2002
INFOKara
Echos du terrain
Apprendre à vivre avec le cancer dans un milieu hospitalier gériatrique
Francine Warmé
Infirmière
Josiane Lei
Infirmière
Gilbert Zulian
[*]
Médecin
L’information destinée aux patients cancéreux et à leurs familles est souvent complexe et difficile d’accès. Le programme « Apprendre à vivre avec le cancer » structure et simplifie la communication entre les professionnels des soins, les patients et leurs familles. Dans un milieu hospitalier gériatrique, un quart des patients cancéreux a pu ainsi assister à l’un ou l’autre des cours alors que les familles sont restées en retrait de ce chiffre. Les observations et témoignages recueillis montrent bien que ce programme répond aux besoins des participants et que la communication entre les patients et leurs familles est notablement améliorée.Mots-clés :
apprendre, cancer, patients âgés, communication.
Information to cancer patients and their families may be complex and hardly accessible. The program « Learning to live with cancer » structures and simplifies communication between health professionals, patients and their families. In a geriatric hospital, one quarter of cancer patients were able to attend teaching sessions whereas families so far stayed behind. Observations and interviews show the program to answer participant’s needs. In addition, communication between patients and families was notably improved.Keywords :
learning, cancer, elderly patients, communication.
L’information a de tous temps été primordiale pour la transmission des connaissances et la compréhension des événements. De nos jours, la quantité d’information est telle qu’il est souvent difficile de trier le bon grain de l’ivraie et qu’une mauvaise information peut entraîner à sa suite de nombreux malentendus qui sont dommageables pour l’ensemble de nos relations. Il en va de même en médecine où la qualité de l’information reste un problème majeur de communication.
Le programme d’enseignement « Apprendre à vivre avec le cancer™ » est destiné aux patients cancéreux et à leur famille [1-3]. Il a été élaboré par Gertrude Grahn, docteur en soins infirmiers de l’université de Lund en Suède. Il consiste en la transmission claire et structurée d’informations sur la maladie cancéreuse et contient également les moyens que chacun possède pour y faire face [4]. Il s’adresse à toute personne souffrant de cancer sans distinction de stades ou d’âge et il se déroule dans plusieurs pays européens puisqu’il a été traduit dans d’autres langues. Il n’est confié qu’à des équipes formées et approuvées par le détenteur des droits de copyright.
Son titre a été choisi par des patients qui ont estimé que « si vous êtes informé de ce qui s’est passé, de ce qui se passe ou de ce qui peut se passer, si vous comprenez ce à quoi vous êtes exposés, si vous pouvez mettre des mots sur votre expérience et la partager, vous pouvez alors plus facilement faire face à une situation menaçante et à l’insécurité inhérente au diagnostic et à l’évolution de la maladie » [5].
Structure du programme de formation
L’éducation en groupe ne se limite pas à la transmission ponctuelle d’information car il s’agit d’un processus étalé sur plusieurs périodes. Le programme se déroule en huit sessions réparties sur deux mois au cours desquelles des thèmes et des niveaux différents sont abordés pour aider à une meilleure compréhension de la maladie.
- Le corps humain, la cellule, les symptômes, le diagnostic, la nutrition.
- Les réactions, les émotions, le langage.
- Les moyens de faire face, la détente, la relaxation, la visualisation, le réseau social, l’art thérapie.
- Les croyances, les connaissances, les traitements complémentaires et la recherche.
Les objectifs pédagogiques sont concrétisés à travers des démonstrations, des présentations, des échanges, un soutien personnalisé du malade, un appel aux aptitudes de chacun, une mobilisation des ressources propres et des propositions d’adaptation.
Il est important que la structure du cours soit suivie dans sa forme première quand bien même une certaine flexibilité est souhaitée.
