2002
INFOKara
Nouvelles de la SSMSP
Euthanasie en Suisse
Un débat passionnant parce que non passionnel
Yves Beyeler
[*]
Médecin
Invités par la Ligue Suisse contre le Cancer en préliminaires du congrès de la SSMSP des 18 et 19 avril 2002 à Lugano, le Professeur Franco Cavalli (Conseiller national socialiste et oncologue) et le Professeur Friedrich Stiefel (Président de la SSMSP et psychiatre) ont, partant de positions a priori différentes, fait le point sur ce sujet sensible.
Pourquoi l’initiative Cavalli?
Après les mots de bienvenue de Monsieur Georges Neuhaus, responsable du programme Palliative Care à la Ligue Suisse contre le Cancer, la parole est d’abord à l’oncologue tessinois. Son initiative, rejetée rappelons-le par le Conseil National, visait à rendre la situation juridique en Suisse plus claire. En contraste avec le violent feu croisé des convictions personnelles, il constate la superficialité de la réflexion de l’homme de la rue, souvent mal informé. Il fallait donc prévenir les pièges d’une éventuelle votation populaire. C’était aux chambres fédérales, éclairées par le rapport de la commission Meier, de compléter un code pénal très libéral sur l’assistance au suicide mais trop strict envers l’euthanasie active directe. On serait puni en Hollande pour assister le suicide d’un malade qui ne serait pas en phase terminale de sa vie. En l’absence de motif égoïste, la même assistance serait non punissable en Suisse. Accepter l’assistance au suicide en interdisant d’»aider» activement le malade, c’est favoriser des situations inhumaines. Le Professeur Cavalli rappelle que le groupe d’experts présidé par Madame Josi Meyer s’était en majorité prononcé pour la non punissabilité de l’euthanasie active directe en promettant tous les garde-fous nécessaires. Le Conseil national s’est aligné sur le rapport de minorité. Le Professeur Cavalli le regrette en craignant que, les soins palliatifs ne répondant pas à toutes les souffrances, le flou juridique actuel favorise des pratiques discutables et clandestines.
Le Pr F. Stiefel déplore aussi le réductionnisme des idées sur une matière aussi complexe. Une émission de la télévision suisse alémanique, Arena, a récemment illustré comment le débat médiatique respecte peu le principe de complexité. Les politiques et les théoriciens croisent le fer au premier rang devant des gens de terrain qui n’ont guère droit à la parole.
En ce qui concerne les Chambres fédérales, il espérait ce rejet de l’initiative. Mais il ne saurait s’en satisfaire. Bien heureusement, le débat sur les soins de fin de vie restera ouvert grâce à l’acceptation, par le même Conseil National, de la motion du Dr Guido Zäch qui demande que les soins palliatifs soient encouragés par la loi et que l’euthanasie active indirecte et l’euthanasie passive soient explicitement autorisées. Il s’agit, en particulier, d’éviter toute réticence au soulagement des symptômes par l’emploi de médicaments théoriquement susceptibles d’affaiblir les fonctions vitales. Au Conseil des Etats de se prononcer maintenant.
La SSMSP, qui n’échappe pas au pluralisme ambiant (une enquête auprès des membres a été révélatrice à cet égard), évitera les postures officielles. Elle reste sur sa prise de position publiée en 2001, qui respecte aussi bien ses statuts que la sensibilité diverse des membres. Le développement quantitatif et qualitatif des soins palliatifs est bien sa priorité et recrute suffisamment d’énergie.
Il faut relever la qualité des discussions qui ont suivi ces deux présentations. Certes, il persiste une polarité entre ceux qui considèrent l’euthanasie comme une transgression de lois fondamentales et ceux qui y verraient un progrès de société. Entre ceux qui ne conçoivent pas qu’un législateur puisse réduire la complexité d’une telle transgression dans un règlement, et les autres qui jugent qu’une loi précise et plus libérale est absolument nécessaire. Entre ceux qui craignent de voir les avocats entrer sur la scène de la fin de vie et les autres qui ne veulent pas laisser les médecins au-dessus de la loi. Quand, sur le podium comme dans l’audience, les protagonistes respectent le contradicteur et cherchent à comprendre ses arguments, on constate que ce débat, autour d’une loi impossible devient fructueux. Il permet que soient considérées dans leur profondeur, les valeurs qui guident les opinions des uns et les autres.
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Correspondance: e-mail:
ybeyeler@ vtx. ch.