Informations sociales
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I.S.B.N.sans
148 pages

p. 6 à 15
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Partie 1 : Autour du concept

n° 125 2005/5

2005 Informations sociales Partie 1 : Autour du concept

Idéal et limites de la mixité sociale

Les arguments du débat public

Dominique Schnapper Directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, membre du Conseil constitutionnel, elle a obtenu le prix Balzan pour la sociologie en 2002. Elle est notamment l’auteur de La France de l’intégration. Sociologie de la nation en 1990, Gallimard, 1991 ; La communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de nation, Gallimard, 1994, rééd. coll. “Folio”, 2003 ; La relation à l’autre. Au cÅ“ur de la pensée sociologique, Gallimard, 1998 ; La démocratie providentielle. Essai sur l’égalité contemporaine, Gallimard, 2002.
La valeur accordée à la mixité est directement liée aux valeurs démocratiques. Il apparaît en effet que la mixité sociale comporte inévitablement des limites – parfois normales ou éventuellement même souhaitables, au moins à court terme –, en fonction des valeurs auxquelles se réfère la société démocratique. En définitive, il ressort de l’analyse que l’idéal de mixité ne saurait par lui-même résoudre les antinomies des sociétés démocratiques et apporter une solution toute faite aux tensions qui naissent de la vie en commun.
À partir de quel moment l’absence de relations entre les personnes et les groupes dans une société démocratique devient-elle intolérable et scandaleuse ? Cette question s’applique à tous les domaines, et plus spécifiquement en France à celui du logement, à celui des relations entre hommes et femmes, à celui du monde politique, à celui les établissements scolaires, etc.
Dans une société qui ignore les différences de statut juridique et politique et qui proclame l’égalité de tous les individus, la valeur de la mixité fait partie intégrante de l’idéologie, c’est-à-dire du discours normatif qui organise et légitime quotidiennement la vie collective. “Vivre avec ses différences” est devenu un slogan censé résoudre toutes les difficultés de la vie en commun. Les études et réflexions sur la mixité se multiplient [1], les vertus du métissage sont célébrées. Mais la mixité apporte-t-elle par elle-même des solutions aux problèmes soulevés par la vie en commun ?
Lorsque la citoyenneté est la source de la légitimité politique et du lien social, tous les individus ont un droit égal d’accéder aux institutions communes et d’entrer en relation avec les autres, avec tous les autres, sur une base d’égalité. L’idée et l’idéal démocratiques impliquent que les diversités concrètes des individus historiques soient transcendées par la communauté des citoyens égaux ; il s’ensuit que ces diversités doivent s’affaiblir et que les individus concrets devraient constituer une société unique et unie, où tous les échanges deviendraient possibles et souhaitables. Cette possibilité – comme le style égalitaire des relations interindividuelles – est liée aux fondements mêmes de la société démocratique. Puisque nous sommes tous égaux, la possibilité de toutes les formes de mixité est inscrite dans les principes mêmes de notre organisation sociale.
Dans la société démocratique, la mixité de l’espace public est en tant que telle une valeur. Elle s’oppose aux “ghettos”, qu’ils soient sociaux, religieux ou géographiques. Il est néanmoins clair que l’impératif de mixité comporte des limites. Mais ces dernières ne sont-elles pas inévitables, voire jusqu’à un certain point souhaitables ? À quel moment deviennent-elles scandaleuses ?
 
