Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
136 pages

p. 137 à 141
doi: en cours

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Le social en recherche

n° 121 2005/1

2005 Informations sociales Le social en recherche

Le social en recherche

 
Aux origines du SSAE
 
 
CHIBRAC Lucienne, Assistance et secours auprès des étrangers, Thèse de doctorat d’histoire moderne et contemporaine. Le SSAE 1920-1945. Université Louis-Lumière-Lyon-2 ; 5 avenue Pierre-Mendes-France, 69500 BRON. Juin 2004. 421 p + annexes
La première image de cette thèse d’histoire moderne paraît sortir d’un film américain. Elle montre la longue file des immigrants qui descendent du bateau à New York pour rejoindre le centre de triage d’Elis Island. Après visites médicales et contrôles en tous genres, ils seront acceptés ou contraints de reprendre, dans l’autre sens, le chemin de l’Atlantique. Ce point d’arrivée est le point de départ du Service social d’aide aux émigrants. Les ambiguïtés apparaissent dès l’origine. Il faut, à la fois, apporter une aide à des personnes, principalement des femmes, et ne pas contrevenir aux politiques qui visent à sélectionner le bon migrant, qui non seulement ne menace pas le pays d’accueil, mais peut apporter un supplément de travail. Lorsque l’accès aux États-Unis se réduit, les candidats à l’immigration sont bloqués dans les ports français. C’est là qu’il faut leur venir en aide. La thèse de Lucienne Chibrac montre le regroupement de ces femmes de la grande bourgeoisie, pratiquant une action humanitaire avant le mot, soucieuses d’inscrire leurs actions dans un féminisme modéré. On suit la structuration progressive de leurs interventions, les rivalités entre Paris et Marseille, l’inscription de l’émigration dans les questions sociales et politiques, lorsque les migrants ne cherchent plus uniquement à gagner l’Eldorado américain mais fuient l’Allemagne nazie ou l’Espagne en guerre civile. La partie de la thèse la plus passionnante porte sur la période 1939-1944, lorsque ce service social encore mal assuré se trouve confronté aux politiques de Vichy et à la présence des occupants nazis. On découvre alors ce travail entre collaboration et résistance, entre légalisme et aides aux Å“uvres de secours parmi lesquelles les associations juives sont les plus présentes. Si l’on peut parfois regretter que l’analyse des années 1920-1939 ne soit pas aussi fouillée que la période de la guerre, on ne fera pas longtemps la fine bouche, et l’intérêt de disposer d’une analyse en profondeur du fonctionnement d’un service social sous Vichy emporte toutes les remarques qui viendraient atténuer la portée de ce travail. Ajoutons deux observations complémentaires. La première porte sur la grande qualité d’écriture de ce travail auquel on souhaite de trouver rapidement un éditeur. La seconde pour dire qu’au moment où ce travail arrive à son terme, le SSAE disparaît pour se fondre dans une autre entité. 1245
 
Réorganiser les services sociaux départementaux
 
 
DEFRADE Marie-Thérèse, La conduite du changement dans les services sociaux départementaux, Mémoire pour l’obtention du diplôme de cadre de la fonction formation Conservatoire des Arts et Métiers. 292 rue Saint-Martin, 75141 Paris cedex 03. Novembre 2003. 120 p.
En annonçant la réforme de décentralisation voici maintenant plus de vingt ans, les promoteurs de cette législation faisaient du local le lieu mythique de la résolution de tous les problèmes. À l’inverse, les Cassandre de l’époque dénoncèrent le risque d’inféodation du social au politique. Les années passées ne donnent entièrement raison ni aux uns ni aux autres. En dépit des travaux de l’Odas, nous manquons toujours d’une vision de l’intérieur du social qui apporterait les éléments susceptibles d’enrichir une évaluation de la décentralisation du point de vue des travailleurs sociaux. Le mémoire de Marie- Thérèse Defrade s’engage dans cette direction. Il montre d’abord, en s’appuyant sur l’examen de quatre départements, que lentement la décentralisation s’est prolongée par un mouvement de déconcentration. Dans les quatre départements une nouvelle organisation a été mise en place privilégiant la création d’entités territoriales locales regroupant des travailleurs sociaux issus de l’aide sociale à l’enfance et de la polyvalence de secteur sur une base de quartiers, de canton, de ville ou de pays. Cet échelon de base qui vise une plus grande pratique de la transversalité, une harmonisation des réponses et surtout une globalisation des solutions a été complétée par une réorganisation des hiérarchies laissant subsister, sous l’autorité d’une direction générale de l’action sociale, une direction technique, une direction des ressources humaines ou logistiques et une direction des entités locales ou territoriales. Un modèle semble ainsi se construire. On regrettera ou on appréciera - c’est selon - que le mémoire abandonne cette première piste de l’histoire de la décentralisation pour s’intéresser aux formes d’accompagnement managériales de ces transformations. 1246
 
