2005
Informations sociales
Partie 3 : Jeux d’acteurs
La pensée de... Charles Maurras (1868-1952)
Julien Damon
Condamné après-guerre à la dégradation nationale et à la réclusion à perpétuité, connu pour son antisémitisme virulent mais également pour sa germanophobie et son anglophobie prononcées, Charles Maurras ne figure pas au panthéon des apôtres de la tolérance et de la modernité. Saluant l’arrivée du maréchal Pétain en 1940 comme une “divine surprise”, il soutiendra l’État français. Il y voyait une revanche sur la Révolution – selon lui le plus grand malheur de l’histoire, cause principale de la dissolution des liens sociaux – et sur la République – selon lui responsable de tous les maux, en particulier de la défaite de 1940.
Animateur du mouvement et de la publication royalistes L’action française, il y célèbre l’essence d’une France éternelle. Théoricien d’un “nationalisme intégral”, il voulait restaurer l’autorité de l’État par l’hérédité et la monarchie. Fondamentalement traditionaliste, mais agnostique sur le plan religieux, il s’attira les foudres de l’Église. Quelques-uns de ses livres furent même, un temps, mis à l’index, ce qui ne manqua pas de provoquer une certaine crise au sein d’une mouvance politique qui rassemblait de nombreux catholiques.
En faveur d’un régime explicitement anti-parlementaire et décentralisé, il fustigeait une “centralisation excessive” et décrivait un État centralisateur “négligeant des grandes affaires et trop soucieux des petites” qui “pousse la France à l’anarchisme et la détache de toute idée de patrie”. Pour Maurras, critiquant l’assujettissement des collectivités locales à l’État central, la décentralisation est “une très belle chose sous un très méchant mot”. Si le nombre et le poids des syllabes du terme ne lui conviennent pas, il voit dans la décentralisation un dessein visant “à reconstituer la patrie, à lui refaire une tête et un corps vigoureux” permettant un “retour à nos lois naturelles et historiques”. Aux communes doivent revenir les affaires communales, aux provinces les affaires provinciales, et à l’État, ou plutôt aux “organes supérieurs de la Nation”, la respon-sabilité de la destinée nationale.
Une fédération de provinces incarnée dans une monarchie pourrait redonner toute sa substance à un “pays réel” désagrégé par le “pays légal”. Cette distinction, typiquement maurrassienne, est passée dans le langage courant. Car Maurras, et autour de lui L’action française, ont séduit entre- deux-guerres une pléiade de brillants intellectuels. Des étudiants, réunis chez les turbulents et violents camelots du roi, relayaient dans la rue l’outrance et l’intransigeance d’une pensée réactionnaire combattante. Cette pensée a eu bien des résonances, et ce dans bien des milieux politiques...
Journaliste, polémiste, essayiste, membre de l’Académie française (dont il ne fut pas radié mais dont le fauteuil fut déclaré vacant de son vivant), Maurras était également poète. Sourd de naissance, il voulait faire entendre sa “musique intérieure”, sa passion pour Athènes et la Provence. Quelle que puisse être l’appréciation sur l’auteur – l’Å“uvre et l’homme –, il s’agit d’un moment (et non pas, absolument pas, d’un monument) de la pensée politique française.
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L’idée de décentralisation, 1898.
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Enquête sur la monarchie, 1900.
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L’avenir de l’intelligence, 1905.