’UMASP permet peut être aux familles d’être rassurées quant à leur propre devenir.
Depuis le décès de leur parent, les familles ressentent souvent un soulagement associé à un manque affectif pouvant aller jusqu’à la dépression. Le deuil des familles des personnes âgées démentes a quelque chose de spécifique [13]: «accompagner un dément âgé représente souvent des années de renoncement où le parent tel qu’il était n’est déjà plus». Il est nécessaire de bien soutenir ces familles, de bien les informer, de prodiguer à leur parent des soins de qualité (dans la prise en charge de la douleur et des symptômes d’inconfort).
Des entrevues avec ces familles après le décès auraient peut-être été souhaitables. D’après C. Blatier [14] «un second réajustement pour la famille s’impose après le décès», cette démarche entre dans le travail de deuil. D’ailleurs, plusieurs familles ont déclaré qu’il aurait été intéressant pour elles de rencontrer les membres de l’UMASP après le décès de leur parent.
10 équipes soignantes, sur 12 qui se sont exprimées, ont estimé que l’UMASP a aidé dans l’accompagnement psychologique du patient et pour 11 équipes soignantes, l’UMASP a été un soutien pour les membres de l’équipe.
Les soignants connaissent l’histoire de vie du résident, ils ont une relation privilégiée avec lui [15]. Et pourtant, la charge psychologique des soignants des maisons de retraite est réelle, mais cachée: peu d’équipes soignantes considèrent que la surcharge émotionnelle qu’une fin de vie implique est un obstacle à l’accompagnement des résidents en phase terminale dans la maison de retraite. Les soignants travaillant auprès des personnes âgées se situent dans une relation d’empathie. Ils sont habitués à dépasser leurs sentiments et sont motivés pour aller au-delà de leurs émotions; ce qui explique qu’à peine la moitié des soignants retiennent la surcharge de travail, comme un obstacle à l’accompagnement des résidents en fin de vie en maison de retraite.
Et pourtant, une étude menée sur 120 personnes âgées en fin de vie répartis dans 9 centres gérontologiques [16] a permis de mesurer une charge en soins pour une personne âgée en fin de vie de 5 h 10 par jour (aides-soignantes et infirmières confondues), mais, d’après les soignants, 6 h 30 seraient réellement souhaitables pour une prise en charge correcte. Ce qui explique que 8 équipes soignantes sur 11 pensent que leur maison de retraite n’est pas suffisamment structurée pour gérer les problèmes de la fin de vie: il manque une présence médicale permanente, les infirmières ne sont pas toujours présentes, la continuité des soins ne peut être assurée, les soignants n’ont pas l’aide psychologique nécessaire pour la prise en charge des fins de vie.
Les médecins, eux aussi sont conscients de l’importance de l’accompagnement psychologique du patient et du soutien des équipes soignantes.
Les médecins traitants sont dans une relation plus distante avec la personne âgée, ils peuvent ainsi mieux ressentir la souffrance que les soignants n’expriment pas. Car souvent, les médecins traitants hospitalisent les patients à cause de la pression de l’équipe soignante.
L’UMASP peut-elle éviter des hospitalisations?
Les patients, les familles, le personnel soignant, les médecins traitants souhaitent tous majoritairement que les patients restent dans leur lieu de résidence jusqu’à leur décès [17,18]. La structure hospitalière est le plus souvent inadaptée au maintien de la présence familiale et affective auprès du sujet en fin de vie [19]. Malheureusement, certains patients en fin de vie présentant des symptômes rebelles nécessitent une hospitalisation.
Pour 9 patients, l’équipe soignante ou le médecin (ou les deux) pense(nt) qu’une hospitalisation aurait été nécessaire si l’UMASP n’était pas intervenue. 9 patients sur 15 auraient donc été hospitalisés.
Ces chiffres sont importants quand on sait que 26 patients (soit 39% des décès de malades arrivant en fin de vie aux urgences) venant d’une maison de retraite sont décédés entre 1997 et 1999 dans le service d’urgences du CHU de St-Etienne, sur un brancard, alors que leur décès était prévisible à leur admission [3]. L’hospitalisation n’étant pas programmée, la personne âgée est accueillie aux urgences, ce qui n’est pas très approprié pour un patient en fin de vie [20].
Mieux aider les maisons de retraite et foyers logements à gérer les soins palliatifs, pourrait ainsi permettre de réduire les hospitalisations, notamment aux urgences [21].
Nous avons étudié les dossiers de 15 patients pris en charge par l’Unité Mobile d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (UMASP) dans une structure d’hébergement gériatrique et fait des enquêtes auprès des familles, des équipes soignantes et des médecins traitants de ces 15 personnes âgées.
Les principaux résultats ont montré que l’UMASP a été d’une grande aide auprès des familles, des soignants et des médecins traitants ayant eu à prendre en charge des résidents de structures d’hébergement gériatriques nécessitant des soins palliatifs. Elle a permis de soulager la douleur physique et psychologique des patients, de traiter les symptômes difficiles de la fin de vie, de soutenir les familles et les soignants, et ainsi d’éviter des hospitalisations pour des patients qui, souvent, ne l’auraient pas souhaitée. Les structures d’hébergement gériatriques seraient satisfaites à l’idée de garder tous leurs résidents jusqu’à leur décès et donc de prendre en charge leur phase terminale, mais elles sont parfois contraintes de faire hospitaliser les patients en phase terminale par manque de moyens financiers et/ou matériels pour le garder à la maison de retraite ou pour avoir de meilleurs soins sur le plan technique.
L’analyse de ces résultats permet d’affirmer la conclusion suivante: l’UMASP a une place dans les structures d’hébergement gériatriques afin de les aider à accompagner leurs résidents jusqu’à leur décès.
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[*]
Correspondance: Gérontologie clinique, Hôpital Charité, CHU de Saint-Etienne, F-42055 Saint Etienne Cedex 2.E-mail:
regis. gonthier@ chu-st-etienne. fr