2005
Informations sociales
Partie 3 : Sortir des frontières – ••• en contrepoint
Le civisme des femmes âgées
Paule Paillet
“Engagement social et politique dans les parcours de vie”, Lien social et politiques, n° 51, printemps 2004, revue publiée par le CNRS et le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSHC)
La culture occidentale contemporaine n’accepte plus, en principe, la discrimination entre les sexes. En principe seulement, on le sait. Mais la mixité en tant que telle, si elle n’implique pas l’égalité, c’est quand même la reconnaissance du fait qu’hommes et femmes sont des citoyens à part entière, cohabitant, échangeant, s’opposant dans le jeu social.
Des sociologues québécois ont étudié l’engagement social et politique dans le parcours de vie. Leurs travaux font d’ailleurs souvent référence à leurs homologues français.
Comment apparaît le destin des femmes face au vieillissement et face à leur désir de s’investir dans des activités de militance et de bénévolat ? Les femmes, au-delà d’environ 45 ans, souffrent d’un double handicap, celui de leur sexe et celui de leur âge, qui tend à les marginaliser et les oblige à lutter pour garder une affiliation identitaire, un réseau de communication. Elles sont de plus en plus nombreuses par rapport aux hommes : deux femmes pour un homme à partir de 75 ans. La retraite change le cours de leur existence. Les enfants ont cessé de peser sur le quotidien, à condition qu’ils ne soient pas chômeurs ni chargés d’une grande famille. Les parents octogénaires peuvent aussi représenter une lourde charge. Déchargées des contraintes professionnelles, les retraitées envisagent de nouveaux investissements. Elles auront tendance à s’orienter vers les tâches où leur acquis professionnel pourra s’exercer. C’est particulièrement vrai pour celles qui ont fait carrière dans le social, mais plus difficile pour les juristes ou pour les comptables. Les ONG et les associations trouvent plus aisément des militantes pour des actions humanitaires que des gestionnaires. La loi française sur la parité peut être vue comme une incitation à l’engagement féminin politique. Mais on sait le peu d’appétit des femmes pour les mandats électifs, surtout au plan national. Un autre obstacle, qui relève du sexisme, peut surgir dans le milieu familial. Les conjoints ont tendance à considérer qu’une retraitée a du temps libre à ne savoir qu’en faire. L’investir dans un engagement de proximité, c’est nier la vocation maternelle, familiale et ménagère culturellement admise de la femme. Rien de tel pour les hommes, qui géreront mieux cette période transitoire entre métier et retraite.
Bien des femmes âgées s’investissent dans des actions de bénévolat, telles que le soutien scolaire, l’aide aux personnes hospitalisées ou la militance dans divers mouvements altermondialistes, visant à prendre en charge quelque chose qui relève de la citoyenneté immédiate pratique, s’inquiétant de la défense des droits humains et de la pertinence du système économique. Dans le bénévolat, le rapport donneur/receveur est à l’inverse de celui du salariat. On offre de son temps et de sa compétence. C’est une manière très forte de ne pas se sentir hors des instances décisionnelles, hors du circuit, très valorisante pour une population que l’on tend à laisser sur la touche.