Les limites à l’impératif d’échange généralisé dans la vie publique
 
 
Dans la vie sociale, on parle de “mixité sociale” s’agissant des relations entre individus appartenant à des classes sociales différentes, de “mixité ethnique” à propos des origines nationales – mixité peu théorisée en France, mais constante dans les discours des sciences sociales en Grande-Bretagne ou aux États-Unis –, et aussi de “mixité religieuse”, de “mixité sexuelle” à propos des mariages dits mixtes, ou encore de la parité dans la vie politique. Qu’y a-t-il de commun entre ces différentes mixités ? Dans la vie publique, l’impératif de mixité est invoqué, la fermeture d’un groupe ou le repli sur soi sont perçus comme des résistances ou des manquements à l’idéal de l’échange social généralisé lié à la légitimité de la citoyenneté. En revanche, dans l’ordre familial, les mariages dits mixtes, continuent majoritairement à être perçus comme des transgressions de la norme implicite de l’homogamie. Mais n’assistons-nous pas progressivement à la valorisation de ce “mariage mixte” ?
L’observation la plus immédiate comme les enquêtes sociologiques révèlent les limites de la mixité sociale. La société démocratique n’est pas plus parfaitement fluide que les autres. Le droit formel de chacun à échanger avec les autres ne correspond pas à la réalité des relations sociales. La société démocratique reste hétérogène et hiérarchisée, ses membres ont des histoires, des capacités, des situations sociales et des solidarités différentes. Les revenus sont différents, ainsi que les métiers. Les relations sociales s’établissent à l’intérieur des mêmes milieux sociaux. Selon leur situation sociale, les individus ne fréquentent ni les mêmes établissements scolaires ni les mêmes associations, ils ne pratiquent pas les mêmes sports et ils ne partent pas de la même façon en vacances. Ces faits sont trop connus pour qu’on insiste. Ce sur quoi il faut s’interroger, c’est sur l’évolution : la mixité tend-elle à s’accroître en réalité et dans les représentations sociales ? S’il n’y a pas de réponse univoque à ces questions, on peut penser que l’affaiblissement de la conscience de classe a quelque peu estompé le sentiment d’appartenance sociale dans les jeunes générations qui appartiennent à cette “constellation centrale” dont parle Henri Mendras [2] ou, si l’on veut, à cet ensemble de la population formée des agents de l’État-providence et des cadres moyens de la vie économique. Mais il reste, selon les meilleurs sociologues de la vie ouvrière, un profond sentiment d’échec chez les ouvriers, qui continuent à penser que le ghetto ouvrier reste une réalité et qu’il constitue un échec et un scandale dans une société démocratique [3].
Dans une société égalitaire, toutes les différences sont spontanément retraduites en inégalités, donc critiquées. On considère qu’elles doivent être corrigées par l’action collective. S’il est difficile, sinon illusoire, d’imposer que s’établissent des relations interindividuelles par-delà les groupes sociaux, le législateur, en France, lutte contre la ségrégation spatiale. C’est sur ce point que se concentrent les discours et les dispositions destinées à favoriser la mixité. Des lois successives, en 1991, 1994 et 2000, se sont efforcées d’imposer aux communes de construire des logements sociaux locatifs, afin qu’ils représentent de l’ordre de 20 % de l’ensemble des logements. L’exposé des motifs de la loi de 2000 précisait clairement l’ambition de mixité urbaine : “Agir sur nos villes, c’est donc agir pour réduire les inégalités.” Le but est de “réussir la mixité urbaine. Il n’y aura pas de mixité sociale et urbaine et d’équilibre social de l’habitat sans réalisation de logements sociaux là où il y en a peu ou pas du tout”.
Ces dispositions n’ont été que partiellement couronnées de succès, si l’on se donne pour objectif d’assurer des échanges entre des populations socialement inégales. Les communes ont souvent été réticentes à construire les logements sociaux. De plus, les sociologues ont montré depuis longtemps que la concentration dans le même espace de populations qui se trouvaient à un moment différent de leur trajectoire sociale n’avait pas conduit à instaurer entre elles de véritables échanges. Les grands ensembles construits, au cours des années 1960, dans les banlieues des grandes villes comprenaient des membres jeunes des classes moyennes, en même temps que des catégories de populations plus âgées et plus modestes, réunis dans les mêmes immeubles par un critère purement administratif : le niveau de revenu. Mais ce revenu n’avait pas le même sens : certains l’obtenaient au début d’une carrière qui était destinée à se développer tandis que, pour d’autres, il consacrait la modestie d’une carrière achevée. Les échanges entre les uns et les autres ont été immédiatement distants ou conflictuels, malgré la proximité géographique. Quelques années après, les catégories les plus élevées avaient trouvé de meilleurs logements. Les grands ensembles, abandonnés par la partie la plus qualifiée et la plus jeune de leurs premiers locataires, se sont progressivement dégradés et transformés en “cités disqualifiées”, où s’est enclenché le cercle vicieux de la pauvreté, de la stigmatisation et de la délinquance. Cette évolution traduit des phénomènes de stratification sociale, qui résistent à la proximité spatiale. Cette dernière ne suffit pas par elle-même à assurer les échanges réels entre catégories sociales ou nationales différentes ; elle peut au contraire susciter des oppositions et des conflits entre des individus et des groupes socialement hétérogènes. La proximité dans l’espace ne peut être mécaniquement interprétée comme un indicateur ou un facteur d’intégration. C’est une idée utopique que de penser qu’il suffit de se connaître pour qu’une reconnaissance réciproque s’ensuive.
 
