Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 139 à 143
doi: en cours

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Le social en recherche

n° 124 2005/4

2005 Informations sociales Le social en recherche

Le social en recherche

 
Les premières années de retraite
 
 
Christiane DELBES, Joëlle GAYMU, La retraite quinze ans après, Institut national d’études démographiques, 133 boulevard Davout, 75980 Paris cedex 20, Cahiers de l’INED, novembre 2004, 223 p.
À trois reprises, en 1981, 1983 et 1984, les chercheurs de l’Ined ont interrogé près de 1500 personnes, nées en 1922, c’est-à-dire juste au moment de leur passage à la retraite. En 1997, une nouvelle enquête a été proposée à un millier d’entre elles. Un millier seulement car après quinze ans certaines n’ont pu être retrouvées et 286 étaient décédées. L’analyse de ces décès confirme des résultats connus par ailleurs. Les hommes sont davantage morts que les femmes, les cadres sont surreprésentés parmi les survivants, les mariés, surtout les hommes, meurent moins que les célibataires, les veufs et les divorcés. Pour les survivants, l’image qui apparaît de ce parcours dans les quinze premières années de retraite est finalement assez paisible. Les loisirs, la présence des enfants et des petits-enfants, les activités domestiques, les relations avec les amis sont venus se substituer aux activités antérieures et toutes ces années se sont déroulées sans grands bouleversements. Pour reprendre une expression des auteurs, les photographies à quinze ans de distance sont pratiquement les mêmes. La seconde est sans doute un peu plus pâle, parce que l’âge, les difficultés de santé, atténuent l’envie de conquérir de nouveaux horizons ou réduisent la sphère dans laquelle se déroule la vie quotidienne. Ces quinze années ne sont pas des années de vieillesse mais on sent qu’elles y conduisent doucement. Des différences demeurent entre les uns et les autres. Parce qu’on vieillit comme on a vécu, l’importance du capital culturel, économique, mais aussi de santé, accumulé pendant toute la période de vie active détermine fortement les conditions de vie pendant les années de retraite. Au rang des déterminants, il faut aussi tenir compte des différences entre les hommes et les femmes. Disposant de revenus moindres, plus souvent veuves, affirmant s’ennuyer plus fréquemment que les hommes, sur toutes les variables analysées, qu’il s’agisse de la santé, des comportements de loisirs, des activités, des relations, des revenus, le vieillissement pèse d’un poids plus lourd sur les femmes que sur les hommes. 1272
 
La précarité des femmes
 
 
Françoise MILEWSKI, Les inégalités entre les femmes et les hommes : les facteurs de précarité, Observatoire français des conjonctures économiques, 69 quai d’Orsay, 75007 Paris. Mars 2005, 337 p. www.ofce.sciences-po.fr
Réalisée à la demande du ministère de la Parité et de l’Égalité professionnelle par une équipe très largement pluridisciplinaire sous la conduite de Françoise Milewski, cette étude qui s’appuie sur la relecture systématique d’un vaste ensemble de données statistiques présente plusieurs originalités. La première est de croiser les questions des inégalités de genre et de précarité. Même si des progrès ont été réalisés en matière de réduction des inégalités entre les hommes et les femmes, d’importants écarts subsistent. Ces écarts aggravent-ils la précarité des femmes ? À l’inverse, les situations de précarité dans le logement mais surtout l’emploi sont-ils des facteurs supplémentaires d’accroissement des inégalités hommes-femmes ? La seconde originalité forte de ce rapport est, pour chacun des thèmes abordés, de tenter d’esquisser les pistes possibles de politiques de réduction de la précarité qui atteint les femmes. Si l’insertion professionnelle est pour les hommes et les femmes une source de réduction de la précarité, les auteurs de l’étude montrent que les temps partiels contraints et que la succession des contrats à durée déterminée conduisent les femmes à des parcours professionnels discontinus et, parfois, au retrait du marché du travail, ce qui accentue encore les inégalités. Ces situations sont d’autant plus contraignantes que les niveaux de qualification des femmes sont peu élevés. Autant que de l’accès à l’emploi, les auteurs de l’étude font donc dépendre les situations des femmes de la nature et de la qualité des emplois proposés. De ce point de vue, la période de croissance faible des années quatre-vingt-dix a détérioré la situation des femmes. Absence d’emploi stable, monoparentalité, origines liées à l’immigration, faiblesse des structures de mode de garde à coût supportable, toutes ces contraintes qui pèsent sur les femmes s’accentuent pour celles qui vivent en situation de précarité. 1273
 
