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Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
120 pages

p. 82 à 83
doi: en cours

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Atelier bloc 4-19

Volume 18 2003/2

2003 INFOKara Atelier bloc 4-19

Le soutien aux familles ayant un enfant atteint d’une maladie à issue fatale: pertinence et défis d’un modèle intégré

Suzanne Mongeau Professeure, Université du Québec, Montréal Michèle Viau-Chagnon Coordonnatrice, Programme de soins palliatifs, Hôpital de Montréal pour enfants du Centre Universitaire de Santé Mc Gill Marie-Claire Laurendeau Directrice, Affaires professionnelles, Association médicale du Québec Stephen Liben Médecin, Centre de santé McGill, Montréal
 
Introduction
 
 
Dans le contexte actuel (complexification des soins avec les avancées de la technologie; survie prolongée des enfants malades; participation accrue des proches dans les soins avec le virage ambulatoire; changements sociaux dans les familles), les responsabilités et les tâches des parents ayant un enfant atteint d’une maladie à issue fatale se sont alourdies et complexifiées (Liben et Mongodin, 2000; Conseil du statut de la femme, 1999). L’investissement actuellement requis de la part des parents, peut être dommageable s’il ne s’accompagne pas de mesures de soutien appropriées. Or, au Québec, à cet égard, des lacunes importantes ont été identifiées. Conscients de cette situation, des parents et des intervenants des milieux pédiatriques ont fondé Le Phare. Cet organisme travaille à la mise en place d’un modèle intégré de répit s’articulant autour de deux axes d’intervention complémentaires: le soutien à domicile et la création d’un centre résidentiel. Depuis janvier 2001, le Phare offre un programme de répit à domicile basé sur des activités récréatives (activités musicales, artistiques, ludiques, multi sensorielles). Toutes les activités sont prodiguées par des bénévoles. L’objectif de ce programme est de procurer du ressourcement aux parents et aux enfants tout en stimulant leur participation à l’identification des besoins et à la recherche de solutions. Depuis ses débuts, la mise en œuvre de ce modèle est accompagnée d’une démarche de recherche évaluative de type participatif [1]. Les caractéristiques et la pertinence de ce modèle intégré, ainsi que de l’approche de recherche préconisée seront explicitées dans ce qui suit. Les défis reliés à une telle démarche seront également identifiés.
 
Pertinence d’un modèle intégré
 
 
Tous les résultats recueillis dans le cadre d’entrevues de recherche menées auprès de parents plaident en faveur de la mise en place d’un modèle intégré pouvant offrir, sous un même toit, toute une gamme de ressources incluant un soutien bénévole et professionnel à domicile et en résidence. Les récits ont en effet démontré sans équivoque l’extrême lourdeur du quotidien de ces parents, et ce, jour et nuit. Ces derniers mènent une lutte constante pour tenter de concilier les soins qu’ils donnent à leurs enfants malades avec les services d’aide formelle ou informelle qu’ils reçoivent, avec la vie familiale (il y a souvent d’autres enfants), la vie de couple, et, dans le cas des parents qui travaillent, la vie professionnelle. Leur fardeau est alourdi du fait qu’ils portent en eux la souffrance de leur enfant liée à l’expérience de la maladie, bien sûr, mais aussi celle de l’isolement et de la marginalisation sociale. Les récits ont aussi révélé que l’ensemble des parents ne peuvent s’appuyer sur leurs proches pour recevoir un soutien significatif et durable, car la complexité des soins à prodiguer aux enfants et l’inquiétude que leur situation suscite chez l’entourage sont autant de facteurs qui limitent l’implication de la famille ou des amis, comme l’illustre le témoignage suivant:
«…Les amis et la famille ne sont pas portés à dire: «Laisse-moi Louis-Philippe». Ça inquiète les gens: «S’il devient bleu, qu’est-ce que je fais?», «S’il est essoufflé, est-ce parce qu’il ne va pas bien?».
(Une mère)
Les parents ont aussi souligné comment ils apprécieraient que les services soient centralisés, ce qui leur éviterait d’avoir à faire tout un travail de coordination lequel s’ajoute à leur fardeau.
«Il faudrait une ressource, un point de chute, vraiment central où il y a toutes les informations. Le transport adapté, ça marche de même, les loisirs ça marche de même, le répit ça marche de même… On va t’aider, pis les maudits papiers, on va les remplir si tu veux. Moi je ne suis plus capable de voir les piles de papiers. Je ne veux plus en demander de services, juste pour plus remplir la maudite paperasse. Il faudrait avoir accès à quelqu’un qui ne fait que ça et qui connaît tout là-dessus. Tout: toutes les ressources, tous les services et qui est capable de donner un service je dirais presque 24 heures sur 24»..
(Une mère)
 
Caractéristiques de la démarche de recherche
 
 
L’approche de recherche préconisée est de type participatif. Dans ce type de démarche, tous les acteurs concernés (responsables du projet, famille, bénévoles) sont considérés comme des partenaires qui participent à la réflexion critique sur l’intervention et à son amélioration, au même titre que les chercheurs (Patton, 2002). Jusqu’à maintenant, différentes stratégies ont été utilisées pour faire en sorte que le processus de recherche soit réellement participatif. Les objectifs d’intervention et de recherche ont été formulés conjointement par l’équipe de recherche et l’équipe d’intervention, ce qui a permis la création d’un langage et d’un projet commun. Les questionnaires d’entrevue (parents, bénévoles, intervenants) ont été élaborés avec les responsables de l’intervention et celui des parents l’a été avec l’aide d’un parent endeuillé, ce qui a permis d’intégrer dans la cueillette des données les préoccupations de tous les acteurs concernés. Des réunions hebdomadaires regroupant chercheurs et équipe d’intervenants ont eu lieu dans les locaux du Phare. Tous les résumés d’entrevues ont été acheminés régulièrement aux responsables du programme afin qu’ils puissent participer à l’analyse des données. De plus, lors d’entrevues de groupes avec les bénévoles, les résultats de recherche leur ont été transmis régulièrement. Ces rétroactions continues (Turcotte et Tard, 2000) aux responsables de l’intervention et aux bénévoles ont permis d’arrimer le plus possible les pratiques d’intervention aux besoins spécifiques et particuliers de chaque famille. Bref, les principaux acteurs concernés se sont donc impliqués activement dans toutes les étapes de la recherche.
 
