Informations sociales 2005/3
Informations sociales
2005/3 (n° 123)
128 pages
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Partie 2 : Logement et société

Vous consultez... en contrepoint - Loger les ouvriers

AuteurPierre Grelley du même auteur


1 C’est bien évidemment le développement de l’industrie et le souci – pas toujours seulement guidé par des principes philanthropiques – de permettre aux ouvriers et à leurs familles de vivre non loin des ateliers et des usines où ils travaillaient souvent dix à douze heures par jours, six jours sur sept, qui a entraîné l’essor du logement ouvrier. Pour autant l’idée n’était pas tout à fait originale lorsque ses premières traductions virent le jour en France, en Italie et en Angleterre sous la forme des cités ouvrières. Dès le milieu du XVIIIe siècle, en effet, Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), avait conçu près de Besançon, le projet de la Saline royale d’Arc et Senans qui passe pour l’œuvre pionnière de l’architecture industrielle de l’ère contemporaine, fournissant dans un même espace aux ouvriers et à leur famille tout ce qui était censé nécessaire et suffisant à leur épanouissement.

2 Vers la fin du XIXe siècle, guidés par les réflexions des ingénieurs sociaux, des hygiénistes, des architectes et par les préceptes de la philanthropie religieuse ou laïque ou du socialisme, utopique ou scientifique, quelques patrons “éclairés” se sont révélés plus sensibles au besoin d’assurer à leurs ouvriers des conditions de vie confortables, et de garantir par là même une certaine harmonie sociale.

3 Des cités ouvrières naquirent alors de ce “paternalisme”, reposant sur la mise en œuvre de solutions très différentes selon qu’elles mettaient en avant des intentions purement pratiques (rapprocher le travailleur de l’outil de production) ou ouvertes aux desseins humanistes (aider les classes populaires à accéder au bien-être et à la culture). Le célèbre Familistère de Guise, dans l’Aisne, fondé en 1877 par Jean-Baptiste Godin, qui qualifiait l’endroit de “palais social”, le village de Port-Sunlight près de Liverpool, construit par la société Lever ou la cité-jardin de Krupp à Essen constituent des exemples remarquables de ce mouvement urbanistique. Mais c’est sans doute le village français de Noisiel (inclus dans l’actuelle “ville nouvelle” de Marne-la-Vallée), fief de la chocolaterie Menier jusqu’en 1959, qui l’illustre le mieux, en France du moins, en raison de sa proximité tant géographique que chronologique.

4 Exemplaire socialement, la philanthropie de ces promoteurs ne se répandit cependant pas à une assez grande échelle. Échappant à l’initiative généreuse ou calculatrice des entrepreneurs, le besoin social de logements ouvriers devint l’affaire de la collectivité en même temps qu’il est apparu que le problème qualitatif et quantitatif de l’habitation populaire ne serait pas résolu par l’initiative des propriétaires privés surtout attachés aux fluctuations de l’offre et de la demande.

5 En France mais également en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, des politiques publiques s’appuyant sur la recherche du prix le plus juste, sur la fiscalité foncière et sur les prêts bonifiés ont donc été mises en place afin de permettre l’accès des moins favorisés à la propriété. Cerise sur le gâteau, certains des grands noms de l’architecture contemporaine ont été associés à plusieurs de ces programmes et leur ont conféré, au-delà d’une indiscutable qualité, une très large notoriété.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Pierre Grelley « ... en contrepoint - Loger les ouvriers », Informations sociales 3/2005 (n° 123), p. 101-102.
URL :
www.cairn.info/revue-informations-sociales-2005-3-page-101.htm.