La sécurité dans l’instabilité
 
 
CERC, La sécurité de l’emploi, face aux défis des transformations économiques, Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale, 113 rue de Grenelle, 75007 Paris. 184 p 2005. www.cerc.gouv.fr
Les raisonnements sur les taux de chômage ou d’emploi portent toujours sur des chiffres appliqués à des volumes de personnes – des stocks. Il n’est pas certain que ce soit la meilleure méthode pour comprendre les questions relatives à la précarité du travail et à l’insécurité de l’emploi. Ainsi, en 2002, le nombre des chômeurs inscrits à l’ANPE a augmenté de 100 000 personnes. En réalité, cette même année 2002, sur les 13 millions de salariés du secteur privé, il y a eu 5,2 millions d’embauches, soit un taux de recrutement de l’ordre de 40 %. Pendant cette année, environ 40 % des salariés ont aussi quitté leur emploi. Le marché du travail n’est donc pas un océan de stabilité avec quelques îlots, trop nombreux certes, de précarité, mais, bien au contraire, un univers d’instabilité généralisée. Les débats actuels sur l’organisation du travail opposent des entreprises qui souhaitent bénéficier d’une plus grande souplesse dans la gestion de leurs effectifs et des salariés et leurs représentants qui revendiquent pour une plus grande sécurité. Le rapport du CERC opère une distinction nette entre les concepts de stabilité et de sécurité et esquisse les pistes qui permettraient de tolérer une plus grande instabilité à condition que la sécurité soit au rendez-vous. On retrouve là des idées évoquées depuis plusieurs années par Jacques Delors, le président du CERC, autour de l’importance de la formation, de la validation des acquis de l’expérience, la qualification des compétences, mais aussi la nécessité de s’engager dans une révision des mécanismes de protection sociale pour compenser les fragilités les plus grandes. Le rapport est composé d’une courte note de synthèse et de plusieurs cahiers qui permettent d’approfondir l’une ou l’autre piste. 1274
 
L’emploi, vers une nouvelle sécurité
 
 
Pierre CAHUC, Francis KRAMARZ, De la précarité à la mobilité : vers une sécurité sociale professionnelle, Centre de recherches en économie et statistiques, CREST-CNRS, 15 boulevard Gabriel Péri. 92245 Malakoff. Décembre 2004. 213 p.
Peut-on imaginer une sécurité sociale professionnelle ? Il ne s’agirait pas de garantir à chacun un emploi à tout instant de sa vie, pas plus que l’assurance maladie n’empêche une personne de devenir malade, mais lui propose, en cas de maladie, la possibilité d’être soigné même si ses ressources sont limitées. Il s’agirait, en revanche, d’assurer en cas de rupture de travail un revenu décent et la possibilité d’être accompagné dans la recherche d’un autre emploi. Le rapport de Pierre CAHUC et de Francis Kramarz explore trois directions. La première est celle d’une refonte des processus de reclassement, en réaffirmant le rôle de l’État dans un véritable service public de l’emploi financé par une contribution des employeurs en fonction des licenciements auxquels ils procèdent. S’il faut que le travail paie, il faut aussi que le licenciement coûte. La seconde piste consiste à tenter de réduire la multiplicité des barrières qui existent sur le marché de l’emploi et qui font que l’installation comme taxi ou comme pharmacien est soumis à de multiples péages d’entrée ou de vigoureux numerus clausus. Enfin, les auteurs proposent de supprimer les statuts d’emplois précaires en créant un contrat de travail unique à durée indéterminée, ce qui n’empêche pas le licenciement mais le rend moins accessible et plus coûteux. Un rapport qui sera taxé de libéraliste par les uns et de dirigiste par les autres, mais un rapport qui fourmille d’idées nouvelles comme s’il fallait s’affranchir des pesanteurs de débats trop convenus. 1275
 
