2005
Informations sociales
Partie 1 : Données de problématique et de cadrage – ••• en contrepoint
Goodbye Lenin !
Alain Vulbeau
Wolfgang Becker, Goodbye Lenin ! Vidéo TF1, 2003
Le film de Wolfgang Becker est une comédie aigre-douce sur la fin de la République démocratique d’Allemagne. Située dans les quelques mois qui précèdent et suivent immédiatement la chute du Mur, l’histoire est une illustration de l’“ostalgie”, néologisme qui désigne le sentiment de nostalgie éprouvé par les personnes attachées aux régimes des pays de l’Est.
Le film commence quelques mois avant les événements, une mère, ses deux enfants et leur compagnon ou compagne respectif(ve) vivent modestement mais confortablement dans Berlin-Est. Le destin familial a été rythmé par l’abandon (ou supposé tel) du père, médecin parti à l’Ouest, et par les étapes de la socialisation en régime socialiste, notamment par les mouvements des pionniers. Les enfants y ont appris à s’extasier devant les héros soviétiques, en particulier les cosmonautes ; la mère est chef de chĹ“ur d’une chorale.
Cependant, des fêlures sont apparues dans ce bonheur rouge : la mère ne cesse d’écrire aux autorités des lettres polies mais caustiques sur les défauts de la planification socialiste qui fournit aux populations des objets inappropriés, sans rapport avec les besoins réels. Alex, le fils, sans mettre en doute la politique du parti, défile avec des groupes qui réclament la liberté d’expression. Pris dans la répression d’une manifestation, il est frappé, puis arrêté, sous les yeux de sa mère qui suit la scène, impuissante. Celle-ci, victime d’un infarctus, tombe dans un coma de plusieurs mois pendant lequel les événements historiques se précipitent : démission de Honecker, chute du Mur, réunification de l’Allemagne, passage au mark, entrée du monde capitaliste et de la publicité, etc.
Au bout de huit mois, la mère se réveille. Elle doit être ménagée sous peine d’une rechute qui, cette fois, serait mortelle. Sa famille décide de la prendre à domicile et de lui cacher la vérité en reconstituant, à partir de sa chambre, un “décor socialiste”. Petits pionniers qui viennent chanter les joies du régime, émissions télévisées enregistrées des années auparavant, reconditionnement de “nouveaux” produits alimentaires dans des emballages d’origine, etc. Pourtant, la mère se doute de quelque chose : pourquoi cette grande affiche Coca-Cola apposée sur le pignon de l’immeuble d’en face ? Pourquoi ces BMW et ces Volvo garées en bas de chez eux ? Et surtout, pourquoi cet hélicoptère transportant au-dessus de la ville une statue monumentale de Lénine ?
Loin de révéler la vérité, ces questions provoquent une surenchère : le fils et un ami féru de cinéma inventent des actualités qui montrent une histoire inversée. C’est Berlin-Est qui accueille des réfugiés du monde capitaliste ; Honecker démissionne car sa mission est pleinement réalisée ; le Mur est détruit pour créer un nouveau monde de coexistence pacifique.
Une seconde crise cardiaque terrassera la mère qui mourra heureuse, persuadée que le bonheur socialiste a gagné le monde à jamais.