Secours catholique statistique
 
 
SAINT-MACARY Dominique, France précaire, Statistiques d’accueil 2003. Secours catholique, Caritas France, 106 rue du Bac. 75007 Paris. Novembre 2004. 76 p. www.secours-catholique.asso.fr
La publication maintenant annuelle et régulière des chiffres des personnes - ou plutôt des situations - accueillies par les bénévoles du Secours catholique constitue l’un des baromètres de l’état de la pauvreté en France. Avec un chiffre de 690 000 situations, soit près de 1,6 million de personnes rencontrées dans 2392 lieux d’accueil, la représentativité n’est pas statistique mais le volume et surtout l’évolution des situations constituent une information à suivre avec attention. On notera cette année la diminution des demandes émanant de couples alors que les accueils de familles monoparentales augmentent fortement. Combiner vie familiale en solo avec enfant et vie professionnelle implique souvent un travail à temps partiel source de revenus trop faibles et de basculement dans la pauvreté. L’âge moyen des demandeurs est en augmentation. Ce mouvement reflète la sortie précoce du monde du travail des actifs de plus de cinquante ans alors que celui des jeunes adultes se stabilise. Le rapport 2004 met l’accent sur l’impact négatif de la précarité sur la vie des familles. Il montre que seul le CDI à temps plein protège de la pauvreté alors que toutes les formes particulières d’emploi génèrent de la pauvreté supplémentaire. Prenant partie dans le débat sur le rôle des incitations et du renforcement des obligations de travail, le rapport rappelle qu’une femme avec deux enfants ne trouve aucun avantage à reprendre un travail. Comme les années précédentes, ce rapport présente une analyse de la pauvreté par région administrative. La nouveauté du rapport 2004 réside dans la production d’informations sur les DOM. 1247
 
Action précoce
 
 
Collectif, Le jeune enfant handicapé et sa famille. Actes du 29ème colloque du Syndicat national des Médecins de protection maternelle et infantile, SNMPMI, 65-67 rue d’Amsterdam, 75008 Paris. Novembre 2003. 155 p.
Le jeune enfant handicapé peut être très jeune, on parle alors d’action médico-sociale précoce. Tel était le sujet de ce colloque rendu difficile à traiter par le flou qui subsistait encore l’année dernière - et dont on peut penser qu’il n’est pas encore totalement dissipé - du fait d’une réforme législative attendue mais régulièrement repoussée. Au-delà des communications convenues - bien qu’utiles dans ce type de manifestation parce qu’elles permettent d’unifier les niveaux d’information souvent hétérogènes des participants - plusieurs contributions constituaient d’utiles réflexions sur le handicap. On pense d’abord à une réflexion critique et un peu à contre-courant sur la notion de “ situation de handicaps ”. Confrontés à des handicaps lourds, ces professionnels rappellent qu’ils ne suffit pas d’améliorer l’environnement de la personne ou de l’enfant handicapé pour gommer la déficience. Un second temps important de ce colloque portait sur l’annonce du handicap aux parents, qu’il s’agisse d’annonce anténatale ou d’annonce au moment de la naissance, moment d’une confrontation entre les évitements des uns et les souffrances des autres. Des témoignages passionnants de parents, des regards faisant état d’autres points de vue, tel celui d’un philosophe relatant la grande difficulté à penser le handicap de la société occidentale, complétaient les travaux de ce colloque. 1248
 
