Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 129 à 130
doi: en cours

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Partie 3 : Acteurs et gouvernance – ••• en contrepoint

n° 124 2005/4

2005 Informations sociales Partie 3 : Acteurs et gouvernance – ••• en contrepoint

Un genre de plaisanterie…

Paule Paillet
En 1993, Milan Kundera publie chez Gallimard un recueil d’essais, Les testaments trahis, où il affirme que l’humour est une invention liée à la naissance du roman. Bien des années auparavant, en 1967, paraissait son premier roman, La plaisanterie. Peut-on y trouver l’amorce de la théorie qu’il développera plus tard ? La source de l’action romanesque dans La plaisanterie est elle-même insignifiante, voire dérisoire, et ses catastrophiques conséquences peuvent être perçues comme une ironie du destin.
Un jeune militant communiste envoie à une camarade une carte postale ainsi libellée : “L’optimisme est l’opium du peuple… vive Trotski !” Impardonnable légèreté à une époque où le stalinisme voue Trotski aux gémonies. Ludvik est exclu du parti, chassé de la faculté, avec la réprobation unanime de ceux qu’il croyait des camarades. La suite des événements découle de cette candide bévue. 1948, la Tchécoslovaquie devient communiste. “Tête en bas, la vie entière venait de basculer.” Est-ce pour autant une ère nouvelle ? La description d’une séance publique de glorification de la maternité, bien orchestrée, avec ces files de mères portant leurs bébés comme des paquets, cet hommage ridiculement ritualisé, ne suscite que la dérision. Et la description minutieuse d’un mariage célébré selon les coutumes ancestrales, le folklore perçu comme une des valeurs de la “culture populaire”, n’est guère qu’une parodie de l’ancien temps. Tous les couples du roman vivent des fiascos, et leurs conflits, même si l’intrusion du parti les exacerbe, n’ont rien de typiquement socialiste. Encore que la rigidité de l’orthodoxie puisse, dans certains cas, pervertir, anéantir une relation sentimentale.
Marketa, la jeune fille destinataire de la carte, dépourvue de tout humour et ligotée par ses convictions, contribue sans résistance, avec une conscience pure de tout regret, à enfoncer son amoureux dans le malheur, à jouer son rôle dans l’inquisition. “Tu es membre du parti et le parti a le droit de savoir qui tu es et ce que tu penses.” Tout est dit.
La dérision atteint son apogée à la fin de l’ouvrage : 1948 est loin. Pointe ce qu’on appellera le Printemps de Prague. Ludvik a mûri sa vengeance. Il séduira la femme d’un apparatchik, celle-ci deviendra folle amoureuse de lui, tentera un suicide grotesquement raté. Elle frappera de nullité ce qui a été pour Ludvik l’objectif obsessionnel de sa vie.
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