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Editorial

Volume 20 2005/1

2005 INFOKara Editorial

Au fil du temps

Huguette Guisado  [*] Infirmière, département de réhabilitation et gériatrie des Hôpitaux universitaires de Genève
Ce numéro d’INFOkara emmène nos lecteurs au cœur de la vie et nous découvrirons comment certains auteurs humanisent la relation, d’autres respectent les acteurs de soins avec l’esprit créatif nécessaire au développement des soins palliatifs. L’exercice le plus difficile est de transformer nos certitudes en se laissant surprendre et en questionnant une démarche que l’on croyait connue mais qui renferme de nouvelles graines susceptibles de grandir. Ce processus infini oxygène nos habitudes et redonne de l’élan malgré les contraintes et/ou les difficultés. Celles-ci nous sont bien rappelées à la lecture du compte-rendu du congrès de l’EAPC qui s’est déroulé à Aix-la-Chapelle en avril dernier et que nous proposent Karine Moynier et Yolanda Espolio-Desbaillet. Ce congrès a marqué clairement les nouvelles préoccupations du Monde pour l’accès aux soins palliatifs.
Parmi les préoccupations déjà anciennes mais jamais démodées, figurent les relations parfois étonnantes que nous entretenons avec les médicaments administrés de manière à prévenir des complications potentielles au cours de la fin de la vie. François Perrochet en esquisse quelques-unes et nous rappelle à propos que l’objectif des soins est de soulager les symptômes sans pour autant créer d’autres désagréments.
La qualité de l’accompagnement a souvent été décrite comme essentielle pour permettre à celui qui part de continuer à recevoir toute l’attention précieuse des soignants mais aussi l’affection des proches. Pourtant, l’impact de certaines odeurs a le pouvoir de heurter la dignité de celui qui va mourir comme si cela n’était pas suffisant d’avoir à composer avec la proximité de la mort. Insidieusement, s’infiltrant dans l’espace du mourant, ces odeurs augmentent la distance relationnelle et isolent la personne de ses proches et des soignants. Heureusement, la nature offre des leurres pour faciliter cette rencontre entre celui qui meurt et ceux qui restent. Cette transformation nécessite de faire une place à d’autres dans une équipe interdisciplinaire.
L’aromathérapeute œuvre avec la rigueur du scientifique mais aussi avec l’habileté de l’artiste. Comme le musicien avec des notes, il cherchera la fragrance qui se joue des mauvaises odeurs, redonnant à l’environnement une ambiance agréable favorisant la rencontre et les soins. Les relations interpersonnelles seront facilitées et l’estime de soi sera restaurée aussi pour la personne en souffrance comme le décrit Jacques Masraff.
Un autre thème toujours aussi présent dans les esprits des professionnels de la santé, remet en scène le débat sur l’alimentation et l’hydratation artificielles en fin de vie. La manière originale d’inviter les acteurs de soins à rechercher la cohésion d’une équipe nous est proposée par Cécile Daoût. Elle présente un processus de réflexion qui offre des pistes pour appréhender ce sujet. Très vite, nous pouvons constater que cette démarche va permettre aux acteurs d’une équipe de soins d’exprimer leurs valeurs et d’appuyer leurs décisions sur une démarche choisie collectivement. Parfois, plus que les outils, c’est le temps du partage et de la rencontre qui favorisera la communication dans l’équipe et qui facilitera aussi la rencontre avec les proches. Nous retrouvons les principes qui régulent la communication au sein d’un groupe et par là-même, la compréhension d’un acte hautement symbolique. Au final, c’est la possibilité pour le soignant de devenir le porte-parole du groupe auprès des proches. Ensemble, ils ont à accompagner des patients qui n’ont pas toujours laissé leurs préférences sous forme de directives anticipées. L’outil proposé permet de décentrer une problématique qui résonne émotionnellement et se traduit souvent en pensée binaire lors des décisions. Cet outil devient donc un support pour apprendre à se recentrer sur le patient et à structurer la pensée en fonction d’étapes prédéfinies, rappelant fort à propos la réflexion éthique basée sur des scénarios développée par Hubert Doucet [1]. Si les modalités pratiques pour mener à bien l’animation d’un tel colloque restent à construire, la prise en compte d’études récentes sur l’hydratation artificielle en fin de vie peut être utile. Ainsi, les objectifs d’une hydratation artificielle seront clarifiés en ciblant l’élimination des métabolites actifs des opioïdes par exemple. Il deviendra aussi possible d’évaluer et d’anticiper les attitudes selon les complications potentielles en fonction de chaque acte. Ces nouvelles connaissances viennent compléter l’expérience basée jusqu’à ce jour sur des approches empiriques et renforcent une démarche qui se veut fermement axée sur des problématiques éthiques.
Chacun cherchera dans ce numéro ses moyens propres pour faire reconnaître une approche qui enrichit le regard des professionnels en soins palliatifs au fil du temps qui passe.
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Dessin de Cécile Coda, 2004.
 
NOTES
 
[*]Correspondance : Huguette Guisado, assistante de l’infirmière coordinatrice du département de réhabilitation et gériatrie, 3, ch. Pont Bochet, CH-1226 Thônex.Courriel : huguette. guisado@ hcuge. ch
[1]Doucet H, Larouche JM, Melchin KR, Ethical Deliberation in Multiprofessional Health Care Teams, Ottawa, University of Ottawa Press, 2001.
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Correspondance : Huguette Guisado, assistante de l’infirmiè...
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Doucet H, Larouche JM, Melchin KR, Ethical Deliberation in ...
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