Les défis rencontrés
 
 
Plusieurs défis sont associés à la mise en œuvre d’un tel modèle. Depuis ses débuts, le programme est en constante évolution. Différents facteurs peuvent expliquer qu’il en soit ainsi. Ne pouvant s’inspirer de modèles et d’expériences préalable, l’équipe du Phare doit sans cesse innover et inventer. La mission que s’est donnée l’organisme de répondre aux besoins spécifiques et propres à chaque famille, tout en s’adaptant à l’évolution de la maladie de l’enfant, nécessite de multiples réaménagements au niveau de l’intervention. L’objectif poursuivi par Le Phare de stimuler la participation active des familles à l’amélioration du programme fait également en sorte que l’intervention est en constante évolution. De plus, l’expérience de répit et de ressourcement n’est pas une réalité statique, mais s’inscrit plutôt dans un processus lui-même en mouvement, ce qui constitue un autre facteur de changement. Enfin, la stratégie de recherche adoptée avec des rétroactions continues auprès des responsables du programme a entraîné des ajustements réguliers de l’intervention. Cette évolution témoigne évidemment d’une grande vitalité, mais génère une certaine complexité quant à sa gestion.
La mission des bénévoles auprès des familles comporte également un certain nombre de défis. Ils ont à faire face à un certain isolement compte tenu que les activités sont, pour le moment, offertes à domicile. Prendre sa place dans un univers non familier, sans être intrusif, représente une autre difficulté. Procurer du plaisir à un enfant gravement malade est en soi exigeant. L’évolution de la maladie de l’enfant implique que les bénévoles aient continuellement à inventer, à innover et à s’adapter. Finalement, à certains moments, ces derniers doivent concilier les besoins des enfants malades avec ceux de la fratrie.
L’objectif de stimuler la participation des parents à l’identification des besoins et à la recherche de solutions, s’est avéré très pertinent. Cet objectif s’est concrétisé de diverses façons. Certains parents se sont impliqués dans la création de la ressource elle-même. D’autres se sont engagés dans le programme en étant membres du conseil d’administration ou du comité des soins. Lors des visites à domicile, les parents ont été invités à exprimer leurs besoins spécifiques. Dans le cadre des entrevues de recherche, plusieurs parents ont également fait part de suggestions visant à améliorer leurs conditions de vie ainsi que le contenu du programme offert. Selon les parents, la prise en compte de leur point de vue et de leur savoir a non seulement renforcé leur pouvoir d’action, ce dont ils ont grandement besoin, mais elle a aussi permis d’apporter des changements pertinents quant aux modalités de répit offertes. De plus, toujours selon leurs dires, leur participation au sein de l’organisme a stimulé leur capacité de résilience en leur permettant «de construire du positif à partir d’une épreuve». Toutefois les parents ont mentionné deux éléments pouvant faire obstacle à leur participation au programme: 1) leur difficulté initiale à identifier leurs besoins compte tenu de leur épuisement, 2) le peu de temps et d’énergie dont ils disposent pour s’engager activement dans une démarche de défense de leurs droits.
Enfin, soulignons que la recherche participative, par ses caractéristiques entraîne elle aussi certains défis qu’il importe de relever. Comme il s’agit d’un processus démocratique où tous les acteurs concernés sont régulièrement consultés sur l’ensemble des décisions à prendre, la démarche peut, à certains moments, paraître plus longue et plus ardue, car elle nécessite des discussions, voire des débats. De plus, les rétroactions continues exigent une grande ouverture de la part des responsables du programme. Ils doivent être prêts à entendre non seulement les aspects positifs du programme, mais aussi les difficultés rencontrées. Aussi, la rencontre entre l’univers de la recherche et celui de l’intervention peut s’apparenter à une rencontre entre deux cultures ayant chacune leur langage et leurs croyances, ce qui peut entraîner, dans un premier temps, certaines incompréhensions. Enfin, parce qu’il s’agit d’une démarche participative, les chercheurs comme les autres acteurs concernés doivent faire face à un réaménagement des rôles. Les intervenants et les familles deviennent, en quelque sorte, des co-chercheurs puisqu’ils sont très actifs dans l’identification des problèmes et des solutions. Plutôt que d’assumer un rôle de transmission des savoirs, les chercheurs, quant à eux, doivent constituer des miroirs reflétant les diverses réalités vécues.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  Liben S, Mongodin, B: La notion de répit pour les familles d’enfants atteints de maladie à issue fatale, 2000, Rapport de recherche, Le Phare, Enfants et familles.
2
·  Conseil du statut de la femme (1999). Virage ambulatoire: le prix caché pour les femmes, Gouvernement du Québec, 121 p.
3
·  Patton MQ: Qualitative Research and Evaluation Methods, 2002, Thousand Oaks, Sage Publications, 598 p.
4
·  Turcotte D, Tard C: L’évaluation de l’intervention et l’évaluation de programme, 2000, dans R. Mayer et al., Méthodes de recherche en intervention sociale, Montréal, Gaëtan Morin Éditeur, 327-359.
 
NOTES
 
[1]Cette étude a bénéficié d’une subvention du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC).
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