Côte d’Azur, terre d’accueil
 
 
Gilles FRIGOLI, Jessica JANNOT, L’hébergement des demandeurs d’asile comme enjeu local, SOLII-URMIS, UMR CNRS 7032 Pôle universitaire Saint-Jean-d’Angely, 24 avenue des Diables bleus, 06357 Nice cedex 4. Janvier 2004. 200 p.
L’histoire racontée par Gilles Frigoli et Jessica Jannot, celle de l’arrivée des demandeurs d’asile, Kossovar d’abord puis gens de l’Est ensuite, est d’abord celle d’une déstabilisation d’une situation locale. Nice et la Côte d’Azur accueillent depuis des dizaines d’années des populations aisées, soucieuses de farniente et de soleil. L’arrivée, à partir des années 2000, d’un flux de demandeurs d’asile, ne perturbe pas directement cette économie du loisirs, même si elle fait parfois tache au regard des natifs. En revanche, elle bouleverse les pratiques sociales des professionnels et des associations. Face à des demandeurs d’asile, dont on discute parfois des ressources clandestines, souvent plus revendicatifs et violents que les clients habituels, et pour lesquels il faut rechercher des hébergements en chambre d’hôtel et en logement, les formes traditionnelles du travail social canonique peinent à établir des réponses autres que dans l’urgence et le quasi humanitaire. Au fil de ces actions, le demandeur d’asile devient un nouvel objet de travail à la jonction des politiques d’assistance et des politiques d’immigration. L’intérêt de cette recherche est aussi de montrer comment le système local d’action sociale qui comprend les professionnels, les associatifs mais aussi les pouvoirs publics réactive une bien ancienne division entre le bon et le mauvais migrant, celui dont la situation suscite la compassion et celui qui incite à la fermeture des frontières, des hôtels et des allocations. Au-delà de cette réflexion, le rapport développe une analyse quasi cartographique de l’ensemble du dispositif local d’intervention dans le champ de l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile, déboutés ou non. 1276
 
La MRIE veille
 
 
MRIE, État des lieux de l’exclusion, droit au logement : un habitat de qualité pour tous ?, Le rapport annuel 2004 de la Mission régionale d’Information sur l’exclusion Rhône-Alpes. 14 rue Passet, 69007 Lyon. 183 p. www.mrie.org
Comme maintenant chaque année, la Mission régionale d’information sur l’exclusion Rhône-Alpes propose le résultat de ses travaux sur la pauvreté dans cette région. S’appuyant sur les données issues des services déconcentrés de l’État, de l’INSEE, les auteurs de ce rapport retrouvent, comme partout en France, les traces du retournement de conjoncture de la période 2000-2001 à partir duquel la plupart des indicateurs, qu’il s’agisse du nombre des allocataires du RMI, ou des différents taux de chômage sont repartis à la hausse. Le discours se fait plus militant pour dénoncer l’importance des inégalités, même si nous manquons tous d’outils statistiques fiables pour argumenter cette position. La seconde partie du rapport met l’accent sur la détérioration dans la région Rhône-Alpes du marché du logement et là encore, mais elles sont davantage perceptibles, sur les inégalités qui font que les propriétaires de logement tendent à voir leur patrimoine prendre de la valeur chaque année alors que, dans le même temps, les difficultés de logement s’aggravent à l’autre extrémité de l’échelle sociale. De nombreuses contributions mettent l’accent sur les comportements discriminatoires en matière d’accès au logement, lorsque la discrimination s’apparente ici à l’exclusion. 1277
 
La précarisation de l’asile
 
 
Christine DOURLENS, L’accueil des demandeurs d’asile dans les structures d’urgence sociale, CERPE, 22 rue d’Ornano. 69001 Lyon. 2004, 125 p.
La loi du 10 décembre 2003 a unifié un dispositif d’asile jusqu’alors complexe puisqu’il ne comprenait pas moins de quatre régimes différents : l’asile conventionnel en référence à la convention de Genève de 1951, l’asile constitutionnel issu de la loi du 11 mai 1998, l’asile territorial, protection accordée par le ministère de l’Intérieur et l’asile humanitaire lors de conflits récents. Désormais, l’ensemble du dispositif est piloté par l’OFPRA, la commission de recours des réfugiés devenant la seule instance de recours. Cette redéfinition des critères d’accueil, pour intéressante qu’elle soit, ne règle cependant pas une série de problèmes tels que l’augmentation du nombre des demandeurs d’asile, la confusion entre demandeurs d’asile et demande d’immigration pour des raisons économiques et, surtout, n’apporte pas de réponses aux tensions locales. Au contraire la demande d’asile est devenue un problème social relevant de la sphère locale. Ce qui faisait la singularité des demandeurs d’asile – échapper à une menace dans leur pays d’origine — se trouve gommé lorsque le problème n’est plus en arrière mais au moment de l’arrivée sur le territoire français. Commence alors une nouvelle trajectoire, proche de toutes les autres personnes confrontées aux précarités de logement et d’emploi. L’accueil dans les instances supposées traiter en urgence toutes les situations de détresses sociales renforce le brouillage. 1278
 