Limites inévitables, éventuellement souhaitables ?
 
 
Quelle que soit l’intervention de l’État, il est difficile d’échapper au processus de répartition inégale des divers groupes dans l’espace urbain. Les populations pauvres ne trouvent de logement que dans les quartiers où les loyers sont bas, les riches veulent habiter dans les quartiers où les logements sont de qualité, donc chers. Les riches entendent rester entre eux, les pauvres sont contraints à le faire. Les immigrés récents viennent retrouver leurs compatriotes ou les membres de leur famille qui les ont précédés dans la migration. Depuis les travaux de l’École de Chicago dans les années 1920, on sait que la répartition des populations dans l’espace urbain est à la fois indice et instrument de la structure sociale et de l’assimilation des immigrés.
C’est le caractère scandaleux de cette répartition au nom des valeurs démocratiques qui explique le développement du concept de ségrégation, destiné à mesurer statistiquement la séparation des groupes dans l’espace urbain et, à travers cette séparation, la distance sociale qui se maintient entre eux. L’élaboration même de ce concept traduit la volonté de condamner ces phénomènes au nom des valeurs démocratiques. Mais la rigueur mathématique des indices de “dissimilarité” ou de ségrégation ne doit pas dissimuler les problèmes que pose leur interprétation. Il ne s’agit pas seulement de mesurer, il faut comprendre les processus sociaux qui aboutissent aux configurations observées dans une ville. Ces dernières sont tout à la fois le produit de décisions individuelles et d’effets d’agrégation, du désir de rechercher le semblable et de la volonté d’écarter celui qui apparaît trop “autre”. La concentration des populations immigrées pour une génération, en tout cas aux États-Unis, traduisait l’existence de liens communautaires étroits qui ont favorisé, par exemple dans le cas des Italo-Américains, l’intégration dans la société américaine. La ségrégation peut être volontaire et constituer un moyen économique de régler les conflits entre les groupes : n’est-ce pas le cas dans certains “quartiers chinois”, aussi bien en France qu’aux États-Unis ? Il est clair qu’en revanche, les “ghettos noirs” pauvres des centres des villes américaines étaient, avant les années 1960, le produit d’une politique brutale de mise à l’écart des Afro-Américains par les Blancs. Pourtant, un sociologue afro-américain comme Franklin Frazier soutenait que la ségrégation permettait aussi de concentrer la demande des habitants noirs de soutenir leurs entreprises et de faciliter l’élection d’hommes politiques issus de leur groupe. Disséminer la population noire dans l’ensemble de la ville aurait pour effet de l’affaiblir, en particulier sur le plan politique. C’est dire que la ségrégation spatiale comporte un sens ambigu.
La distribution égale des hommes et de leurs activités dans l’espace ne peut être qu’une utopie : la rationalité économique comme les logiques des comportements individuels s’y opposent. Outre le fait que les individus disposent de moyens économiques inégaux, qui leur imposent certaines conditions de vie, comment ceux qui sont familialement, socialement et nationalement proches ne chercheraient-ils pas à se rapprocher les uns des autres ?
 
