2005
Informations sociales
Partie 3 : Jeux d’acteurs
Rubrique - Décentralisation de la culture : priorité aux régions
Mireille Pongy
Chargée de recherches CNRS (pacte - CERAT). Institut d’Études Politiques de Grenoble
Patrimoine et enseignements artistiques sont les deux secteurs du domaine de la Culture particulièrement concernés par la loi sur les libertés et responsabilités locales adoptée en juillet 2004. Les lois de 1982 et 1983 avaient commencé d’organiser la répartition des responsabilités entre collectivités publiques. La nouvelle loi confère une base législative à l’inventaire général du patrimoine culturel
[1], condition nécessaire pour en transférer ensuite la conduite à la région. Celle-ci peut, à son tour, la déléguer aux collectivités (départements, communes ou intercommunalités) qui en font la demande. L’État conserve, quant à lui, l’élaboration des normes de l’inventaire et leur contrôle. La loi prévoit aussi, à titre expérimental, la délégation aux régions – ou, à défaut, aux départements qui le souhaitent – de la gestion des crédits affectés par l’État à l’entretien et à la restauration du patrimoine classé ou inscrit qui ne lui appartient pas. L’échelon départemental est nommément désigné comme responsable de la conservation du patrimoine rural non protégé. Une mesure ponctuelle prévoit le transfert de certains monuments historiques appartenant à l’État aux collectivités territoriales qui en font la demande.
Dans le secteur moins réglementé des ensei-gnements artistiques, la loi clarifie la respon-sabilité de chaque collectivité selon les niveaux d’enseignement plutôt qu’elle ne propose de transfert de compétences et de ressources. Néanmoins, dans le transfert aux régions et aux départements des fonds destinés au fonction-nement des établissements d’enseignement artistique qu’il accordait jusqu’à présent aux communes, l’État se retire du dispositif de financement, mais se réserve la responsabilité du classement des établissements, la définition des qualifications et l’évaluation des enseignants.
La loi de 2004 prend acte des difficultés croissantes des services de l’État à assurer des missions devenues trop étendues et de l’intervention déjà importante des collectivités territoriales dans ces deux domaines. Les fonctions normatives et régulatrices d’un État recentré n’en sont que plus saillantes, tandis que les régions ont la possibilité d’assumer, si elles le souhaitent, un rôle de chef de file dans certains secteurs culturels.
Il s’agit là d’une reconnaissance constitutionnelle de l’organisation décentralisée de la République et de la collectivité régionale ; d’une recon-naissance législative de l’expérimentation
[2] s’accompagnant de l’apparition de notions comme celles de chef de file et de subsidiarité. On remarque aussi la création d’établissements publics de coopération culturelle
[3] et d’un conseil des collectivités territoriales pour le développement culturel. Les collectivités terri-toriales sont aujourd’hui les principaux décideurs et financeurs des activités culturelles sur le reste du territoire.
[1]
Relancée par A. Malraux en 1964, la conduite de l’inventaire par les services de l’État ne s’appuyait pas sur des textes législatifs, mais sur des textes réglementaires. Par ailleurs, les collectivités territoriales assurent aujourd’hui l’essentiel de cette activité en France.
[2]
Avant le vote, en août 2003, de la loi relative à l’expérimentation des collectivités locales, une expérimentation de la décentralisation culturelle avait été mise en
Å“uvre à travers la signature de douze protocoles et de deux conventions régionales entre le ministère de la Culture et des collectivités territoriales.
[3]
Loi n
Ëš 2002-6 du 4 janvier 2002.