Dans un hôpital de 104 lits dont la spécificité en soins palliatifs est reconnue depuis longtemps, divers recensement ont montré que environ 40 personnes présentent en permanence une maladie cancéreuse. Le programme « Vivre avec le cancer » a donc été proposé au printemps et à l’automne en collaboration avec les équipes de soins et les divers enseignants interdisciplinaires. L’annonce s’est faite au moyen d’affiches et d’affichettes en allant au devant des équipes de soins, des patients et de leur famille.
Participation au programme
Lors des deux premières sessions, 25% des malades cancéreux contactés avaient participé effectivement à l’un ou l’autre des cours et que cette proportion ne changeait pas d’une session à l’autre. Les familles en revanches étaient peu représentées lors de la première session (n = 1), un peu plus lors de la seconde (n = 5). Si ces résultats peuvent être considérés comme encourageants, il n’en reste pas moins que le taux de participation est plutôt faible d’autant plus qu’une seule personne a participé à l’ensemble des cours alors que la majorité ne sont venus qu’une ou deux fois (Figure 1).
Figure 1
A) Participation à au moins un cours; B) Nombre total de participations.
Les raisons de cette désaffection relative sont contenues dans l’aggravation de l’état général, la présence de douleurs, la fatigue et le décès. Le terrain d’application de ce programme est donc limité par l’état de santé même des malades.
En principe, une évaluation générale, élaborée par G. Grahn elle-même, est prévue dans le programme. Toutefois, ceci n’a pas pu être réalisé dans notre collectif puisqu’une seule personne remplissait les critères d’évaluation. En conséquence, l’ensemble des évaluations de chaque session a été regroupé de manière à en faire la synthèse (Figure 2). Il en résulte que ce programme peut être considéré comme utile et facilement compréhensible. Et certains commentaires libres prolongent ce sentiment: « j’ai appris beaucoup de choses », « enfin, les choses s’éclaircissent », « on peut toujours apprendre et comprendre », « chaque fois que j’ai pu venir, j’ai été très intéressé », je ne pensais pas pouvoir encore apprendre tant de choses sur le cancer », etc. De leurs côtés les intervenants puis les équipes de soins ont observé que le patient était plus enclin à parler de sa maladie, exprimait mieux ses émotions, avait plus confiance, envisageait sa sortie de l’hôpital avec moins d’appréhension et que le programme pouvait améliorer notablement la communication entre le malade et ses proches.
Figure 2
A) Que pensez-vous du programme?; B) Avez-vous appris quelque chose?
Le programme « Apprendre à vivre avec le cancer » offre aux patients et à leurs familles un espace de temps consacré à l’information, aux échanges et à l’expression. Tous les participants ont manifesté de l’intérêt pour les cours aussi bien les malades que les familles et les intervenants. Il est donc adaptable à un environnement gériatrique spécialisé dans l’accompagnement de fin de vie. Il est effectué dans le respect de chacun et se déroule à la vitesse choisie par les participants ce qui exige beaucoup de souplesse dans l’organisation des séances.
1
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Grahn G. Coping with the cancer experience. Part I – Developing and implementing an education and support program for cancer patients and their significant others. European Journal of Cancer Care 1996; 5 : 176-181.
2
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Grahn G, Danielson M. Coping with the cancer experience. Part II – Developing and implementing an education and support program for cancer patients and their significant others. European Journal of Cancer Care 1996; 5: 182-187.
3
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Grahn G, Danielson M, Ulander K. Learning to live with cancer in European countries. Cancer Nursing 1999; 22 : 79-84.
4
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Glaus A, Grahn G. Information, education and counseling: essentials of supportive care. In: Klastersky J, Schimpff SC, Senn HJ, eds. Supportive care in cancer: a handbook for oncologists. New York: Marcel Dekker inc., 1999: 761-782.
5
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Grahn G. Apprendre à vivre avec le cancer. Cycle Oncologie et Soins palliatifs, Ecole Le Bon Secours, Genève, 12 janvier 2000.
[*]
Correspondance: Dr Gilbert Zulian, Cesco, département de gériatrie, hôpitaux universitaires de Genève, 11, chemin de la Savonnière, CH-1245 Collonge-Bellerive.