L’Europe sociale
 
 
Jean-Claude BARBIER, Ndongo Samba SYLLA, La stratégie européenne pour l’emploi : genèse, coordination communautaire et diversité nationale, Centre d’études pour l’emploi “Le Descartes”, 29, promenade Michel Simon, 93166 Noisy-le- Grand cedex. Janvier 2004. 121 p.
Des principales modalités de l’action européenne, on retient surtout la directive qui doit être transposée dans chacun des droits des États membres, les fonds qui permettent de cofinancer des investissements, les fonds structurels étant les mieux identifiés. En revanche, la méthode ouverte de coordination – la MOC en jargon bruxellois — reste encore une affaire d’initié. Apparue dès le début des années quatre-vingt-dix, et explicitée dans le cadre de la stratégie dite de Lisbonne, la MOC a surtout été l’instrument privilégié de la politique européenne en matière d’emploi. Il s’agissait, dans un domaine où l’Union ne pouvait procéder par directive, de favoriser un processus de convergence entre les États membres par la comparaison des politiques, la définition d’objectifs et d’indicateurs communs, la rédaction de plans nationaux. Cette technique a été étendue à d’autres domaines comme les retraites et la lutte contre l’exclusion, ce qui nous a valu l’existence des Plans nationaux pour l’inclusion ( PNAI). Peu connue en France, mal vendue par les responsables politiques, ne faisant pas l’objet de débats pendant la campagne référendaire, cette approche est en revanche scrutée avec une grande attention par les pays nordiques et les Anglo-américains qui voient dans cette démarche un axe fort d’évolution des pratiques européennes. Jean-Claude Barbier est un des meilleurs spécialistes français des politiques européennes de l’emploi et de cette MOC emploi. Il en décortique les significations, les limites et les enjeux, et l’on se met à regretter en le lisant à ce qu’aurait pu être, à ce que pourrait sans doute être un jour, un véritable débat sur les enjeux de l’avancée européenne. 1279
 
Outillage européen
 
 
DREES, Les indicateurs sociaux dans l’Union européenne : avancement et perspectives. Dossiers solidarité et santé, Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques. Ministère de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, 11 place des Cinq-Martyrs-du-Lycée-Buffon, 75696 Paris cedex 14. Juin 2004. 199 p. Diffusion Documentation française. www.sante.gouv.fr/htm/publication
Qu’il s’agisse de l’emploi, des retraites, de l’exclusion sociale, et sans doute bientôt de la santé publique et de la recherche, les méthodes ouvertes de coordination engagées par l’Union européenne s’appuient fortement sur la comparaison des politiques mises en Å“uvre et des résultats obtenus dans chacun des États membres. La comparabilité est d’abord celle des indicateurs. Le travail présenté par la DREES dans cette livraison sur les indicateurs sociaux, bien que très technique, reste toujours passionnant. À propos des retraites, les auteurs montrent comment on peut construire des indicateurs comparables applicables à des politiques parfaitement dissemblables. De très nombreuses pages sont consacrées à la présentation des indicateurs qui accompagnaient le Plan national français de lutte contre l’exclusion, ou plutôt le plan national pour l’inclusion (PNAI) 2001-2003, indicateurs qui devraient être de nouveau présentés à la fin du plan 2003-2005 en cours d’achèvement. La question des “sans-abri” fait l’objet d’un traitement spécifique par Cécile Brousse, dont on connaît les travaux sur ce sujet dans le cadre de l’INSEE. 1280
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