Médico-social à but non lucratif
 
 
DUBECHOT Patrick, BIGOT François, Thierry RIVARD, Contrat d’étude prospective social et médico-social de la branche professionnelle des établissements à but non lucratif, LERFAS GREFOSS, CREDOC, 142 rue du Chevaleret, 75013 Paris. Septembre 2002. 386 p.
Sur les quelque 30 000 établissements que compte le secteur social et médico-social, les établissements des associations représentent 19 000 établissements et emploient 322 000 personnes. Les autres établissements sont gérés par l’État et les collectivités locales ainsi que par le secteur privé à but lucratif. Ce découpage entre public et privé reste un peu artificiel tant les mouvements de salariés et d’usagers sont fréquents entre les différents secteurs. Il s’agit, par ailleurs, d’une branche professionnelle complexe qui ne comprend pas moins de 64 types d’établissements et plusieurs dizaines de métiers différents. La caractéristique de cette branche est de connaître une très forte dynamique de développement particulièrement dans le secteur des adultes handicapés. C’est aussi une branche professionnelle qui évolue d’un travail alternatif au secteur public à un travail plus coopératif et où l’obligation du réseau se fait plus forte. Enfin, la demande du public pour des prises en charge moins ségrégatives conduit les associations de cette branche à privilégier les interventions en milieu ordinaire. Enfin, comme dans la totalité du secteur social, ce secteur va se trouver confronté à une forte relève générationnelle, un vaste chantier de formation à ouvrir dans les années prochaines. 1249
 
Une dent contre la pauvreté
 
 
BEYNET Alice, MENAHEM Georges, Problèmes dentaires et précarité, CREDES, 1 rue Paul-Cézanne, 75008 Paris. Février 2002. 140 p. www.irdes.fr
Depuis le 1er juin 2004, le CREDES est devenu l’IRDES - Institut de Recherches et Documentation en Économie de la Santé. Ce changement de sigle n’empêche pas cet organisme de poursuivre des travaux toujours très documentés sur la précarité, la pauvreté et les inégalités sociales de santé. Il n’interdit pas, non plus, d’aller consulter les travaux des années précédentes, en particulier, les rapports issus de la réponse à l’appel d’offres de l’INSERM sur le thème : “ précarité, précarisation et santé ”. S’appuyant sur un matériel empirique important : une enquête réalisée auprès de 590 consultants de 80 centres de soins gratuits, des investigations cliniques auprès de 364 personnes et 32 entretiens qualitatifs, les auteurs confortent des résultats déjà obtenus dans d’autres travaux mais apportent également de nouvelles informations. Ils montrent d’abord que l’état dentaire des personnes en situation de précarité est plus dégradé que celui de l’ensemble de la population. Alors que dans l’ensemble de la population, le nombre de dents manquantes et non remplacées est de 1,3 ; ce chiffre s’élève à 4,6 pour les personnes en situation de précarité. Les chercheurs font également état d’un plus faible recours aux soins motivé par les difficultés financières, une tendance plus grande à attendre pour consulter que la douleur devienne insupportable, même si les chercheurs notent que les femmes consultent davantage que les hommes. Confrontés à un résultat plus inattendu, à savoir que les personnes précaires d’origine étrangère ont un meilleur état de santé dentaire que les Français, les auteurs avancent de passionnantes hypothèses sur les trajectoires de vie qui conduisent des personnes étrangères, souvent en meilleur état de santé au moment du départ, à s’engager dans un chemin de précarisation, chemin qui les conduira à une dégradation identique de leur état de santé. On trouve là des pistes de politique de santé qui gagneraient à être développées. 1250
 