La dimension politique de la ségrégation
 
 
Le problème pour la société démocratique est celui-ci : à partir de quel moment cette répartition inévitable devient-elle anormale ou scandaleuse – c’est-à-dire perçue comme violant les normes collectives –, aboutissant à la notion de ségrégation ? La réponse n’est pas simple, mais on peut avancer que la ségrégation – terme péjoratif – apparaît quand la séparation physique et la mise à distance sociale sont à ce point fortes et visibles qu’elles contredisent de manière évidente les valeurs proclamées de l’ordre social, l’idéal démocratique de l’égalité de tous et, en conséquence, la possibilité des échanges généralisés entre tous. C’est pourquoi l’idée même de ségrégation a toujours une dimension politique : on ne l’applique pas aux quartiers où se rassemblent volontairement les personnes appartenant aux catégories les plus élevées, qui veulent disposer des meilleurs équipements et des conditions de vie les plus agréables en se retrouvant “entre soi” et en affirmant leur appartenance aux dites catégories. On l’utilise pour caractériser les quartiers déshérités où la concentration des populations défavorisées est le résultat de la contrainte et où la séparation d’avec le reste de la ville est forte. Malgré le caractère objectif de sa mesure, c’est donc une notion essentiellement relative à une société et à un moment donné de son histoire.
La répartition dans l’espace ne fait que traduire l’interrogation concernant les relations entre les groupes sociaux. Ces dernières s’établissent entre ceux qui partagent une même situation sociale ou une même fidélité. Là aussi, ce qui apparaît scandaleux, ce n’est pas que les relations se nouent entre des proches, c’est que certaines absences de relation semblent traduire une différence essentielle entre des individus qui sont politiquement égaux.
On peut proposer le même type d’analyse s’agissant de la participation à la vie politique et aux niveaux les plus élevés de la vie économique dans la France d’aujourd’hui. Dans l’un et l’autre cas, le recrutement semble manifester un refus de la mixité : il écarte les femmes, ceux qui sont originaires de catégories modestes, ainsi que les enfants des immigrés malgré leur qualification. Le monde politique paraît même réticent à accueillir des acteurs de la vie économique. Là encore, cette situation paraît scandaleuse, dans la mesure où ce recrutement traduit, en tout cas apparemment, un refus de la mixité sociale qui n’est pas justifié par une différence de “vertus” ni de “talents”, pour reprendre la formule de l’article 6 de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen.
Notons que l’idéologie de la mixité n’intervient pas de la même manière dans la vie privée. La réticence à l’égard du mariage mixte reste forte, même si elle ne s’exprime plus en termes moraux mais en termes de succès ou d’échec : un mariage mixte est, de l’avis général, plus fragile qu’un mariage homogame. Reste que la perception même de la mixité du mariage est relative. Pendant les guerres de religion, un mariage entre protestant et catholique était mixte. Il le reste en Irlande, où l’opposition entre les deux communautés demeure politiquement et religieusement forte. Pour la majorité de la population française, ce n’est pas le cas. On parle de mariage mixte quand on a le sentiment que la norme de la proximité sociale entre les conjoints est, d’une manière ou d’une autre, transgressée. Quand on pense que la distinction entre catholiques et protestants a un sens et une valeur, quand on juge que la catholicité et le protestantisme doivent se perpétuer, le mariage entre ceux qui appartiennent à ces collectivités est perçu comme une transgression : il s’agit alors d’un mariage mixte [4]. Aujourd’hui, la conscience religieuse étant affaiblie et le respect des prescriptions des Églises remis en question pour la majorité de la population, la conscience de la mixité porte essentiellement sur les mariages conclus entre conjoints de nationalité et de culture différentes. Elle est particulièrement forte s’agissant de mariages entre Français et Africains, du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. En revanche, la mixité des couples entre Européens de nationalités différentes est faible. L’idée de mixité apparaît quand le mariage semble remettre en cause la règle implicite de l’homogamie, même si elle n’est plus formulée en termes d’obligation morale ou sociale (“Il faut épouser le même”), mais en termes sociologiques (“En épousant le même, on se donne les meilleures chances de réussir sa vie conjugale”). C’est l’Africain qui incarne, dans le cas du mariage, l’autre. C’est lui qui remettrait en question l’ordre social où chacun doit être à sa place. Le mariage apparaît moins mixte quand il s’agit d’unir des conjoints de milieu social différent. Non que les différences sociales soient supprimées, mais la morale démocratique en diminue la perception [5]. Réunies dans les mêmes établissements scolaires, les plus jeunes générations ont moins le sentiment des différences sociales que les générations plus anciennes et seraient réticentes à l’idée de les évoquer.
 
