Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
128 pages

p. 34 à 35
doi: en cours

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Partie 1 : La production de logements

n° 123 2005/3

2005 Informations sociales Partie 1 : La production de logements

... en contrepoint - Maître chez soi

Alain Vulbeau
Jacques Coenen-Huther, sociologue belge [1] a mené des enquêtes par observation directe dans des lieux et sur des thèmes très divers comme les kibboutz en Israël, la survie dans l’ex-URSS, les plaisanteries entre amis ou encore la vie quotidienne de patients hospitalisés. Une recherche sur l’accessibilité de l’habitat lui a donné l’occasion d’exercer sa méthode d’observation et de proposer de nouvelles catégories pour mieux appréhender les sociabilités urbaines.
L’objectif de l’auteur était de comprendre comment le logement familial pouvait servir d’espace de relations entre la famille et son environnement et, finalement, comment s’articulaient espace privé et espace semi-public. L’auteur met au jour six façons d’être “maître chez soi”, en prêtant attention à deux pôles opposés : l’un fait de l’appartement un instrument de sociabilité ouvert sur l’extérieur, l’autre pense l’habitat comme un lieu de repli, face à des contacts peu valorisants voire menaçants. On évoquera ici les espaces les plus ouverts.
Au nombre de ceux-ci figure le domicile “salon”. C’est un espace mondain où les personnes accueillies vont permettre à l’hôte d’élargir ses relations et son pouvoir. Dans ce type de domicile, la vie privée n’est pas mise en avant et, au contraire, les conversations renvoient à des sujets généraux. La courtoisie et la légèreté sont de mise car il s’agit de rester à la fois dans l’utilitarisme et la distance. La difficile question de la réciprocité se pose à ceux qui sont accueillis : faut-il rendre l’invitation et pourquoi ?
Le domicile “foyer” est également un espace ouvert mais les relations privées y dominent. Les invitations et les repas se font dans une plus grande simplicité et sont souvent des moments “bilatéraux” entre deux familles. Ces rencontres n’engagent pas la mise en Å“uvre d’un réseau plus ou moins complexe. Les discussions sont ouvertes et centrées sur les convives qui n’hésitent pas à parler d’eux-mêmes. Le domicile “forum” est l’espace qui comprend le maximum d’ouverture : on pourrait même dire que c’est un lieu public où l’on se méfie des “tyrannies de l’intimité”, selon la référence à Richard Sennett. Ce qui est contesté de façon visible, c’est la privatisation de l’espace familial. Ainsi, l’ouverture n’est pas sélective et n’engage pas à la réciprocité. Le “forum” se veut un contre-modèle où tous les espaces sont ouverts, de droit, aux visiteurs.
Enfin, l’auteur évoque le domicile “moulin” qui, comme le modèle précédent, est très ouvert. Cependant, la spécificité du “moulin” est que cette ouverture n’est pas volontaire. Elle est liée à des conditions de précarité qui rendent l’espace ouvert mais au corps défendant de ses habitants.
On voit que les types d’ouverture d’un logement peuvent être différenciés selon le point de vue des hôtes et des sociabilités qu’ils provoquent ou tolèrent. L’auteur suppose cette typologie transférable à d’autres formes de regroupements, comme les organisations par exemple.
 
NOTES
 
[1]Jacques Coenen-Huther, Observation participante et théorie sociologique, Paris, L’Harmattan, 1995.
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