Client sans joie
 
 
BOUAMANA Saïd, L’homme en question, Le processus du devenir-client de la prostitution. IFAR, Le Nid, 8 bis rue Dagobert, BP 63, 92114 Clichy cedex. Septembre 2004. 181 p.
Qu’il s’agisse du cinéma, de la littérature, de la justice ou des faits divers, les questions posées par la pratique de la prostitution tournent, le plus souvent, autour du couple prostituée-proxénète. Le client semble bien être le terme obscur du débat, même si, dans les toutes dernières années, la législation est venue sanctionner la sollicitation de mineur. L’intérêt primordial du rapport réalisé par Saïd Bouamana pour l’association Le Nid réside dans cette confrontation avec le point de vue du client. La littérature sur la prostitution est restée longtemps avare de telles recherches, sans doute aussi parce que nos sociétés ont toujours été très ambiguës sur la prostitution oscillant entre une volonté de répression au nom de la morale ou de la santé publique et l’impossibilité de mettre fin à des pratiques considérées comme inévitables. Les entretiens réalisés avec des utilisateurs de personnes prostituées insistent sur le versant sombre du client. Le client de la prostituée décrit dans cette enquête est un homme triste chez lequel les manques dominent. Manque de tendresse dans l’enfance ou dans l’adolescence, hanté par la possibilité d’une anormalité sexuelle, craignant un premier rapport sexuel, incité au passage à l’acte par les copains de l’armée, ou par un milieu professionnel qui l’éloigne de sa famille, le client ne retire de ce moment tarifé et mécanique qu’une insatisfaction frustrante. Noir, c’est noir, peut-être trop. On se demande parfois, à la lecture de ce texte, s’il n’est pas trop proche de ce que peut en attendre un militant de la lutte contre la prostitution. Y aurait-il des discours sur la prostitution difficiles à prononcer par les clients parce qu’ils ne sont pas socialement audibles - surtout dans la période actuelle ? On peut aussi évoquer les faiblesses méthodologiques, par exemple, le fait que les personnes interrogées l’aient été sur la base du volontariat. L’auteur, d’une honnêteté rigoureuse, insiste beaucoup sur les limites de sa démarche qui reste cependant une des plus utiles contributions récentes à la compréhension de la prostitution. 1251
 
Première ligne en toxico
 
 
BARRE Marie-Danièle, BENECH-LE ROUX Patricia, Approche sociologique des acteurs de première ligne travaillant dans le cadre de la politique de réduction des risques liés à la toxicomanie, CESDIP Immeuble Edison, 43 boulevard Vauban, 78280 Guyancourt. 2004. 278 p.
La consommation et, a fortiori, la vente de drogues illicites sont prohibées en France. Le développement dans la décennie 80 de l’épidémie de Sida a conduit les pouvoirs publics, non sans difficultés et tergiversations, à adopter une politique de moindre mal. Faire en sorte que les consommateurs de drogues ne soient pas encore plus atteints que les autres en raison de comportements à risques liés à cet usage de la drogue. On se souvient des débats sur l’échange des seringues ou sur les distributeurs de préservatifs. Cette politique dite de Réduction des Risques (RdR) est mise en Å“uvre dans des institutions qui accueillent des personnes toxicomanes souvent fortement marginalisées. Pour les personnels de ces institutions, la mission est à la fois de mettre en Å“uvre cette politique tout en n’oubliant que la politique de répression, de pénalisation, n’est mise qu’entre parenthèses. Comment peut-on travailler ainsi dans cet entre-normes ? C’est à cette question que répondent les auteures de cette passionnante monographie qui les conduit à fréquenter boutiques et bus. Dans ces espaces de mise en Å“uvre de cette politique qui constituent de véritables territoires professionnels déviants, se rencontrent des professionnels qui veulent travailler autrement et d’autres qui souhaitent venir exercer là leur vie professionnelle. La première ligne ne génère pas des identités professionnelles nouvelles, plutôt des solidarités et des appartenances communes, des sortes de familles en réseau. 1252
 
Horaires décalés, enfants gardés
 
 
MARTIN Claude, LE BIHAN Blanche, CAMPEON Arnaud, GARDIN Guillaume, Horaires atypiques et prise en charge de la petite enfance, LAPSS-ENSP, avenue du Pr Léon-Bernard, 35043 Rennes cedex. Mai 2004. 97 p.
Comment travailler le soir, la nuit, le samedi et le dimanche avec des enfants en bas âge alors que la grande majorité des modes de garde fonctionnent en horaires parfaitement conventionnels ? Des expériences existent qui tentent de faire le lien entre offre et demande de garde dans de telles conditions. Plusieurs d’entre elles ont bénéficié d’apports du programme européen Gepetto - non il ne s’agit pas de ce que vous croyez - mais du programme “ Garde d’enfants pour l’équilibre du temps familial, du temps professionnel et son organisation ”. Le rapport des chercheurs du LAPSS examine différentes expériences de ce réseau, et y adjoint quelques autres. Il note que les entreprises qui bénéficient de ces dispositifs restent encore très éloignées du partenariat qui a présidé à leur constitution, et surtout que la pérennisation de ces services dépend fortement de leur inscription dans une offre locale complémentaire et diversifiée. 1253
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