La valeur démocratique de la mixité
 
 
L’intériorisation des idées démocratiques donne de la valeur à l’idée même de métissage et d’échanges avec les autres. Si la formule “Vivre avec ses différences” est devenue si populaire, c’est qu’elle fait écho au souci de l’homme démocratique d’affirmer son authenticité. Dans l’ordre politique, elle est devenue l’un des slogans des militants de la construction européenne, qui entendent montrer qu’ils respectent l’existence des nations alors qu’ils sont engagés dans la construction d’une entité supranationale. Les valeurs démocratiques poussent à l’ouverture aux autres, à l’affirmation de la non-distinction entre nous et les autres. En même temps, la mondialisation suscite la crainte de voir les identités particulières se dissoudre.
D’où ces discours mixtes affirmant en même temps la force de l’identité particulière et la nécessité de la mixité, sans penser les moyens de conjuguer l’une et l’autre. Jusqu’où la mixité peut-elle être poussée ? Peut-on faire société sans partager quelques valeurs communes, sans respecter des règles communes ? Ni la mixité sociale, ni la mixité ethnique ou religieuse, ni la mixité sexuelle dans la vie publique ne soulèvent de problème si tous partagent les valeurs fondatrices de la citoyenneté, la liberté et l’égalité de tous, le respect de l’État de droit. Mais si ce n’est pas le cas, doit-on respecter la mixité ? Toute mixité est-elle souhaitable en tant que telle ?
Faut-il suivre Lévi-Strauss lorsqu’il rappelle que si les contacts et les échanges sont la condition du progrès culturel, si la diversité doit être assez grande pour rendre fructueux les échanges qui sont la condition même de l’existence des cultures et de leur développement, elle ne doit pas être trop grande, faute de quoi les échanges deviendraient impossibles et les cultures seraient condamnées au dépérissement ? “On en vient à se demander si les sociétés humaines ne se définissent pas, eu égard à leurs relations mutuelles, par un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger [6]. Cet optimum de diversité existe également à l’intérieur d’une même société. Lorsqu’elle devient plus volumineuse et plus homogène, les groupes particuliers qui la constituent – castes, classes, milieux professionnels ou confessionnels – tendent à affirmer leurs différences et leurs spécificités.
La valeur de la mixité est liée aux valeurs démocratiques. La mixité sociale comporte inévitablement des limites, parfois scandaleuses en fonction des valeurs auxquelles se réfère la société démocratique, parfois normales ou éventuellement même souhaitables, au moins à court terme. L’idéal de mixité ne saurait par lui-même résoudre les antinomies des sociétés démocratiques et apporter une solution toute faite aux tensions qui naissent de la vie en commun. On ne saurait oublier qu’il est nécessaire, pour que se maintienne une société démocratique, que les particularismes soient transcendés par l’utopie créatrice du principe civique et par l’horizon universel de la raison – condition des échanges égaux entre les hommes, par-delà leur diversité et les inégalités de leur condition sociale, par-delà tout ce qui fait de toutes les relations sociales des relations “mixtes”. â– 
 
NOTES
 
[1]Parmi beaucoup d’autres, un exemple récent : “Vivre les mixités sexuelles, sociales et culturelles”, session de réflexion du Centre de recherche et d’action sociale (CERAS), animé par les jésuites, organisée entre janvier et mars 2005.
[2]Henri Mendras, La seconde révolution française, Gallimard, coll. “Bibliothèque des sciences humaines”, 1988.
[3]Stéphane Beaud, Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, Fayard, 1999.
[4]Je laisse de côté le problème des mariages entre homosexuels, qui demanderait un développement beaucoup trop long.
[5]Sur l’ensemble des problèmes liés à la question du mariage mixte, on se reportera aux travaux de Beate Collet et de Gabrielle Varro. Voir en particulier Claudine Philippe, Gabrielle Varro, Gérard Neyrand (dir.), Liberté, égalité, mixité… conjugales, Anthropos, 1998.
[6]Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale II, Plon, 1973, p. 381.
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[3]
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[4]
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[5]
Sur l’ensemble des problèmes liés à la question du mariage ...
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[6]
Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale II, Plon, 19...
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